Juliette
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Les doigts de la main

     Juliette a trois ans et demi. Une ravissante petite fille. Son frère de un an habite avec elle et papa et maman une jolie maison au toit bleu.

Un jour que Juliette se trouvait au jardin, le long de la haie en fleurs et en abeilles, sa main se mit soudain à trembler. On pouvait croire que ses doigts dansaient. Surtout, ils ne voulaient plus obéir à la fillette et ne tenaient plus en place.

Juliette s'assit dans l'herbe, secoua la main puis prit chacun d'eux pour les calmer, leur parler, mais aussi pour les écouter.


Et toi, tu regardes parfois tes doigts? Tu les écoutes?


Le pouce parla le premier.

- Tout le monde se moque de moi. On m'appelle le gros, le gros pouce. Cela ne me plaît pas du tout. Je suis très fâché.

Juliette ne répondit rien. Elle voulait d'abord entendre ce que les autres doigts allaient lui dire.


Le second se leva à peine. L'index. Notre amie l'approcha de son oreille.

- Je suis fatigué. Je n'en peux plus. C'est toujours moi qui dois me lever à l'école pour appeler madame. Je montre toujours du doigt tes amis et tes amies à ta maman et à ton papa. Je travaille sans cesse. Je serre le crayon ou le marqueur pour dessiner. Les autres ne travaillent pas. Je vais refuser de me lever, si cela continue.

Juliette se taisait. Elle n'avait jamais pensé à tout cela.


Puis, le grand doigt, le majeur, prit la parole.

- Je dépasse tous les autres, dit-il. A cette hauteur, je me retrouve tout seul. Et là, je sens le froid qui m'entoure. Les autres doigts se réchauffent l'hiver, en se serrant les uns contre les autres. Moi, je les dépasse. Je veux un bonnet et une écharpe.

Juliette étendit les doigts de la main. Elle vit aussitôt que le majeur, celui du milieu, est le plus grand.


Le quatrième doigt se plaça contre le majeur et tenta de s'allonger pour se grandir encore et encore.

- Je suis jaloux. Je veux devenir le plus grand doigt. Je veux dépasser tous les autres. Je finirai bien par réussir. Encore un effort...non...impossible...zut. Je n'y arrive pas.

On l'appelle l'annulaire. Il revint à sa place, très mécontent.


Le petit doigt s'approcha timidement de l'oreille de Juliette.

- Moi je sers à rien, car je suis le plus petit. Cela ne me plaît pas du tout. Je veux devenir un grand, comme les autres. Je crois que parfois, on se moque de moi, l'auriculaire, le petit doigt.

************

Juliette regarda chacun d'eux en souriant. Puis, avec douceur, gentillesse, tendresse, elle répondit à chacun.

- Toi, l'auriculaire, tu es le plus petit, mais je peux te glisser au creux de mon oreille. Pour cela, tu connais tous mes secrets, tous ceux qui tournent dans ma tête. Tu sais toutes mes pensées, tous mes projets, tous mes espoirs. Reste mon confident, mon bon ami, mon gentil petit doigt.

- Merci petite fille, dit l'auriculaire. Quel bonheur d'écouter tous tes rêves, de savoir tous tes secrets.


- Et toi, l'annulaire, continua notre amie en s'adressant au quatrième doigt, je t'interdis de te montrer jaloux. Tu portes les bagues en or, les alliances, les bijoux précieux, les pierres rares, comme les diamants, les rubis rouges, les émeraudes vertes. Tout ce qui brille.

- Je n'y avais pas pensé, avoua l'annulaire. Quel bonheur de porter ces bagues! Je ne jalouserai jamais plus le grand doigt. Promis.


La fillette observa le majeur puis elle lui parla.

- Toi, tu dois montrer le bon exemple. Tu es comme un grand frère. Crois-tu que je me plains d'être la grande soeur de Bastien? Non, pas du tout. Etant la plus grande, je me montre plus sage, plus courageuse. Je suis fière de guider les autres, d'être un exemple. De les protéger. Tu dois faire comme moi.

- Promis, répondit le majeur. Compte sur moi à l'avenir.


Juliette approcha l'index de ses yeux.

- Quant à toi, mon index, tu es le plus intelligent de tous. Tu tiens le crayon ou les marqueurs quand je dessine. Plus tard, tu tourneras les pages de mes livres. Tu indiques le chemin à suivre. Tu montres mes amis et mes amies à papa et maman.

-Merci, se réjouit l'index. Je suis fier à présent.


- Et moi, soupira le pouce. Tu m'oublies.

- Toi, murmura Juliette d'une voix tendre et douce, tu restes mon préféré. Tu es mon meilleur ami.

- Merci, murmura le pouce tout ému.


Alors, Juliette, doucement, avec l'autre main, caressa le pouce, puis l'index, ensuite le majeur, l'annulaire et l'auriculaire.

Après les avoir câlinés un long moment avec tendresse, elle donna un bisou au petit doigt, puis un bisou à l'annulaire, un bisou au grand, le majeur, et un bisou à l'index. Enfin, elle avança son pouce vers son visage. Elle lui sourit, puis elle le mit en bouche.


Et toi, tu ne ferais pas un gros bisou à chacun de tes doigts?


J'ai entendu la première partie de cette histoire à Chiny, il y a bien longtemps. L'inspiration m'a dicté la seconde partie.