Noël - Pâques - Saint Nicolas
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Le Savon de Tante Louise

     C'était le 24 décembre dans l'après-midi, juste avant la veillée de Noël.

Béatrice était allée jouer chez son copain François et ses petites sœurs, Olivia, cinq ans et demi, et Amandine, trois ans et demi. François et Béatrice, âgés tous deux de sept ans, habitent la même avenue et vont à la même école.

Il faisait gris et déjà sombre ce jour-là. Les enfants s'amusaient ensemble lorsque tout à coup Amandine, qui regardait par la fenêtre, montra du doigt un petit chat blanc qui traversait le jardin. Les trois grands vinrent près d'elle.

-Quel beau chat ! dit Béatrice.

-Je préfère les noirs, répondit François.

-Peut-être, ajouta la fillette, mais un blanc, c'est quand même joli… ou bien un gris.

-Oui, un gris, concéda le garçon.

Puis il chanta:

-Si j'étais un petit chat gris, j'attraperais plein de souris.

-Ça rime, dit Béatrice en souriant. Si j'étais un petit chat gris, j'attraperais plein de souris.

Vers la fin de l'après-midi, elle retourna chez ses parents. Elle devait se préparer pour la veillée de Noël.


Ce soir-là, comme ils sont tous fort curieux et impatients chez elle, ils commencèrent par ouvrir les cadeaux. Lorsque presque tout fut déballé, il restait quatre paquets en-dessous du sapin.

-Et ceux-là ? demanda notre amie, intriguée. Ce n'est pas pour nous ?

-Si, c'est pour nous, répondit Papa.

-Ils viennent de qui ?

-De tante Louise.

-Des cadeaux de tante Louise ! s'exclama la fillette en faisant un grand sourire.

Tante Louise, la sœur de maman, habite en Amérique du sud, au Brésil. Elle est très créative et généreuse. Quand elle fait des cadeaux, elle offre toujours des choses extraordinaires. Hélas, on ne la voit pas souvent.

Béatrice ramassa les quatre paquets et les distribua.

Papa déballa le sien. Il trouva une très belle épingle de cravate, enrichie d'une petite pierre précieuse. Maman sortit un pendentif incrusté de rubis et d'émeraudes. Nicolas, le petit frère de notre amie, reçut un hochet qui change sans cesse de couleur, une splendeur! Le bébé ne le quittait plus des yeux.

Béatrice tâta son petit paquet et déchira lentement l'emballage cadeau. Elle vit apparaître une boîte en plastique, d'une couleur grisâtre. Elle l'ouvrit... Elle découvrit un savon !

-C'est pas juste, commenta notre amie. Vous avez tous des beaux cadeaux, et moi je reçois un bête savon comme on en vend dans tous les grands magasins.

Louise n'était pas présente, sinon la fillette bien élevée aurait remercié poliment. Mais comme la tante était absente, Béatrice put se laisser aller à son étonnement et exprimer sa déception.

-Pourquoi m'envoyer un paquet depuis l'autre côté de la terre si c'est pour y mettre un savon ! Je ne comprends pas. Elle ne m'aime plus ?

-Ça m'étonne, dit Papa.

-Peut-être sent-il très bon ? suggéra Maman.

-Même pas, dit notre amie après avoir presque collé son nez dessus.

Elle referma la boîte et on n'en parla plus.


Après la fête, elle monta se laver avant de se coucher. Papa lui cria :

-Profites-en pour essayer le savon de tante Louise !

-Oui, répondit Béatrice en riant. Bonne idée.

Une fois installée sous la douche, elle ouvrit la boîte. Elle aperçut un papier collé dans le couvercle. Quelque chose était marqué, mais Béatrice ne comprit pas. Ce n'était pas écrit en français.

Elle prit le savon, son gant de toilette et se lava, tout en chantant :

-Si j'étais un petit chat gris, j'attraperais plein de souris.

Elle pensait à son copain François.

Puis elle alla se coucher. Papa et maman vinrent l'embrasser et elle s'endormit, heureuse.


Béatrice s'éveilla au matin, parce que sa maman l'appelait.

-Ma chérie, lève-toi.

Elle eut envie de répondre « oui maman », mais au lieu de cela « miaou » sortit de sa gorge. Étonnée et un peu inquiète, la fillette essaya encore « oui maman », mais tout ce qu'elle réussit à articuler, c'était « miaou ».

