Quatre amis des Indes

Quatre amis des Indes

N°12

Le rubis du gouverneur

     - Samuel, Myriam, David, Sarah, appela la maharané, le gouverneur Cittam Nirvid vous invite dans sa ville d'Akusala, pour découvrir les célèbres mines de rubis. Je vous avoue que je n'aime pas trop cela. Je me méfie de cet homme. Il n'a plus entièrement ma confiance.

- Votre mère a raison, intervint le maharajah. Ce gouverneur administre les terres du Nord-Est de notre pays, à la frontière de celles du prince Jarayu Narada. C'est un bon gestionnaire, mais je le crois lié à certaines affaires douteuses, dont celle du signe de Tassala. Par contre, refuser son invitation serait perçu comme un affront, un camouflet.

- Nous irons, père, affirma Samuel, mais nous resterons prudents.

- Visiter les mines de rubis me passionnera, lança David. Il paraît que de cet endroit proviennent les plus beaux du monde.

- Voilà peut-être pourquoi cette région s'appelle "le triangle de l'or", ajouta Myriam.


Nos amis quittèrent la ville le lendemain à dos d'éléphants, en compagnie de Kapilavastu, chef de la garde du maharajah, et dix de ses hommes.

Le premier jour, ils traversèrent les campagnes cultivées et les villages. Chaque fois la population se rassemblait pour les saluer avec respect et admiration.

Puis ils entrèrent dans la jungle et suivirent la longue piste qui mène à la Cité du Cobra, lieu de rendez-vous fixé par le gouverneur Cittam Nirvid. Une troupe d'hommes en armes, devant servir de garde d'honneur, les attendait pour les mener à Akusala.

Les quatre enfants passèrent la soirée et la nuit chez Rahougougouenzi que nous connaissons bien. 

As-tu lu les parties 1 et 11?

- Vos hommes et leur chef peuvent retourner chez Rabanath, déclara le lendemain matin le commandant de l'escouade. Vous resterez dès à présent sous notre protection.

Après un instant d'hésitation, Samuel renvoya Kapilavastu et son équipe, mais à contrecoeur. Nos amis allaient se sentir bien seuls à présent, mais le garçon choisit de ne pas risquer de vexer son futur hôte.

Ils s'enfoncèrent dans les collines. La piste longeait des vastes marais où l'on entendait coasser les crapauds et bourdonner des millions d'insectes. Des arbres géants encombrés de lianes, de fougères arborescentes et de tous les animaux qui grimpent ou qui volent, bordaient la piste.

Ils franchirent plusieurs fois des rivières ou des torrents dans lesquels nos amis n'hésitèrent pas à se baigner avant de reprendre la route, les habits trempés, mais un instant rafraîchis. Il régnait en effet une chaleur torride.

Au soir, ils arrivèrent à Akusala.


Le gouverneur, un homme d'une cinquantaine d'années, assez corpulent, une bague précieuse glissée à chaque doigt, les accueillit chaleureusement dans sa vaste et luxueuse résidence.

On leur montra leurs chambres avant le repas du soir, ce qui permit à nos amis de se préparer. Myriam et Sarah revêtirent les splendides robes de fin velours rouge, rehaussées de dessins brodés au fil d'or, qu'elles emportaient dans leurs bagages pour l'occasion. Elles tressèrent leurs longs cheveux et parurent resplendissantes sous leurs diadèmes d'argent et de saphirs bleus. Les garçons portaient leurs habits princiers, des longues tuniques bleu nuit travaillées elles aussi au fil d'or.

On servit un repas délicieux, raffiné. Leur hôte se montra attentif à soigner et satisfaire ses invités.


Un serviteur introduisit un homme vers la fin du dîner. Il s'approcha de la table d'honneur en s'excusant de déranger.

- Vinopti est un négociant de pierres précieuses et rares, dit Cittam Nirvid en guise de présentation. Que nous veux-tu, cher ami? 

- J'ai ouï-dire qu'un vieil homme souhaite se séparer d'une pierre extraordinaire, répondit le marchand. Un rubis, sang de pigeon, précisa Vinopti. Il me l'a montré. On ne peut pas refermer sa main sur lui. Il est taillé de mille facettes. Une pierre unique au monde...

On considère les rubis rouge foncé appelés "sang de pigeon" comme les plus précieux sur terre.

L'homme se tut un instant, mesurant l'effet de son annonce sur chacun. Puis il enchaîna.

- L'heureux propriétaire de ce joyau de rêve s'appelle Abidharna, un milliardaire bien connu. Il vit retiré dans un temple situé assez haut, sur les contreforts de l'Himalaya.

