Epouvante - Horreur
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Le livre qui grince

     Si les histoires d'horreur te font peur, si la nuit, tu fais vite des cauchemars, si tu es seul dans ta chambre à lire ces lignes et que l'orage dehors menace, alors ne va pas plus loin et sélectionne une autre histoire.

Si le craquement d'une armoire dans le silence pesant te fait sursauter puis rire, si les morts-vivants t'amusent, si tu aimes avoir un peu peur, continue...

     Christine accompagnait Mathieu, son ami, tous deux âgés de dix ans, pour une balade dans une forêt qu'elle ne connaissait pas. Le garçon passait quelques jours de vacances chez sa tante Rosa, la mère du petit Quentin, cinq ans. 

Retrouve-les aussi dans Christine 19 : Le château des vikings et Christine 5 : Iris ou Anaïs.

Mathieu et son amie emportaient un pique-nique pour midi. Le garçon avait proposé une baignade dans un lac ravissant, au milieu d'un bois de sapins, mais un peu trop loin pour Quentin. Les deux grands y allaient seuls. Heureusement...

Ils ne virent personne au bord du lac. Ils ne gardèrent que jean ou salopette, ôtant leurs baskets. Ils entrèrent dans l'eau froide. Par cette chaude journée d'été, c'était un vrai bonheur.


Les nuages hélas, devinrent de plus en plus sombres. Les deux amis jouaient encore dans l'eau, lorsque l'orage éclata. Ils nagèrent un temps sous la pluie. C'était amusant!

Ils sortirent ensuite du lac et regardèrent autour d'eux, cherchant un endroit pour s'abriter. Ils aperçurent, au bord de l'autre berge, une cabane en bois.

-Allons là-bas, proposa Mathieu.

-Oh tu sais, répondit Christine, nous mettre à l'abri de la pluie... Mouillés dans le lac, et maintenant mouillés dehors, je ne vois pas la différence. Nos vêtements sont trempés. Je me demande pourquoi on ne continue pas à jouer dans l'eau...

Ils se rechaussèrent sous l'averse. La salopette de Christine lui collait à la peau, et ses longues tresses brunes dégoulinaient. Le jean de Mathieu était trempé autant que leurs t-shirts à présent. Ils pataugeaient dans la boue du chemin en marchant.

Ils contournèrent le lac sous la pluie battante et arrivèrent à cette cabane qu'ils venaient d'apercevoir. Elle n'avait que deux toutes petites fenêtres, une à gauche et une à droite, si étroites qu'on n'aurait pas pu passer par là. La porte était entrouverte.


Mathieu tira la poignée pour entrer mais la porte résista, comme coincée. On ne pouvait ni l'ouvrir, ni la fermer. Ils se faufilèrent à l'intérieur de la cabane.

Elle leur parut tout à fait vide. Le sol était recouvert de planches mal rabotées. Un escalier longeait le mur opposé et menait sans doute vers un grenier.

Ils s'approchèrent d'une large cheminée. Ils découvrirent juste à côté une belle réserve de bois et des petites bûches, qui permettraient de faire une bonne flambée.

Christine en a l'habitude. Elle habite dans la forêt. On fait du feu toute l'année chez elle. Ils décidèrent d'en allumer un pour se sécher et se réchauffer.

L'escalier en bois menait au grenier de la petite maison. Avant de s'occuper du feu, ils montèrent les marches et atteignirent une trappe. Ils la soulevèrent. Ils entrèrent dans un simple petit espace sous le toit. On y entendait crépiter la pluie. Il y faisait tout noir, car cet endroit ne disposait d'aucune fenêtre. Ils refermèrent la trappe et redescendirent.

Christine entreprit alors d'allumer le feu. Ils grelottaient à présent dans leurs vêtements trempés. Elle plaça du tout petit bois en pyramide et y glissa une allumette. Puis elle posa une branche un peu plus grosse par-dessus. Un peu de fumée et une petite flamme apparurent. Hélas, la fumée s'accumulait vers le haut de la cheminée et envahissait la pièce.

-Oh zut, dit notre amie, on dirait que le conduit est bouché. On va être enfumés si cela continue. Je vais vite regarder ce qui se passe avant que les flammes ne montent trop haut.

Quelque chose obstruait le passage. Elle arracha l'objet et découvrit un livre. Il ressemblait à un cahier dont la couverture était épaisse et sombre.

