Magali

Magali

N°33

L'anniversaire de papa

     Ce soir, on fête l'anniversaire de papa. Magali voudrait lui offrir un beau cadeau, mais elle n'a pas d'argent. Arnaud, lui, en reçoit. C'est son grand frère de huit ans. Les parents ont bien expliqué à leur fille chérie:

-Tu as quatre ans et demi. Lorsque tu auras appris à bien compter à l'école primaire, tu recevras aussi de l'argent de poche le dimanche.

Mais pour le moment, elle n'en a pas.


Magali monta l'escalier et se dirigea vers la chambre de son grand frère. Elle entra.

-Arnaud. Que vas-tu offrir à papa pour son anniversaire?

-Je vais lui acheter une jolie cravate, avec des petits papillons.

-Tu veux bien me prêter de l'argent? Je voudrais aussi faire un cadeau à papa.

-Non, répondit le grand frère, je ne veux pas te prêter mes sous. Comme tu n'en reçois pas, tu ne pourras pas me les rendre. Va demander ailleurs.

-Tu n'es pas gentil!

Notre amie redescendit l'escalier, un peu triste.

Elle traversa le jardin, puis se glissa sous la haie et passa sur le chemin en terre qui longe le champ de blé. Soudain, elle eut une idée. Si elle demandait conseil à ses amis...


Caressant de la main les épis de blé, elle se dirigea vers la grande pierre blanche au milieu du champ. Là-dessous se trouve un terrier où habite le gentil lapin. Magali s'assit devant l'entrée et appela trois fois son ami.

-Gentil lapin, gentil lapin, gentil lapin.

-Oui, répondit le petit animal en pointant son museau. Que se passe-t-il?

-Aujourd'hui on fête l'anniversaire de mon papa. Je voudrais lui offrir un beau cadeau, mais je ne sais pas quoi lui acheter. Et surtout, je n'ai pas d'argent. N'aurais-tu pas une bonne idée à me donner?

-Oh oui! répondit le gentil lapin. Tu dois faire un très beau cadeau à ton papa. Le plus beau que tu pourras trouver. Offre-lui une bonne grosse carotte.

La fillette sourit. Elle ne voulait pas donner une carotte à son papa pour sa fête. Son père n'est pas un lapin. Elle voulait quelque chose de mieux.

-Alors, je ne puis pas t'aider, soupira le gentil lapin.

Il retourna dans son terrier.


Magali s'avança encore plus loin dans le champ de blé et s'approcha du nid où habite une vieille souris. Elle n'a pas très bon caractère. Elle répète toujours : "C'est de ta faute", mais ses conseils sont parfois précieux. Notre amie se mit à quatre pattes et l'appela trois fois.

-Vieille souris, vieille souris, vieille souris.

-Que se passe-t-il? demanda-t-elle, avec sa petite voix grinçante.

-Aujourd'hui on fête l'anniversaire de mon papa. Je voudrais lui offrir un beau cadeau, mais je ne sais pas quoi lui acheter. Et surtout, je n'ai pas d'argent. N'aurais-tu pas une bonne idée à me donner?

-Les anniversaires, répondit la vieille souris avec une voix un petit peu énervée, c'est toujours ennuyeux. Il faut choisir des cadeaux et cela coûte cher. Ne donne rien à ton papa. De toute façon, c'est de sa faute. Fais-lui simplement un bisou. Personne ne te le reprochera. Tu es encore petite.

Notre amie s'éloigna. Elle avait envie d'offrir un beau cadeau à son père. Elle ne voulait pas suivre le conseil de cette souris grincheuse.


Elle s'approcha de l'arbre où vit la jolie pie. Elle aurait peut-être une bonne idée. Ces oiseaux-là ont du goût. Ils garnissent leurs nids avec des belles choses qui brillent. Elle l'appela trois fois.

-Jolie pie, jolie pie, jolie pie.

Mais la pie ne répondit pas. Elle était absente.


Magali emprunta alors le sentier qui longe le bord du ruisseau et passe près de l'arbre aux écureuils. Elle repéra son copain en un instant. Elle l'appela.

-Écureuil aux yeux très doux, écureuil aux yeux très doux, écureuil aux yeux très doux.