- Le prix qu'il demande pour son rubis défie sans doute l'imagination, supposa le gouverneur.

- Il ne vend pas la pierre, précisa Vinopti. Il la donne.

Le marchand put lire l'étonnement sur les visages des convives attablés.

- Il la donne! répéta Cittam Nirvid. A qui?

- A la princesse Myriam Rabanath, Kousalamoula de la Cité du Cobra.

- Pourquoi moi? demanda notre amie.

- Car le vieil homme lie le don à une condition, expliqua Vinopti. La princesse Myriam doit aller poser la pierre au trésor de la Cité du Cobra. Et elle seule, paraît-il, est initiée pour y accéder.

Le gouverneur se tourna vers nos amis.

- Si cela vous convient, dit-il, nous visiterons demain, comme prévu, une importante mine de rubis. Puis, le jour suivant, nous pouvons monter au temple où vit Abidharna. Je vous servirai de guide, j'en connais la route.

Le marchand se retira après un salut un peu trop servile au goût de Samuel et de Myriam.


La visite de la mine de rubis, creusée dans le flan de la montagne, dans un site impressionnant, fut très intéressante.

Un curieux incident se produisit à la sortie du réfectoire de l'entreprise, où nos amis prenaient le repas de midi en compagnie de leur hôte, des dirigeants et des ouvriers.

Une fillette, pieds nus et en haillons, s'approcha de Myriam et lui proposa d'acheter une petite pierre rouge, un rubis, disait-elle, qu'elle tenait entre les doigts.

Notre amie lui sourit, mais avoua qu'elle ne portait pas d'argent sur elle. La fillette lui glissa la pierre dans le creux de la main.

- En ce cas, je vous l'offre, dit-elle.

- Mais... pourquoi ?

L'enfant se sauva et disparut dans la foule qui entourait nos amis.

Myriam sentit que la petite boule rouge qu'elle tenait n'était pas une pierre précieuse, mais une boulette de papier. Elle la déroula à l'abri des regards. Un court message y était griffonné.

"Vous êtes tous les quatre en danger. Le rubis est un piège. Venez à 23 heures à la fontaine, sur la place, devant la maison du gouverneur."


Notre amie en parla à son frère Samuel.

- Et si le piège consistait justement à te faire sortir seule de la maison du gouverneur?

- Je ne crois pas, répondit Myriam. Mon intuition me dit de faire confiance à cette fillette. J'irai au rendez-vous.

 

Le soir venu, notre amie mit juste une courte robe et resta pieds nus. Elle passa sur la terrasse de sa chambre puis descendit le long du mur en se tenant aux branches d'une sorte de lierre grimpant.

La nuit était sans lune. Quelques lumières éclairaient encore la maison du gouverneur, au rez-de-chaussée.

La fillette entendit un craquement et se retourna. Son frère Samuel la suivait.

- Je me tiens à distance, souffla le garçon. J'interviens si tu appelles.

Myriam franchit sans bruit les haies et les parterres de fleurs du jardin. Puis elle se glissa dans l'eau d'une fontaine envahie de plantes aquatiques pour atteindre une grille fermée par un simple verrou, sans se faire repérer. Elle ouvrit et se retrouva sur la place.


Personne en vue près de la fontaine. Elle s'en approcha. La fillette en haillons, pieds nus elle aussi, arriva en courant.

- Ecoutez-moi, princesse. Il y a trois semaines environ, Vinopti, le marchand, s'est redu une première fois chez le gouverneur. Il lui parla d'un vieil homme qui vit dans la montagne et qui veut se séparer d'un rubis très rare. Il exigeait que ce soit vous qui alliez le chercher. Le gouverneur choisit une fille de votre âge et l'habilla en princesse. Il la conduisit au temple, dans la montagne, lui-même, car il veut s'emparer de cette pierre. Cette fille est mon amie. 

L'enfant en haillons se tut un instant avant de reprendre son récit.

- Depuis, je ne l'ai plus revue. On dit que le vieil homme qui vit là-haut avec les moines ne lui a pas donné la pierre. Il semblerait que pour la recevoir il faille répondre à des questions concernant un passage d'initié ou quelque chose de cet ordre-là. Je ne sais pas où on cache mon amie. Certains disent qu'elle est morte. On aurait retrouvé son corps au fond d'un précipice. Soyez prudente, princesse. Cittam Nirvid veut s'emparer de cette pierre.

- Pourquoi me dis-tu tout cela, au risque d'avoir de graves ennuis?

- Je vous admire. Vous n'êtes pas comme ces princesses mauviettes ou prétentieuses qui s'enferment douillettement dans leur palais. Et puis vous avez délivré mon pays du tyran Astak Razi.

