Magali
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Le Caillou blanc

     Magali arriva au bord d'une grande prairie remplie de boutons d'or. Quelle merveille! Des milliers de fleurs jaunes illuminaient l'herbe verte sous le soleil du printemps. Un endroit de la prairie présentait un plan incliné assez fort, assez raide. La fillette hésita un instant.

Rappelons-nous d'abord que Magali est une petite fille de quatre ans et demi. Ses parents lui coiffent ses cheveux noirs en deux couettes qui dansent sur ses épaules. Elle portait ce jour-là une salopette rouge et des tennis bleus.

Elle décida de s'amuser en se couchant par terre et en se roulant dans l'herbe et les fleurs de la pente, jusque tout en bas.


Lorsqu'elle s'arrêta enfin de tourner sur elle-même, en poussant des cris de joie, elle sentit une douleur aiguë au bras gauche. Elle se demanda pourquoi. Elle regarda autour d'elle dans l'herbe et aperçut un petit serpent jaune, qui s'éloignait rapidement.

Elle l'appela trois fois.

-Serpent jaune, serpent jaune, serpent jaune !

Il se retourna et se redressa.

-Que me veux-tu? demanda-t-il tout bas.

-Tu m'as mordue au bras?

-Moi? répondit le serpent jaune. Comment aurais-je fait cela?

-Je me suis arrêtée en haut du talus, expliqua Magali. Je me suis couchée et j'ai roulé dans l'herbe et les boutons d'or. Arrivée au bas de la pente, j'avais mal au bras. Est-ce toi qui m'as blessée?

-Non, je ne t'ai rien fait. Je dormais, bien enroulé sur moi-même, au soleil, et en passant sur moi, tu m'as réveillé.

-Oh pardon, murmura Magali. Je ne voulais pas te déranger.

-Ce n'est pas grave, affirma le serpent jaune.

-Mais alors, poursuivit notre amie, qui m'a fait mal au bras?

-Je crois que c'est l'abeille orange qui tourne là, autour des petites fleurs. Les abeilles, ça pique.


La fillette observa l'abeille orange et l'appela trois fois.

-Abeille orange, abeille orange, abeille orange!

-Que me veux-tu? 

-Tu m'as piquée au bras?

-Moi? répondit l'abeille orange. Comment aurais-je fait cela?

-Je me suis arrêtée en haut du talus, expliqua Magali. Je me suis couchée et j'ai roulé dans l'herbe et les boutons d'or. Arrivée au bas de la pente, j'avais mal au bras. D'abord, j'ai pensé au serpent jaune. Mais ce n'est pas lui. Il t'accuse toi, l'abeille orange.

-Ce n'est pas moi. Je butinais une fleur et tu as failli m'écraser en passant.

-Oh, pardon, murmura Magali, je ne voulais pas te faire de mal. 

-Ce n'est pas grave, affirma l'abeille orange.

-Mais alors, poursuivit notre amie, qui m'a fait mal au bras?

-Je pense plutôt à cette fourmi rouge qui s'éloigne, là, entre les deux petites pierres. Les fourmis rouges, ça mord.


Notre amie se tourna vers la fourmi rouge et l'appela trois fois.

-Fourmi rouge, fourmi rouge, fourmi rouge!

La petite fourmi répondit, de sa voix aiguë.

-Que me veux-tu? 

-Tu m'as mordue au bras?

-Moi? répondit la fourmi rouge. Comment aurais-je fait cela?

-Je me suis arrêtée en haut du talus, expliqua Magali. Je me suis couchée et j'ai roulé dans l'herbe et les boutons d'or. Arrivée au bas de la pente, j'avais mal au bras. D'abord, j'ai pensé au serpent jaune. Mais ce n'est pas lui. Alors, j'ai songé à l'abeille orange. Ce n'est pas elle. Mais elle t'accuse toi, la fourmi rouge.

-Ce n'est pas moi. Je traversais la prairie en portant un grain de blé vers la fourmilière. Tu es passée sur moi. Du coup, je ne le retrouve plus.

-Oh, pardon, s'excusa Magali, je ne voulais pas te faire de peine. Je vais chercher ce grain de blé avec toi, si tu veux.

-Ne t'inquiète pas, répondit la fourmi rouge. J'en trouverai un autre.

-Mais alors, demanda la fillette, qui m'a fait mal au bras?

-À mon avis, ce sont les orties vertes, là-bas. Les orties vertes, ça pique.


Magali se tourna vers les orties vertes. Elle les appela trois fois.

-Orties vertes, orties vertes, orties vertes!

-Que nous veux-tu?

-Vous m'avez piquée au bras?

-Nous? répondirent les orties vertes. Comment aurions-nous fait cela?

-Je me suis arrêtée en haut du talus, expliqua Magali. Je me suis couchée et j'ai roulé dans l'herbe et les boutons d'or. Arrivée au bas de la pente, j'avais mal au bras. D'abord, j'ai pensé au serpent jaune. Mais ce n'est pas lui. Alors, j'ai songé à l'abeille orange. Ce n'est pas elle. Ensuite, je me suis tournée vers la fourmi rouge. Elle ne m'a pas mordue. Elle vous accuse, vous, les orties vertes.

