Béatrice et François
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Orzak

C'était il y a cent ans, à dix mille kilomètres d'ici.

Au sommet d'une montagne, située au milieu de déserts s'étendant jusqu'au-delà des horizons, se trouvait un grand rocher plat et carré. Sur cette surface lisse et noire, un homme était attaché par les poignets et les chevilles. Une ceinture lui serrait tellement fort le ventre, qu'il avait envie de vomir.

À côté de lui, se trouvait un autre homme. Il portait un grand habit rouge et une ceinture bleue. Il avait un turban sur la tête et tenait les bras croisés. Ses yeux étaient noirs.

-Alors, tu me donnes cette pièce d'or ? cria-t-il.

L'homme attaché répondit :

-Mais puisque je te dis que je n'en ai pas.

-Tu demandes une faveur à Orzak, répondit celui qui avait les bras croisés. Et tu ne peux pas le payer.

-Tu ne m'avais pas précisé qu'il fallait te remettre une pièce d'or. Je ne le savais pas. Je n'ai pas de pièce d'or.

-Si tu n'as pas de pièce d'or pour Orzak, il ne faut pas lui demander un service. Tu paies ou tu meurs.

-Mais je te répète que je ne peux pas te payer, répondit l'homme. Je t'en supplie, détache-moi.

-Regarde, poursuivit Orzak.

Il fit un claquement de doigt avec sa main droite. Un grand aigle lança son cri et vint se poser sur son poing fermé. Il fit alors claquer ses doigts de la main gauche. Un os de poulet apparut entre son pouce et son index. Il tendit l'os à son aigle qui le brisa en deux, d'un coup de bec.

-Lorsque mon aigle aura faim, il reviendra ici près de toi. Il te brisera toutes les côtes et puis, il mangera ton coeur. Il adore cela, se repaître d'un coeur qui bat encore, avec du sang bien tiède.

Orzak fit un geste et renvoya son aigle vers les horizons lointains. Lui-même disparut également.

Une demi-heure plus tard, un garçon d'environ douze ans parvint au sommet de la montagne.

-Papa, s'écria l'enfant. Je suis venu te délivrer.

Mais le garçon eut beau tirer, pousser, mordre les liens de son père, il ne parvint pas à le détacher. Alors, l'homme, tournant sa tête vers son fils, le supplia de partir.

-Je ne veux pas que tu voies cet aigle me ronger le coeur. Pars, mon grand. Retourne chez nous. Mais n'oublie pas ! Va à la septième grotte. Là, tu trouveras une pierre bleue. C'est la pierre magique d'Orzak. Chaque mois, à la pleine lune, à minuit exactement, tu pourras frotter cette grosse bille et Orzak devra t'obéir. Tu pourras lui demander n'importe quoi. Il sera obligé de te l'accorder. Mais n'oublie pas d'avoir chaque fois une pièce en or pour lui payer son service. Sinon, il t'emmènera comme moi, ici, sur ce rocher pour y mourir. Va maintenant, mon enfant.

Le garçon, les larmes aux yeux, redescendit de la montagne.

Quand il parvint à la septième grotte, il ne trouva pas de pierre bleue. Un vautour avait pénétré dans la caverne et l'avait emmenée entre ses griffes. Obligé de se défendre, il la perdit bien loin de là. Un autre oiseau la récupéra à son tour et ainsi de suite, elle fut transportée d'oiseau en oiseau, d'animal en animal, jusque dans un étang, près duquel habitent Béatrice et François.



Il faisait très beau cet après-midi-là. Nos deux amis se promenaient dans le bois. Ils s'approchèrent d'un petit lac qu'ils connaissent bien. Les eaux étaient rendues transparentes par les pluies des jours précédents. À trois mètres du bord de la berge, au fond de l'eau, François aperçut un objet bleu, une sorte de petite bille qui émettait des reflets colorés. Il appela son amie, qui était passée sans la voir.

-Regarde, Béatrice, il y a une jolie pierre, là, au fond de l'eau. Dommage qu'elle soit si loin, sinon, on aurait pu l'attraper. Elle a l'air très belle.

-Qu'à cela ne tienne, déclara Béatrice.

