Magali

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N°26

La bague de maman

     Quand Magali revint de l'école, en donnant la main à son grand frère Arnaud, les deux enfants remarquèrent que leur maman pleurait. Ils s'en approchèrent doucement et la serrèrent dans leurs bras.

Elle leur expliqua que depuis ce matin, elle cherchait partout sa bague, une jolie bague en argent, avec un diamant qui brille au soleil.

-C'est un cadeau que papa m'a fait le jour où nous nous sommes mariés, dit-elle.

Arnaud âgé de huit ans est en troisième primaire à l'école. Magali, quatre ans et demi, est en deuxième maternelle. Elle a un autre frère. Il s'appelle Julien. C'est un bébé. Il ne pouvait guère aider. Il jouait dans son parc avec sa girafe jaune.

-Ne pleure plus, maman, dit Arnaud. Magali et moi allons chercher ta bague. On va la retrouver.

Les deux enfants se concertèrent et se mirent d'accord. Arnaud regarderait dans la maison et sa petite sœur, à l'extérieur.


Notre amie sortit au jardin.

Ses longs cheveux noirs coiffés en deux jolies couettes dansaient sur ses épaules. Elle portait, comme souvent, une salopette rouge et des baskets bleues.

Elle se mit à quatre pattes dans l'herbe et chercha à gauche, à droite, au milieu des fleurs et le long de la haie, sans succès.

 

Dans un coin du jardin, près des rocailles, poussent quelques très belles fleurs venues on ne sait d'où.  Sans doute des graines apportées par des oiseaux depuis des pays lointains. Parmi elles, s'en trouvait une que Magali repéra, car elle était encore plus belle que les autres. Elle était élancée et toute bleue. Elle l'appela trois fois dans la lumière du soleil.

-Fleur bleue, fleur bleue, fleur bleue.

-Que veux-tu petite fille ?

-Je cherche la bague de ma maman. Tu ne l'as pas vue, par hasard ?

-Elle ressemble à quoi ? demanda la fleur.

-Elle est en argent, avec un diamant qui brille au soleil.

-Je vois ce que tu veux dire. Elle est restée près de moi un long moment. Ta maman l'avait perdue ici.

-Quelle chance! dit Magali. Tu me la donnes ?

-Hélas, elle n'est plus là, dit la fleur bleue. Une pie est venue, il y a deux heures environ. Elle a regardé la bague un moment et puis elle l'a prise dans son bec et l'a emmenée dans son nid.

-Oh, zut, regretta la fillette. Tu sais où se trouve ce nid ?

-Là-bas, à l'entrée de la forêt.


Magali poussa la barrière au fond du jardin et suivit le chemin qui longe le champ de blé. Elle s'approcha des grands arbres, près du ruisseau. Elle avait les mains et les genoux tout sales d'avoir cherché cet anneau à quatre pattes partout, même dans la terre et la boue.

Elle vit l'oiseau et l'appela trois fois.

-Jolie pie, jolie pie, jolie pie.

-Que me veux-tu ? Pourquoi me déranges-tu ? cria la pie en colère.

-Ne te fâche pas, supplia notre amie. Il paraît que tu as la bague de ma maman.

-Laquelle ? demanda la pie.

-Un anneau en argent, avec un diamant qui brille au soleil.

-Je l'avais dans mon nid. Elle se trouvait au fond de ton jardin, au milieu des fleurs. Les gens perdent leurs affaires, puis ils accusent les pies de les leur voler. Nous ne sommes pas des voleuses, nous ne faisons que ramasser ce qui traîne sur le sol. Je l'ai emportée dans mon nid. J'aime ce qui brille, moi.

-Et tu ne l'as plus ? s'étonna la fillette.

-Non, je ne l'ai plus, répéta la pie. C'est pour cela que je suis en colère. Un écureuil est venu me la voler.

-Lequel ?

-L'écureuil aux yeux très doux, celui qui vit là-bas, le long du ruisseau.