À présent, le feu tirait très bien et la fumée s'envolait vers l'extérieur sans problème. Ils ajoutèrent encore quelques petites bûches. Ils s'assirent tous deux à terre, l'un près de l'autre, devant les flammes. On voyait rougeoyer leurs visages.


Christine tenait sur ses genoux le cahier qu'elle venait de découvrir dans la cheminée.

-Bizarre qu'il serve à boucher une cheminée, réfléchit tout haut la fillette. Je me demande qui l'a caché là et pourquoi...

-Moi aussi, renchérit Mathieu. Lisons-le...

-Oui, d'accord.


Notre amie l'ouvrit et un horrible bruit se fit entendre. La charnière du cahier grinçait comme une vieille porte. Ils se regardèrent tous les deux, un peu inquiets, et lurent la première page.

Bonjour. Je m'appelle Joé. J'adore pêcher depuis mon enfance. J'ai découvert cet endroit, ce lac, entouré de forêts de sapins et je l'ai trouvé très à mon goût. Après avoir campé quelques jours, j'ai décidé de construire cette cabane dans laquelle tu viens d'entrer. Mais il m'est arrivé alors une aventure épouvantable. Referme ce journal, range-le et va-t'en, car si tu tournes la page, si tu lis la suite de mon récit, tu seras tellement captivé, que tu ne pourras plus quitter ce lieu avant d'avoir lu complètement ce récit que tu tiens entre tes mains.

Les deux amis se regardèrent. Ils refermèrent l'ouvrage et un nouveau grincement se fit entendre.

-Qu'en penses-tu? demanda Christine.

-J'hésite, répondit Mathieu.

-Moi, je voudrais bien connaître la suite, affirma son amie.

-Une aventure sans doute épouvantable, mais captivante... pourquoi pas? murmura son copain. S'il continue à pleuvoir, on ne pourra quand même rien faire d'autre. On doit attendre que l'orage cesse pour retourner chez tante Rosa.

-D'accord, confirma notre amie.

Alors ami lecteur, oses-tu lire la suite? Oui... Bon... Comme tu veux...


Christine et Mathieu ouvrirent le cahier. Il grinça abominablement. Ils tournèrent la première page. Nouveau grincement... Ils lurent la suite.

Ah, tu restes! Eh bien, tant pis pour toi! Te voici enfermé dans mon récit.

À ce moment-là, les deux enfants entendirent un claquement violent près d'eux. Ils sursautèrent. La porte de la cabane venait de se refermer brutalement.

Posant le livre sur le sol, ils se précipitèrent mais ne purent plus l'ouvrir. Les deux fenêtres, celle de gauche comme celle de droite, étaient trop étroites pour pouvoir s'y faufiler. Le grenier n'avait aucune issue. Ils étaient enfermés dans la petite maison.


Ils reprirent le cahier, inquiets, et le cœur battant la chamade.

Comme je viens de l'écrire, en arrivant ici j'ai découvert ce lac poissonneux. J'ai décidé de construire cette cabane. Il y avait suffisamment de bois dans les environs pour mener à bien mon projet. J'ai scié quelques troncs de sapins et j'ai bâti ma hutte à la manière des trappeurs, des troncs emboîtés les uns dans les autres.

Je voulais ajouter un petit grenier pour y sécher mon poisson. Pour terminer le toit incliné, il me fallait une bonne poutre pour couronner le faîte. Je me demandais où la trouver... Les troncs des sapins autour du lac me semblaient un peu minces pour cela. Il me fallait une grosse branche de chêne ou de hêtre.

J'ai pris une corde et ma scie, et me suis éloigné dans la forêt à la recherche d'un arbre bien vieux et surtout bien fort. J'ai découvert un énorme chêne le long d'un ancien chemin. Il me semblait avoir mille ans. Une de ses puissantes branches horizontales me convenait tout à fait pour le toit de ma cabane.

Je suis monté dans ce chêne. J'ai scié cette grosse branche puis je l'ai taillée à la longueur adéquate. Je l'ai tirée jusqu'à la hutte avec ma corde. Ce fut dur. La hisser sur le toit fut encore plus difficile. Il me fallut deux jours et beaucoup de patience et d'efforts et de sueur. Enfin, j'ai installé ma poutre au faîte de mon grenier.

Juste au moment de la fixer, j'ai découvert qu'au milieu de la branche se trouvait un endroit où le bois était creusé, un peu comme un sablier. C'était comme si, dans le temps, on passait une corde autour de cette branche, pour puiser l'eau d'un puits par exemple, et que les frottements de la corde pour remonter les seaux ou les faire redescendre avaient à la longue usé et creusé un endroit de cette branche.