- Comment t'appelles-tu? demanda Myriam.

- Sinem, dit-elle. Adieu.

La fillette s'enfuit.


Myriam revint à sa chambre sans encombre et fit le récit de sa rencontre à son frère.

- Que décide-t-on? dit-il. On peut simplement refuser d'aller à ce temple et retourner demain chez nous.

- On y va, décida notre amie. Et on reste sur nos gardes. Le gouverneur ne sait pas que j'ai été avertie d'un danger. Cela nous donne un avantage.

- Je regrette d'avoir du renvoyer Kapilavastu au palais. Il nous accompagnerait...


Ils partirent à cinq le lendemain. Cittam Nirvid et nos quatre amis. Ils suivirent un impressionnant sentier dans la montagne. Certains passages longeaient des escarpements vertigineux. Plusieurs fois, ils traversèrent des torrents impétueux, sur des ponts en corde ou en sautant de rocher en rocher.

L'après-midi, le ciel se couvrit et un vent froid, venu des neiges éternelles des pentes de l'Himalaya, les fit frissonner. Nos amis n'étaient pas équipés pour affronter ce climat.

Ils firent halte dans un refuge, un simple chalet en pierre au sol en terre battue. Ils allumèrent un grand feu dans la cheminée et partagèrent un solide repas qu'ils emportaient avec eux. La nuit fut paisible.

A l'aube tout était blanc. La lamaserie, située plus haut, accrochée à la paroi rocheuse, apparaissait dans le décor somptueux.

La marche fut rude.

Ils arrivèrent en fin de matinée, transis par le froid glacial qui soufflait dans la vallée.

On leur ouvrit et on les conduisit aussitôt chez le responsable du couvent. Celui-ci précisa que seule la Kousalamoula pouvait se rendre auprès d'Abidharna.

Myriam suivit en silence le maître des lieux jusqu'à la cellule qu'occupait le vieil homme. Elle entra après avoir frappé à la porte.


- Mon nom est Abidharna.

Il fit asseoir notre amie et l'observa en silence un moment.

- Es-tu la Kousalamoula de la Cité du Cobra?

- Oui, répondit Myriam.

- Je suis un initié et je vais te poser trois questions.

- Je vous écoute.

- Comment appelle-t-on la deuxième porte qui mène au trésor?

- La porte des noircis.

- Comment ouvre-t-on la porte des hurlements?

- En jouant de la flûte.

- Que trouve-t-on derrière celle du chauffant?

- Un lac de lave que l'on franchit en sautant de rocher en rocher.

- Dis-moi, jeune fille, qui est la fillette que l'on m'a présentée à ta place, il y a trois semaines?

- Une malheureuse enfant qui me ressemble, paraît-il, et qui a disparu depuis, hélas.


Le vieil homme se dirigea vers une armoire en bois. Il fit glisser un tiroir et en sortit un coffret sculpté. Il l'ouvrit et y prit un rubis de la taille d'une orange.

- Voici probablement le plus beau rubis, sang de pigeon, du monde. Il possède 1024 facettes. Sa valeur est inestimable.

Myriam le fit tourner entre ses mains, impressionnée.

- J'ai passé la plus grande partie de ma vie à me constituer une fortune considérable. J'étais acharné, calculateur, impitoyable, féroce même. Mais je n'étais pas heureux. Je collectionnais les pierres précieuses. Un jour, à une vente à Londres, je découvris ce rubis. J'ai vendu une partie de mes biens pour l'acheter, pour qu'il devienne le roi de ma collection. Mais je n'étais pas encore heureux.

Abidharna se tut un instant.

- Puis un ami me parla de ce monastère. En le visitant, je fus aussitôt conquis par la vie simple des moines. Ils m'acceptèrent dans leur communauté. J'y trouve enfin le bonheur.

L'homme se tut à nouveau. Par la fenêtre grande ouverte, on apercevait la chaîne de l'Himalaya, somptueux paysage de bleus et de blanc.

- Ce rubis cause bien des convoitises, jeune fille. Il trouble la sérénité de ce lieu saint et ma paix intérieure. Je veux m'en séparer. Je te le confie, Kousalamoula. Tu iras le poser dans la salle du trésor de la Cité du Cobra.

- Je vous le promets, dit Myriam.

- Sois prudente au retour. Le gouverneur veut s'emparer de la pierre. Ou pire, il veut voler le trésor de la Cité sans être initié. Mais ceci pourra peut-être t'aider.

Abidharna saisit un petit sac brun posé sur la table et le remit à notre amie.