-Pas possible. Nous poussons ici, et toi tu as roulé jusque là, à un mètre de nous, sans nous atteindre. Nous les orties, nous ne piquons que ceux ou celles qui nous touchent. Tu ne nous as pas touchées, nous ne t'avons donc rien fait.

-Mais alors, demanda la fillette, de plus en plus intriguée, qui m'a fait mal au bras?

-Observe cette chenille bleue, qui s'enfuit là entre les herbes. Nous la trouvons bizarre. Elle n'est pas comme les autres.


Magali se redressa et appela trois fois la chenille bleue.

-Chenille bleue, chenille bleue, chenille bleue!

-Que me veux-tu?

-Tu m'as fait mal au bras?

-Moi, répondit la chenille bleue. Comment aurais-je fait cela? 

-Je me suis arrêtée en haut du talus, expliqua Magali. Je me suis couchée et j'ai roulé dans l'herbe et les boutons d'or. Arrivée au bas de la pente, j'avais mal au bras. D'abord, j'ai pensé au serpent jaune. Mais ce n'est pas lui. Alors, j'ai songé à l'abeille orange. Ce n'est pas elle. Ensuite, je me suis tournée vers la fourmi rouge. Elle ne m'a pas mordue. Enfin je me suis approchée des orties vertes, mais je ne les ai pas touchées. Elles ne m'ont rien fait. Elles t'accusent toi, la chenille bleue.

-Pas du tout. Tu peux me prendre entre tes doigts, je suis toute douce, délicate. Et, dans une semaine ou deux, je deviendrai un beau papillon bleu.

Magali la prit dans sa main. Elle la caressa. Elle la sentit si douce, en effet. Cela ne pouvait pas être elle.

-Mais alors, se demanda tout haut notre amie, qui m'a fait mal au bras?

-Tu vois cette araignée noire qui se sauve là-bas vers le sentier? C'est peut-être bien elle, proposa la chenille bleue.


Magali appela trois fois l'araignée noire.

-Araignée noire, araignée noire, araignée noire!

L'araignée répondit, avec une voix agacée et énervée, qu'il ne fallait pas la déranger.

-Tu m'as mordue au bras?

-Moi, s'indigna l'araignée. Comment aurais-je fait cela? 

-Je me suis arrêtée en haut du talus, expliqua Magali. Je me suis couchée et j'ai roulé dans l'herbe et les boutons d'or. Arrivée au bas de la pente, j'avais mal au bras. D'abord, j'ai pensé au serpent jaune. Mais ce n'est pas lui. Alors, j'ai songé à l'abeille orange. Ce n'est pas elle. Ensuite, je me suis tournée vers la fourmi rouge. Elle ne m'a pas mordue. Enfin je me suis approchée des orties vertes, mais je ne les ai pas touchées. Elles ne m'ont rien fait. Alors j'ai demandé à la chenille bleue, mais ce n'est pas elle…

-Alors, évidemment, c'est moi, interrompit l'araignée noire. Parce que je suis une araignée, tout le monde me traite de vilaine. Et bien, tu te trompes, ma fille, ce n'est pas moi. Je ne t'ai même pas touchée.

-Mais alors, se demanda notre amie, qui m'a fait mal?

-Ouvre tes yeux! Tu vois ce caillou blanc, pointu, dans l'herbe? Tu as dû passer dessus et te cogner au bras en roulant sur toi-même.


Magali se mit à quatre pattes devant le caillou blanc et l'appela trois fois.

-Caillou blanc, caillou blanc, caillou blanc!

Il ne répondit pas.

Après un moment de silence, le serpent jaune et l'abeille orange suggérèrent à notre amie de l'appeler à nouveau.

-Caillou blanc, caillou blanc, caillou blanc!

La fillette tendit l'oreille vers la pierre mais elle ne répondait rien. Alors, la fourmi rouge et les orties vertes proposèrent à Magali de l'appeler à nouveau, mais tout bas, en chuchotant.

La fillette murmura du bout des lèvres.

-Caillou blanc, caillou blanc, caillou blanc!

Aucune réponse ne parvint à ses oreilles.

La chenille bleue et l'araignée noire lui conseillèrent de tenter sa chance une dernière fois, mais en criant très fort. Peut-être que le caillou blanc était sourd.

Magali cria le plus fort qu'elle put.

-Caillou blanc, caillou blanc, caillou blanc!

Il resta tout à fait silencieux.


Un oiseau qui passait se posa dans l'herbe.

-Que fais-tu là? Tu essayes de parler avec un caillou? Quelle drôle d'idée! Tu as déjà rencontré un caillou qui parle?

-C'est vrai, fit en souriant Magali. Les cailloux ne parlent pas.

 

Alors, notre amie saisit le caillou blanc et le retira de l'herbe. Elle l'emporta avec elle.

Ainsi, la prochaine fois que quelqu'un voudra se rouler dans l'herbe et dans les boutons d'or, il ne se fera pas mal au bras.

Magali retourna chez elle tout heureuse. Elle venait de rencontrer beaucoup d'animaux dans l'herbe. On peut les observer, mais il ne faut pas les déranger.