Elle se glissa hors du lit et passa devant le miroir de sa garde-robe. Là, elle s'aperçut qu'elle s'était transformée en un chat gris ! Et comble de malchance, elle ne pouvait plus que miauler !

Effrayée, elle s'assit sur son lit et ne bougea plus en attendant que ses parents viennent. Maman, ne voyant pas arriver sa fille, monta les escaliers et ouvrit la porte de la chambre.

-Et bien, ma chérie… Oh, un chat ! Veux-tu bien sortir d'ici tout de suite, vilaine bête !

Les parents de notre amie refusent d'adopter un animal de compagnie. Malgré les demandes répétées de leur fille adorée, ils n'ont jamais accepté d'en garder un à la maison.

-Va-t'en immédiatement de la chambre de ma fille. Disparais ! cria maman.

Béatrice-chat courut dans l'escalier en direction du hall. Elle descendit tellement vite les marches qu'elle faillit se rompre les os.

-Mon amour, appela la maman, un chat gris traîne près de l'entrée. Jette-le dehors.

Papa frappa dans ses mains et fit semblant de courir derrière le félin en tapant des pieds sur le sol pour lui faire peur. Notre amie s'enfuit par la porte ouverte du hall. Elle se retrouva à la rue.

-Ce n'est pas possible, se dit-elle. Ma maison ! Mes parents ! Il faut que je leur fasse comprendre que ce petit chat gris, c'est moi.


Elle passa sur le côté de la villa et entra dans la cuisine par la chatière.

Les gens qui possèdent un chat ou un chien ont souvent dans la porte de leur cuisine une petite planchette qui ballotte et permet à leur compagnon de sortir au jardin ou de rentrer à sa guise. Ceux qui occupaient la maison avant les parents de Béatrice en tenaient un. Et la chatière est restée…

Papa aperçut notre amie dans la cuisine.

-Veux-tu bien t'en aller tout de suite, toi, dit-il sans savoir qu'il chassait sa petite fille chérie.

Et tapant à nouveau des pieds sur le sol et frappant dans ses mains, il la fit s'encourir par la chatière. Puis il prit un marteau, un clou et bloqua la petite porte, de telle manière que plus aucun animal ne sache encore entrer par là.


-Où est Béatrice ? demanda papa.

-Je me le demande, répondit maman. Je ne la vois pas dans la maison. Je ne comprends pas. Serait-elle allée chez son copain François, sans nous le dire ? Je vais téléphoner.

Mon copain François, songea Béatrice. Voilà une bonne idée ! Lui va me reconnaître. Hier on a parlé de petit chat gris.


Passant de haie en haie, de jardin en jardin, elle arriva dans celui de son ami. Elle observa attentivement les lieux. Elle aperçut un arbre dont une branche se terminait tout près de la chambre du garçon. La fenêtre, malgré l'hiver, était entrouverte.

Petite fille, elle n'aurait pas réussi l'escalade, mais devenue un chat, elle monta dans l'arbre, marcha en équilibre sur la branche et sauta près de la vitre. Elle se faufila dans la chambre et s'assit sur le lit pour attendre.

François entra dans la pièce un peu avant midi.

-Quel beau petit chat! dit-il. Bonjour. Tu es venu par la fenêtre ?

Il s'assit sur le lit et le prit dans ses bras. Il le caressa et l'embrassa. Béatrice aurait rougi! Le garçon ne savait pas que c'était sa copine à qui il donnait des bisous !

-Tu sais, chuchota François, il ne faut pas que tu t'installes chez moi, parce que j'ai un chien. Il s'appelle Oasis. Il n'aime pas beaucoup les chats. Alors, il vaut mieux que tu ne restes pas ici.

Il posa le petit chat sur l'appui de fenêtre et le fit partir sans s'apercevoir ni comprendre que c'était Béatrice.

Elle redescendit dans le jardin, déçue de n'être pas reconnue et inquiète, car elle se demandait ce qu'elle allait devenir.

Quelle pénible journée de Noël, pour notre amie !


Elle marcha longtemps dans les rues du quartier. Triste et affamée. Elle n'avait encore rien mangé aujourd'hui. On était déjà l'après-midi.

Elle aperçut un sac poubelle entre deux maisons. Elle l'ouvrit d'un coup de griffes, mais ce qui s'y trouvait sentait mauvais. Quelques pelures de pomme de terre tombèrent dans l'eau sale du trottoir. Elle en mordit une, mais la recracha l'instant d'après, dégoûtée.

