Magali

Magali

N°32

Gaminou

     Magali, notre petite amie de quatre ans et demi, demanda un soir à ses parents une poupée garçon pour son anniversaire qui arrivait bientôt.

Mais papa et maman se trompèrent ou n'en trouvèrent pas. Et elle reçut une poupée fille avec une jupe, une blouse et une queue de cheval. Elle décida aussitôt de l'habiller en salopette et de l'appeler Gaminou, ce qui fait garçon.

Le jour de cette aventure, elle accompagnait sa maman et son grand frère Arnaud, âgé de huit ans, au supermarché. Papa resta à la maison avec le petit frère, Julien. C'est un bébé.

Sitôt arrivée au magasin, Magali s'assit sur le caddie, sa place favorite. Elle tenait Gaminou sur ses genoux. Arnaud partit lire une bande dessinée au rayon livres.


Après avoir parcouru quelques présentoirs dans les couloirs de la grande surface, maman s'arrêta devant les congélateurs où l'on range les glaces. Notre amie l'observa attentivement pour voir si elle allait en prendre une. Elle en avait très envie. Elle regardait tellement sa mère qu'elle ne pensa plus à sa petite poupée et celle-ci glissa et tomba au fond d'un bac à pizzas surgelées.

-Tu préfères au chocolat ou à la fraise? ma chérie.

-Au chocolat, répondit la fillette avec un grand sourire.

-Alors tiens, prends-la.

Magali saisit la boîte de glace entre ses mains. Puis elles partirent vers les caisses. Mais, distraite hélas, Magali oublia sa Gaminou qui resta au fond du bac à surgelés.

-Tu viens, Arnaud ?

Le garçon, qui était allé repérer les bandes dessinées, arriva et saisit le caddie. Maman régla la marchandise et nos amis sortirent du supermarché. Ils traversèrent le parking et se dirigèrent vers la voiture.


-Maman, j'ai perdu Gaminou! J'ai perdu Gaminou! répéta la fillette.

-Comment as-tu fait ma chérie ? Où est ta poupée ?

-Dans le magasin! Je l'ai oubliée près des glaces, je crois...

-Bon. Arnaud, tu donnes la main à ta sœur et tu restes ici près de l'auto. Observez-bien tous les deux les gens qui sortent du supermarché pour voir si personne n'emporte la petite poupée. Moi, je retourne à l'intérieur et je vais tâcher de la retrouver.

Et maman s'éloigna.


Gaminou avait bien froid au fond du bac à glace. La petite poupée pleurait entre les boîtes de soupes surgelées et les pizzas. Et ses larmes gelaient sur ses petites joues glacées. Elle songeait en silence. Elle ne parle pas, mais elle pense.

Pourquoi Magali m'abandonne-t-elle ? Pourquoi ne m'emporte-t-elle pas avec elle ? J'ai si froid dans ce congélateur. Pourquoi me laisse-t-elle ici toute seule ? Je suis bien malheureuse maintenant. Que lui ai-je fait pour mériter cela ?

Gaminou n'est qu'une petite poupée. Elle ne peut pas comprendre que notre amie ne l'a pas abandonnée. Elle a seulement été distraite.


Une petite fille de quatre ans et demi comme Magali et qui s'appelle Soline, s'approcha du bac à surgelés et vit Gaminou. Elle la prit dans les bras et la serra sur son cœur pour la réchauffer.

Parvenue près des caisses, la mère de Soline envoya le grand frère Corentin, huit ans comme Arnaud, chercher sa petite sœur.

-Dépêche-toi, cria le garçon. Maman nous attend. Viens vite.

Emportant la poupée dans ses bras et donnant la main à son frère Corentin, Soline rejoignit sa mère.


Gaminou regardait la fillette.

Ce n'est pas Magali... Pourquoi cette petite fille m'emporte avec elle ? C'est bien gentil de m'avoir retirée du frigo. J'ai moins froid maintenant. Mais j'ai un peu peur. Pourquoi Magali ne veut-elle plus me prendre? Pourquoi n'est-elle pas venue me rechercher?


Magali, qui attendait avec Arnaud près de la voiture, dans le parking, aperçut sa poupée dans les bras de Soline qui sortait du magasin.

-Gaminou! s'écria notre amie. Regarde, Arnaud, là-bas, la petite fille. Elle tient ma poupée dans ses bras.

Le grand frère, prenant sa petite sœur par la main, s'approcha rapidement de la maman de Soline. Corentin qui chargeait les paquets dans le coffre de l'auto ne pouvait pas voir nos amis.

Arnaud parla à la dame, mais hélas, il ne s'expliqua pas bien. Il l'aborda et dit:

-Madame, s'il vous plaît, donnez-moi cette poupée. C'est pour ma petite sœur.

-Veux-tu bien t'en aller, répondit la maman. 

-Mais madame, s'il vous plaît, insista le garçon. Donnez-la moi!

-Laisse-nous tranquille, mon garçon. Je ne vais pas te donner cette poupée. Allez, je dois y aller...

-Zut, dit Arnaud en s'éloignant. J'ai pourtant bien assayé.

Puis, tenant toujours sa petite sœur par la main, il l'emmena.

-Viens, courons au magasin. On va chercher maman.

