Charlotte
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Le Chevalier jaune

      Charlotte s'assit dans la cour du château. Elle avait l'air triste et bien soucieuse. Alors, lentement ses amis s'approchèrent d'elle. La grande girafe, le gros éléphant, la petite fourmi, la jolie pie, les mille abeilles.

-Que se passe-t-il ? demanda la grande girafe.

-Tu sembles malheureuse ? renchérit le gros éléphant.

-Oui, dit la petite fourmi. Je vois bien que tu as pleuré.

-Mais c'est vrai, ma parole, déclara la jolie pie.

-Raconte-nous, supplièrent les mille abeilles.

-Je suis inquiète pour ma maman, expliqua Charlotte. Je la sais très malade, depuis quelques jours. Le docteur lui a rendu visite trois fois et ne réussit pas à la guérir. Il l'a envoyée à l'hôpital, mais elle est revenue, et elle ne va pas mieux du tout. Elle m'a dit, les larmes aux yeux, qu'elle ne vivrait plus très longtemps. Pouvez-vous m'aider à la soigner?

Les animaux semblèrent réfléchir un instant.

-Malheureusement, soupira la grande girafe, je vois tout de haut, mais je n'y connais rien en maladie des humains.

-J'ai une grosse tête, déclara l'éléphant, mais il n'y a rien dedans...

-Moi, ajouta la fourmi, je suis toute petite. Je ne sais pas grand-chose. Je peux aller demander conseil à notre reine à la fourmilière, si tu veux, mais elle n'en saura guère plus que moi.

-Et moi, ajouta la jolie pie, demande-moi ce que tu veux concernant l'or, les pierres précieuses, les diamants, sur tout ce qui brille, mais pour le reste, je ne peux pas t'aider.

-Et vous ? interrogea Charlotte en se tournant vers les mille abeilles.

L'une d'entre elles se posa sur l'épaule de la petite fille.

-Ma cousine connaît un remède qui guérit toutes les maladies.

-Peux-tu me présenter à ta cousine?

-Hélas non. Elle s'est écrasée contre une vitre, le mois dernier et elle est morte.

-Quel dommage! regretta Charlotte. Elle aurait pu guérir ma maman...

-Mais avant de mourir, poursuivit l'abeille, elle m'a confié son secret. Tu dois aller à un château sombre dans lequel vivrait un animal terrifiant. Ce château sombre se trouve dans une forêt noire de sapins. Trois jours sont nécessaires pour atteindre ce lieu. Il semble qu'à l'étage pousse une fleur étrange. Cinq pétales jaunes forment sa corolle. Il faut arracher l'un des pétales, le découper en 24 morceaux et en faire 24 tasses de tisane. Ta maman en boira une toutes les heures. Elle guérira de sa grave maladie. 

-Je te remercie, soupira la fillette, tu me donnes quand même un petit espoir. Je vais aller dans cette forêt noire que tu évoques à la recherche de ce château sombre. Je trouverai cette fleur jaune et ce pétale merveilleux qui pourrait guérir ma maman. Vous m'accompagnez ?

-Bien sûr, répondirent les animaux tous choeur.


Le lendemain matin, notre amie se mit en route, suivie par la grande girafe, le gros éléphant, la petite fourmi, la jolie pie, et les mille abeilles.

Elle traversa quelques prairies, puis parvint au bord d'une rivière qu'enjambait un petit pont qui ne tenait plus guère. De l'autre côté de la rivière, commençait la forêt noire.

-Hélas, je ne pourrai pas t'accompagner, affirma la grande girafe en s'arrêtant, car là vois-tu, il y trop de branches. Je me blesserais sans cesse au cou. Je vais donc te donner une bille jaune, jaune comme moi. Emporte-la avec toi. Casse-la si tu es en difficulté ou si tu penses que cela peut t'aider. Ton cou s'allongera pendant quelques minutes. Il deviendra tellement grand que tu pourras regarder à travers les fenêtres au premier et même au deuxième étage de n'importe quelle maison ou bien au-dessus de la cime des arbres.

-Merci, dit Charlotte. Tu me suis, gros éléphant?