- Ce sac contient une poudre soporifique. Conserve-le sur toi, en espérant ne pas devoir t'en servir. Adieu, princesse.

- Merci pour votre confiance, Monsieur, dit Myriam en se levant.


Elle suivit les couloirs empruntés en venant et retrouva ses frères, sa soeur et le gouverneur dans la cour du monastère.

Une cloche sonna au moment où ils s'éloignaient sur la piste qui mène à Akusala.

Ils marchèrent en silence et atteignirent le refuge dans lequel ils avaient passé la nuit précédente, en venant.

Nos amis s'étendirent près du feu après le repas du soir. Les braises dans la cheminée répandaient une douce chaleur, propice au sommeil.

Myriam ferma les yeux, mais elle ne dormait pas. Elle écoutait le silence.

Elle perçut une présence près d'elle puis entendit qu'on ouvrait son sac à dos. Elle serra le rubis, glissé dans la poche de sa robe. Ensuite elle fit exprès de remuer un peu, puis de gémir, puis de se lever.

Les deux plus jeunes et Samuel dormaient déjà à poing fermé. Notre amie vint s'asseoir près de Cittam Nirvid, appuyé contre le mur de pierres, près du feu. Elle se déclara incapable de trouver le sommeil.

Elle lui proposa un thé, ce que l'homme accepta sans hésiter. Myriam glissa une pincée de poudre soporifique dans le bol du gouverneur.

Il but la boisson brûlante à petites gorgées. Notre amie parla, semblant de rien, du maharajah Rabanath et de ses futurs projets.

Puis le gouverneur sombra dans un sommeil profond.


La fillette réveilla Samuel, David et Sarah. Elle les mit au courant de ce qui venait de se passer.

- Il faut fuir, dit-elle. Profitons qu'il dort à poings fermés.

- Oui, mais où aller? réfléchit Samuel. A l'Est, c'est le triangle de l'or et les terres de Cittam Nirvid. Au Sud, la jungle nous attend avec tous ses dangers. Au Nord se dressent les montagnes infranchissables de la chaîne de l'Himalaya. Il reste la piste de l'Ouest. Allons vers le Bhoutan. Un peuple ami depuis la destitution d'Astak Razi. Les habitants nous aideront. Mais il faudra marcher trois jours et passer un col. On n'est pas équipés pour le froid et on n'a à manger que pour un jour seulement.

Le garçon se tut. Il semblait encore hésiter.

- Ne risquons pas nos vies pour un rubis, dit soudain le grand frère. Donnons-le au gouverneur et retournons chez nous.

- Non, répondit Myriam. S'il ne s'agissait que de la pierre, je m'en débarrasserais. Mais il reste ma promesse faite à Abidharna. Et puis je crois que le but du gouverneur n'est pas seulement d'acquérir ce rubis. Il veut le trésor de la Cité du Cobra. Une fois arrivés dans la ville qu'il dirige, il nous menacera et nous forcera à lui expliquer le secret des sept portes. Il finira par nous tuer.

- Tu as raison, affirma Samuel. Je n'y pensais pas. Partons vers le Bhoutan avant qu'il se réveille.


Ils marchèrent la nuit entière, puis le lendemain, sans presque s'arrêter.

La piste, souvent réduite à un simple sentier, grimpait sans cesse. Epuisant. Ils longèrent des précipices vertigineux qu'ils franchirent plusieurs fois en empruntant des ponts de lianes. Ils croisèrent souvent des ruisseaux glacés tombant de cascades en cascades depuis les sommets. Il fallait passer en sautant de roche en roche, mais c'était l'occasion de boire et se débarbouiller un peu.

Au soir, ils atteignirent un refuge en pierre à l'entrée d'un cirque de montagnes. Un endroit désert. Et plus aucun arbre, aucune fleur, que des rochers à perte de vue.

Ils se partagèrent un trop petit bout de pain, car il fallait en garder pour demain, puis il y passèrent la nuit.

Ils dormirent mal, affamés.


Le gouverneur Cittam Nirvid, s'éveillant à l'aube et se découvrant seul, comprit que nos amis lui faussaient compagnie.

- Où vont-ils? songea-t-il tout haut. Au Nord? Impossible de traverser la chaîne de l'Himalaya. Au Sud? La jungle. A l'Est? Ils ne vont pas se jeter dans la gueule du loup. Ils savent que tant qu'ils marcheront sur les terres que je gouverne, je peux les rattraper. Ils vont vers l'Ouest, vers le Bhoutan. A pied, ils y arriveront dans trois jours. Je peux encore les intercepter avant la frontière.

L'homme se mit en marche vers Akusala, son chef-lieu.

