Magali
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La fête des animaux

     Magali regarda par la fenêtre de sa chambre. Elle vit un joli lapin.

Il courait de gauche à droite puis de droite à gauche sur le chemin en terre qui passe derrière la barrière au fond du jardin et longe le champ de blé.

Intriguée par cet étrange manège, la fillette quitta sa chambre, descendit l'escalier, ouvrit la porte de la cuisine et courut vers la haie. Puis elle poussa la barrière et observa le champ de blé.

Elle appela trois fois son ami.

- Gentil lapin! gentil lapin! gentil lapin!

- Oui?

- Pourquoi cours-tu ainsi?

- Je vais à la fête des animaux, mais j'ai oublié par où il faut y aller.

Il tenait dix carottes entre ses pattes.

- Chacun doit apporter quelque chose à la fête, à manger ou un cadeau. Moi, je donnerai dix carottes.

- Viens avec moi, proposa notre amie. Allons interroger la jolie pie. Elle voit beaucoup de choses depuis son nid situé tout en haut du grand arbre dans le pré.

 

Magali suivit le chemin en terre qui longe le champ de blé. Elle tourna au coin et entra dans la prairie qui mène à l'arbre de la jolie pie. Elle l'appela trois fois.

- Jolie pie! jolie pie! jolie pie!

- Oui?

- Tu vas à la fête des animaux?

- Oui, mais je ne parviens pas à me décider. Je veux apporter un cadeau, mais j'hésite entre une pièce d'un euro que j'ai trouvée sur un trottoir, un capuchon de stylo doré qui traînait dans la cour de récréation d'une école et une boucle d'oreille abandonnée dans un jardin. Je les ai tous les trois dans mon nid. Je collectionne ce qui brille.

- Choisis la boucle d'oreille, proposa Magali. Tu sais où se passe la fête?

- Oui.

- Le gentil lapin peut te suivre?

- Oui.

- Je peux venir aussi?

- Tu es invitée? Cela m'étonnerait car tu n'es pas un animal. Tu es un enfant. Les humains n'ont pas leur place à la fête des animaux.

Puis la jolie pie réfléchit en regardant notre amie.

- Viens avec moi. Allons demander conseil à la vieille souris.

 

Magali, le gentil lapin et la jolie pie, longèrent le champ de blé. Le soleil brillait dans le ciel bleu et les oiseaux chantaient à tue-tête. La petite bande s'arrêta assez vite devant le trou au fond duquel la vieille souris a installé son nid.

On la connaît cette vieille souris. Elle a mauvais caractère. Elle passe son temps à compter ses grains de blé et à ronchonner. Elle dit toujours la même chose : "c'est de ta faute". Elle n'a que ces mots à la bouche.

La fillette l'appela trois fois.

- Vieille souris! vieille souris! vieille souris!

Elle pointa son nez hors de son trou.

- Oui! Que me veut-on?

- Tu vas à la fête des animaux?

- Oui et j'apporte dix grains de blé.

- Moi j'offre dix carottes, dit le gentil lapin.

- Et moi, une boucle d'oreille, enchaîna la jolie pie.

- Je voudrais bien y aller aussi, fit Magali.

- Tu ne peux pas et c'est ta faute. Tu es un enfant. On n'invite pas les humains à la fête des animaux.

- J'aurais pourtant bien aimé, insista notre amie.

La vieille souris sembla réfléchir un instant.

- On pourrait faire un petit détour par l'étang. Je connais là-bas une grosse araignée. Elle s'appelle Tarentula. On lui demandera de te motdre. Son venin te rendra minuscule comme ton petit doigt. Ainsi tu pourras nous accompagner. En te cachant bien, on ne te verra pas.-

 

La petite troupe se rendit à l'étang. Un étrange silence y régnait. D'habitude on entend les canards et les grenouilles, mais l'endroit semblait désert. Ils étaient sans doute tous partis à la fête des animaux.

Magali repéra une belle toile entre deux roseaux. L'araignée s'y trouvait, bien installée au milieu.

- Tarentula! tarentula! tarentula!

- Que me veut-on?

- Tu ne vas pas à la fête des animaux?

- Je suis invitée, mais c'est trop loin. Je préfère rester sur ma toile.

