Noël - Pâques - Saint Nicolas
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Le petit agneau de Pâques

       Magali courait au jardin. Un papillon jaune et bleu avait capté son attention. Il voltigeait au soleil. Tout à coup elle entendit un garçon qui riait dans le jardin voisin du sien, de l'autre côté de la haie.

       -Adrien ! Cria-t-elle.

       La maison la plus proche de celle de ses parents appartient à un vieux monsieur. C'est un grand-père. C'est le bon-papa d'Adrien. Adrien, c'est le meilleur ami de Magali.

       Ils ne se voient, hélas, pas très souvent. Ils ne jouent ensemble que quand Adrien vient passer la journée chez son grand-père.

       Notre amie oublia le papillon bleu et se glissa par un trou de la haie jusque dans l'herbe et les fleurs du jardin voisin. Elle se redressa et appela son ami.

       -Adrien !

       Le garçon se retourna et aperçut la fillette. Un grand sourire illumina son visage.

       -Magali ! Tu viens jouer avec moi ?

       Ils se donnèrent un bisou sur la joue.


       -J'ai remarqué quelque chose d'étrange derrière ton jardin, Magali. Quelque chose de blanc. Tu sais ce que c'est ?

       -Non, fit la fillette. Je n'ai rien aperçu. Allons voir, suis-moi.

       Ils passèrent tous deux par le trou de la haie, puis se dirigèrent vers le fond du jardin. Magali glissa la barre de fer qui sert de verrou vers la gauche et ouvrit la barrière.

       Ils traversèrent le chemin en terre qui longe l'arrière des maisons. Il y avait des hautes herbes de l'autre côté d'un petit fossé, et puis, le grand champ de blé. Et là, derrière un rideau de mauvaises herbes, ils remarquèrent quelque chose de blanc.

       Intrigués, ils s'approchèrent en se donnant la main et découvrirent un petit mouton, un agneau tout blanc, couché dans l'herbe.

       -Oh, un petit agneau, dit Magali. Comme il est joli !

       Elle tendit la main, pour le caresser, mais arrêta son geste.

       -Il ne bouge pas. On dirait qu'il dort.

       -Je ne crois pas, fit Adrien. S'il dormait, on verrait bouger son ventre quand il respire.

       -C'est peut-être un faux, se demanda Magali. Il est peut-être en bois ou en plâtre.

       Elle le toucha. C'était un vrai petit agneau, couvert de boucles blanches.

       -Il ne bouge pas, répéta la fillette. Peut-être qu'il est mort...

       -Oui, il est mort, conclut le garçon. Il est mort et sa mère l'a laissé là.

       -Je ne veux pas qu'on l'abandonne ainsi, dit Magali. Il faut faire quelque-chose.

       -Pourquoi ?

       -Parce que si on le laisse là, le renard va venir le manger.

       -Il ne sentira rien, fit remarquer Adrien. Il est quand même mort.

       -Je ne veux pas le laisser là.

       -Tu veux qu'on prenne une pelle et qu'on l'enterre ? Proposa le garçon.

       -Non, ce sera trop triste. Ca ressemblera à un vieux chat ou un vieux chien qu'on enterre au fond du jardin. Et puis la terre va le salir. Je ne veux pas.

       -Que fait-on, alors ?

       -Viens, on va demander à ma maman.


       C'était le samedi saint, la veille du dimanche de Pâques. Maman était fort occupée à préparer la maison pour recevoir grand-père et grand- mère demain.

       -Maman !

       -Oui, Magali. Oh, bonjour Adrien.

       -Bonjour, madame.

       -Maman, on a découvert un petit agneau, derrière le jardin, dans les hautes herbes, près du champ de blé, de l'autre côté de la route. Il est mort. Que peut-on en faire ?

       La maman sembla hésiter un instant.

       -Rien, ma chérie. Tu ne dois rien faire.

       -Mais maman, si on le laisse là, le renard va venir le manger.

       -On pourrait l'enterrer, madame, suggéra Adrien.

       -Cela ne servira pas à grand-chose, expliqua la maman de Magali. Même si vous creusez avec une pelle, le renard le sentira et l'emportera après avoir gratté la terre.

       -Mais alors, on fait quoi ?

       -Débrouillez-vous, répondit la maman.

       Ils retournèrent tous deux au jardin.