Elle ôta son t-shirt et ses baskets et pénétra dans l'eau de l'étang avec son vieux short.

-Tu vas être toute mouillée.

-Je sècherai, sourit Béatrice. C'est un short usé et il fait beau et chaud.

Elle marcha prudemment. À chaque pas, elle enfonçait dans la boue, soulevant des petits nuages de vase. Parfois, elle sentait une branche pourrie ou un caillou pointu sous la plante de ses pieds. Elle parvint à l'endroit où se trouvait la pierre bleue.

C'était fort profond. Il lui fallut s'immerger pour l'attraper. L'eau d'un étang ne sent pas très bon. Il y a du pipi de canard, des poissons pourris, de la bave de grenouille. Elle plongea la tête pourtant un instant et ramena le caillou bleu à la surface.

Elle sortit de l'eau rapidement. C'était plutôt froid. Frissonnante, elle remit ses baskets. Elle était tout à fait trempée. Sa longue queue de cheval lui collait sur la peau du dos. Elle glissa la pierre bleue dans la poche de son vieux short.

-C'est pour moi la pierre, déclara François. Je l'ai vue le premier.

-Et quoi encore ? s'écria Béatrice. Tu n'as pas été la chercher, toi. Tu n'as même pas osé te mouiller. Moi, j'ai pataugé dans l'étang, je peux bien l'avoir pour ma peine.

-Si je te ne l'avais pas fait remarquer, répliqua François, tu n'aurais pas été la chercher.

-Alors, déclara Béatrice, conciliante, un mois toi, un mois moi. Je commence. Elle laissa la pierre dans sa poche.

Après avoir fait leur petite promenade, ils revinrent vers leur maison. Béatrice et François ont tous deux sept ans et demi. Ils habitent la même rue.


Ce soir-là, Béatrice était au lit. Vers minuit moins cinq, elle s'éveilla. Elle avait soif. Elle se leva sans allumer la lumière, traversa le couloir, et après être sortie de sa chambre, entra dans la salle de bain. Elle versa de l'eau dans son gobelet. Elle en but un peu, puis revint dans sa chambre. Elle ferma la porte.

Elle ne se sentait pas très fatiguée. La pleine lune éclairait la pièce. Béatrice prit la jolie pierre bleue et la fit miroiter aux reflets de la lune à sa fenêtre. Elle caressa la pierre. Il était juste minuit.

Elle aperçut soudain, dans le jardin, un homme dont les bras étaient croisés. Il avait un grand costume rouge, une ceinture bleue, un turban sur la tête, des yeux tout noirs. L'homme parla.

-Bonjour, petite maîtresse. Orzak est là pour te servir. Que veux-tu que je t'apporte ?

-Je ne veux rien, répondit la fillette.

Elle pensait que c'était peut-être un voleur.

-Il faut partir, continua Béatrice. Sinon, j'appelle mes parents et des policiers.

Mais Orzak se moquait bien de tous ces gens-là.

-Qu'aimerais-tu qu'Orzak te rende comme service ? Veux-tu la tête de ton pire ennemi, tranchée et mise dans un sac ?

-Oh non, déclara Béatrice, frissonnant d'horreur. Je n'ai pas d'ennemis. Je n'ai que des copains et des copines.

-Veux-tu, insista Orzak, le plus gros diamant du monde ? Le diamant du Maharadjah Rabanath des Indes.

-Non, merci, répondit Béatrice. Mes parents me le prendront. Je ne pourrai jamais jouer avec un objet d'une telle valeur.

-Veux-tu une plume de l'oiseau Talala ?

-Je ne veux rien du tout, dit Béatrice, je veux que vous partiez.

-Alors, petite maîtresse, Orzak te salue. Dans un mois, très exactement dans vingt-huit jours, à la nouvelle pleine lune, à minuit juste, tu pourras à nouveau frotter ma pierre bleue qui est aussi la tienne. J'apparaîtrai et je te rendrai le service que tu souhaiteras.

Et Orzak disparut.

Béatrice, très étonnée, un peu intriguée, se recoucha et se rendormit.


Le lendemain, quand elle en parla à François, le garçon la traita d'idiote.

