Kâ-a
Retour Imprimer

La muraille de Chine

     -Mesdames, messieurs, nous allons atterrir dans quelques minutes à l'aéroport de Pékin-Beijing, ville de dix millions d'habitants. Soyez les bienvenus en Chine. Je vous rappelle que notre pays compte plus d'un milliard de personnes. La température extérieure se situe autour de 27°. Nous vous remercions d'avoir choisi notre compagnie pour votre voyage, et espérons vous revoir bientôt parmi nous. Bon séjour.

Après avoir récupéré leurs bagages, nos amis furent accueillis par le professeur Syne-Tieng et ses deux enfants Li-Tang, le garçon, onze ans comme David, et Siskia, neuf ans comme Déborah. Ils se dirigèrent vers le grand parking, montèrent dans la voiture de l'archéologue et se dirigèrent vers le musée national.


Pendant le trajet, le savant expliqua que trouver un objet caché dans la muraille de Chine, comme le demandait dans un premier contact le père de nos amis, pouvait s'avérer une opération particulièrement longue et difficile. Autant tenter de trouver une aiguille dans une botte de foin.

-La muraille s'étend sur 2800 kilomètres de long. Une tour se dresse tous les mille mètres environ. Cela représente donc, calcula le professeur Syne-Tieng, 2500 à 3000 tours à visiter. En en parcourant dix par jour, ce qui est beaucoup, l'opération allait prendre près d'un an.

David et Déborah se regardèrent atterrés.

-J'ai fait des recherches à partir des éléments que vous m'avez envoyés, cher confrère Werly. J'ai découvert quelque chose de très intéressant. Cela va simplifier fameusement votre travail. Pour cela je vous conduis d'abord à l'université. Je vais vous y montrer un document extraordinaire : le livre signé par les hôtes de marque de passage chez les empereurs de Chine.

Ils suivirent des longs couloirs, puis pénétrèrent dans une vaste bibliothèque, qui sentait le renfermé. Les vitrines regorgeaient de livres anciens. Le professeur Syne-Tieng sortit celui évoqué en venant, avec beaucoup de respect.

-Regardez, dit-il en l'ouvrant. Le 17 juin 1887.

Nos amis purent admirer la signature du prince Baral Gunaykan au bas de la page calligraphiée, attestant son passage à la cité interdite des empereurs de Chine. C'était à la fois impressionnant et émouvant. Ils avaient sous les yeux la preuve irréfutable du séjour de l'aventurier en Chine, et savaient à présent qu'il était prince.

L'homme qui découvrit le Kâ-a, puis le laissa sur place parce que le monde ne pouvait, à son avis, posséder un tel objet, fut reçu personnellement par l'empereur de l'époque. Le prince Baral Gunaykan était donc un homme important en son temps. Si non, le monarque n'aurait pas daigné lui accorder une audience.

-Or, ajouta le professeur Syne-Tieng, à cette époque, les empereurs ne laissaient voir qu'une toute petite partie de la muraille. Ils n'autorisaient que la visite d'une zone de quarante kilomètres. Là nous allons chercher la chambre sombre que vous évoquez. Votre aventurier n'a pas pu se rendre à un autre endroit, tout prince qu'il était.

Nos amis n'arrivaient pas à détacher leur regard de la signature princière.

-Venez, je vous emmène chez moi, dit-il en rangeant le livre précieux. Mon épouse nous attend pour le repas du soir. Demain nous nous envolerons pour une petite ville située près de l'endroit où se trouve la partie visitable de la muraille. Cette bourgade possède d'ailleurs un musée et des archives qui concernent cette gigantesque construction, sans doute la plus titanesque entreprise que l'homme ait jamais conçue et réalisée.


Le voyage se passa sans histoire. Ils installèrent un campement de tentes au pied de la muraille de Chine. David et Déborah demeurèrent fort impressionnés en découvrant cet interminable mur qui se prolonge au-delà de l'horizon à gauche comme à droite, en zigzaguant, car il épouse la courbure des collines, des vallées et des montagnes.

Ils se mirent au travail en se partageant la tâche. Nos amis, ainsi que Li-Tang et Siskia, reçurent un certain nombre de tours à explorer tandis que les papas en visitaient d'autres.

