Magali
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L'anniversaire du vieil hibou

     Magali jouait en salopette rouge au jardin. Il faisait grand soleil.

Tout à coup, de l'autre côté de la haie, elle entendit un enfant qui riait. Elle reconnut la voix de son copain Adrien. Ils ont tous deux bientôt cinq ans.

Il vient parfois passer l'après-midi ou la journée chez son grand-père, qui habite la maison juste à côté de celle des parents de notre amie, à gauche.       

La fillette se faufila à quatre pattes par un trou dans la haie et entra dans le jardin du vieil homme.

-Magali ! s'écria le petit garçon.

-Bonjour Adrien !

Ils se donnèrent un bisou.

-Viens avec moi si tu veux, proposa Magali, je vais te présenter à tous mes amis animaux.

-Quelle bonne idée! se réjouit le garçon.

Ils quittèrent le jardin et passèrent dans le champ de blé qui se trouve juste derrière la barrière.


Notre amie habite un petit village et au-delà de la clôture ou de la haie, s'étend un grand champ de blé, bordé de coquelicots rouges, de bleuets et de quelques violettes. Au milieu, on aperçoit une grande pierre blanche.

En-dessous de ce rocher, se trouve l'entrée toute noire du terrier d'un lapin blanc. Ils l'appelèrent trois fois :

-Gentil lapin, gentil lapin, gentil lapin.

Aucune réponse.

-Tiens, ça m'étonne, dit Magali. Il a dû partir quelque part... Viens, allons voir la vieille souris.


Ils traversèrent le grand champ de blé et pas loin de la rivière, ils s'approchèrent d'un petit trou dans la terre.

-Voilà, chuchota la fillette. On va se mettre à quatre pattes là-devant et l'appeler. Il ne faut pas crier trop fort, mais un peu quand même, parce qu'elle n'entend plus très bien.

-Vieille souris, vieille souris, vieille souris.

Pas de réponse. Aucune tête de souris, aucune vieille moustache n'apparut.

-On dirait qu'elle est absente aussi. Cela ne fait rien. Je vais te montrer la jolie pie. Elle est certainement près de son nid. Elle surveille toujours ses trésors jalousement. C'est dans le grand arbre, là-bas tout au bout de la prairie.


Ils retraversèrent le champ de blé et parvinrent au pied d'un arbre immense. Alors, levant la tête, ils crièrent bien haut.

-Jolie pie, jolie pie, jolie pie.

Ils se turent pour écouter. Encore une fois, ils ne reçurent aucune réponse.

-Mais enfin, s'impatienta Magali, où sont tous mes amis ? Tant pis, allons près de la rivière. Il y a un vieil arbre et là, habite un écureuil aux yeux très doux. Lui, il est toujours là. Enfin, j'espère.


Ils parvinrent au pied du grand arbre au tronc noueux, au bord de l'eau. Et là, observant la canopée, c'est-à-dire le sommet des arbres, ils appelèrent bien fort, trois fois, le petit animal.

-Écureuil aux yeux très doux, écureuil aux yeux très doux, écureuil aux yeux très doux !

Les deux enfants tendirent de nouveau l'oreille, mais à part le frisson du vent dans le feuillage, et le chant de quelques oiseaux, ils n'entendirent rien.

-Je me demande vraiment où ils sont tous passés, regretta Magali. Viens, allons près de l'étang. On y verra des grenouilles. Peut-être qu'elle ne sont pas parties, elles.


Les deux amis se donnant la main s'approchèrent du bord. Ils passèrent doucement entre les roseaux, en évitant de détruire la jolie toile d'araignée qui se trouvait sur la droite. La surface de l'eau était couverte de fleurs blanches et jaunes de nénuphars. Ils appelèrent trois fois.

-Grenouille verte, grenouille verte, grenouille verte.

Que du silence. Et pas un seul canard en vue non plus.

-Mais où sont-ils allés ?

Magali, toute triste, regardait Adrien qui ne disait rien.


Soudain, ils aperçurent un poisson rouge. Ils l'appelèrent trois fois.

-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.

Le poisson rouge s'approcha des deux enfants et vint respirer près de la surface.

-Que sont devenus tous mes amis ? demanda Magali. Je suis allée devant le terrier du gentil lapin, devant le trou de la vieille souris, près du nid de la jolie pie, au pied de l'arbre de l'écureuil aux yeux très doux, je viens d'appeler la grenouille verte et personne ne répond.

-C'est normal, expliqua le poisson rouge. Ils sont tous à la fête du vieil hibou.

-La fête du vieil hibou ? interrogea la fillette.

-Oui, celui qui vit là-bas dans le bois, près de la petite maison abandonnée. Il a cent ans aujourd'hui. Il invite presque tous les animaux de la forêt. Cela m'étonne même que tu n'y sois pas.

-Moi, dit Magali, je ne suis pas un animal. Par contre, cela m'aurait fait plaisir d'y aller. Je l'aime bien, cet oiseau-là.

-Si tu veux, répondit le poisson rouge, je peux te donner mon invitation et celle de mon copain, le poisson bleu car nous ne pouvons pas quitter l'étang. Nous ne respirons pas hors de l'eau, nous. Et puis, nous ne pouvons pas marcher jusque-là, nous avons des nageoires, pas des pattes. Tiens.