-Mais enfin, s'écria-t-il, moi je rêve de ça depuis que je sais lire et écrire. On entend cela dans les histoires, un monstre, une fée, un génie te propose de prononcer un voeu et toi, tu en as eu l'occasion et tu n'as rien demandé ! Tu es vraiment idiote.

-Qu'aurais-tu demandé, toi ? répondit Béatrice.

Et toi, cher lecteur, qu'aurais-tu demandé à Orzak, si tu avais pu prononcer un voeu ?

-En tout cas, le mois prochain, ce sera mon tour d'avoir la pierre, déclara François et tu verras, ce sera autre chose.


Un mois plus tard, on était en juillet, François passait quelques jours de vacances avec ses deux petites soeurs, Olivia, cinq ans et demi, et Amandine, trois ans et demi, chez sa grand- mère. Celle-ci, très gentille et très attentive, avait permis au garçon d'inviter sa meilleure copine, c'est-à-dire Béatrice, à passer la semaine avec lui.

Les deux grands partageaient la même chambre. Deux lits l'un près de l'autre. Ce soir-là, ils ne s'étaient ni déshabillés ni couchés. Ils étaient assis et bavardaient. Ils attendaient minuit avec impatience, car c'était la nuit de la pleine lune.

À minuit moins deux, François prit la pierre en main. C'était son tour. Se postant à la fenêtre, il la caressa doucement. Le clocher de l'église égrena ses douze coups.

Orzak apparut.

-Bonjour, petit maître. Que puis-je faire pour toi ? Veux-tu que je te rende un service ? Veux-tu que je t'apporte la tête de ton pire ennemi, tranchée et mise dans un sac ?

-Oh non, déclara François. Je n'ai pas envie du tout. Je n'ai pas d'ennemi. Peut-être bien mon professeur de l'an passé… Mais quand même, il ne mérite pas un sort pareil. Non, propose autre chose.

-Veux-tu le plus gros diamant du monde, le diamant du Maharadjah Rabanath, des Indes ?

-Non, déclara François. Je ne pourrais pas jouer aux billes avec une pierre pareille, c'est trop précieux. Je voudrais autre chose.

-Veux-tu une plume de l'oiseau Talala ?

-À quoi cela sert ? demanda François.

-Cela sert à te transporter où tu veux, quand tu veux, d'un bout à l'autre de la terre, instantanément.

-Ça c'est une bonne idée, sourit François, en se tournant vers sa copine. On pourra aller au sommet de l'Himalaya, au sommet de l'Everest. J'ai toujours désiré faire cela.

-Oui, se réjouit Isabelle. Et on se transportera ensuite sur une plage de sable fin, au pied de cocotiers, au bord de l'Océan Pacifique, comme à Bora Bora. J'en rêve !

-Et puis, nous nous ferons conduire au bord du Grand Canyon, ajouta le garçon.

-Et sur la Grande Muraille de Chine, ajouta Béatrice.

-D'accord, je veux bien une plume de l'oiseau Talala, déclara François.

Orzak disparut un instant et revint avec une grande plume bleue.

-S'il te plaît, petit maître. Fais bien attention ! Elle fonctionnera autant de fois que tu as de doigts à ta main gauche.

Comme toi, François a cinq doigts à la main gauche.

-Peux-tu me donner une pièce d'or pour payer mon service ? demanda le magicien.

-Quelle pièce d'or ? répondit François. Je n'ai pas de pièce d'or.

-Tu demandes une faveur à Orzak, tu dois payer Orzak d'une pièce d'or.

-Je ne savais pas, répondit François. Je n'en ai pas.

-Comment ! Tu demandes un service au plus grand magicien du monde et tu ne peux pas le payer ?

-Tu ne m'avais pas précisé qu'on devait te payer, insista François. Ce n'est pas ainsi dans les histoires. Tiens, je te rends la plume de l'oiseau Talala.

-Orzak ne reprend jamais ce qu'il a donné. Peux-tu me payer, oui ou non ?

-Non, répondit le garçon.

Et François disparut !

Béatrice se retrouva seule dans la chambre à coucher…


Quelques instants plus tard, François s'éveilla sur un rocher noir. Il était attaché par les poignets et les chevilles. Une ceinture lui serrait le ventre si fort qu'il avait envie de vomir. Ce rocher noir, plat et carré, se trouvait au sommet d'une haute montagne, perdue au milieu de déserts qui s'étendaient jusqu'au-delà des horizons, à dix mille kilomètres d'ici.