Dans la plupart de ces constructions, souvent laissées à l'abandon, on ne trouve que de la poussière, des traces de souris, des toiles d'araignées. Ils passèrent quarante-huit heures à courir de l'une à l'autre.

Le troisième jour, au matin, les papas décidèrent de se rendre à la ville proche, pour tenter d'obtenir quelques renseignements, découvrir une nouvelle piste peut-être, dans des anciens documents, car le mystère de la chambre sombre demeurait entier. Quelle pouvait être sa destination, sa fonction? Un lieu de prière, semble-t-il à l'époque de Baral Gunaykan. La « chambre sombre »... Et où se trouvait-elle ?


Les enfants, restés près des tentes, s'approchèrent d'un lac aux eaux claires et bien tentantes par la chaleur qui régnait. Ils se mirent pieds nus, torses nus et entrèrent dans l'eau juste vêtus de leurs shorts. Elle était fort froide, mais le temps de s'y habituer, ils nagèrent, se poursuivant de leurs cris et de leurs rires.

Tandis qu'ils se baignaient et s'ébattaient joyeusement, une fillette de leur âge s'approcha en nageant. Elle leur sourit. Elle était comme eux, pieds nus, torse nu, vêtue d'un vieux short. Ses longues tresses noires flottaient.

Ils sortirent ensemble de l'eau et firent connaissance. Elle s'appelait Tsien-Li. Une fillette plutôt maigre, mais son sourire et ses yeux illuminaient son visage. Ils bavardèrent un bon moment, assis sur des rochers bordés de roseaux pour se réchauffer au soleil.

David expliqua pourquoi ils se trouvaient là. Elle leur apprit que la tour la plus haute, là-bas, dans la montagne, à gauche, était celle où les villageois se cachaient lors des guerres.

Elle ajouta que les cultivateurs y creusaient autrefois une chambre sombre pour y entreposer le riz, à l'abri de la lumière et des voleurs. Cette même tour devint ensuite un lieu de prière avant la révolution communiste qui interdit toute pratique religieuse.

Les quatre enfants réagirent au quart de tour et demandèrent à Tsien-Li de bien vouloir les conduire à cet endroit, là-bas, dans la colline. Mais la fillette n'osait pas s'y rendre. Elle expliqua que le chef du village où elle habite, et qui est en même temps le chef du parti, et se fait appeler « camarade », est un homme méchant, égoïste, doublé d'un arriviste. Il n'hésite pas à donner des coups de bâton à ceux qui lui désobéissent.

Or il interdit de se rendre là-haut.

Li-Tang et Siskia insistèrent, ainsi que David et Déborah qui détaillèrent leur long voyage. La fillette, toujours souriante, se laissa convaincre, à condition de se montrer très discrets afin de ne pas se faire prendre. Nos amis remirent leurs baskets et leurs t-shirts, sauf Tsien-Li qui n'en avait pas.

David courut à la tente. Il griffonna un message à l'intention de son père, expliquant qu'ils partaient tous visiter la chambre sombre, dans la montagne. Il emporta un sac à dos avec quelques provisions pour le repas de midi et deux gourdes d'eau.

Tous se mirent en route. Ils montèrent sur la muraille par un escalier en pierre et marchèrent près de deux heures, découvrant, grâce à leur nouvelle amie, un paysage somptueux.


En début d'après-midi, ils parvinrent devant des barricades, flanquées de barbelés, au sommet de la montagne. Ils passèrent les clôtures sans trop de difficulté en se glissant par-dessous. Malheureusement, la porte de la tour était cadenassée.

Une large fissure dans le mur la rendait cependant accessible. Pour y parvenir il leur fallut escalader le flanc de l'édifice, en s'accrochant aux pierres et aux briques, au-dessus d'un à pic d'une quinzaine de mètres. Impressionnant et dangereux. Aucun d'entre eux ne pratique le mur d'escalade, mais le morceau de stèle, à coup sûr, devait se trouver là.

Ils retirèrent leurs baskets afin de mieux s'agripper à la paroi. Tsien-Li, déjà pieds nus, expliqua qu'ils vivent très pauvres dans leur village. Elle n'avait encore jamais reçu de chaussures, malgré qu'elle ait déjà dix ans.

Agiles et débrouillards, les cinq enfants entrèrent dans la tour. Ils empruntèrent un escalier en pierre et parvinrent sur la terrasse supérieure. Ils y découvrirent de nouveau un très beau paysage. Ils en profitèrent pour déballer le pique-nique emporté avec eux.

