Les quatre amis
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Le secret de la maison qui craque. Anne, partie 1.

     Quel beau temps, ce samedi après-midi de juin! Jean-Claude, bientôt douze ans comme son copain Philippe, Christine, la sœur de Jean-Claude, et son amie Véronique, toutes deux un an plus jeunes, suivaient la piste d'une grande randonnée à vélo, à travers champs et bois.

Au retour, une brume soudaine surprit les quatre amis. Elle s'épaissit assez vite en un brouillard de plus en plus dense. Il devint tel qu'ils se trompèrent de chemin. Ils retournèrent chez eux par une route qu'ils n'avaient encore jamais empruntée.

Au sortir de la forêt, ils longèrent une avenue bordée par quelques grosses villas dotées de somptueux jardins. L'une d'entre elles parut étrange à nos amis. Ils s'arrêtèrent pour la regarder mieux.

Cette maison se trouvait au milieu d'un grand terrain, sans doute autrefois bien entretenu. Actuellement, la haie formait des taillis, l'allée qui y menait était envahie de ronces, d'herbes hautes et de fleurs sauvages. La grille rouillée, grande ouverte, s'appuyait sur le sol. L'habitation semblait abandonnée.


Curieux de nature, tous les quatre descendirent de vélo et firent quelques pas dans la propriété.

Le brouillard, toujours très dense, les empêchait de distinguer parfaitement la maison et les alentours. Ils remarquèrent pourtant assez vite qu'elle était entièrement construite en bois, comme les chalets suisses. Les planches, tour à tour peintes en blanc ou en noir, étonnaient nos visiteurs.

II ne virent aucune lumière dans le bâtiment. Ils n'aperçurent aucune fumée sortant par la cheminée. La porte d'entrée, entrouverte, invitait à se montrer audacieux. Nos amis s'en approchèrent.

Juste à ce moment, ils entendirent, pour la première fois, un craquement dans la maison. Surprenant! Au milieu du silence sinistre et de la brume grise, dans la lumière fantomatique qui les entourait, les grincements émis par cette maison apparaissaient vraiment bizarres.

Intrigués, et ne voyant aucune sonnette, ils ouvrirent un peu plus la porte d'entrée. Ils passèrent dans un hall. Les murs, le plafond, le sol, l'escalier, tout était en bois.

Ils entrèrent ensuite dans un grand salon bien meublé et découvrirent des orgues à leur gauche. Des orgues monumentales, entièrement en bois, elles aussi. Nos amis n'avaient jamais vu une installation aussi impressionnante.

Soudain, les craquements s'intensifièrent et devinrent réguliers. Les quatre amis s'apprêtaient à vite ressortir de la maison. Quelqu'un marchait à l'étage. Mais, au moment où ils repassèrent dans le hall, ils aperçurent, tout en haut de l'escalier, une fillette de leur âge qui les regardait. 


Surpris et un peu inquiets, nos amis demeurèrent un instant immobiles.

Elle était blonde, le visage énergique, lumineux, vêtue d'un t-shirt de couleur claire et d'une salopette en jean très usée. Elle était pieds nus. Elle souriait.

Jean-Claude, muet d'admiration, demeurait immobile, figé. Le coup de foudre soudain, inattendu, total, absolu. Il pensait n'avoir jamais rencontré de sa vie une jeune fille aussi fascinante. Il la regardait avec émotion, incapable de prononcer un mot.

Philippe réagit le premier.

-Excuse-nous. On croyait visiter une maison abandonnée.

-Ça ne m'étonne pas, répondit la fillette. Ce n'est pas la première fois, d'ailleurs, ajouta-t-elle en souriant.

-Comment t'appelles-tu? Moi, c'est Philippe et voici mon amie Véronique, mon copain Jean-Claude, et sa sœur Christine.

-Anne, répondit la jeune fille. Maintenant, je vous propose de partir, parce que mon grand-père malade se repose à l'étage. Je m'occupe de lui.

Nos amis sortirent un peu penauds de la maison, en prononçant encore une parole d'excuse et un mot d'au revoir. Ils poussèrent Jean-Claude, qui, sinon, aurait pris racine dans le couloir.

Quand il arriva dans la rue, il se tourna vers ses amis.

-Maintenant, dit le garçon, je comprends ce que veut dire être amoureux. Quelle fille merveilleuse!