-Comment veux-tu? Je ne vois vraiment pas comment je passerais là dedans, murmura le gros éléphant. Les arbres sont tellement rapprochés les uns des autres, c'est infranchissable pour une grosse bête comme moi. Je vais te confier une bille blanche, blanche comme mes défenses. Si tu en as besoin, brise-la avec une pierre par exemple, et ton nez s'allongera.

-Comme Pinocchio, s'écria la fillette.

-Non, pas comme Pinocchio, comme ma trompe. Tu sais, ajouta l'éléphant, notre trompe nous sert en même temps de main. Pendant quelques minutes, tu pourras ramasser n'importe quoi, n'importe où, avec ton nez. J'espère que cela pourra t'aider.

-Merci, dit notre amie, en glissant la bille dans la poche de sa salopette.

-Moi, murmura la petite fourmi, je ne peux pas t'accompagner non plus. J'en suis bien désolée. Je suis trop petite. Il fait sombre là-dedans. Je me perdrais dans ces bois. Mais je t'offre une bille noire. Si tu as besoin, casse-la. Tu deviendras, pendant quelques minutes, si petite que tu seras exactement comme moi et tu pourras entrer n'importe où, par exemple en te glissant par un trou de serrure ou sous une porte.

-Merci quand même, soupira Charlotte, voyant ses fidèles amis la laisser.

-Je ne pourrai pas t'accompagner non plus, affirma la jolie pie. A cause des branches de sapins. Je risque de me blesser les ailes. Il n'y a pas moyen de voler dans cette forêt trop dense, trop touffue et trop noire. Je n'ai pas de bille à t'offrir comme tous tes amis, mais une bague. Si tu en as besoin, glisse-la à un de tes doigts. Elle permet de passer à travers un mur, sans se blesser, sans se faire mal. Attention, la bille ne fonctionne qu'une seule fois. Tu ne pourras traverser qu'un seul mur.

-Quant à nous, s'excusèrent les mille abeilles, nous n'irons pas dans cette forêt non plus, car il n'y pousse aucune fleur. Mais nous allons te donner un pot de miel. C'est un miel merveilleux. Si tu as faim, trempe ton doigt dans le pot. Ta faim passera pendant plusieurs heures.

La fillette embrassa la grande girafe, le gros éléphant, la petite fourmi, la jolie pie et les mille abeilles. Puis, leur faisant un dernier signe de la main, elle enjamba la rivière en traversant le pont. Vrai! il ne tenait plus guère. Elle entra dans la forêt noire.


Charlotte marchait depuis l'aube. Il était plus de midi à présent. Elle avait drôlement faim. Elle s'arrêta un instant. Elle ouvrit le pot de miel, y trempa son doigt et le lécha. Sa faim disparut. Elle referma le précieux pot des abeilles et continua à avancer.

Elle parcourut ainsi la forêt jusqu'au soir. II faisait sombre sous les épaisses frondaisons. On ne distinguait pas bien la lumière du jour.

Au soir, elle parvint devant une petite maison en briques rouges et au toit de paille. Et à côté de cette chaumière se tenaient un vieux monsieur et une vieille dame. Ils étaient en larmes, appuyés contre la margelle d'un puits. Charlotte s'approcha.

-Pourquoi pleurez-vous, madame, monsieur ?

-Nous pleurons, dit le vieil homme en sanglotant, car nous ne pouvons pas entrer dans notre maison.

-Pourquoi ne pouvez-vous pas entrer dans votre maison? répéta la fillette.

-Parce que j'ai perdu la clé en me penchant au-dessus du puits pour prendre de l'eau. Elle est tombée tout au fond.

Notre amie s'approcha et s'appuya contre la margelle du puits. Elle se pencha à son tour. II était profond. On apercevait l'eau tout en bas.

Elle prit la bille blanche de l'éléphant et la brisa entre deux cailloux. Son nez s'allongea. S'en servant comme d'une main, elle fouilla l'eau et trouva la clé. Elle la ramassa et la tendit au vieil homme. Celui-ci, tout heureux, entra dans sa petite maison avec son épouse.

Ils invitèrent notre amie à partager avec eux un délicieux repas à l'abri des dangers et de la peur de la forêt nocturne. La trompe de notre amie avait disparu.


