Magali

Magali

N°6

La Baguette magique

     Ce jour-là, Magali marchait aux côtés de son papa. Quelle belle promenade ! Et quel bonheur ! Elle l'avait rien que pour elle tout l'après-midi. Arnaud, son grand frère de huit ans, jouait chez son amie Manon. Julien, le petit frère, restait avec maman à la maison.

Papa et Magali se promenèrent le long des champs de blés et des prairies, puis ils entrèrent dans un endroit boisé.

Là, en passant sous les arbres, la fillette aperçut un petit bâton d'environ vingt centimètres de long, appuyé contre un gros tronc. Ce bâton à l'écorce blanche ressemblait étrangement à une baguette de magicien.

Notre amie avait vu un spectacle de magie à la télévision la veille. Elle avait été éblouie par les illusions époustouflantes. Surtout quand le magicien avait touché une souris avec sa baguette et qu'une girafe était apparue à la place. Il avait ensuite changé la girafe en tigre puis en poule, et enfin la souris était réapparue.

Magali ramassa le joli bâton blanc et le glissa dans la poche de sa salopette rouge. Elle courut pour rattraper son père et lui donna la main.


-Je crois, ma chérie, annonça papa, que nous allons devoir retourner bien vite à la maison. Regarde là-bas au loin les vilains nuages. Nous n'avons pas pris de veste. Si nous continuons à marcher, nous allons être trempés.

La fillette s'arrêta, toute triste. Elle était si heureuse d'avoir son père rien que pour elle en promenade ce jour-là. Elle ne voulait vraiment pas faire demi-tour.

Et si le bâton blanc qu'elle tenait en poche était vraiment magique? se dit-elle.

-Attends papa, attends. Je vais chasser les nuages, regarde bien.

Magali empoigna la baguette. Elle la pointa vers les nuages et cria :

- Allez-vous-en. Je le veux.

Tu me croira peut-être... un quart d'heure plus tard, les nuages s'éloignèrent et il ne tomba pas une goutte de pluie de tout l'après midi.

Ils purent continuer leur promenade. Ils ne revinrent au village que vers cinq heures. Magali était fatiguée mais radieuse.

 

De retour à la maison, elle sentit qu'elle avait bien faim.

Elle se dirigea vers la cuisine et aperçut une boîte en carton blanc sur la table. Elle reconnut un emballage venant de la pâtisserie. Maman avait acheté de la tarte ou un gâteau, sans doute pour le dessert. Quelle bonne idée !

La petite fille, curieuse, détacha doucement le papier collant qui tenait la boîte fermée et elle l'entrouvrit.

-Oh non! s'écria la fillette, de la tarte au citron ! Moi je n'aime pas la tarte au citron. Zut ! Et je me réjouissais tant!

Tout à coup, elle songea à son bâton blanc. Elle le sortit de sa poche et le saisit fermement entre ses doigts. Elle referma le carton de la pâtisserie et toucha le couvercle avec la baguette en murmurant :

-Je désire de la tarte aux fraises. Je le veux.

Puis elle monta jouer dans sa chambre.


À la fin du repas, maman sortit de la boîte une tarte au citron…et puis une autre aux fraises.

-Oui ! cria Magali, ça marche ! Oh oui, je suis bien contente.

Maman regarda sa petite fille d'un air étonné, parce qu'elle ne comprenait pas, mais notre amie déclara aussitôt que son bâton blanc était magique et avait fait apparaître les fraises.

-Si tu es vraiment une magicienne, ma chérie, fais taire Julien. Je ne sais pas ce qu'il a aujourd'hui, mais il pleure et crie depuis une demi-heure. Je commence à perdre patience.


Magali quitta la table. Elle empoigna de nouveau son bâton blanc et le fit tourner autour de la tête de Julien.

Le bébé, étonné, cessa de crier et le suivit des yeux. Puis elle posa la baguette sur la tête du petit et commanda :

-Maintenant dors. Je le veux.

Le bébé se coucha sur le tapis de sol de son parc et une minute plus tard il dormait à poings fermés.

Maman félicita sa fille.

-Bravo, ma chérie, tu es formidable.

-C'est grâce à ma baguette magique, maman.

-Tant mieux. Tu es une vraie magicienne.


Le dimanche suivant, Magali accompagna Arnaud, Julien, papa et maman chez bonne-mamy.