Ils s'assirent en rond. David ouvrit le sac à dos et en sortit les provisions. Tsien-Li se mit un peu à l'écart.

-Tu ne manges pas avec nous ? demanda Déborah.

-Je peux avoir quelque chose? s'étonna la fillette.

-Bien sûr. On partage, répondit David.

Elle revint s'asseoir dans le cercle et raconta que dans son village, les enfants comme elle ne reçoivent à manger qu'une fois par jour, le soir, après l'école. On vit à la dure dans les campagnes, loin des grandes villes.

Déborah se sentit particulièrement émue. Elle s'imagina, elle, à jeun toute la journée en classe.

Après s'être un peu restaurés, ils descendirent un escalier intérieur. Tsien-Li les conduisit vers les soubassements de la tour. Là devait se trouver la chambre sombre, mais la petite fille ne savait pas exactement à quel endroit. Elle n'y était encore jamais venue.


Nos amis progressèrent dans un couloir humide. Ils regrettaient de ne pas avoir pensé à emporter une lampe de poche. Ce passage, creusé dans le roc, sous la muraille, était plongé dans la pénombre. La lumière ne pénétrait que par des fentes très étroites percées dans le mur.

Après une vingtaine de mètres, ils dépassèrent un escalier à leur droite. Il ne semblait mener nulle part. Il grimpait jusqu'au plafond où n'apparaissait curieusement aucune ouverture.

Pendant que les filles et Li-Tang s'éloignaient dans le couloir, David escalada quelques marches. Son père lui explique souvent qu'autrefois les gens ne faisaient jamais de travaux inutiles. Donc, cet escalier, devait mener quelque part.

Soudain, les quatre autres sursautèrent. Ils venaient d'entendre un cri de leur copain resté en arrière.

Lorsqu'ils arrivèrent au pied du mystérieux escalier, David avait disparu.

Li-Tang proposa aux filles de retourner à l'endroit où elles se trouvaient en entendant l'appel. Lui allait monter marche par marche tout en leur parlant. Ainsi elles pourraient situer, grâce à sa voix, l'endroit où leur ami venait de découvrir un passage secret, refermé à présent.

Les filles firent quelques pas puis elles entendirent une exclamation du garçon.

-Oh ! Attention !

Elles revinrent sur leurs pas. Elles s'arrêtèrent au pied des marches. Li-Tang avait disparu à son tour. Elles l'appelèrent mais aucune réponse ne vint troubler le silence de l'endroit.

Les trois filles, se donnant la main pour ne pas se séparer et s'encourager, montèrent ensemble l'escalier. Quand elles arrivèrent sur la septième marche, la pierre bascula. Un panneau s'ouvrit sur le côté gauche et elles glissèrent sur le sol devenu incliné.

Les garçons leur crièrent de tenter de reculer, mais elles ne purent ni s'arrêter, ni revenir en arrière.

Ils étaient maintenant enfermés tous les cinq dans une vaste crypte. La chambre sombre. Il y faisait tout à fait noir à l'exception d'un fin rayon lumineux qui pénétrait d'un côté et s'arrêtait sur l'autre mur. Comment sortir de là?

David hissa sa soeur sur ses épaules. Elle passa la main dans le rayon lumineux pour tenter, en faisant écran, de provoquer une ouverture de porte, mais rien n'y fit. Ce n'était qu'un rayon de soleil qui traversait le réduit en oblique et qui disparaîtrait avec la nuit.

Li-Tang observa le sol jonché de boules rondes comme des balles de football. Il en prit une en main. Pas très lourd! Il y vit des trous. Levant un de ces ballons à bout de bras pour le passer dans le rayon lumineux, il s'aperçut que c'était un crâne humain. Il poussa un cri et lâcha l'os qui se brisa en tombant.

Des gens étaient morts dans cette chambre sombre. Sans doute parce qu'ils ne trouvèrent jamais comment en  sortir...


Les cinq amis, épouvantés, se mirent à chercher fébrilement une issue en sondant les murs, mais ils ne trouvèrent rien. Ils ne virent pas non plus le morceau de labyrinthe de Baral Gunaykan.

Après un long moment de fouille, ils s'assirent l'un près de l'autre et firent le point.