- Je voudrais bien y aller, dit la petite fille, mais je ne peux pas. Ou alors je dois me cacher. Il parait que si tu me mords, je vais devenir toute petite. Si je suis toute petite, peut-être qu'on me laissera passer, ou bien, qu'on ne me verra pas.

- Je peux arranger cela, fit l'araignée.

- Et comment ferais-je pour redevenir grande, après?

- C'est facile, affirma Tarentula. Je te mordrai à l'envers quand tu reviendras. Tu retrouveras ta taille normale.

- Tu veux bien?

- Oui.

- Ça va faire mal?

- Non.

L'araignée mordit Magali. En un instant elle devint petite comme le pouce de ta main droite.

 

- Bon, on y va, dirent ensemble le gentil lapin, la jolie pie et la vieille souris.

Hélas, toute petite à présent, la fillette n'avançait pas vite. Elle ne pouvait plus faire que des pas minuscules.

- On va arriver quand la fête sera finie, dit la jolie pie.

- J'ai une idée, lança le gentil lapin. Cherchons l'écureuil aux yeux très doux. Il vit près de la rivière. Il acceptera peut-être de te prendre sur son dos et de te cacher dans sa fourrure.

Ils l'appelèrent ensemble.

- Écureuil aux yeux très doux! écureuil aux yeux très doux! écureuil aux yeux très doux!

Il arriva en courant.

- Tu vas à la fête des animaux? demanda Magali.

- Oui. J'apporte dix noisettes.

- Tu veux bien me cacher dans ta fourrure?

- Tu es devenue toute petite! Oui! Viens sur mon dos. On ne te verra pas.

Ils partirent ensemble à la fête.

 

Ils entrèrent l'un derrière l'autre dans une vaste clairière, pleine d'herbe et de fleurs. Le soleil l'éclairait de sa lumière douce et chaude. Un ruisseau la traversait et l'eau fraîche brillait de mille feux.

De nombreux animaux venaient d'arriver.

Nos amis rencontrèrent plusieurs familles de cerfs et de biches accompagnées de leurs petits faons. Un groupe de renards, renardes et renardeaux, assis au bord de l'eau, observaient les poissons. Quelques sangliers grognaient dans un coin.

Des milliers d'abeilles butinaient en bourdonnant. Elles apportaient du miel à ceux qui en demandaient.

Des oiseaux de toutes tailles et de toutes couleurs lançaient leurs chants à qui voulait les entendre.

Trois serpents s'enroulaient autour d'un vieux tronc et causaient avec un couple de belettes et deux furets.

Des poissons ravissants ouvraient leurs yeux dans le ruisseau. Ils admiraient une bande de libellules bleues et un groupe de grenouilles qui coassaient à tue-tête.

 

Quelques cris attirèrent l'attention du gentil lapin, de la jolie pie, de l'écureuil aux yeux très doux et de la vieille souris.

- Venez, venez tous. Le concours de sauts commence dans un instant.

Une dizaine de grenouilles placèrent les concurrents en ligne dans l'herbe. Les amis de Magali se joignirent à eux.

- Vous devez aller jusqu'à l'arbre mort, là-bas, près du rocher bleu. Tournez autour, puis revenez ici, toujours rien qu'en sautant. Les oiseaux, vous pouvez participer, mais gardez bien vos ailes repliées sur le dos. Un, deux, trois, c'est parti.

Les animaux s'élancèrent. Un corbeau perdit l'équilibre et tomba en avant, le bec dans la boue. Cela fit rire tout le monde. Un serpent abandonna en disant qu'il ne sait pas sauter et que ce n'est pas juste.

L'écureuil aux yeux très doux gagna la course, juste devant un renard roux.

 

Puis une douzaine de libellules proposèrent une autre course, un vol au-dessus des herbes de la clairière. Ceux qui le peuvent battirent des ailes avec énergie.

La jolie pie remporta le premier prix, presque à égalité avec une buse brune.

- Ce n'est pas juste, grognèrent quelques sangliers boudeurs. Nous, on ne peut pas participer, nous n'avons pas d'ailes.

- Heureusement, lança un corbeau. Je n'aimerais pas voir des cochons voler dans le ciel!

- Nous non plus, ajoutèrent en chœur quatre blaireaux.

