Béatrice et François
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Le Goï-goï (Partie 1)

     Un mercredi aprè-midi, Béatrice jouait à la maison, au salon. Son petit frère, le bébé Nicolas, dormait dans sa chambre. La sieste! Le téléphone sonna. Elle se précipita, mais maman décrocha la première.

Notre amie l'entendit parler un moment puis raccrocher.

- Béatrice?

- Oui, maman?

- Ecoute, ma chérie. Il n'est pas loin de trois heures. Je dois absolument partir pendant une heure. Tante Amélie vient de glisser dans les escaliers de sa maison. Il faut que j'aille l'aider. Tu es une grande fille à sept ans et demi, bientôt huit. Je crois qu'on peut te laisser toute seule, ici, avec ton petit frère. Qu'en penses-tu?

- Pas de problème, maman, répondit la fillette. Je n'ai pas peur et je saurai m'occuper de Nicolas s'il se réveille.

- Parfait, ma grande. Pas de bêtises. N'ouvre la porte à personne. Je serai de retour dans une heure maximum. D'accord?

- D'accord, maman.

- Et si le bébé pleure, donne-lui un biberon. Il suffit de réchauffer le lait quarante seconde au micro-ondes.

- D'accord, maman, répéta notre amie. Tu peux partir tranquille.

Maman sortit. La fillette entendit la voiture qui démarrait.


- Bien, murmura Béatrice.

Elle se dirigea vers la cuisine, ouvrit le frigo et se servit un grand verre de lait. Puis, dans le tiroir, elle prit la boîte de biscuits commencée et se dirigea tout droit vers le salon. Elle s'assit dans un des fauteuils, prit la télécommande et alluma la TV.

A ce moment-là, on sonna à la porte... Ding, dong!

Notre amie ne bougea pas. Elle attendit...Ding, dong!

- Oh, zut! Il va réveiller Nicolas s'il continue...Ding, dong!

La fillette alla au parlophone.

- Qui va là?

- C'est Goï-goï.

- Comment ça, goï-goï?

- Goï-goï. Un colis à vous remettre.

- Je ne peux pas vous ouvrir, expliqua Béatrice. Mes parents ne sont pas là. Enfin... mon papa dort dans la chambre et ma maman ne revient que tantôt.

Elle fit ce mensonge pour ne pas laisser croire qu'elle se trouvait seule à la maison.

- Vous pouvez poser le paquet devant la porte.

- Non, je ne laisse pas le colis devant votre porte, répondit-on. Vous devez m'ouvrir.

- Je ne peux pas, répéta notre amie. Revenez plus tard.


Béatrice retourna devant la télévision, elle s'installa dans le fauteuil...Ding! Dong!

- Oh, zut! Pour une fois que j'étais tranquille pendant une heure...Ding! Dong!

Nicolas, éveillé, se mit à pleurer dans sa chambre. Notre amie retourna au parlophone.

- Qui va là?

- Goï-goï.

- Encore! Je ne peux pas ouvrir la porte. Je vous l'ai dit. Et mon papa dort en haut. Cessez de sonner. Vous allez le réveiller.

- Je dois vous remettre un colis.

- Posez-le devant la porte.

- Non, impossible.

- Alors revenez dans une heure, commanda la fillette.

Là-dessus, elle monta à la chambre de Nicolas et prit son petit frère dans les bras. Elle tâcha de le consoler.

Regardant par la fenêtre, notre amie vit un homme, portant un paquet, marcher vers le jardin, en se faufilant par le petit passage entre la façade et la haie du voisin.

Elle eut vraiment peur. Elle redescendit avec le bébé dans les bras et posa son petit frère dans un fauteuil du salon devant la TV allumée. Puis elle courut vers la cuisine pour fermer la porte à clé. L'homme venait de s'arrêter derrière la porte vitrée. Béatrice ne bougea plus.

- Je vais glisser le colis par la chatière.

Il poussa le paquet, une grosse boîte brune, par la chatière. Puis, il présenta un papier.

- Il faut signer, dit-il.

La fillette saisit un crayon, prit la feuille et écrivit : « Béatrice ». Elle repoussa le papier par la chatière. L'homme regarda.

- Tu dois aussi marquer ton nom de famille.

- Oh! s'impatienta notre amie.

Elle reprit le papier, inscrivit son nom et le rendit au livreur. L'homme regarda et s'en alla.

Béatrice posa le paquet sur la table de la cuisine, s'assit dans le fauteuil du salon, prit son petit frère sur les genoux, et s'apprêta à regarder la télévision en paix.


Soudain, elle entendit : «  Scritch, scritch, scritch ». Cela venait de la cuisine.

Elle se leva et alla voir prudemment.

- Quelque chose de vivant remue dans ce paquet, murmura Béatrice. Peut-être un animal? Un petit chat! Une surprise de papa et maman! Mais pauvre petit chat! Je ne vois aucun trou pour qu'il respire.