       -J'ai une idée, Adrien.

       -Tu penses à quoi ?

       -On pourrait le prendre et aller le poser tout au bout du chemin en terre, là où il rencontre la route. Il y a là une croix de Jésus, avec un petit autel en pierre. On pourrait y mettre le petit agneau et demander à Jésus de s'en occuper.

       -Si tu veux, accepta le garçon.

       Ils ressortirent du jardin et retournèrent près de l'agneau.

       -Tu le prends ? Demanda le garçon.

       -Je n'ose pas, fit Magali. Il est mort. Je n'ai pas envie de le porter dans mes bras.

       -Tu veux qu'on le tire par les pattes ?

       -Non, je ne veux pas. Ça va le salir.

       -On pourrait le traîner par la queue.

       -Non.

       -On fait comment ? Tu as une brouette ? Demanda Adrien.

       -On n'en n'a pas, mais j'ai une idée. Viens.

       Ils retournèrent dans la maison et entrèrent dans la cuisine.

       -Prenons l'essuie de vaisselle jaune, dit Magali. On le mettra dedans.

     Ils revinrent près de l'agneau. Magali étendit l'essuie de vaisselle par terre. Ils prirent l'agneau par les pattes et l'y posèrent. Puis saisissant chacun deux coins de l'essuie, ils emportèrent le petit mouton au bout du chemin.


       Là se dressait un mur de briques rouges, surmonté par un petit toit de tuiles brunes. Un grand crucifix y était fixé avec un Jésus en bois sur la croix.

       Les deux enfants posèrent l'essuie au pied de l'autel. Magali le déplia avec soin. Le petit agneau reposait, immobile sur le tissus jaune.

       -Voilà, Jésus, dit-elle. On te confie le petit mouton. On est le samedi saint, la veille de Pâques. Notre institutrice nous a expliqué en classe que cette nuit tu vas ressusciter. Tu vas revenir à la vie. Et bientôt, tu monteras au ciel.

       Notre amie regardait la croix.

       -Tu peux ressusciter le petit agneau en même temps que toi et le prendre cette nuit dans ton paradis, si tu veux. Tu pourras jouer avec lui. Tu pourras même le montrer à ta maman, à Marie. Au revoir, Jésus. Amuse-toi bien avec le petit mouton.

       Magali fit un signe de croix et revint à la maison avec Adrien. Ils jouèrent au jardin tout l'après-midi.


       Au soir, le copain de notre amie était retourné chez ses parents.

       Pendant le repas, en présence de papa, Arnaud, le grand frère de Magali, -il a huit ans-, et de Julien –le bébé-, maman posa une question embarrassante.

       -Qui a pris mon grand essuie de vaisselle jaune ?

       -Ce n'est pas moi, répondit papa.

       -Moi non plus, lança Arnaud.

       -Ne me dites pas que c'est Julien, fit maman en riant.

       Magali devint toute rouge.

       -C'est moi, maman.

       -Pourquoi as-tu pris cet essuie ?

       -Je l'ai pris avec Adrien. C'était pour emporter le petit mouton mort jusqu'à la croix de Jésus qui est au bout du chemin.

       -Et pourquoi l'avez-vous mis là ?

       -Je l'ai posé aux pieds de Jésus. Comme il va ressusciter cette nuit, il pourra le ramener à la vie aussi et l'emmener dans son paradis, maman.

       Arnaud avait envie de se moquer de sa petite soeur qu'il trouvait bien naïve, mais il se retint.


       Le lendemain, c'était le dimanche de Pâques. Après le petit déjeuner, Arnaud et sa petite soeur allèrent au jardin ramasser des petits oeufs en chocolat. Puis maman demanda à Magali d'aller rechercher son essuie de vaisselle jaune.

       La fillette ouvrit la barrière au fond du jardin et suivit le chemin en terre jusqu'à la croix de Jésus.

       L'essuie jaune était là, exactement où Magali l'avait posé hier. Mais le petit agneau n'y était plus.

       La fillette sourit et se tourna vers Jésus.

       -Tu l'as ressuscité cette nuit en même temps que toi, n'est-ce pas Jésus. Tu l'as pris dans ton paradis. Amuse-toi bien avec lui. Et n'oublie pas de le montrer à ta maman.

         Magali revint joyeuse et souriante à la maison.

                                                                                    xxxxxxxx