Le poisson rouge et le poisson bleu remirent leur invitation aux deux enfants.

Nos deux amis remercièrent et coururent rapidement jusqu'au grand arbre près de la cabane moisie où habite le vieil hibou. Ils suivirent une petite route en terre dans le bois. Ce n'était heureusement pas trop loin. Ils arrivèrent tout essoufflés.


Une libellule, à l'air un peu agressif et menaçant, leur demanda de montrer leur invitation. Dès qu'ils la lui présentèrent, elle leur permit de passer et leur souhaita de bien s'amuser.

Ils s'arrêtèrent devant le tronc du vieil arbre. Tous les animaux se trouvaient là. Le gentil lapin, la vieille souris, la jolie pie, l'écureuil aux yeux très doux, la grenouille verte, les canards et bien d'autres encore.

Juste à ce moment, ils se mirent à chanter en chœur.      

-Joyeux anniversaire, joyeux anniversaire...

-Je suis très heureux, s'écria le hibou. Vous me faites un grand plaisir en venant à ma fête et je suis très content de vous voir tous réunis autour de moi. Pour vous remercier, je vais vous raconter une histoire. Connaissez-vous celle des cinq libellules et des deux coccinelles ?

Les animaux firent signe que non. Magali regarda Adrien. Ni lui, ni elle n'avaient entendu ce conte.

-Voilà, commença le vieil hibou. Il y avait une fois cinq libellules qui voltigeaient autour d'une rivière. Tout à coup, elles aperçurent deux boules rouges sur une feuille jaune au bord de l'eau. Les cinq libellules s'approchèrent et tournèrent autour, en se demandant ce que cela pouvait bien être.

-Ce sont deux cerises, affirma la première libellule.

-Mais non, s'écria la deuxième. Ce ne sont pas des cerises. Les cerises ne possèdent pas de petits points noirs sur le dos. Tu vois bien que ce sont des champignons.

-Sûrement pas, s'indigna la troisième libellule, ce ne sont pas des champignons. Les champignons n'ont pas d'ailes. Ce sont des billes. Vous savez bien, les enfants jouent avec des billes comme cela à la récréation, dans leurs écoles.

-Certainement pas, répliqua la quatrième libellule. Ce ne sont pas des billes. Les billes ne possèdent pas de pattes. Ce sont des bonbons.

-Mais enfin, se mit à rire la cinquième libellule, ce ne sont pas des bonbons. Les bonbons n'ont pas d'antennes. Vous voyez bien que ce sont des bulles de savon. Observez-les de près.

‘'Tout à coup, les deux coccinelles dont on parlait, et qui riaient fort, s'envolèrent, continua le vieil hibou.

-Oh, s'écrièrent les cinq libellules toutes ensemble, ce ne sont pas des cerises, ni des champignons, ni des billes d'enfants, ni des bonbons, ni des bulles de savons, mais des coccinelles.''

-En plus, s'écria l'une des libellules, si ce sont des coccinelles, nous pouvons prononcer un vœu.

‘'Les cinq libellules se mirent d'accord pour tenter le même vœu. Elles demandèrent de pouvoir souffler des jolies bulles au bord de l'eau, comme des bulles de savon.

‘'Et depuis ce temps-là, termina le vieil hibou, ces cinq libellules savent en faire des très jolies.

"En vous promenant au bord de l'eau, observez la surface entre les roseaux, vous apercevrez des bulles ici et là.


Tout le monde applaudit à la belle histoire du vieil hibou.

Très heureux, celui-ci ajouta qu'un jour, les cinq libellules soufflèrent une bulle si grosse qu'elles se retrouvèrent enfermées à l'intérieur. Elles s'envolèrent et passèrent au-dessus des arbres. Elles voltigèrent longtemps dans le vent, au-dessus des champs, des forêts, des rivières et des villages. Et depuis personne ne les a revues.


C'était l'heure de retourner chez soi.

Tout le monde se serra les pattes, les pinces ou les doigts et puis, chacun repartit vers sa maison, son terrier ou son nid.


Tout à coup, Adrien s'arrêta et se tourna vers son amie.

-Moi, dit-il, j'aimerais bien être capable de faire une énorme bulle dans laquelle je pourrais être emmené au loin.

-Pourquoi ? demanda la fillette.

-Parce qu'alors, je ferais le tour de la terre et je pourrais rencontrer plein de nouveaux amis. Et puis, je profiterais que je suis dans les nuages pour donner des bisous aux oiseaux en volant. Et avec un peu de chance, je pourrais traverser un arc-en-ciel. Ce serait amusant.

-Moi, murmura Magali, j'aimerais aussi me trouver dans une énorme bulle. Et j'aimerais m'envoler très haut.

-Pourquoi ? dit Adrien en souriant.

-Parce que mon grand-père est mort. Et maman dit toujours qu'il vit dans le ciel. Alors, si une énorme bulle pouvait me conduire là-haut, j'arriverais près de lui et je pourrais le serrer dans mes bras.

Et toi, si tu pouvais te trouver dans une énorme bulle, que ferais-tu ?