Elle s'éloigna, avançant au hasard. Elle s'aperçut qu'un chat noir la suivait.

-Miaou, fit le gros matou.

Béatrice accéléra un petit peu. L'autre courut derrière elle, la rattrapa et se colla contre elle. Il poussait des « miaou » très doux et se frottait à sa fourrure. Béatrice comprit que ce chat tombait amoureux d'elle. Il ne manquait plus que ça !

-Ah non, va-t'en, je ne veux pas attraper des bébés chats avec toi, fit-elle en miaulant.

Mais l'autre insista. Alors, notre amie lui donna un coup de griffe. Il répondit par un autre coup de griffe et bientôt les deux chats se battirent. Le gros matou finit par s'éloigner.

Béatrice sait se défendre et même se bagarrer quand on l'ennuie. Mais elle était blessée à plusieurs endroits à présent. Des touffes de poils avaient été arrachées. Elle pleura un peu, puis elle se coucha à terre. Elle était si triste.

Elle regarda les maisons où des enfants jouaient, où des familles vivaient heureuses. Elle se dit que papa et maman se renseignaient partout, pour la retrouver. Ils devaient être tellement inquiets ! Ils avaient certainement averti la police. Mais les patrouilles recherchaient une petite fille, pas un chat gris. Elle avait de plus en plus froid et faim. Elle était mouillée, parce qu'il tombait un peu de neige fondante. Si au moins elle pouvait entrer dans sa maison ! Une auto passa dans la rue et l'éclaboussa d'eau sale.

La nuit venait. Si seulement elle pouvait faire comprendre qui elle était…

Quel triste journée de Noël...


Tout à coup, il lui vint une idée : son petit collier!

Notre amie a dans sa chambre un meuble à trois tiroirs. Dans celui du bas se trouve une boîte rouge qui contient une chaîne avec « Béatrice »  en lettres d'or, un cadeau de tante Louise d'ailleurs.

-Si je pouvais atteindre ma chambre, le prendre dans mon tiroir et me le mettre autour du cou, mes parents me reconnaîtraient. Ils m'accueilleraient dans la maison. Il faut que je retourne chez moi.

Elle s'arrêta dans le jardin et observa la façade arrière. La fenêtre de la chambre de son petit frère Nicolas n'était pas fermée. Elle y grimpa en utilisant la gouttière. Une fois encore, petite fille, elle n'aurait pas osé faire cela. Mais les chats, eux, en sont capables.

Elle entra dans la chambre du bébé. Le petit frère dormait dans son lit à barreaux. Béatrice bondit et se coucha près de lui.

Nicolas s'éveilla et fit un merveilleux sourire. Il caressa le chat, sans savoir que c'était sa grande sœur. Elle se glissa sous les couvertures, près du petit. Elle ferma les yeux et s'endormit bien au chaud.


-Sale bête, par où es-tu revenu ? Veux-tu bien te sauver d'ici !

La maman de notre amie venait d'entrer dans la chambre du bébé et notre amie ne l'avait pas entendue arriver. Béatrice s'encourut par la porte ouverte, mais au lieu de descendre l'escalier, elle passa dans sa chambre à elle. Elle s'approcha du meuble et sortit ses griffes. Elle agrippa le tiroir du bas et réussit à l'ouvrir. Elle y sauta, trouva la boîte et d'un coup de patte précis, l'envoya rouler au sol. Le coffret s'ouvrit en tombant.

Elle eut bien du mal à passer la tête à travers la chaîne et à la glisser autour de son cou, mais elle réussit, après plusieurs acrobaties. Elle plaça les lettres d'or « Béatrice » bien en vue sous son menton et attendit assise sur le lit.

Maman avait entendu du bruit dans la chambre de sa fille. Elle entra et chassa aussitôt le petit chat, en frappant dans ses mains.

Notre amie, comprenant qu'elle n'était pas reconnue, courut vers son père qui se trouvait dans le hall d'entrée. Elle redressa la tête pour montrer qu'elle portait sa petite chaîne en or autour du cou, mais son papa n'y prêta pas attention. Il ouvrit la porte et chassa l'animal à l'extérieur.


La nuit était maintenant tout à fait tombée.

Quelle triste nuit de Noël ! La pluie, la faim, le froid ! Béatrice errait dans la rue, marchant sur les trottoirs. Elle apercevait par les fenêtres éclairées les gens qui prenaient leur repas et elle ressentit encore plus sa faim. Elle partit vers le parc, pour y chercher un abri.