Philippe fit un clin d'œil à son ami. Ils remontèrent sur leurs vélos et retournèrent chez eux.


Pendant les jours qui suivirent, Jean-Claude repensa souvent à Anne. Je crois qu'il en rêvait tous les soirs. Il décida, quelque temps plus tard, un mercredi après-midi, fin juin, de retourner jusqu'à la maison en bois près de la forêt. L'étrange maison qui craque.

Lorsqu'il arriva au niveau de la haie, près de la grille d'entrée qui traînait toujours grande ouverte, il posa son vélo dans l'herbe et se dirigea vers l'habitation.

La porte de bois était entrouverte. II entra hardiment dans le hall et appela.

-Anne! Anne ! Y a-t-il quelqu'un?

Le garçon ne reçut aucune réponse. Il fit quelques pas vers le salon. Vide! Il ne restait que les grandes orgues.

Sans bruit, tout en écoutant les craquements des murs de la maison, il se dirigea vers la cuisine, puis à la salle à manger. Il traversa un espace bureau poussiéreux, puis une bibliothèque dépourvue de livres. Toutes ces pièces se trouvaient au rez-de-chaussée. Tout était désert, étrangement silencieux.

Il appela encore. Puis il monta l'escalier. Il ne restait plus aucun meuble dans les chambres.

Jean-Claude, déçu, ressortit de la maison et reprit son vélo. Il s'arrêta devant un petit magasin d'alimentation. Il y entra et demanda si on pouvait le renseigner concernant l'étrange demeure. Savait-on ce que les gens qui l'habitaient étaient devenus ?

L'épicière lui répondit que le grand-père était mort peu de temps auparavant et que la jeune fille, dont les parents étaient décédés depuis longtemps, avait été placée dans un orphelinat. La marchande ne connaissait ni le lieu ni le nom du home en question.

Notre ami remercia et sortit. En revenant à vélo chez lui, il rêva à cet ange aperçu un jour et qu'il ne reverrait sans doute jamais...

Et puis, il songea à la vie que cette pauvre fillette menait à présent dans un orphelinat, sans parents, seule au monde. Peut-être que pour l'instant, elle pleurait... Lui, il saurait la consoler... Il pourrait lui prendre la main pour effacer son chagrin... Il fallait qu'il la revoie. Bien décidé! Il allait la retrouver. Même s'il devait y consacrer toutes ses vacances d'été.

Christine, puis Philippe et Véronique, acceptèrent immédiatement de l'aider à retrouver la jeune fille.

-Merci, ajouta Jean-Claude. On l'invitera à venir s'installer chez nous. Mes parents l'adopteront peut-être...Christine, tu pourrais...

Notre amie comprit que Jean-Claude aurait bien mis sa sœur à la rue pour accueillir Anne chez eux.

-De toute façon, répondit Christine en se moquant, s'il n'y a pas de place dans ma chambre, tu en feras bien une dans la tienne, pour pouvoir la loger.

Le garçon garda le silence. Il s'imagina dormant sur le tapis dans son sac de couchage de chef de sizaine louveteaux et elle dans son lit, près de lui.

Les vacances d'été commençaient quelques jours plus tard.


Juillet s'annonçait très chaud. Les quatre amis décidèrent de commencer leurs recherches à partir de la maison de bois. Ils la retrouvèrent sans difficulté. Ils posèrent leurs vélos contre la haie et passèrent dans le jardin puis ils entrèrent dans l'habitation. Les murs émettaient toujours des craquements surprenants, comme ceux des vieilles armoires dans la chaleur ou l'humidité d'un couloir ou d'une chambre.

Tout à coup, ils entendirent quelqu'un descendre le grand escalier. Se retournant, ils aperçurent Anne.

-Bonjour, s'étonna la jeune fille.

-Bonjour, répondit Philippe. Excuse-nous. On croyait de nouveau ta demeure abandonnée. Mon copain est revenu pour te saluer voici quelques jours. Il a trouvé la maison vide. Il a appris que tu étais placée dans un home.

-Exact, répondit Anne. Il ne reste plus rien, ni tapis, ni meubles, plus aucun cadre. Mais j'habite ici pour l'été.

Jean-Claude redressa la tête et ouvrit les yeux tout grands.

-Tu vis toute seule ici? s'étonna notre ami.

-J'occupe la chambre la plus éloignée de l'escalier, au premier. Je dors là par terre.