Je savais pas que j'utilisais, pour le faîte de mon toit, la branche d'un arbre à pendus. Un arbre où, autrefois, on accrochait les condamnés à mort à une corde à l'entrée des villes. On les laissait mourir et pourrir là. Et la corde à laquelle tenaient ces pendus, se balançant au vent, avait creusé, usé, le milieu de la poutre de mon grenier.

Christine et Mathieu se turent. Ce récit, sinistre, les faisait frissonner. Ils se sentirent glacés malgré le feu.

Une fois encore, ils se levèrent, ouvrirent la petite fenêtre à gauche, la petite fenêtre à droite, pour tenter de sortir, mais ils ne pouvaient absolument pas passer par là. C'était bien trop étroit. Et la porte restait vraiment bloquée elle aussi. Aucune issue. Il fallait continuer la lecture de l'horrible texte.

Ils tournèrent la page qui grinça abominablement.


Je construisis deux petites ouvertures, une à l'Est, pour voir le lever du jour, et l'autre à l'Ouest, pour assister à son coucher. Je les voulais étroites, comme cela aucun voleur ne pourrait venir me surprendre la nuit.

-Ça, tu parles, fit remarquer Mathieu.

-Attends, dit Christine en chuchotant, tais-toi, écoute.

Les deux enfants se turent.

Ils entendirent un bruit, un grincement du plancher au grenier. Comme si quelqu'un marchait là-haut en faisant gémir les poutres du plafond.

Les deux amis se serrèrent l'un contre l'autre, les yeux agrandis par la peur, le cœur battant. Quelqu'un se déplaçait, là, au-dessus d'eux.

-Il faut aller voir, murmura Christine. Je ne veux pas rester comme ça, avec un inconnu, là-haut, qui nous observe ou nous écoute...

 -D'accord, souffla Mathieu. Allons voir.

Ils prirent des allumettes, faute de lampe de poche. Ils montèrent doucement l'escalier qui longeait le mur opposé à la cheminée, et arrivèrent en-dessous de la trappe qui barrait horizontalement le plafond et donnait accès au grenier.

-Bon, murmura notre amie. Un qui ouvre la trappe, un qui frotte l'allumette. Que préfères-tu?

-Ça m'est égal, chuchota son copain. Si tu veux, j'ouvre la trappe.

-D'accord, moi je tiens l'allumette.

Les deux enfants se regardèrent. Ils comptèrent un, deux, trois, puis d'un geste brusque, Mathieu ouvrit, tandis que Christine frottait l'allumette et la présentait à l'obscurité du grenier.

Un miaulement les fit sursauter.

Un chat! Nos amis mirent quelques secondes à se remettre de leur frayeur.

-Eh bien, petit chat, tu nous as fait drôlement peur. Allez viens, dit Christine.

Elle le prit dans ses bras et redescendit l'escalier. Mathieu referma la trappe et rejoignit son amie devant l'âtre.


Caressant le chat, ils reprirent le cahier et lurent la suite. Ils tournèrent la page qui de nouveau grinça horriblement.

Un jour d'orage, j'ai allumé un feu. Je me suis installé devant pour me réchauffer. Je revenais du lac trempé jusqu'aux os.

Tout à coup, j'ai entendu, dans le grenier, une sorte de grincement. Surpris, je me suis levé, et prenant un tison brûlant avec moi, j'ai monté l'escalier. J'ai soulevé la trappe et devant mes yeux inquiets, j'ai aperçu un chat. Un petit chat se trouvait là. Il m'avait fait peur, celui-là! Je l'ai pris dans mes bras et je suis redescendu m'asseoir près du feu.

-Ça alors, remarqua Mathieu, voilà exactement ce qui nous arrive.

-Oui, ajouta Christine, c'est la même histoire! Étrange...


Je caressais le chat quand...

-Chut, écoute, souffla notre amie.

Les deux enfants cessèrent de lire. Ils regardèrent à nouveau vers le plafond.

Le grincement sinistre reprit. De nouveau comme si on marchait dans le grenier.

-C'est normal, murmura Christine.

-Comment, c'est normal? dit Mathieu.

-Oui, expliqua son amie. Cela ne pouvait pas être le chat. Un chat ne fait pas de bruit quand il se déplace... Il ne fait pas grincer les planches...