Elle prit des ciseaux et coupa la ficelle. Elle défit le paquet. Dans la caisse en carton se trouvait une boîte en fer. Une clé était fixée sous du papier collant, sur le couvercle.

Elle enleva le papier collant, prit la clef et ouvrit la boîte en fer.

À l'intérieur elle aperçut un curieux petit animal, couvert de poils brun clair. Il ressemblait à un petit kangourou. Un kangourou de la taille d'un écureuil.

Elle n'eut pas le temps de rabattre le couvercle. Il sauta à terre et s'encourut.

- Ça alors, s'étonna Béatrice! Où te sauves-tu? Ne t'enfuis pas. Je ne vais pas te faire de mal.

Elle retourna au salon et, entendit « Scritch, scritch, scritch » en dessous du grand fauteuil.

Elle se mit à plat ventre. Elle vit le goï-goï (appelons-le ainsi) occupé à ronger le bois d'un des pieds du fauteuil.

Voyant cela, la fillette, tendant la main, tenta de l'attirer vers elle. Le goï-goï la griffa avec sa petite patte supérieure. Une longue égratignure qui allait du coude au poignet et saignait un peu.

- Aïe, cria notre amie, tu me fais mal. Méchant!

Le petit animal, agile et très rapide, s'accrocha aux tentures du salon. Il grimpa jusqu'à la tringle en bois et, « Scritch, scritch, scritch », entreprit de la mordiller.

Béatrice se précipita à la cuisine. Elle prit un balai, le leva et frappa la tringle pour l'en déloger. La tringle rongée tomba au sol, le rideau glissa.

Le goï-goï s'encourut vers l'escalier du hall et s'arrêta à la troisième marche.


Notre amie le regarda.

- Tu n'as pourtant pas l'air si méchant! Reste-là, je vais t'apporter à boire.

Elle prit un bol dans l'armoire de la cuisine, y versa du lait, comme pour un chat, et le posa sur la première marche de l'escalier. Le petit animal redescendit. Il plongea sa patte dans le bol et le renversa. Le lait se répandit sur le sol.

- C'est malin, s'énerva Béatrice. Maintenant, il y en a partout. Attends, ne bouge pas.

 

Elle ouvrit une armoire, prit un paquet de Nic-Nac commencé, et revint dans le hall. Elle posa un Nic-Nac par terre.

- Tiens. Voilà un « A ».

- Aaa…

Intriguée, Béatrice choisit un « B ».

- Et voici un « B ».

- Bééé…

- Tu parles! Attends, je vais t'en donner d'autres. Je vais t'apprendre mon nom.

Elle lui donna de nouveau un « B » puis encore un « A ». Béa, dit-elle.

- Béééaaa…,fit le goï-goï.

- T- R- I. Tri.

- Bééaattrrii…

- C- E. C'est mon nom. Bé-a-tri-ce.

Le goï-goï répéta : « Bééaattrriice, goï-goï », puis s'encourut. Il monta l'escalier et se dirigea vers la chambre du bébé. Notre amie le suivit.

Quand elle entra dans la chambre, elle vit le petit animal en train de ronger un des barreaux en bois du lit de Nicolas.

A ce moment-là maman revint à la maison.


Vous devinez le spectacle! Un vrai désastre! Un des fauteuils dont le pied était mangé, la tringle du rideau tombée et la tenture à terre, la télévision allumée, le bébé réveillé pleurant tout seul dans le divan, un bol de lait renversé dans l'entrée, une boîte de Nic-Nac répandue sur le sol et cet animal étrange dans la chambre de Nicolas.

- Béatrice! Je t'avais demandé de n'ouvrir à personne, et d'éviter les bêtises. On ne peut vraiment pas te faire confiance.

- Mais maman, je n'ai pas ouvert, je te le jure. Simplement, un monsieur a sonné, sonné et encore sonné. Il a glissé un paquet par la chatière de la cuisine. Puis j'ai entendu du bruit. J'ai ouvert et j'ai vu un petit animal. Il s'est encouru au salon. Il a dévoré le pied du fauteuil et la tringle en bois du rideau. J'ai essayé de lui donner autre chose à manger et…

- Tu saignes, coupa maman.

- Il m'a griffée.

- Il t'a griffée! Pas question que ça continue.

Maman se précipita à la cuisine. Elle prit les gros gants avec lesquels elle retire les plats du four et les mit. Elle monta l'escalier. Elle empoigna le goï-goï et redescendit. Elle le poussa dans sa boîte en fer, referma et tourna la clé.

- Et maintenant, en route chez le vétérinaire. Nous allons y conduire ce petit animal. Pas question qu'il reste chez nous.

- Mais maman…

- Tais-toi. Assied-toi dans la voiture. Je vais attacher ton petit frère dans son siège, et toi, tu tiendras la boîte sur tes genoux. Et je t'interdis de l'ouvrir.