Christine et Véronique, plus observatrices sans doute que les garçons, remarquèrent l'état des habits de la fillette, à peu près les mêmes que l'autre fois, mais sales, négligés. Et surtout sa pâleur, presque sa maigreur. Elle ne semblait pas avoir mangé grand chose ces derniers jours.

-Nous avons emporté notre pique-nique. Aimerais-tu qu'on partage? proposa Véronique. On pourrait le prendre ensemble. 

-Je veux bien, murmura Anne avec envie.

Et nos amis découvrirent que cette fille avait faim. Elle dévora presque toutes les tartines. Eux les lui donnèrent sans hésiter.

-Comment fais-tu pour vivre ici toute seule ? s'inquiéta Jean-Claude. Comment te débrouilles-tu?

-Ce n'est pas très facile, admit Anne. À la mort de mon grand-père, on m'a placée dans un orphelinat et là, j'étais très malheureuse, alors je me suis enfuie.

Elle expliqua que la vie dans ce home devenait infernale pour elle. Tous les jours, les cris, les jurons, les insultes, des bagarres dans la cour, dans les couloirs, même à table.

Un soir, n'en pouvant plus, elle décida de quitter cet endroit, et de retourner vivre dans sa maison. Elle n'avait plus de famille à sa connaissance. Son père et sa mère étaient morts trois ans auparavant. Elle vivait avec son grand-père qui hélas venait de mourir. Elle restait seule au monde, à présent.

Elle s'était donc enfuie une nuit de l'orphelinat. En souriant, elle ajouta:

-Ce ne fut pas trop difficile. Quelques jours avant les vacances, on nous demanda à chacune et chacun si nous voulions aller en colonie à la mer ou à la campagne. Moi, cela m'était égal. J'ai répondu à la mer, au hasard. On m'a donc inscrite sur la liste de ceux qui iraient sur les plages.

« Puis un soir, la veille du départ, après l'extinction des lumières, continua Anne, je me suis levée sans bruit et j'ai descendu les escaliers.

Elle raconta qu'en allumant l'ordinateur du bureau, elle avait retrouvé facilement les deux listes. Elle avait retiré son nom de celle de la mer, sans l'ajouter à celle de la campagne. Ainsi, elle n'était inscrite dans aucune des deux. Logiquement, quand les enfants partiraient, demain, chaque responsable penserait qu'Anne accompagnait l'autre groupe, et, ainsi, on ne la rechercherait pas.

Puis, elle enjamba la fenêtre et s'enfuit. Elle marcha toute la nuit jusqu'à sa maison.


-Comment vis-tu toute seule ici? demanda Christine. Tu as de l'argent?

-Je n'en ai pas.

Elle baissa les yeux.

-Je me débrouille. L'autre jour, j'avais trop faim. J'ai lavé une voiture ou deux. Avec l'argent, j'ai acheté du pain et des fruits. Parfois, je propose mes services au magasin du coin pour livrer des commandes. Alors, ils me donnent quelques pièces. Et puis, parfois, ajouta Anne, je vole une pomme ou un autre fruit à l'étalage. De toute façon, je n'ai pas besoin de grand-chose...

Nos amis émus, impressionnés, se taisaient.

-Et tu ne crains rien, toute seule dans cette maison vide? insista Jean-Claude.

-Jusqu'ici non, sauf la nuit dernière. Un voleur est entré. Il cherchait un petit animal, je pense.

-Un petit animal, s'étonna Christine. Un voleur?

-Oui. Ils cherchaient une petite bête, une gavotte. Je ne sais pas à quoi ça ressemble. Mais ils ont murmuré plusieurs fois : "Où se trouve cette gavotte?"

Véronique intervint.

-C'est comique, sourit-elle. Une gavotte, ce n'est pas un animal mais un morceau de musique qu'on interprète à l'orgue ou avec des instruments anciens. Une danse du Moyen Àge.

-Comment sais-tu cela ? demanda Anne.

-Parce que je sais en jouer. J'apprends le piano, l'orgue et la flûte. J'aime la musique.

-Tu veux bien t'asseoir aux grandes orgues de ma maison? Le seul meuble qui reste, car il est encastré aux murs du salon.

-Oui, si tu veux.