Le lendemain matin, la fillette se remit en route vers le château de la fleur jaune. La forêt demeurait toujours aussi sombre et sinistre. Elle avait peur, seule, mais elle pensait à sa maman malade.

A midi, de nouveau, elle sentit la faim. Elle ouvrit le pot de miel et en mangea encore un peu. La faim passa.

Elle parvint au soir devant une étrange tour en briques jaunes. C'était certainement la pièce maîtresse d'un château-fort situé à cet endroit autrefois, mais il ne restait plus que ce donjon solitaire. La porte était fermée.

Charlotte frappa. Elle entendit très vite la voix d'un garçon.

-Je suis le chevalier jaune. Je n'ai peur de rien. Les sorcières, je leur coupe la tête, les serpents, j'en fais du saucisson, les loups-garou, je leur perce le coeur et les dragons me font rire.

-Laisse-moi entrer, demanda la fillette, puisque tu n'as peur de rien.

Le garçon ouvrit la porte. Il était du même âge que notre amie. Il portait un habit jaune et une armure jaune par-dessus ses vêtements. Un casque jaune surmontait sa tête.

-Bonjour chevalier jaune, je m'appelle Charlotte. Je peux passer la nuit ici ? J'ai peur toute seule dans la forêt.

-Viens, répondit le garçon. Tu peux compter sur moi. Je vais te protéger. Je suis le chevalier jaune. Je n'ai peur de rien. Les sorcières, je leur coupe la tête, les serpents, j'en fais du saucisson, les loups-garou, je leur perce le coeur et les dragons me font rire. En plus mes parents ne sont pas là, ce soir. Ils sont absents jusque demain. Je serai content que tu sois près de moi. Avec toi, j'aurai moins p...

-Aurais-tu peur du noir ? demanda la fillette en souriant.

-Non, clama-t-il bien fort. Je suis le chevalier jaune. Je n'ai peur de rien. Les sorcières, je leur coupe la tête, les serpents, j'en fais du saucisson, les loups-garou, je leur perce le coeur et les dragons me font rire.

-Je sais, tu me l'as déjà dit trois fois.

Ils prirent le repas du soir dans une belle salle à manger. Puis Charlotte passa la nuit bien à l'aise dans une vaste chambre.

 

Le lendemain matin, le chevalier jaune lui demanda :

- Tu as une jolie bille jaune. Je collectionne tout ce qui est jaune. Tu veux bien me la donner?

Charlotte regarda le gentil garçon qui l'avait accueillie.

- Oui, je te la donne. Tiens. Et je te remercie parce que tu m'as fait passer la nuit chez toi. C'est une bille magique. Si tu la brises, ton cou s'allonge, quelques minutes, comme celui d'une girafe.

-J'ai aussi un cadeau pour toi. Un morceau de laine jaune. Je vais l'attacher autour de ton poignet. Si tu es en difficulté quelque part au cours de ton voyage, coupe-le et je viendrai aussitôt t'aider. Je suis le chevalier jaune. Je n'ai peur de rien. Les sorcières, je leur coupe la tête, les serpents, j'en fais du saucisson, les loups-garou, je leur perce le coeur et les dragons me font rire.

-Merveilleux, applaudit fillette. Tu sembles vraiment être un garçon formidable.

Le chevalier jaune rougit. Notre amie s'éloigna, puis se retourna.

-Je vais au château sombre. Il se trouve au milieu de la forêt. Je cherche un pétale jaune de la fleur jaune pour guérir ma maman malade et que personne ne réussit à soigner.

-Appelle-moi si tu as besoin, cria le chevalier jaune.


Vers midi, Charlotte avait très faim. Elle prit encore un peu de miel. Merci les abeilles.

Au soir, elle aperçut le fameux château. Il apparut particulièrement sinistre.

Ses tours de pierres noircies par le temps se dressaient menaçantes au milieu des sapins. Par les fenêtres étroites, on apercevait des ombres qui entraient et sortaient, peut-être des chauves-souris. Quelques corbeaux croassaient, perchés sur d'horribles gargouilles, rendant le spectacle encore plus effrayant.

Un pont, ancien pont-levis sans doute, enjambait les douves dans lesquelles on entendait coasser les grenouilles et chanter les crapauds. Quelques rats se sauvèrent lorsque Charlotte passa.