La situation ne les réjouissait guère. Le seul point positif était le message laconique laissé par David sous la tente de son père. Encore fallait-il que le papa le découvre et le comprenne, car il n'avait griffonné que deux lignes à la hâte.

Il faudrait ensuite qu'il se rende chez le chef du village avec son collègue. L'homme du parti piquerait une de ses fameuses colères. Tsien-Li tremblait déjà en pensant aux coups de bâton qu'elle risquait de recevoir.

Il fallait aussi que cet individu se souvienne de l'emplacement exact de la chambre sombre.  Sinon les enfants risquaient d'y rester bien longtemps et peut-être, d'y mourir de faim.


Avec la tombée du jour, les amis sentaient les ventres bien vides. La conversation tourna autour du sujet. Li-Tang affirma qu'un fakir resta quatre-vingt jours sans manger, avant de mourir. Les filles estimèrent que des enfants ne pourraient pas vivre si longtemps sans nourriture, mais peut-être bien trois ou quatre semaines. Aucun d'entre eux ne souhaitait passer des jours et des jours affamé dans ce trou.

Tsien-Li parla d'une terrible grêle qui détruisit toutes les cultures, cinq ans auparavant. Elle expliqua qu'à ce moment-là elle avait un petit frère. Ses parents n'avaient pas osé le déclarer. Ils le cachaient car en Chine, les familles n'ont le droit que d'avoir un seul enfant. 

Elle ajouta que pour cela qu'un grand nombre de petites filles se trouvent dans des orphelinats. Les parents ont un garçon comme second enfant et ils placent la fille aînée dans une institution, où bien souvent elle meurt lentement de faim, sous-alimentée.

Elle avait eu très peur d'être placée quand son petit frère était né, mais ses parents refusèrent de se séparer d'elle. Ils gardèrent le bébé et leur fille de cinq ans à ce moment-là, chez eux. Ils ne déclarèrent pas le nouveau-né.

Or, l'année de la grande famine arriva. Le chef du village refusa de demander de l'aide à ses supérieurs du parti communiste, à Pékin. Il ne pensait qu'à son avancement et décida de ne pas secourir sa population, et montrer qu'il pouvait se débrouiller sans l'assistance de personne. Tous les bébés et les petits enfants moururent de faim cet hiver-là.

Tsien-Li se rappelait encore qu'elle restait couchée sur son lit. Elle se sentait si faible, faute de nourriture. Elle n'avait même plus la force de se lever. Elle mourut presque de faim, elle aussi.

Les secours finirent par arriver, mais trop tard pour les petits. Seuls les adultes et les enfants les plus résistants survécurent, mais pas son petit frère.

-En plus, ajouta leur amie, comme je suis une fille, mes parents recevaient moins de rations alimentaires que les autres. Le chef du village estimait qu'une fille est moins importante à sauver qu'un garçon.

Tsien-Li pleurait à présent, en pensant à son petit frère. David, Déborah, Li-Tang et Siskia l'entourèrent, émus par sa souffrance et révoltés par tant d'injustices envers les filles dans ce pays, comme dans tant d'autres en Asie.

David demanda à Li-Tang comment il se faisait que sa soeur et lui pouvaient vivre tous deux à la maison, déclarés, aller à l'école, mener une vie normale. Siskia répondit que leur papa, professeur à l'université peut pour cette raison élever deux enfants. Il est un monsieur important... Une autre injustice dans ce pays qui se prétend grand...


Pour passer le temps, David et Déborah parlèrent de leur voyage. Ils racontèrent leurs aventures au Pérou avec la secte de l'inca. Ils évoquèrent Huánuco et Maria. Puis Déborah détailla ses exploits dans le Grand Canyon et sa rencontre avec Yawata à qui elle pensait encore souvent et à l'humiliation raciste subie à ses côtés. Puis ils parlèrent d'Olivia, la petite fille devenue muette à la mort de ses parents, et qui maintenant avait retrouvé la parole et pouvait vivre comme les autres enfants.

-Dire qu'on pourrait se trouver avec tante Sarah, sur la plage, en ce moment, un cornet de glace à la main, au lieu de souffrir toutes ces aventures, ajouta notre amie.

-Moi, je trouve, réfléchit Tsien-Li, que vous auriez mieux fait d'aller à la plage. Si on a la chance d'avoir des vacances à la mer, il faut en profiter.