Magali traversa le champ de blé. Elle semblait une tache rouge au milieu des épis jaunes, sous le ciel bleu, au grand soleil. Elle repéra l'arbre aux écureuils au bord de l'eau. Elle appela.

-Écureuil aux yeux très doux, écureuil aux yeux très doux, écureuil aux yeux très doux.

-Bonjour petite fille. Que veux-tu ?

-Aurais-tu aperçu la bague de ma maman ?

-À quoi ressemble-t-elle ? demanda l'écureuil.

-Elle est en argent, avec un diamant qui brille au soleil.

-Je l'ai gardée un moment, répondit l'écureuil. Elle se trouvait dans le nid d'une pie. J'ai pensé en la voyant que mes petits seraient heureux de jouer avec elle. J'ai profité d'un instant où l'oiseau était parti pour la prendre, et l'amener dans mon arbre. Mes enfants l'adoraient, mais ils se la disputaient tout le temps en criant.

"Donne-la moi!"

"Non, ce n'est pas ton tour! Tu l'avais tantôt!"

"Je la veux!"

-Qu'en as-tu fait ? s'inquiéta notre amie.

-Je leur ai dit "Ça suffit". Je l'ai jetée dans l'étang. Comme cela, mes trois petits ne se bagarrent plus.

-Oh, zut, soupira Magali. Comment vais-je faire pour la retrouver à présent ?


Elle s'avança jusqu'au bord de l'eau en passant entre les roseaux et les joncs qui poussent dans la boue.

Elle fit encore trois pas. Ses baskets se couvrirent de vase. Mais la fillette se disait que si elle retrouvait la bague, maman ne la gronderait pas. Au contraire, elle serait très heureuse.

Magali fit un pas de plus, mais elle dut reculer car cela enfonçait trop. Une de ses chaussures se perdit dans la boue. Notre amie dut se mettre à quatre pattes et fouiller dans l'eau sale avec les mains pour la retrouver.

En se redressant, elle vit passer un poisson rouge. Elle l'appela trois fois.

-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.

Pas de réponse.       

Pourtant, il nageait pas loin d'elle.

Elle se rappela que lorsqu'elle met sa tête sous l'eau à la piscine, elle n'entend plus ce qui se dit au-dessus. Elle appela de nouveau le poisson, mais en criant très fort cette fois.

-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.

-Que veux-tu ?

-As-tu vu l'anneau de ma maman au fond de l'étang ? Une bague en argent avec un diamant qui brille au soleil. Papa la lui a offerte le jour de leur mariage. Elle pleure car elle l'a perdue.

-Oui, répondit le poisson rouge. Je l'ai aperçue mais je l'ai laissée là car elle n'est pas bonne.

Magali s'étonna de cette réponse.

-Que veux-tu dire ?

-Elle n'est pas bonne, répéta le poisson rouge. J'ai essayé de la manger, mais elle est trop dure.

-On ne mange pas des bagues! dit notre amie en souriant. On les glisse à son doigt.

-Ah, bon, fit le poison rouge. Mais nous ne possédons pas de doigts nous autres. Nous avons des nageoires. Je l'ai laissée là, au fond de l'étang.

-Dommage, regretta notre amie. Elle s'y trouve encore ?

-Non, dit le poisson. Un gros crapaud l'a prise.


Magali regarda autour d'elle, mais ne le voyant pas, elle l'appela trois fois.

-Gros crapaud, gros crapaud, gros crapaud.

-Oui, que me veux-tu ? dit-il en nageant vers elle.

-Aurais-tu aperçu une bague en argent, avec un diamant qui brille au soleil ?

-Ah, oui, je me souviens. Elle illuminait le fond de l'étang. Prodigieuse! Je l'ai prise. Je voulais l'offrir à ma copine, une mignonne grenouille verte.

-Chic, se réjouit la fillette. Alors ton amie possède la bague de ma maman à présent ?