La porte d'entrée ressemblait à un mur de planches craquelées fixées par de gros clous noirs. Elle frappa. Personne ne répondit. La fillette essaya d'ouvrir mais sans succès.

Elle brisa la petite bille noire offerte par la fourmi.

Notre amie devint minuscule. Elle réussit à monter le long de la porte, et se glissa par le trou de la serrure. Elle traversa un tunnel sombre et entra dans le château. Elle redescendit le long de la porte et retrouva sa taille normale un instant plus tard.


Elle se tenait à présent dans un hall immense. Les murs étaient garnis de grands oiseaux empaillés aux regards terribles, aux becs crochus, aux ailes inquiétantes. Leurs griffes ressemblaient à des couteaux. Charlotte frissonna de peur.

Elle vit sur une grande table un chandelier dont les bougies, allumées, ressemblaient à des têtes de mort. Juste derrière pendait un cadre en fer noir où il était écrit: "fuis, si les bougies sont allumées, mais souffle-les d'abord". Notre amie n'y toucha pas.

Courant sur les dalles, elle atteignit le pied d'un immense escalier. La courageuse fillette gravit avec prudence une centaine de marches grises. A sa gauche et à sa droite, les peintures murales représentaient des bêtes affreuses qui s'entre-dévoraient et semblaient observer notre amie. Leurs yeux la suivaient.

Enfin, elle parvint à l'étage supérieur.

Là, se trouvaient deux choses bien étranges. D'une part, elle vit un oeuf si grand qu'il touchait le plafond. Haut comme une girafe, large comme un hippopotame et couleur gris poussière. Sa coque semblait en ciment.

De l'autre côté trônait un grand pot de fleurs de la taille d'un jacuzzi. Ses bords en terre cuite étaient rouges et plus hauts que les yeux de la fillette. Il y poussait une très belle plante, avec une fleur d'un jaune éclatant. La fleur à cinq pétales.

Charlotte se réjouissait déjà d'arracher un des cinq pétales et de le ramener à la maison. Chacun d'eux avait la taille d'une page de cahier d'écolier. Elle s'approcha du gigantesque pot. Elle poussa un fauteuil envahi de toiles d'araignées et s'y hissa. Serrant un pétale à deux mains, elle l'arracha et le glissa entre sa salopette et son t-shirt.

 

Hélas, à ce moment-là, une des bougies à tête de mort du chandelier s'éteignit. Une série de cloches sonnèrent aussitôt dans le château, comme si notre amie venait de déclencher une terrible alarme.

Charlotte entendit des battements d'ailes. Elle vit un monstrueux dragon arriver et entrer par une fenêtre sans vitre. Sa taille démesurée dépassait vingt fois celle d'un aigle. Il pénétra par l'immense ouverture et repérant la fillette, il fonça vers elle en volant. Elle comprit qu'elle ne réussirait pas à descendre l'escalier ou à se sauver assez vite.

Elle courut dans tous les sens, mais le dragon la poursuivait, impitoyable. Il poussait des cris semblables à ceux d'un corbeau qu'on égorge.

Tout à coup, Charlotte eut une idée.

Elle toucha la bague de la jolie pie, celle qui permet de traverser un mur. Elle se précipita vers l'immense oeuf du dragon. Elle franchit la coquille et se trouva à l'intérieur entre la paroi et la membrane. Cette sorte de peau qui tapisse le mur intérieur des oeufs comme un sac en plastique, contient le blanc et le jaune.

Le dragon n'allait certainement pas casser l'oeuf où grandit son bébé pour attraper notre amie. Il se posa tout près, regarda attentivement et murmura :

-Te voilà prisonnière à l'intérieur de l'oeuf. Restes-y. Mon bébé naîtra dans trois semaines. Il sortira de là et te mangera.

Charlotte se rendit compte de son erreur. Elle était enfermée dans l'oeuf, sans aucune possibilité d'en sortir. La coquille d'un  oeuf aussi immense, aussi démesuré, est très épaisse, comme un mur de briques. Même en frappant avec ses poings elle ne parvint pas à la fendre et encore moins à l'ouvrir. Et la bague ne fonctionnait qu'une seule fois.

Alors, elle s'assit et se mit à pleurer.