Des enfants passèrent et voulurent la caresser. Une petite fille murmura à sa mère :

-Pauvre petit chat. Maman, il a l'air tout malheureux, dehors. On peut le prendre à la maison s'il te plaît ?

-Pas question, répondit la maman. Et ne touche pas cette sale bête. Il a peut-être des puces. Viens vite, il fait trop froid dehors. On rentre.

-Pauvre petit chat, reprit la petite fille. Il tremble tout gelé.

Béatrice grelottait. Elle était sale, elle était seule, elle n'avait plus de foyer.

Elle risqua une dernière tentative, celle de la dernière chance.

-Je vais me rendre chez François. Je ne sais pas où aller d'autre. Il va peut-être voir ma chaîne et comprendre.


Cette fois-ci, toutes les fenêtres étaient fermées chez le garçon. Il fallait entrer par la chatière ! Elle se faufila dans la cuisine de la maison de son copain. Elle traversa la pièce sans bruit.

Où était le chien ? Elle l'aperçut au salon, couché sur le tapis. Il dormait. Piètre gardien, se dit-elle. Elle monta l'escalier. La porte de la chambre de François était ouverte. Elle sauta sur le lit de son copain et s'installa sur la couverture.

Peu après, le garçon entra. Il vit aussitôt le petit chat.

-Encore toi ?

Il le prit dans ses bras et ferma la porte.


-Tu es tout gelé, pauvre petit chat ! Et tu trembles. Tu as faim ? Tiens, qu'as-tu là dans le cou? Une petite chaîne… Béatrice… c'est le nom de ma copine. Elle a disparu depuis ce matin. On ne sait pas où elle est. Les policiers la recherchent partout. On dirait que toi aussi tu t'appelles Béatrice.

-Miaou... Je suis ton amie...

François se tut un instant.

-Je connais ce pendentif ! J'ai compris. Ma copine, kidnappée par des voleurs, est enfermée dans une cave. Elle t'a vu passer, petit chat, et elle t'a glissé sa chaîne en or autour du cou pour que je vienne la délivrer. J'y vais.

-Non, non, tu te trompes. Tu as trop d'imagination, pensa la fillette en miaulant doucement. S'il te plaît, reconnais-moi, pense que je suis Béatrice.

Le garçon observa de nouveau son amie transformée en chat.

-Et si tu étais Béatrice ? Si tu es Béatrice, tu sais compter. Miaule trois fois.

-Miaou, miaou, miaou.

-Incroyable, murmura François. Frappe quatre fois avec ta patte.

Elle tapa quatre fois sur le bureau avec sa patte avant.

-Les chats ne savent pas calculer ! Papa, Maman, cria François, venez vite. Je crois que j'ai retrouvé Béatrice. Regardez ce petit chat !

-Que racontes-tu là ? demanda la maman de François.

-Oh le beau chat, dit Amandine. On peut le garder à la maison ?

-Regardez, dit le garçon. Un vrai chat ne sait pas compter, d'accord? Vas-y Béatrice. Sept moins trois.

Elle tapa quatre fois avec sa patte sur la table du salon !


Le Papa de François, notre ami et le petit chat partirent rapidement chez les parents de Béatrice. Ils sonnèrent.

-Vous n'avez pas retrouvé votre fille, monsieur et madame ? demanda François.

-Non, hélas, répondirent les parents. Nous ne savons toujours pas où elle se trouve.

-Je crois qu'elle est dans mes bras, dit le garçon. Elle est devenue un chat.


Les parents regardèrent François avec étonnement.

-Ce chat gris ? Il est entré deux fois dans la maison. Ce serait notre fille?

-Observez-le, monsieur et madame. Un chat ne sait pas compter, n'est-ce pas ? Allez Béatrice. Deux plus deux.

Elle tapa quatre fois sur la table du salon avec sa patte.

-Mon Dieu, s'exclama la maman.

Elle prit le chat dans ses bras et le caressa.

-Elle a peut-être faim, dit le papa. Elle n'a peut-être rien mangé aujourd'hui.

Les parents ouvrirent une boîte de croquettes pour chats, une publicité reçue dans leur boîte aux lettres, mais malgré sa faim, Béatrice n'y goûta pas. Ça la répugnait. Des morceaux de viande même pas cuits et tout froids.

-Je crois, suggéra François, qu'elle n'est pas un vrai chat. Elle préférerait des spaghettis sauce tomate.

La maman en cuisit une casserole entière et Béatrice, affamée, faillit tout avaler en une fois.