-Que veux-tu, petite fille? répondit l'écureuil.

-Aujourd'hui on fête l'anniversaire de mon papa. Je voudrais lui offrir un beau cadeau, mais je ne sais pas quoi lui acheter. Et surtout, je n'ai pas d'argent. N'aurais-tu pas une bonne idée à me donner?

-Bien sûr, répondit l'écureuil. Donne-lui une noisette. La plus belle que tu pourras trouver. Si tu veux, je t'en apporte une.

-Je ne vais pas offrir une noisette à mon papa, dit la fillette en souriant. C'est pas un écureuil. Je veux plus pour son anniversaire. Il faut que je trouve autre chose.


Marchant encore le long de la rivière, Magali parvint près de l'étang. Elle s'approcha le plus près possible de l'eau mais sans enfoncer ses baskets bleues dans la boue. Elle se trouvait au milieu des roseaux, une tache rouge au milieu du vert. Notre amie porte souvent une salopette rouge. Elle disparaissait parmi les herbes et les joncs car ils sont plus grands qu'elle. Elle écouta les crapauds chanter et les canards coincouiner. Les oiseaux gazouillaient.

Magali se pencha au-dessus de l'eau verte et regarda entre les nénuphars en fleurs. Elle aperçut un poisson rouge. Elle l'appela trois fois.

-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.

Le petit poisson ne répondit pas. Sans doute parce qu'il nageait près du fond. On n'entend pas bien lorsqu'on met la tête en-dessous de l'eau. La fillette cria plus fort.

-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.

-Qu'y a-t-il?

-Aujourd'hui on fête l'anniversaire de mon papa. Je voudrais lui offrir un beau cadeau, mais je ne sais pas quoi lui acheter. Et surtout, je n'ai pas d'argent. N'aurais-tu pas une bonne idée à me donner?

-Moi je ne possède pas d'argent, affirma le poisson rouge. Je me débrouille quand même. Je sais bien ce que j'offrirais à mon papa pour sa fête. Je lui soufflerais une magnifique bulle d'une belle couleur.

-C'est joli, répondit Magali. Voilà une bonne idée. Mais je ne pourrai pas prendre la bulle pour la porter à mon papa. Et il ne pourra pas la poser, par exemple, sur son bureau, car elle éclatera dès qu'il la touchera. Je te remercie, poisson rouge.


Elle se tourna ensuite vers une grenouille qui sautait de nénuphar en nénuphar.

-Grenouille verte, grenouille verte, grenouille verte, cria notre amie.

-Quoi? répondit la grenouille verte.

-Aujourd'hui on fête l'anniversaire de mon papa. Je voudrais lui offrir un beau cadeau, mais je ne sais pas quoi lui acheter. Et surtout, je n'ai pas d'argent. N'aurais-tu pas une bonne idée à me donner?

-Chante-lui une belle chanson. Nous autres, grenouilles et crapauds, nous aimons chanter. Veux-tu que je t'apprenne une chanson?

Magali, assise au bord de l'eau, écouta la grenouille verte pendant qu’elle fredonnait un air joyeux.

-Bravo!, applaudit la fillette, mais je veux autre chose pour mon papa. Je lui chante des chansons très souvent. Aujourd'hui, pour son anniversaire, je voudrais quelque chose de spécial.

-Bonne chance! fit la grenouille verte en sautant dans l'eau.

Il est temps pour moi de revenir vers la maison, songea notre amie, mais en passant, je vais retourner près de l'arbre de la jolie pie. Peut-être qu'elle est revenue.


Magali l'appela de nouveau trois fois.

-Jolie pie, jolie pie, jolie pie.

-Oui.

-Oh, jolie pie, tu es là! Quelle chance! Aujourd'hui on fête l'anniversaire de mon papa. Je voudrais lui offrir un beau cadeau, mais je ne sais pas quoi lui acheter. Et surtout, je n'ai pas d'argent. N'aurais-tu pas une bonne idée à me donner?

-Si, bien sûr, réfléchit la jolie pie. Pour ton papa... voyons... Il faut choisir quelque chose du meilleur goût. Apporte-lui une pierre précieuse par exemple, ou une bague avec un diamant, une broche de rubis rouges, une perle fine ou bien quelque chose en or... oui en or, ce sera le mieux.