Les enfants entrèrent dans la vaste pièce de séjour. Véronique actionna le levier qui mettait la soufflerie en route. Puis, s'asseyant devant le clavier, elle leur fit un récital vraiment impressionnant. Ils applaudirent.


-Mais alors, réfléchit Anne, s'ils cherchaient une gavotte, cela veut dire qu'ils voulaient trouver des notes de musique, une partition.

-Sans doute, répondit Véronique.

-Une partition... Je me demande bien pourquoi, dit Philippe.

-Grâce à votre éclairage, je crois connaître la clef de l'énigme à présent, déclara leur amie. Asseyez-vous. Je vais vous révéler le secret de cette maison...

-Qui craque, ajouta Jean-Claude en souriant.

Tous s'assirent par terre, en rond, dans la poussière du salon.

-Le père de mon grand-père, expliqua Anne, quitta la Suède voici bien longtemps. Je suis d'origine suédoise. Il fit construire cette maison ainsi que les grandes orgues qui s'y attachent. Il était organiste et aveugle. II fit pourtant une carrière éblouissante à travers le monde.

Les quatre amis écoutaient en silence.

-Mon grand-père et mon père insistèrent souvent pour que j'apprenne à en jouer. Moi, je ne voulais pas. Après quelques leçons, j'avais compris que cela ne m'intéressait pas. Je me souviens qu'un jour mon grand-père, un peu avant de mourir, me chuchota:

"Anne, comme je regrette que tu ne joues pas de l'orgue. Cet instrument est le secret de nos richesses et tu ne sauras pas t'en servir...

-Je n'ai pas bien compris ce que cela voulait dire. Je comptais lui demander, mais il est mort avant de m'en reparler.

-Alors, les voleurs qui cherchent cette gavotte, intervint Philippe, sont initiés à ce secret. Ils se doutent que cette gavotte conduit à un trésor ou à quelque chose de précieux.

-Quelque chose caché dans la maison, ajouta Christine.

-Et dont l'accès est probablement lié aux grandes orgues, suggéra Véronique.

-Oui, conclut Jean-Claude. Il faut trouver le texte, les notes écrites de cette gavotte, ici dans ton habitation et maintenant.


Pendant le restant de la journée, les quatre amis entreprirent une fouille systématique de tout le grand chalet en bois.

Au soir, n'ayant rien découvert, Jean-Claude et Christine invitèrent Anne à venir dormir chez eux, ce qui lui permit de prendre un bon bain et puis surtout de recevoir à manger à sa faim.

Le lendemain, ils reprirent leurs recherches. Ils visitèrent coins et recoins de la villa. Philippe restait assis par terre à contempler l'orgue.

-Tu abandonnes les recherches ? demanda Jean-Claude.

-Non, répondit Philippe. Je crois que je sais où se trouve la partition de la gavotte.

Anne et les autres l'entourèrent étonnés.

-Moi, si je devais cacher un document dans ma maison, reprit le garçon, et si j'étais un vieux monsieur malade, comme le grand-père de notre amie, je le placerais dans ma chambre, pour le garder près de moi. Or, cette chambre, que tu nous as montrée hier, est vide. Il ne reste plus que des barres en bois pour accrocher les rideaux. Allons observer ces tringles de plus près. Trouvons d'abord un escabeau.

Une longue échelle traînait au fond du jardin. Christine y monta et put atteindre la tringle en bois. Aux deux bouts se trouvait une protection qui permettait d'éviter que les anneaux glissent au-delà de l'extrémité. Elle toucha un de ces capuchons, celui de droite, et réussit à le dévisser.

Elle s'aperçut alors que la barre en bois était creuse. Elle y glissa les doigts et en sortit un papier. Sur cette feuille, se trouvaient des notes de musique. Une partition. La fameuse gavotte, liée au secret de la maison qui craque.


Munis de leur trouvaille, les cinq enfants redescendirent au salon. Véronique s'assit devant les grandes orgues et tenta de jouer le morceau. Après trois ou quatre essais infructueux, elle réussit à l'interpréter jusqu'au bout et sans se tromper.

Dès qu'elle joua la dernière note, un craquement plus important que les autres se fit entendre. Cette fois-ci, ce n'était pas simplement un grincement causé par le bois et l'humidité, la chaleur, le soleil ou le vent, mais un bruit interne lié à l'orgue.