-Tu as raison, reprit le garçon. Mais alors, quelqu'un marche vraiment dans le grenier...

-Ou quelque chose bouge, ajouta Christine. Il faut retourner voir.


Les deux enfants remontèrent en silence les marches de l'escalier. On n'entendait plus le craquement, mais à la place, ils perçurent un bruit d'eau.

-"Plic,plic,plic,plic".

Ça ressemblait à des gouttes qui tombent du toit sur le plancher de la pièce du haut.

Cette fois-ci, Mathieu décida de frotter l'allumette. Christine s'apprêtait à ouvrir la trappe.

Quand ils furent prêts tous les deux, elle la leva d'un coup sec. Son copain alluma l'allumette. Ils ne virent personne. Vide.

-"Plic,plic,plic,plic".

Au milieu de la pénombre du grenier, à la lueur de la petite flamme, ils aperçurent une tache sombre sur le sol. Les gouttes tombaient là.

Christine et Mathieu s'approchèrent. Notre amie se baissa et toucha le plancher. Le garçon gratta une seconde allumette. C'était du sang!

Terrorisés, les deux enfants tournèrent leurs regards vers le haut. À la grande poutre, à l'endroit central où elle était creusée, ils virent une corde. Une longue corde de pendu. Elle balançait doucement. Elle se terminait par un nœud coulant, le rond par où on passait la tête d'un condamné, autrefois...

Terrifiés, ils redescendirent l'escalier après avoir refermé la trappe derrière eux et s'assirent en silence près du feu.

Mathieu se précipita vers la porte, tambourina, tenta de la tirer, de la pousser, mais il ne réussit qu'à se faire mal aux mains.


Ils reprirent le cahier de Joé.

Plic-plic-plic-plic. J'ai entendu des gouttes tomber dans le grenier. Je suis remonté à l'étage et j'ai ouvert la trappe. Personne. Mais au centre de la pièce noire, j'ai vu une tache sombre. M'approchant d'elle et la touchant avec le doigt, j'ai découvert avec horreur que c'était du sang. En redressant la tête pour voir d'où il venait, j'ai vu une corde, une corde comme celle des pendus, accrochée à la poutre. Avec un nœud coulant et un espace rond, par où on aurait pu passer une tête.

J'ai sorti un couteau de ma poche et j'ai tranché la corde. Un bruit lourd, comme si un corps tombait sur le sol, s'est produit.

La corde, en même temps, s'est détachée de la poutre et a glissé sur mes bras. Terrifié, j'ai regardé le plancher, mais je n'ai vu personne. Je suis redescendu par l'escalier, et je me suis assis près de mon feu.

-Il faut couper la corde, murmura Christine. Le livre qui nous suivait, nous précède à présent. Il nous indique ce qu'il faut faire.

-Tu as raison, répondit Mathieu. Tu as ton canif?

-Oui, affirma son amie. Viens, on y va.


Les deux enfants, le cœur battant, la sueur au front, montèrent l'escalier et entrèrent dans le grenier. Il n'y virent personne.

La corde pendait, sinistre.

Mathieu souleva Christine pour qu'elle atteigne le nœud. Elle le coupa énergiquement après avoir empoigné la corde pleine de sang avec dégoût. Ils entendirent un "BROUM". Un bruit énorme, sourd, comme si un sac, comme si une personne, comme si le corps d'un mort, d'un pendu, tombait sur le sol lourdement.

Les enfants regardèrent le plancher, épouvantés. Ils ne virent rien d'autre que la tache de sang. La corde répugnante tomba sur les bras de Christine. Elle poussa un cri puis la jeta au sol, horrifée. Le garçon la ramassa. Ils redescendirent l'escalier mais oublièrent de refermer la trappe derrière eux...

 

-Il faut jeter cette corde dans le feu, lança Christine.

-Non, dit Mathieu, une corde de pendu, tu t'imagines! Je la garde. Je vais épater mes copains.

-Il faut la jeter dans le feu, répéta la jeune fille. Elle est poisseuse du sang d'un mort. Il faut la jeter. Elle va nous porter malheur.

-Tu as peut-être raison, avoua son ami. Attends, voyons ce que raconte Joé.


Ils ouvrirent le livre qui grince et tournèrent la page.

J'ai redescendu l'escalier avec la corde entre les mains. Une bonne corde, mais celle d'un pendu... J'ai décidé de la jeter au feu.