-Merci pour ta bonne idée, soupira Magali. Mais il faut beaucoup d'argent pour cela. Moi je n'en ai pas du tout.

-Mais non, répondit la pie. Pas besoin d'argent pour trouver des cadeaux de valeur. Si tu voyais mon nid et tout ce que j'y ai rassemblé, un vrai musée ! Ça brille au soleil. Fais comme moi : grimpe au sommet d'un arbre et puis regarde autour de toi. Tu trouveras certainement quelque chose de beau dans l'herbe d'un jardin, sur un trottoir, ou le long d'un chemin. Les gens sont si distraits. Ils laissent traîner leurs affaires. Il suffit de les ramasser. Oui, va au sommet d'un arbre et ouvre tes yeux.

-Je ne peux pas grimper aussi haut que toi, dit notre amie en soupirant. Je ne suis qu'une petite fille. Et je ne sais pas voler.

-Alors rends-toi à ton grenier, proposa la jolie pie. Va jusqu'à la plus haute fenêtre et regarde par la lucarne.

-Tu m'accompagnes?

-D'accord, j'arrive dans un instant. On se retrouve là-haut.


Magali retourna à la maison. Elle suivit l'escalier jusqu'au grenier. Elle ouvrit la porte et s'avança jusqu'à la petite fenêtre un peu sale. Elle l'ouvrit. La jolie pie venait de se poser près des tuiles, sur le bord de la cheminée.

-Alors, vois-tu quelque chose qui brille? demanda l'oiseau.

La fillette regarda dans toutes les directions. Elle vit les prés, les champs, la forêt, la rivière.

Soudain, elle s'écria :

-Là-bas, un peu au-delà de l'étang. J'aperçois quelque chose qui brille comme de l'or.

-Bravo! confirma la jolie pie. Vas-y. Ramasse ce quelque chose et apporte-le à ton papa.

-Oh oui, se réjouit Magali. J'y cours. Merci jolie pie.

Elle referma la lucarne du grenier, remit la chaise en place et redescendit l'escalier.

-Maman, maman. J'arrive tout de suite. Je vais chercher un joli cadeau pour papa.


Magali se rendit au jardin et se glissa au fond sous la haie. Elle traversa le champ de blé puis longea la rivière. Elle franchit le petit pont après l'étang. Elle s'approcha de la vieille cabane en bois abandonnée qu'elle venait de repérer. Son toit était aux trois quarts écroulé.

Il avait plu à l'intérieur de cette ancienne construction et une flaque d'eau stagnait. Un beau rayon de soleil passait par le trou du toit, à l'intérieur de la bicoque en ruine. Il longeait une échelle et illuminait la surface de l'eau qui dormait sur le sol. Une belle lumière oblique dorait la poussière.

-Comme c'est beau! songea tout haut notre amie. Voilà ce que je vais offrir à papa pour son anniversaire. Un rayon de soleil.

Elle tendit les bras.

Mais il est impossible de prendre un rayon de soleil et de l'emporter avec soi. On peut le traverser, mais pas le saisir.


Magali courut à la maison et revint quelques instants plus tard avec une feuille de papier blanc et ses crayons de couleur. Elle dessina les planches de la maison en brun, l'échelle abandonnée en rouge, le grand rayon oblique de lumière en jaune et la tache dorée sur le sol où le soleil miroitait sa lumière dans la flaque d'eau en orange.

Puis elle roula son dessin, et revenue à la maison, elle noua un petit ruban bleu autour.


Au soir, Arnaud offrit la cravate avec des papillons. Papa, très heureux, fit un grand sourire et la passa tout de suite autour de son cou. Puis, il reçut un beau cadeau de maman et de la part du petit frère Julien qu'elle tenait sur les genoux. Une belle montre.

Magali alors, présenta son dessin à son père. Il l'ouvrit et affirma qu'il n'avait jamais vu quelque chose d'aussi ravissant.

Il prit sa petite fille dans ses bras et la serra très fort. Il lui murmura à l'oreille:

-Ma chérie, mon plus beau rayon de soleil, c'est toi! Je te remercie.

Quel bel anniversaire !