 

- Venez, proposèrent trois écureuils. Nous organisons une course à la brouette. Ceux qui veulent participer doivent se mettre par deux. Le premier marche sur ses pattes avant et le second, utilise ses pattes arrière. Avec celles de devant, le deuxième porte les pattes arrière du premier.

La course fut très applaudie. Une biche et son petit faon remportèrent la victoire.

Les animaux s'amusèrent en voyant un renard faire courir la vieille souris sur ses pattes de devant.

Un serpent, de mauvaise humeur, déclara que ce jeu ne devrait pas être permis.

- C'est de la triche, dit-il. Ceux qui n'ont pas de pattes ne peuvent pas participer.

 

Les tortues arrivèrent enfin à la fête.

- Les voilà, cria un corbeau. On ne les attendait plus. Elles sont en retard, comme toujours.

- Excusez-nous, dirent-elles, mais notre carapace nous empêche d'avancer plus vite. Et puis nous avons chargé au passage quelques escargots et quatre limaces qui voulaient aussi venir à la fête.

Tous les animaux applaudirent en entendant cette généreuse initiative.

- Nous apportons des bonbons en papier à manger. Fabrication secrète. Il y en a pour tout le monde.

Une joyeuse distribution commença.

 

- Joignez-vous tous à nous, appelèrent quelques crapauds. Chantons, puis nous distribuerons des petits œufs perlés. Nous imitons les humains. Eux aussi fabriquent des œufs en sucre ou en chocolat.

La vieille souris recracha le sien.

- Ils n'ont pas le bon goût des grains de blé, dit-elle. C'est de leur faute. Ils fabriquent ces œufs avec n'importe quoi.

Magali, toujours cachée dans la fourrure de l'écureuil aux yeux très doux, en goûta un elle aussi. Elle le trouva délicieux.

 

Les serpents sifflèrent pour attirer l'attention de chacun.

- Nous proposons aussi un jeu, lancèrent-ils en chœur. Le couché-roulé. Chacun à son tour se met là en haut, près des fougères, puis roule jusqu'en bas. C'est une course de vitesse. Le grand cerf nommera le vainqueur.

Un sanglier gagna haut les pattes. Il faut dire qu'il était si gros qu'il ressemblait à un ballon.

 

Déjà le soleil disparaissait derrière les hautes frondaisons. Les animaux décidèrent que la fête était finie. Chacun repartit vers les bois, vers les étangs, vers les nids dans les arbres ou vers les terriers.

Le gentil lapin, la jolie pie, la vieille souris et l'écureuil aux yeux très doux, qui cachait toujours Magali enfouie dans la fourrure de son dos, retournèrent vers les roseaux du bord de l'étang. Le ciel orange et rouge du soir se reflétait entre les nénuphars.

Quand ils arrivèrent devant la toile, l'araignée n'y était pas.

Catastrophe!

- Je ne veux pas rester toute petite comme un doigt de la main, s'inquiéta Magali.

Un canard qui revenait de la fête atterrit à la surface de l'eau.

- Tu cherches Tarentula?

- Je ne la vois pas, dit Magali.

- Elle est très riche. Elle possède plus de quatre-vingts toiles-maisons. Elle en place partout. On va l'appeler trois fois.

- Tarentula! Tarentula! Tarentula!

- Oui! dit une voix venue depuis l'autre côté de l'étang.

La fillette fit le tour de l'eau en longeant les roseaux. Elle aperçut Tarentula occupée à créer une nouvelle toile près d'un vieil arbre mort.

- Tu veux bien me mordre à l'envers pour que je redevienne grande?

- Oui, je te l'ai promis. Approche.

Le temps d'une morsure et notre amie retrouva sa taille normale.

- Merci, Tarentula, dit Magali. Je ne t'oublierai jamais.

Chacun se salua et s'apprêta à repartir chez soi.

 

Le gentil lapin retourna dans son terrier, la jolie pie s'envola vers son nid, la vieille souris fila vers son trou dans le champ de blé et l'écureuil aux yeux très doux grimpa dans son arbre près de la rivière.

Magali revint chez elle rayonnante de bonheur. Elle ne se souvenait pas de s'être tant amusée.

Elle n'a jamais oublié la fête des animaux.