Sitôt arrivée, elle lui raconta toutes les aventures vécues depuis la découverte de son bâton blanc dans le bois près du tronc d'arbre. Elle précisa combien elle ressemblait à la baguette du magicien vu à la télévision.

Elle lui expliqua de long en large comment elle avait éloigné les nuages et l'orage, comment elle avait fait venir une tarte aux fraises en plus de la tarte au citron. Enfin elle précisa qu'elle avait réussi à endormir son petit frère Julien, qui pleurait et que personne ne parvenait à calmer.

La grand-mère regarda sa petite-fille.

-Es-tu bien certaine, ma chérie, que ton petit bâton blanc a réussi tout cela ?

-Bien sûr, répondit Magali. Que veux-tu que ce soit d'autre ?

-Peut-être que le vent a simplement tourné, emportant l'orage avec lui, suggéra la gentille dame.

La petite fille se taisait. Elle regardait sa grand-mère droit dans les yeux.

-Peut-être que ta maman avait acheté une tarte au citron et une tarte aux fraises, mais comme elle était glissée en-dessous de l'autre, tu ne l'as pas vue en entrouvrant le couvercle de la boîte de la pâtisserie.

Notre amie fit une moue contrariée.

-Peut-être, poursuivit la grand-mère, que Julien était fatigué. Parfois, les bébés ne savent plus pourquoi ils pleurent. Tu es arrivée juste au bon moment, et il en a profité pour s'endormir.

-Mais non, bonne-mamy. Ma baguette magique a tout fait. J'en suis certaine. Chaque fois que j'ai crié « je veux », ça s'est réalisé.


La bonne grand-mère prit sa petite-fille sur les genoux.

-Ma chérie, je veux bien te croire. Puisque tu es certaine que ton bâton est magique, regarde, là sur la cheminée. Tu vois mon chat ? Mon chat tout noir, avec une petite tache blanche dans le cou ?

-Oui, bonne-mamy.

-Et bien, essaye de le transformer en un chat bleu, par exemple, avec des lignes jaunes.

Magali se leva. Ce défi paraissait vraiment impossible à réussir. Transformer un chat aux poils noirs en un autre, bleu avec des lignes jaunes ! Impensable ! Par contre si elle réussissait, il ressemblerait à un poisson. Ce serait amusant. Et puis sa grand-mère la croirait.

Notre amie tenait à prouver que son bâton blanc était magique.

Elle s'approcha doucement du petit animal. Indifférent à la conversation dont il était l'objet, il se laissa faire. La fillette posa sa baguette sur la tête du chat, bien au milieu, entre les deux oreilles, et murmura :

-Je change tes poils noirs en poils bleus avec des lignes jaunes. Je le veux.

Notre amie ouvrit la bouche, étonnée. La grand-mère, surprise, faillit renverser sa tasse de thé. Crois-moi si tu veux. Le chat devint bleu avec des lignes jaunes.

Magali, avec un grand sourire, posa son bâton blanc sur la cheminée et sortit jouer au jardin.


Elle revint à la maison avec papa, maman et ses deux frères, à la tombée de la nuit.

Le lendemain, à l'école, Magali se rappela qu'elle avait oublié sa baguette magique sur la cheminée de sa grand-mère. Elle aurait voulu la montrer à sa meilleure amie, et s'en servir en classe pour s'amuser.

Dès qu'elle fut de retour à la maison, vers quatre heures, Magali demanda à maman la permission de téléphoner.


-Allo, bonne-mamy ?

-Bonjour Magali. Bonjour ma chérie.

-Bonne-mamy, as-tu trouvé ma baguette magique ?

-Non, ma grande. Où l'as-tu mise ?

-Sur la cheminée, à côté du chat, quand il est devenu bleu et jaune.

Il y eut un moment de silence.

-Tu ne dis rien, bonne-mamy ?

-Un petit bâton d'environ vingt centimètres, à l'écorce blanche comme du bouleau ?

-Oui, s'écria Magali.

Nouveau moment de silence…

-Ma chérie, j'ai oublié que c'était ta baguette magique. J'ai pris ce bâton et je l'ai jeté avec d'autres dans mon feu. Il a brûlé.

-Oh, bonne-mamy, murmura Magali, ma baguette magique…


Mais depuis ce jour-là, le chat de sa grand-mère est bleu avec des lignes jaunes. Il n'ose plus sortir de la maison. Il a peur que les souris se moquent de lui.