Déborah répondit qu'en restant dans son pays, elle n'aurait pas rencontré tous ces enfants devenus ses amis. Ce voyage était une formidable expérience de vie, doublée d'une richesse incroyable de découverte autant que d'amitié. Cela valait bien quelques rudes épreuves.


Pendant ce temps-là, les papas ne restèrent pas les bras croisés. Le professeur Werly découvrit le message de son fils. Munis de ce papier, les deux hommes, inquiets de l'absence des enfants à la tombée du jour, se rendirent chez le chef du village. L'homme bourru, au visage dur, fermé, visiblement furieux d'être dérangé pendant son repas du soir, les reçut devant sa porte.

Il se précipita chez les parents de Tsien-Li, elle aussi portée disparue depuis ce matin. Il en revint presqu'enragé. Mais il craignait le professeur Syne-Tieng, venu de la capitale...

Emmenant les trois pères dans son véhicule tout terrain, il suivit une piste en mauvais état menant dans la montagne. Une fois parvenu au pied de la muraille, il gara son véhicule, et tous s'approchèrent de la fameuse tour. Ils découvrirent très vite les chaussures laissées par les enfants.

Le chef du village connaissait la chambre sombre et le passage secret qui y donne accès. Il ouvrit la porte cadenassée puis descendit l'escalier qui mène à la crypte. Il décoinça la dalle, la bloqua avec un madrier et fit sortir les cinq amis. Tout le monde retourna au village, à son bureau, sain et sauf.

Là, le chef annonça à Tsien-Li qu'elle allait recevoir dix coups de bâton pour avoir désobéi aux ordres du parti en conduisant les quatre autres là-haut. Immédiatement deux policiers saisirent la fillette par les poignets. Elle ne pouvait plus bouger. Elle était toujours en short et pieds nus, comme ses amis. Elle tremblait de peur. Le chef du village empoigna son bâton, mais David s'interposa.

-Ne la frappez pas, cria le garçon. C'est moi le fautif, ajouta-t-il sans baisser les yeux. Tsien-Li nous a parlé de la chambre sombre, mais elle refusait d'y aller. Elle déclara que c'est interdit et qu'il faut obéir aux ordres du chef du village.

Tous se taisaient et écoutaient, étonnés, le mensonge de David.

-Mais alors, continua le garçon, je l'ai forcée. Je l'ai prise comme ceci.

Il empoigna la main de la fillette et lui tordit le bras dans le dos, l'obligeant à pousser un petit cri.

-Je l'ai menacée de mon poing. Je lui ai dit que si elle ne nous conduisait pas là-haut, j'allais la frapper. Elle n'a pas osé résister. Je mérite les coups de bâton, pas elle.

Il baissa les yeux en signe de soumission. Il se montrait drôlement courageux de prendre tout sur lui. Mais il voulait protéger la petite fille. 

-Tu mérites en effet les coups à la place de cette gamine, mais tu ne les recevras pas car tu viens de l'étranger et je ne veux pas avoir des ennuis avec votre ambassade, décida le chef local. Allez-vous en.


Ils se retrouvèrent tous à la maison de Tsien-Li. Ils partagèrent un délicieux repas et rirent de leurs frayeurs. Tous félicitèrent David pour son cran. Il reçut un bisou de la fillette.

Le professeur en profita pour annoncer une bonne nouvelle à ses enfants. En visitant le musée de la ville, cet après-midi, il avait découvert le morceau de stèle de Baral Gunaykan exposé dans une vitrine entre deux statues et des objets de culte.

Le conservateur du musée, après une longue discussion avec son confrère venu de la capitale, finit par autoriser Werly à emporter ce morceau de pierre.


Le lendemain, nos amis quittèrent Pékin, puis la Chine, après leurs adieux à Li-Tang et Siskia.

Dans l'avion qui les emmenait vers une nouvelle destination, Déborah pensait à Tsien-Li. Elle songea qu'avec cette petite fille si courageuse et si gentille et avec les autres qu'elle espérait déjà revoir, elle pourrait former une merveilleuse chaîne d'amitié et peut-être un jour, créer ce monde meilleur auquel elle rêve parfois.


Retrouve David et Déborah à la cinquième étape : Le temple du sommeil.