-Alors, tu me la donnes cette pièce d'or ?

-Mais puisque je te dis que je n'en ai pas, supplia François.

-Tu vois, mon aigle, là-bas. Lorsqu'il aura faim, il viendra te briser les côtes et te dévorer le coeur.

Orzak disparut.


Béatrice, affolée de s'être retrouvée soudain seule dans la chambre, réveilla la grand-mère de François. Celle-ci convoqua les parents et la police. Les gendarmes cherchèrent dans le grenier, dans le jardin, dans toute la maison, mais ne trouvèrent bien entendu pas François. Des barrages routiers furent organisés à la sortie du village et ne donnèrent aucun résultat non plus. Après avoir été longuement interrogée, Béatrice alla se coucher et s'endormit.


Quand elle se leva le lendemain matin, elle constata qu'elle n'avait pas rêvé. Le lit à côté d'elle n'était pas défait. François n'était pas là. Tristement, elle se rendit au jardin. Elle entendit quelqu'un qui pleurait.

Levant les yeux, elle aperçut Olivia, la plus grande des deux petites soeurs de François, celle de cinq ans et demi. Elle se trouvait au sommet, vraiment tout en haut, d'un grand arbre.

-Que fais-tu là ? demanda Béatrice. Comment es-tu montée si haut ?

Olivia, entre deux sanglots, raconta qu'elle était sortie tôt ce matin et qu'elle avait trouvé une jolie plume dans l'herbe. Elle avait entendu des pépiements et avait souhaité secrètement se trouver au sommet de l'arbre, pour voir de près. Elle avait été transportée en un instant là, tout en haut. Elle n'osait pas redescendre.

Le petite Olivia ne monte jamais plus haut qu'une ou deux branches d'arbre, quand tout va bien.

-Je voudrais revenir. J'ai peur ! Ça bouge avec le vent. Mais je ne sais pas comment faire, pleurait Olivia.

Béatrice réfléchit. Une plume bleue…La plume de l'oiseau Talala, bien sûr.

-As-tu encore cette plume bleue entre les mains ? demanda notre amie.

-Oui, je la tiens toujours.

-Alors, serre-la bien, répondit la grande fille. Et répète après moi. Je veux être sur le sol, à côté de Béatrice.

Olivia ferma les yeux et serrant la plume de l'oiseau Talala, prononça doucement, entre deux sanglots :

-Je veux aller sur le sol, à côté de Béatrice.

Elle se retrouva aussitôt près de son amie.

-Donne-moi cette plume. C'est trop dangereux pour une petite fille comme toi.

Béatrice s'éloigna. Et soudain, elle eut une idée. Avec cette plume, elle pouvait retrouver François.


Elle caressa la plume de l'oiseau Talala et demanda à être transportée à côté de son copain. Immédiatement, elle y parvint.

François était attaché sur le rocher noir. Béatrice s'agenouilla près de lui. Elle tira, poussa, donna des coups de pieds, mordit les liens de François, mais elle ne put l'en détacher.

-Ce qu'il faut, gémit François, c'est que tu m'apportes une pièce d'or. Je la donnerai à Orzak et il me laissera partir. Ma grand-mère en a une. Je le sais. Elle en a deux ou trois, dans une de ses cassettes où elle range ses bijoux et ses bagues dans sa chambre. Va lui demander, s'il te plaît, Béatrice.

La fillette caressa la plume de l'oiseau Talala. En un instant, elle se trouva aux côtés de la grand-mère de son copain.


-Madame, je sais où est votre petit-fils.

Les parents de François et les policiers, qui fouillaient à nouveau la maison, étaient bien étonnés.

-Où se trouve-t-il ? demanda le commissaire.

-Je ne peux pas vous expliquer, monsieur. Je crois que c'est de l'autre côté de la terre, ou en tout cas, très, très loin d'ici, à dix mille kilomètres peut-être. Il est attaché sur un rocher au sommet d'une montagne, au milieu des déserts. Je peux aller près de lui, grâce à cette plume magique. Madame, il faut donner une pièce d'or. Alors, je pourrai le délivrer de l'emprise d'Orzak. Si je ne le fais pas, un aigle viendra manger son coeur.