Sitôt arrivé, il réunit une troupe de cavaliers et fila avec eux vers les hautes terres.

- On va les dépasser, en suivant la route du bas, dit-il à ses hommes, puis nous monterons vers le village frontière. Nous chasserons les habitants et nous attendrons les quatre enfants de pied ferme. Ils ne nous échapperont pas. Le trésor de la Cité du Cobra est à nous.


Le deuxième jour fut atroce pour nos amis.

Ils quittèrent leur refuge à l'aube, le ventre vide. Il faisait de plus en plus froid. Leurs habits trop légers les protégeaient mal des rigueurs de la haute montagne. Ils atteignirent la zone où les premières neiges blanchissaient le sol.

Ils marchèrent à jeun le jour entier. La faim les tenaillait.

Plusieurs fois ils durent s'arrêter en chemin. David et Sarah, épuisés, se traînaient. Samuel et Myriam, les aînés, ne valaient guère mieux.

Le soir tomba assez vite. Les ombres s'allongeaient Le soleil allait disparaître. Ils aperçurent les maisons d'un village accroché aux pentes raides de la montagne.

- Allons demander de l'aide à ces gens, proposa Samuel, mais cachons d'abord le rubis à l'entrée du hameau.

Nos amis se remirent en marche.

Le village semblait vide, à l'abandon.


Une lumière éclairait la fenêtre d'une maison au centre du village. La seule. Ils se dirigèrent vers elle. Samuel frappa à la porte. On ouvrit.

Le gouverneur se trouvait là, avec ses hommes en armes.

- Vous allez me conduire au trésor de la Cité du Cobra, dit-il. Et commencez par me remettre le rubis d'Abidharna.

- Nous ne l'avons plus, répondit Myriam.

On les fouilla. Bien sûr, les soldats ne trouvèrent rien.

Sur l'ordre de Cittam Nirvid, les hommes déshabillèrent les quatre enfants. Ils ne leur laissèrent qu'un simple short. Puis ils les attachèrent par les poignets, les bras tendus en croix entre les façades de deux maisons. On les abandonna dehors, pieds nus, torses nus, livrés aux vents glacés de la nuit.

- Le froid sera terrible, avertit leur tortionnaire. Vous mourrez avant l'aube si vous continuez à garder le silence. Appelez si vous changez d'avis. Nous sommes à l'intérieur de la maison, près du feu.


Nos amis tremblaient de froid plus encore que de faim ou de peur.

Une ombre se glissa vers eux, armée d'un couteau. Elle longeait les façades sans faire de bruit. Elle s'approcha de Myriam et coupa les cordes qui la tenaient prisonnière.

Elle vit une fillette qui semblait avoir onze ans, comme elle.

- Courez vite vers le haut du village, dit-elle. Entrez dans la dernière maison à gauche. Des amis vous y attendent. Je libère vos frères et votre soeur.

Ils se retrouvèrent tous les quatre quelques instants plus tard bien au chaud devant un feu de braises, un bol de soupe épaisse à la main. Quelques hommes et femmes, des bergers du village, les entouraient. La fillette qui les avait délivrés arriva.

Myriam reconnut Sinem, rencontrée à Akusala, près d'une fontaine.

- Vite, passez ces habits et partons d'ici avant qu'on ne découvre votre fuite. Ce ne sont que des loques, car nous sommes pauvres, mais elles vous tiendront chaud.

- Merci, dirent nos amis. Merci pour vos habits chauds et la nourriture. Merci de nous sauver la vie. Nous ne vous oublierons jamais.

- Venez, dit Sinem. On va vous cacher ailleurs jusque demain matin. Partons.


Ces bergers et bergères connaissait les sentiers de la montagne. Tous quittèrent le village et s'en éloignèrent sans bruit. Ils marchèrent une partie de la nuit.

Le soleil se leva, resplendissant, après une aube d'une beauté hallucinante.

Ils passèrent un col ensemble, puis certains d'entre eux accompagnèrent nos amis vers les terres de Rabanath. Ils confièrent Samuel, Myriam, David et Sarah à des gardes sûrs, au poste frontière.

Trois jours plus tard, ils retrouvèrent père et mère au palais.


Le maharajah écouta avec grande attention le récit de nos amis, puis destitua le gouverneur. Il nomma un autre à sa place. Celui-ci se montra un très bon administrateur.

Quand il arriva à Akusala, Cittam Nirvid avait disparu. Il apprit que l'homme se réfugiait chez le prince Jarayu Narada, avec un certain Vinopti.

Il restait à conduire le rubis, récupéré par nos amis après la fameuse nuit de leur fuite, et aller le poser dans la salle du trésor de Cité du Cobra.