-Comment est-elle devenue un chat ? demandèrent les parents.

-Il a dû se passer quelque chose, dit François, hier soir ou cette nuit.

Notre ami et son papa ne connaissaient pas l'histoire du savon de tante Louise. Béatrice, elle, le savait! Elle s'était lavée avec ce savon. Et elle avait chanté. « Si j'étais un petit chat gris, j'attraperais plein de souris ! » François proposa :

-Parmi ses cadeaux, à votre veillée de Noël hier soir, elle a peut-être reçu un objet magique ou bien ensorcelé…

-Elle a déballé un savon, répondit le papa, un petit savon, tout à fait banal en apparence. Elle était même très déçue.

-Il n'est peut-être pas si ordinaire, dit la maman. Quand tante Louise fait un cadeau, c'est toujours étonnant, même prodigieux.

Les parents se précipitèrent à la salle de bains et ouvrirent la boîte grise en plastique. Ils remarquèrent une inscription dans le couvercle, écrite en portugais. Ils ne comprirent pas le message.

« ATENÇÃO ! ISTO E UM SABÃO PARA ANIMAIS. POR ISSO USAR LUVAS ANTES DE UTILISAR »

-Du portugais ! dit Papa. Béatrice ne pouvait pas comprendre. On dirait d'après le texte que c'est un savon pour animaux. Il faut téléphoner à tante Louise !


On appela au Brésil, en Amérique du Sud. Tante Louise demanda si la fête de Noël se passait bien. Les parents répondirent que oui. Elle demanda si les cadeaux avaient fait plaisir. Ils remercièrent. Puis elle ajouta :

-Ta fille s'amuse avec son savon ?

-Voilà le problème, Louise, dit la maman de notre amie. Elle s'est lavée avec, et elle est devenue un chat.

-Seigneur Jésus, s'écria tante Louise. Ta fille ne va pas à l'école ? Elle ne sait pas lire?

-Si, mais elle n'apprend pas le portugais, répondit maman.

Tante Louise était désolée. Elle ajouta qu'elle aurait dû y penser. Elle expliqua alors que ce savon magique permet de transformer un animal en un autre.

-Il faut mettre des gants, dit-elle. Ensuite, par exemple, tu prends un chien. Tu le laves avec ce savon et tu demandes un cheval. Le lendemain, il t'attend dans le jardin. Ou, tu vois une souris dans ton grenier, tu l'attrapes, tu la mets dans le bain, tu la laves avec ce savon, tu dis « je voudrais avoir un perroquet ». Tu l'as le lendemain. Tu peux transformer n'importe quel animal en n'importe quel autre. J'ai acheté ce savon à prix d'or à un sorcier dans un village reculé de l'Amazonie.

Tante Louise continua :

-Je crois qu'il ne vous reste qu'une chose à faire. Prenez le petit chat Béatrice, plongez-le dans la baignoire, lavez-le avec le savon et demandez à retrouver votre fille !


Attraper le chat ne fut pas tellement difficile. Le plonger dans l'eau fut déjà plus délicat. Ces animaux n'aiment pas d'aller au bain. On le lava avec le savon. Maman avait mis des gants de cuisine. Béatrice se débattit. Le savon tomba au fond de la baignoire. Il y resta.

Les parents séchèrent le petit chat dans une grande serviette, puis ils l'installèrent au salon devant la cheminée. Ils placèrent bonbons, chocolats et tasse de lait à côté d'elle. Ils l'embrassèrent et lui souhaitèrent une bonne nuit !

-Et demain, on veut retrouver notre petite fille, ajoutèrent-ils en montant se coucher.


Quand Béatrice s'éveilla, elle fut bien étonnée de se trouver là, couchée sur le tapis, devant la cheminée. Elle courut à sa chambre, puis, s'étant habillée, elle entra dans celle de ses parents et les embrassa très fort.

François sonna. Son amie vint ouvrir.

-Tu n'es plus un chat ? dit le garçon. Tant mieux ! Tu veux bien me prêter ton savon ?

Mais le savon, oublié au fond de la baignoire, avait fondu. Il n'en restait plus.

-Dommage, ajouta François. J'aurais bien aimé l'essayer sur ma petite sœur Olivia. Il y a des jours où elle m'embête. Je l'aurais transformée en poisson rouge…


Et toi, si tu avais le savon de tante Louise, qu'en ferais-tu ? Veux-tu que je te donne son numéro de téléphone au Brésil ?