En essuyant ses larmes, elle aperçut le bracelet de laine que le chevalier jaune lui avait noué autour du poignet. Elle le coupa en l'arrachant et attendit sans trop d'espoir ce garçon qui lui semblait un peu fanfaron. Mais quelques heures plus tard, elle entendit le chevalier jaune murmurer derrière la coquille :

-Me voilà. Je suis le chevalier jaune. Je n'ai peur de rien. Les sorcières, je leur coupe la tête, les serpents, j'en fais du saucisson, les loups-garou, je leur perce le coeur et les dragons me font rire. Je viens te délivrer. Où es-tu? Je ne te vois pas.

-Dans l'oeuf, cria notre amie.

Le garçon saisit son épée et frappa plusieurs fois la coquille de toutes ses forces. Celle-ci se fendit et un petit orifice permit à Charlotte de sortir saine et sauve de sa prison.

Hélas, l'abominable dragon venait de les apercevoir. Il revint, les ailes déployées, les griffes tendues et le bec largement ouvert pour attraper nos amis. Ils se sauvèrent dans l'escalier.

Impossible, sans avoir la clé, d'ouvrir la grande porte du château et de courir sur le pont-levis. Le dragon qui les suivait, s'approchait en poussant des cris terrifiants.

-Sautons dans l'eau des douves. Tant pis si ce n'est que de la boue. Viens, vite, le monstre approche. Ça fait trop peur, cria le chevalier jaune.

Charlotte regarda le garçon avec admiration.

C'était haut depuis les fenêtres du château sombre. Ils s'enfoncèrent dans l'eau boueuse des douves. Les deux enfants en sortirent crasseux, couverts de saletés.

Ils se cachèrent en rampant dans les roseaux et attendirent en silence. Le dragon les chercha mais ne les vit pas, à cause de la vase brune qui collait sur eux. Leurs habits sentaient le moisi et le rat pourri.

Ils se sauvèrent par le sentier qui mène à la tour du chevalier jaune.

-Maintenant, je te trouve vraiment courageux, félicita notre amie. Tu as reconnu ta peur et tu as osé l'affronter. Et en plus tu continues à me protéger. Tu es vraiment génial.

 

Les parents du garçon étaient de retour. Il leur présenta sa copine. Puis ce fut une longue séance de douche bien méritée. Après un bon repas, Charlotte passa la nuit dans la même chambre que la veille.

Le lendemain, le chevalier jaune accompagna son amie jusque chez le vieux monsieur et la vieille dame qui les accueillirent tous les deux fort gentiment.

Le jour après, ils se remirent en route et au soir après avoir passé le pont qui ne tenait plus guère, ils atteignirent le domaine de notre amie. Ils y furent accueillis par les cris et les bravos de la grande girafe, du gros éléphant, de la petite fourmi, de la jolie pie et des mille abeilles.

Charlotte les embrassa, les remerciant pour les cadeaux reçus qui l'avaient bien aidée. Elle présenta son copain.


-Je suis le chevalier jaune, lança-t-il. Je n'ai peur de rien. Les sorcières, je leur coupe la tête, les serpents, j'en fais du saucisson, les loups-garou, je leur perce le coeur et les dragons me font rire.

Puis, elle se précipita à la cuisine. Elle coupa le pétale jaune qu'elle tenait entre sa salopette et son t-shirt en vingt-quatre morceaux et concocta vingt-quatre tisanes.

La maman de notre amie but une première tasse immédiatement. Et d'heure en heure, de tisane en tisane, sa santé s'améliora. Le lendemain, à la vingt-quatrième heure, elle fut tout à fait guérie.

 

Le chevalier jaune repartit dans la forêt mais promit de revenir un de ces jours jouer avec notre amie.

Ce soir-là, Charlotte ouvrit la fenêtre de sa chambre. Elle salua la grande girafe qui s'endormait dans un coin de la cour du château, le gros éléphant qui n'était pas loin, la petite fourmi qui s'était glissée entre deux briques, la jolie pie, perchée au sommet du donjon, et les mille abeilles qui butinaient les fleurs de la grande haie.

Elle se coucha heureuse de vivre dans son beau château. Elle souriait en pensant à son nouvel ami, le chevalier jaune.