Un panneau en marqueterie s'ouvrit, faisant apparaître une cachette dissimulée derrière lui. Puis, un plateau couvert de velours noir s'avança vers nos amis par un mécanisme qui leur échappait. Ils y découvrirent, stupéfiés, une pièce de monnaie en or.

Anne la saisit. Le plateau recula et le panneau en marqueterie se remit en place.

Véronique rejoua la gavotte et une deuxième pièce d'or apparut. Voilà donc le secret de la maison qui craque.


Les cinq enfants se rendirent tout de suite vers la ville. Un bijoutier confirma qu'il s'agissait bien d'une pièce en or monnayable dans une banque ou chez un marchand spécialisé. Le lendemain, ils se présentèrent tous les cinq au comptoir d'un négociant et réussirent à vendre la pièce en or. Ils en obtinrent une belle somme.

-Je crois, dit Jean-Claude en souriant, que tu vas pouvoir vivre dans le luxe, à présent. Plus besoin de voler des pommes aux étalages.

-Surtout s'il reste d'autres pièces au creux de l'orgue, ajouta Christine.

Les enfants retournèrent à la maison de Anne. Véronique s'attela à la tâche. Elle joua gavotte sur gavotte et chaque fois qu'elle en terminait une sans erreur, le craquement se faisait entendre. Le panneau de marqueterie s'ouvrait et une nouvelle pièce d'or apparaissait. Après avoir recommencé l'opération trente-trois fois, un étrange phénomène se produisit.

La cachette s'ouvrit et les cinq amis aperçurent sur le plateau de velours une pièce de bois noir, ovale et plate. Elle mesurait huit centimètres de haut et quatre de large. Une curieuse série de lignes étaient gravées sur l'une des faces de l'objet. Cela formait un étrange dessin. Et la tranche était couverte de petits points bien alignés.

Véronique rejoua une dernière fois la gavotte, mais plus rien n'arriva. L'ouvrage en marqueterie ne se déclencha plus. Le trésor semblait entièrement épuisé.


En observant attentivement les lignes qui se trouvaient sur la pièce en bois, Philippe émit l'hypothèse que cela pouvait correspondre à un plan. Il leur fallut du temps et de la réflexion avant de découvrir la vérité.

Christine s'écria tout à coup que ce dessin correspondait à un endroit de la forêt qui jouxtait leur ville. Elle avait participé à plusieurs jeux à cet endroit en compagnie des lutins de sa ronde et elle se souvenait d'un arbre assez particulier dans ces bois.

-Il pousse au centre d'une petite clairière, dit-elle. De ce lieu précisément, partent huit chemins orientés exactement au Nord, au Sud, à l'Ouest et à l'Est. Les quatre autres pistes intermédiaires se tournent vers le Nord-Est, le Nord-Ouest, le Sud-Est, le Sud-Ouest.

L'après-midi, nos amis se rendirent à vélo à l'endroit évoqué par Christine. Ils s'approchèrent d'un tilleul magnifique, planté au milieu de la clairière. Partant de l'arbre et suivant le plan, gravé sur le disque de bois noir découvert dans la maison qui craque, ils marchèrent au Nord. Ils aperçurent assez vite, à leur droite, un sentier qui correspondait à une ligne en pointillé sur le plan. Ce sentier, entouré de fougères et d'orties, menait à un souterrain.

Les cinq enfants posèrent leurs vélos au sol et entrèrent dans un tunnel étroit, humide et sombre.

À droite, un éboulement empêchait la progression, mais à gauche, on pouvait faire quelques pas dans la boue. Pas très amusant. Les garçons se sacrifièrent et avancèrent dans la vase, suivis aussitôt par Anne. Après quelques mètres ils aperçurent, gravés dans une des briques du mur du tunnel, des signes bizarres et au centre, un dessin semblable à celui qui se trouvait inscrit sur le disque en bois.

Plaçant cette clef inhabituelle dans le creux de la brique, ils obtinrent, en faisant pivoter l'ensemble d'un quart de tour vers la gauche, une toute petite ouverture. On pouvait y glisser les doigts. Derrière cette fente se trouvait un réduit obscur, contenant un sac de jute, rempli de pièces d'or identiques à celles que nos amis venaient de découvrir dans la maison de Anne.

Très heureux de leur trouvaille, ils revinrent vers la maison de leur amie.


Chemin faisant, Philippe s'arrêta soudain et s'écria :

-Mes amis, je crois que nous ne connaissons pas tout le secret de la maison qui craque. Il reste quelque chose à découvrir.