-Non, hélas. Ma copine habite un autre étang, plus loin dans le bois. J'ai ramassé l'anneau. J'avançais sous les arbres en le tenant en bouche pour ne pas le perdre. Mais pendant que je passais près des grands sapins, trois renards coururent vers moi. J'ai eu peur. Je croyais qu'ils allaient m'attaquer. Je me suis sauvé, et en me dépêchant, j'ai perdu la bague. Elle doit se trouver là-bas, dans les feuilles mortes et les aiguilles.

-Merci, gros crapaud, soupira Magali.

Il sauta dans l'eau.

-Qu'il est difficile de retrouver cette bague, songea tout haut la fillette.


Elle quitta la boue de l'étang en pataugeant et s'approcha des grands arbres. Elle chercha à quatre pattes partout sur le sol et sous les feuilles mortes. Hélas, elle ne vit aucune trace du brillant.

Elle se redressa. Il fallait appeler les renards, mais ça lui faisait un peu peur. Elle se cacha derrière un tronc, puis, courageuse, elle lança son cri, mais sa voix tremblait.

-Les renards, les renards, les renards.

L'un d'entre eux s'approcha de notre amie.

-Bonjour, petite fille. Tu joues à cache-cache ?

-Non, répondit Magali. J'ai un peu peur.

-Tu as peur de quoi ?       

-De toi, dit en tremblant la fillette.

-Tu ne devrais pas, fit le renard. Tu ne dois pas avoir peur de moi. Moi j'ai peur de toi. Que me veux-tu ?

-Tu n'aurais pas trouvé la bague de ma maman ?

-À quoi ressemble-t-elle ?

-Un anneau en argent, avec une pierre qui brille au soleil.      

-Ah oui ! Je jouais avec mes deux cousins par ici. On l'a vu. Mais nous, les renards, on ne s'occupe pas des bagues. Cela ne nous intéresse pas. On l'a laissée là.

-Je ne la vois pas...

-Elle n'y est plus. Un lapin blanc l'a emportée.

-Où habite-t-il ? demanda Magali.

-Là-bas, dans le champ de blé, en-dessous du rocher blanc.

-Oh, se réjouit notre amie. Alors, je le connais bien. Merci renard.


Elle s'approcha du rocher blanc au milieu des blés. Elle aperçut le terrier de son ami et l'appela trois fois.

-Gentil lapin, gentil lapin, gentil lapin.

-Bonjour Magali.

-Bonjour, gentil lapin. Il paraît que la bague de ma maman se trouve dans ton terrier ?

-Une bague en argent avec un diamant qui brille au soleil ?

-Oui !

-Bien sûr. Je l'ai ramassée dans le bois de sapins. Elle traînait par terre. Comment sais-tu cela ?

-Le renard près de l'étang t'a vu l'emporter. Tu me la rends ? Ma maman est si triste. C'est un cadeau que mon papa lui a fait lors de leur mariage.

-Je veux bien te la remettre, promit le gentil lapin, mais tu me donneras cinq bonnes carottes en échange.

-D'accord, fit la fillette. J'arrive.


Notre amie retourna au jardin, puis entra dans la cuisine, un peu inquiète, car elle s'était vraiment fort salie.

-Maman, je sais où se trouve ta bague.

-Quel bonheur ! ma chérie.

-Elle est dans le terrier de mon ami le gentil lapin. Il demande cinq bonnes carottes en échange. Tu veux bien ?

Maman remit volontiers les cinq carottes. Notre amie courut les poser devant le terrier. Elle reçut la bague en argent avec le brillant en échange.

Elle la rapporta à sa mère avec fierté. Celle-ci prit sa fillette dans les bras, malgré qu'elle se soit fort salie, et sans la gronder, elle la serra très fort. Un long câlin.


Pendant ce temps-là, Arnaud, le grand frère, cherchait la bague de maman, à quatre pattes dans le grenier. On avait oublié de le prévenir qu'on l'avait retrouvée...