Je l'ai lancée dans les flammes, et tandis qu'elle commençait doucement à fumer avant de brûler sans doute, j'ai regardé vers le haut. Je me suis aperçu que j'avais oublié de refermer la trappe...

-On n'a pas fermé la trappe! chuchota soudain Mathieu en tournant la tête.

-Le sol grince, les planches au plafond bougent, quelqu'un rampe. Il vient. Le mort vient, s'affola Christine.

Elle arracha la corde des mains de son ami et la jeta au feu. Puis elle lut.

À ce moment-là, je vis apparaître une main jaunâtre, comme celle d'un cadavre, puis une seconde, comme si quelqu'un rampait dans le grenier et voulait descendre vers la première marche.

-Mathieu, Mathieu! cria Christine.

Les deux enfants hurlaient de terreur. Une main jaune et verte, gonflée, pourrie, comme celle d'un mort, venait de se poser sur la première marche. Puis une deuxième apparut. Ils virent ensuite deux bras squelettiques, sur lesquels quelque chair décomposée pendait encore.

Ces mains et les deux bras se mirent à fumer. Une puanteur se répandit dans ma cabane. 

Christine et Mathieu regardèrent leur feu. La corde fumait aussi.

Je me suis tourné vers le grenier.

Les deux amis regardèrent eux aussi vers le haut de l'escalier. Les deux mains fumaient. Et soudain, elles s'enflammèrent. La tête du mort apparut. Les yeux n'étaient que des trous noirs. La peau du visage tombait en lambeaux pourris.

Alors, j'ai bondi hors de ma maison.

Plus tard, j'ai écrit dans ce cahier tous les instants de cette horrible aventure et je suis revenu le placer dans la cheminée pour que ceux qui viendraient dans cette maison après moi ne subissent jamais cette affreuse tribulation.

Puis je me suis enfui en courant et en jurant de ne plus jamais revenir.

Joé.


"Clac".

Christine et Mathieu se tournèrent, surpris tous les deux, vers ce bruit à leur gauche. La porte venait de s'entrouvrir.

Les deux enfants se précipitèrent à l'extérieur.

Notre amie soudain courut vers la cabane.

-Reviens, cria le garçon, reviens. Tu es folle! Que fais-tu?

Christine entra, saisit le petit chat et ressortit en hurlant. La tête du mort venait de se détacher et de rouler jusqu'à ses pieds sur le plancher et fumait. Les bras et les mains gisaient dans l'escalier. Ils se consumaient.

Elle était à peine sortie que, d'un coup, la hutte s'embrasa. Ce fut une véritable torche de feu pendant près d'une demi-heure, puis il ne resta plus que quelques cendres que le vent emporta avec lui. La pluie avait cessé.

Christine et Mathieu gardaient, hébétés, les yeux fixés sur les restes de la cabane. Ils tremblaient encore et frissonnaient dans leurs vêtements humides.


Un homme arriva, un bâton à la main. Il s'arrêta.

-Bonjour, les enfants.

-Bonjour, monsieur, répondit Christine.

-La cabane a brûlé?

-Oui, expliqua Mathieu, mais ce n'est pas notre faute.

-Bonne chose que ce vieux chalet pourri soit détruit. Plus personne n'y allait depuis longtemps. Il sentait le moisi. Ne vous tourmentez pas pour ça, les enfants.


L'homme remua les cendres du bout de son bâton, et tout à coup, il en sortit une corde, une corde avec un nœud coulant, comme celle d'un pendu.

Christine et Mathieu la regardèrent. Ils la connaissaient trop bien. Comment était-il possible qu'elle n'ait pas brûlé?

-Belle corde! murmura l'homme.

Il la saisit entre ses mains.

-Vous la voulez, les enfants?

-Non, répondit Christine, je ne la veux pas.

-Moi, non plus, hésita Mathieu.

-Ah bon, dit l'homme, alors je l'emporte.

Il roula la corde, la mit dans son sac à dos puis s'éloigna. Nos amis ne le revirent jamais. Ils repartirent vers la maison de tante Rosa.


Tout à coup, Mathieu s'arrêta et se tourna vers son amie.

-L'homme qu'on a vu et qui a ramassé la corde, tu crois que c'était Joé?

-Possible, répondit Christine. Je préfère ne pas le savoir...


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Il paraît qu'une corde qui a servi à pendre un condamné à mort ne brûle pas dans les flammes. Va savoir...