-Mon pauvre petit-fils, s'écria la bonne grand-mère. Je ne veux pas qu'on mange le coeur de mon petit chéri.

Elle courut dans sa chambre et revint avec une pièce d'or qu'elle confia à Béatrice.

-Je vais aller le délivrer moi-même, proposa le papa.

-Je ne crois pas, monsieur, craignit Béatrice. Vous n'avez jamais rencontré Orzak. Moi bien.

-Tu es courageuse, assurèrent les parents. On te fait confiance.

Béatrice caressa la plume de l'oiseau Talala en demandant à être transportée à côté de son copain.


Dès qu'elle fut près de François, elle lui glissa la pièce d'or en main. Notre ami appela Orzak, remit la pièce au magicien et fut instantanément libéré. L'aigle s'éloigna et disparut.

-Retournons vite chez ma grand-mère, insista François.

Ils saisirent bien fermement la plume de l'oiseau Talala et la caressèrent en demandant d'être acheminés auprès de la grand-mère. Mais ils eurent beau insister, ils demeurèrent sur le rocher noir au sommet de la montagne, au milieu des déserts qui s'étendent au-delà de l'horizon.

-Pourquoi cela ne marche plus? demanda François.

-Parce que les cinq voyages sont accomplis, répondit Béatrice, inquiète. Premier voyage : Olivia est montée au sommet de l'arbre. Deuxième étape : ta petite soeur en est redescendue. Troisième déplacement, je suis venue près de toi. Quatrième trajet, aller chercher la pièce d'or chez la grand-mère. Cinquième voyage : retour près de toi.

François appela Orzak. Le mage apparut, bras croisés, dans son habit bleu et rouge.

-Reconduis-moi chez ma grand-mère, ordonna le garçon.

-Je ne peux pas, répondit Orzak.

-Alors, donne-moi une nouvelle plume de l'oiseau Talala.

-Avec plaisir, petit maître, promit le magicien en s'inclinant respectueusement. Je t'apporterai une seconde plume de l'oiseau dans vingt-huit jours exactement, quand la lune sera de nouveau ronde, à minuit.

-Mais dans vingt-huit jours, on sera morts de faim sur ce rocher! s'écrièrent les deux enfants. On ne peut pas attendre si longtemps.

-Donne-moi la plume de l'oiseau Talala tout de suite, insista notre ami. Dès qu'on sera chez ma grand- mère, je te donnerai une autre pièce d'or.

-Je ne peux pas, expliqua Orzak. Je ne puis rendre service à mon petit maître que quand la lune est ronde à minuit.


Alors Béatrice saisit la pierre d'Orzak. Elle s'approcha du bord du rocher et fit mine de la jeter au fond du précipice, des centaines de mètres plus bas. La pierre s'y écraserait et y éclaterait.

-Si tu ne nous reconduis pas chez la grand-mère de mon copain, je jette cette pierre–là tout en bas. Elle sera brisée en morceaux, à jamais.

-Ne fais pas cela, supplia Orzak. Si tu brises la pierre, je serai également réduit en miettes. Je n'existerai plus. Tu m'auras détruit pour toujours.

-Alors, reconduis-nous, exigea Béatrice, immédiatement.

-J'en ai le pouvoir, répondit Orzak. Mais pour cela, vous êtes obligés de me rendre la pierre bleue. Vous ne l'aurez plus jamais. Je la cacherai ailleurs. Nous ne nous reverrons plus.

Béatrice regarda François et le garçon regarda sa copine. Ils étaient d'accord. Ils posèrent le caillou magique dans la main droite du mage.

Orzak les reconduisit instantanément chez la grand-mère de François. La pierre bleue disparut. Béatrice et François étaient sauvés de leur terrible aventure.


Orzak a dû mettre la bille magique quelque part, dans les bois ou les champs, dans une rivière ou un étang. Si tu la trouves, profites-en pour prononcer un voeu à minuit, sous la pleine lune, mais n'oublie pas d'avoir une pièce d'or pour le payer…sinon…tu sais ce qui t'arrivera.