Le grand frère de notre amie aurait dû mieux s'expliquer. Il fallait dire que cette poupée appartenait à sa sœur et qu'elle venait de la perdre dans le supermarché.

Pendant ce temps-là, l'autre garçon, Corentin, acheva de charger le coffre avec les paquets que sa mère avait achetés. Sa petite sœur Soline et lui-même s'assirent à l'arrière de la voiture et la maman démarra.


Gaminou pleurait en silence.

Pourquoi Magali ne me reprend-elle pas ? Pourquoi me laisse-t-elle dans les bras de cette petite fille ? Magali ne m'aime plus? Je suis si malheureuse. Je suis pourtant une chouette poupée. Pourquoi Magali ne me veut-elle plus ? Pourquoi me laisse-t-elle avec cette petite fille que je ne connais pas ?

Ses larmes coulaient.

J'espère que Soline est gentille. J'espère qu'elle me soignera bien. Moi, j'aimais bien Magali. Elle jouait si bien avec moi...


-Maman, s'inquiéta Soline, la poupée que j'ai trouvée au magasin pleure.

-Mais non, répondit sa mère sans se retourner car elle conduisait la voiture. Les poupées ne pleurent pas. Tu l'as prise dans le bac à glaces. C'est un peu de givre qui fond.


Au même moment, Arnaud et sa petite sœur retrouvèrent leur maman qui sortait du supermarché. 

-Regarde, là-bas, lui dit Magali. Oh! l'auto s'en va. La petite fille qui a pris ma poupée est dedans. Gaminou, ma Gaminou, je ne la reverrai jamais!

Et elle se mit à pleurer.

Il était trop tard pour rattraper la voiture. Elle était déjà loin sur le boulevard quand ils sortirent du parking à leur tour. Ils revinrent à la maison.

Magali pleura tout l'après-midi. Elle était si triste. Elle ne voulut pas jouer dehors. Plus tard, elle refusa de prendre son repas du soir. Ses larmes coulèrent même sous la douche. Et puis, dans son lit, avec son doudou, un mouton blanc, elle sanglota encore longtemps. Elle eut bien difficile à s'endormir.


Au même moment, Soline se trouvait aussi dans son lit, dans sa maison. Elle serrait Gaminou dans ses bras.

-Corentin, regarde la poupée que j'ai trouvée tantôt dans le grand magasin. Elle pleure de nouveau. Pourtant, elle n'est plus froide.

Le garçon la prit entre ses mains. Il la fit tourner dans tous les sens. Il aperçut un prénom inscrit à l'arrière de la poche de la salopette.

"Magali".

-Tiens? J'ai déjà entendu ce nom-là. J'ai un copain à l'école, Arnaud. Il a une petite sœur qui s'appelle Magali, je crois. C'est peut-être sa poupée. Je lui demanderai demain.


Gaminou avait peur. Tu sais qu'elle ne peut pas parler, mais elle peut penser.

Ce n'est pas la chambre de Magali. Je ne connais pas la petite fille qui me tient dans ses bras. Comme je suis malheureuse! Pourquoi mon amie m'abandonne ? Pourtant j'étais gentille. Pourquoi ne m'aime-t-elle plus ? Pourquoi m'avait-elle laissée toute seule dans ce bac à glace ? Comme c'est triste!

Elle pleurait. Elle ne pouvait pas comprendre que Magali l'aimait encore et la regrettait de tout son coeur.


Le lendemain, lorsque Corentin arriva à l'école, il appela son copain.

-Arnaud !

-Oui, répondit le garçon en se retournant.

-Ta petite sœur s'appelle Magali ?

-Oui, répondit notre ami.

-N'aurait-elle pas perdu une poupée par hasard ? Ma sœur en a trouvé une hier dans un grand magasin et son nom est inscrit sur l'un de ses vêtements. Grâce à ce mot, je l'ai amenée.

-Quel bonheur! se réjouit Arnaud. C'est la sienne. Elle l'a perdue hier dans un congélateur du supermarché. Elle a pleuré toute la soirée et toute la nuit. Viens, allons la lui rendre. Elle va être si contente.


Les deux copains se dirigèrent vers le bâtiment des maternelles. Ils entrèrent dans la classe et saluèrent l'institutrice. Ils lui racontèrent l'aventure.

-Magali, Magali, appela Corentin. Regarde!

Mais notre amie pleurait dans un coin de la classe. Couchée par terre sur le tapis, elle sanglotait, cachant son visage dans ses mains. Elle ne voulait pas se tourner.

-Regarde, insista Corentin. 

La fillette, désespérée, fit non avec la tête.

-Magali, dit Arnaud, regarde ce que mon copain t'apporte ! Gaminou revient.

Alors, doucement, sans d'abord oser y croire, Magali tourna la tête.

Dès qu'elle aperçut Gaminou dans les mains de Corentin, elle se leva et reprit sa petite poupée. Elle la serra contre son cœur de toutes ses forces, en remerciant les deux garçons.

Quel bonheur! pensait Gaminou. Je retrouve Magali. Elle me prend de nouveau dans ses bras. Elle m'aime de nouveau. Je suis encore son amie. Merci! Merci!


Magali pleurait, mais c'étaient des larmes de joie à présent.