- Mais maman…

- Il n'y a pas de « mais maman ».


La voiture démarra. Béatrice, assise à l'arrière à côté de son petit frère, entendit gratter dans la boîte.

- Bééaattrriice… Goï-goï… fit l'animal avec une petite voix mélancolique.

- Maman, il m'appelle.

- Bééaattrrice… Goï-goï…

- Tant pis. Je ne veux pas de cette chose dans la maison. Nous allons nous en débarrasser chez le vétérinaire.

Le praticien mit des gants, ouvrit la boîte, et sortit goï-goï. Le serrant en main, il le tourna, le retourna, en l'observant.

- Je ne connais aucun animal de ce genre, madame. Je ne savais même pas que cela existait. Si vous ne le voulez pas, vous pouvez me le laisser. Je vais le mettre dans une cage et je tenterai quelques expériences. Et puis, je le supprimerai quand j'en aurai fini ou bien je le revendrai à un cirque.

- Oh non, supplia notre amie, s'il vous plaît!

- D'accord, coupa maman. Parfait. Faites-en tout ce que vous voudrez. Moi, je ne veux plus voir cette bête chez moi.

- Maman!

- Béatrice! Tu te tais!

En sortant de la pièce, la fillette entendit le goï-goï pleurer.

- Bééaattrriice! Goï-goï… Bééaattrriice! Goï-goï…

Puis il se tut. Notre amie sentit des larmes couler sur ses joues.

Au soir, assise dans son lit, elle y repensa. Il pleuvait dehors. Elle s'endormit en pensant au goï-goï.


Tout à coup, elle s'éveilla. Elle entendit « tic tic tic » contre la vitre. Elle se redressa.

- Goï-goï. Te voilà revenu!

Rêvait-elle? La nuit était tombée. Le goï-goï avait réussi à s'enfuir. La fillette se leva, s'approcha de la fenêtre et l'entrouvrit.

- Je ne peux pas te laisser entrer, tu sais. Mes parents ne veulent pas.

- Bééaattrriice… Goï-goï. Tristement.

- Attends, je vais te chercher des Nic-Nac. Ne bouge pas.


Béatrice sortit de la chambre et descendit l'escalier. Minuit venait de sonner. Les parents dormaient. Nicolas le petit frère, aussi. À la cuisine, elle prit le sac de biscuits commencé et remonta à sa chambre. Le goï-goï n'était plus là.

- Où est-il? s'inquiéta notre amie.

Elle courut dans le couloir et entendit « scritch, scritch, scritch ».

- Oh non! dit-elle tout bas.

Le petit animal se trouvait dans la chambre du bébé et rongeait de nouveau un des barreaux du lit. Béatrice entra dans la pièce et l'attira vers sa chambre en lui proposant un Nic-Nac. Elle referma la porte derrière elle.

- C'est ta faute si je ne peux pas te garder. Regarde tu m'as griffée. 

L'animal ne semblait pas comprendre. La fillette choisit quelques Nic-Nac. Elle lui donna les lettres M- A- L- A- D- E.

- Malade. Regarde mon bras.

Le goï-goï les mangea puis prononça :

- Bééaattrriice… Goï-goï… Malaade…

Il s'approcha de notre amie et doucement, en avançant ses lèvres vers le bras, il posa une série de bisous sur l'égratignure.

La cicatrice disparut aussitôt. Plus aucune trace d'une blessure!

- Génial, murmura Béatrice. Je n'ai plus mal.

Elle choisit quatre nouveaux Nic-Nac. F- I- N- I. Le goï-goï les avala.

- Bééaattrriice, fini malaade, goï-goï.

- Quand-même, je ne peux pas te garder parce que sinon, on me punira. Mais tiens, je vais encore t'en choisir quelques uns pour te dire merci. M- E- R- C- I.

Le goï-goï répéta :

- Bééaattrrice, fini malaade, goï-goï, merci!

Elle versa tous les biscuits du paquet sur le bord extérieur de sa fenêtre, puis la referma et se recoucha en faisant des signes d'adieu.


Le lendemain matin, quand Béatrice s'éveilla, elle se leva rapidement. Elle ne vit plus un seul Nic Nac sur l'appui de fenêtre. Avait-elle rêvé?

Elle aperçut le sac vide sur sa chaise. Donc ce n'était pas un rêve.

Et, sur l'appui de fenêtre, elle découvrit un bel objet. Une fleur. La tige, comme les pétales, étaient en bois. Une tige brune, des pétales rouges. Le tout taillé dans une seule pièce de bois, et d'une manière admirable.

La fillette comprit que le goï-goï venait de sculpter cette fleur pour elle, avant de partir vers la forêt. Elle regarda vers les grands arbres au loin, et cria :

- Goï-goï, merci.

Elle entendit alors son ami d'un jour. Sa voix venait du fond des bois.

- Bééaattrrice. Goï-goï. Fini malaade. Merci!

 

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