-Que veux-tu dire ? demanda Jean-Claude.

-Une telle installation au centre des grandes orgues, une cachette intelligente au fond des bois... pour quelques pièces en or, non. Il doit exister autre chose.

Prenant le disque en bois noir entre les mains, assis à califourchon sur son vélo, Philippe l'observa à la lumière du soleil. Sur la tranche de l'objet d'un centimètre d'épaisseur, il examina les petits points, curieusement disposés. En glissant son index, il se demanda pourquoi on les avait sculptés et quelle pouvait bien être leur signification.

Toi qui découvres ce récit palpitant, as-tu une idée ? Réfléchis avant de lire la suite...

Anne fit le lien entre ces petites aspérités et son arrière-grand-père, l'organiste aveugle. Les points correspondaient peut-être à du braille. Le braille est l'écriture des aveugles. Grâce à ces petits points en relief, ils peuvent lire, compter ou écrire.

Tu peux en voir sur les boîtes de médicaments, par exemple.

Revenus chez eux, les cinq amis copièrent les points sur un papier blanc grâce à une feuille de carbone qui les y imprima. Ensuite, ils se précipitèrent sur un dictionnaire et trouvèrent l'alphabet Braille. Ils traduisirent lettre par lettre le message qui faisait le tour du disque de bois.

Malheureusement, ce message ne voulait absolument rien dire. Ils vérifièrent deux fois la traduction. Mais les lettres mises bout à bout semblaient dépourvues de sens.

-C'est peut-être du suédois, risqua Anne, puisque mon arrière-grand-père venait de ce pays.

-Tu parles le suédois? demanda Véronique.

-Quelques mots seulement, avoua Anne. 

Jean-Claude eut l'idée de téléphoner à l'ambassade de Suède.


On les y reçut très gentiment et une secrétaire, déchiffrant les lettres, fit la traduction. Le message comportait trois fragments de phrase.

"Soldarmö le Grand". "Son ombre était lumière". "Il ne connaissait pas le chiffre".

Les enfants remercièrent leur traductrice et retournèrent chez eux.

Le mystère demeurait entier.

-Ces trois phrases mènent sans doute quelque part, dit Philippe. Mais où?


Le lendemain, revenant ensemble à la maison de Anne, ils furent appréhendés par une patrouille de gendarmerie garée sur les lieux. Des policiers sortirent de leur voiture, accompagnés par la directrice de l'orphelinat où leur amie vivait. La mine de la jeune fille s'assombrit aussitôt.

-Anne, nous te cherchions partout. Nous ne te trouvions ni à la mer ni à la campagne. Je devrais te punir pour ta fugue, mais je ne le souhaite pas. À cause d'une bonne nouvelle. Nous avons découvert un membre de ta famille. Tu as une tante. Elle habite à Uppsala, au Nord de Stockholm, en Suède. Nous l'avons contactée et elle t'adopte. Elle t'attend là-bas aussi vite que possible. Tu vas vivre chez cette dame, professeure à l'Université.

Le visage de Anne rayonnait à présent.

-Quel bonheur! murmura la fillette, les yeux illuminés. Je suis heureuse! Je suis heureuse!

Pour Jean-Claude, la fin d'une belle aventure s'annonçait. Son amie, dont il était si profondément amoureux, allait partir pour ce lointain pays de Suède. Mais c'était sa vie, son bonheur. Il était content pour elle.


Les quatre amis accompagnèrent Anne à l'aéroport le lendemain. Ils se donnèrent un petit bisou. La jeune fille regarda Jean-Claude en lui prenant les mains. Leurs visages pleins de larmes promettaient de se revoir. Ils s'embrassèrent.

-On se retrouvera, dit leur amie. Aussitôt arrivée là-bas, je vais continuer mes recherches. Vous aussi, s'il vous plaît, réfléchissez. Et dès que je découvrirai une piste, je vous inviterai et vous viendrez en Suède. Promis! juré!


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Rendez-vous dans la deuxième partie : "Le domaine de Trollendröm", histoire numéro 22. Elle te réserve des fameuses surprises...

Et en attendant, pense à l'énigme que même Philippe n'a pas su interpréter.

"Soldarmö le Grand"..."Son ombre était lumière"..."Il ne connaissait pas le chiffre"...