Epouvante - Horreur
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Le miroir de la peur

     T'arrive-il de lire dans ton lit le soir avant de t'endormir ?

Béatrice lit très souvent. Elle adore. Ce soir-là, bien installée sous la couette, la lumière allumée au-dessus d'elle, elle découvrait un livre qu'elle était allée chercher avec son papa à la bibliothèque du village le samedi précédent. Cela s'appelait « Nuit d'horreur, nuit d'angoisse ».

Elle venait de tourner la page 24.

‘'LE MONSTRE À TÊTE TRIANGULAIRE POSA UNE DE SES PATTES NOIRES ET GLUANTES À QUATRE DOIGTS SUR L'APPUI DE FENÊTRE DE LA CHAMBRE DU GARÇON. L'ENFANT APERÇUT ENSUITE UNE DEUXIÈME MAIN DE QUATRE DOIGTS ÉGALEMENT. LE VISAGE TRIANGULAIRE APPARUT AVEC SES TROIS YEUX ROUGES DANS LA NUIT. SON SOUFFLE BRÛLANT FIT BOUGER LES RIDEAUX. ‘'

Au même instant, dans la chambre de notre amie, la grande porte-miroir de l'armoire s'ouvrit toute seule en grinçant. Béatrice sursauta.

La porte du vieux meuble vint se placer juste en face d'elle. Elle se vit dans la glace en train de lire et elle aperçut son oreiller et le mur juste derrière elle.

-Ça fait peur, murmura notre amie. J'abandonne ce livre-là. Il est trop effrayant.

Elle le rangea sur sa table de nuit. Puis, elle se leva et referma la porte de l'armoire. 

-Bon, maintenant je vais dormir, dit la fillette.

Béatrice ne peut pas éteindre la lumière depuis son lit. L'interrupteur se trouve à l'entrée de sa chambre. Pour cela, elle possède une petite lampe de poche, posée sur sa table de nuit, en cas de besoin.

Elle alla à la porte et vérifia que tout était en ordre dans la pièce. Les rideaux bougeaient légèrement à cause d'une petite brise venue par la fenêtre de sa chambre. Elle la ferma, puis éteignit la lumière. Elle sauta sur son lit, et se glissa sous sa couette. Puis, saisissant son doudou, elle se tourna vers le mur.


Dormait-elle ou ne dormait-elle pas ? Elle entendit le grincement sinistre. Elle se redressa et s'assit. La porte-miroir venait de nouveau de s'ouvrir.

Elle ne voyait pas bien à cause de l'obscurité, mais une ombre semblait bouger dans le miroir.

Béatrice tendit sa main gauche en direction de sa table de nuit. Elle prit sa lampe de poche et fit quelque chose à ne jamais faire quand tu es seul dans le noir.

Il ne faut jamais éclairer un miroir pendant la nuit avec une lampe de poche. Ça fait apparaître les sorcières...

Elle alluma la sienne et perçut une profondeur inhabituelle de sa chambre causée par le reflet de la lampe. Dans le jeu de lumière et d'ombre, elle se vit dans son lit, appuyée sur son oreiller. Mais au lieu de son visage, elle remarqua, avec angoisse, une horrible femme qui ressemblait à une sorcière. Ses cheveux blancs, raides, pendaient sur ses épaules. Son nez était crochu, ses mains velues se terminaient par de longs ongles. La peau de son visage était brune et ratatinée comme une vieille pomme.

Le cœur de la fillette se mit à battre très fort. Elle regardait en silence, figée par la peur. Tout à coup, les lèvres de la sorcière remuèrent. Elle parla d'une voix rauque.

-Je suis laide, hein ? Bientôt tu seras comme moi...

-Que me voulez-vous ? murmura notre amie.

La femme tenait une casserole noircie sur ses genoux. Elle tournait lentement avec une cuillère en bois dans le récipient. Elle répéta.

-Je suis laide. Et toi, tu me ressembleras bientôt...

Béatrice enfonça ses doigts dans sa couette. Elle la saisit fermement à deux mains et la jeta sur la porte miroir. En même temps, elle se leva et courut à l'interrupteur. Elle alluma.


Elle ne vit plus rien d'anormal dans la chambre. Elle observa attentivement l'intérieur du placard. Elle regarda ses pulls, ses t-shirts et ses autres vêtements. Sa salopette verte pendait à un crochet. Sur une des planches, se trouvait une vilaine casserole qu'elle n'avait jamais vue. Elle contenait une cuillère en bois. Que faisait-elle là?

Béatrice scruta soigneusement la pièce autour d'elle. Elle se mit à quatre pattes. Elle vérifia en-dessous du lit. Rien. Elle alla même voir derrière les tentures. Son lustre était toujours allumé. Cela la rassurait.

Elle enleva la casserole, ouvrit la porte de sa chambre et posa le tout par terre dans le couloir. Puis elle referma.

Elle s'assura une dernière fois que tout était bien en place. Puis elle alluma sa lampe de poche, éteignit la grande lumière, et retourna vers son lit, en évitant de passer trop près du miroir. Mais elle se ravisa et referma la porte de son armoire.

Elle s'aperçut que le petit verrou qui sert à la tenir bien close était hors d'usage. Il lui manquait une vis. Elle chercha la vis mais elle ne la vit pas. Voilà pourquoi la porte s'ouvrait toute seule au moindre courant d'air.

Béatrice se remit au lit. Elle garda encore sa torche allumée un moment et puis elle l'éteignit. Elle se tourna, reprit son lapin en peluche, le serra très fort et s'apprêta à s'endormir.


Un instant plus tard, notre amie se releva. Elle n'était pas satisfaite.

Elle alla jusqu'à sa table. Celle où elle écrit ses devoirs. Elle prit sa chaise et vint la placer contre la porte de l'armoire. Ainsi, elle ne pourrait plus s'ouvrir.

Puis, elle retourna dans son lit et rassurée, éteignit sa lampe de poche et se mit sur son côté pour dormir.


Soudain, dans le silence de la nuit, elle entendit le grincement. Elle se redressa. L'armoire était de nouveau ouverte et la chaise qui devait la bloquer n'était plus là. Elle saisit sa lampe de poche et l'alluma.

-Tu es laide, maintenant... brailla une voix éraillée.

Béatrice observa ses mains avec angoisse. L'horrible vieille, dans le miroir, la regardait en ouvrant sa bouche édentée. La peau de notre amie apparut couverte de gros furoncles d'où sortait un pus noir qui coulait sur ses draps et faisait des taches. Horrible! Elle en vit sur ses mains, sur ses avant-bras, sur son visage. Ses beaux cheveux collaient à cette gangue.

La méchante sorcière tournait toujours dans la casserole, avec la cuillère en bois. Elle parlait d'un air de défi et moqueur à la fois, et son rire était effrayant.      

-Si tu veux guérir, tu dois prendre la pommade dans ma casserole, railla-t-elle, avec sa voix cassée. Mais pour cela, tu dois venir près de moi...


Béatrice ne pensa plus qu'à une chose, appeler ses parents.

-Papa, maman, gémit-elle.

Elle ne parvenait même plus à crier et les parents ne semblaient pas lui répondre. Elle rassembla ses forces et se redressa. Puis elle se précipita vers la porte de la chambre et l'ouvrit.

-Va te plaindre chez papa et maman. Une mauvaise surprise t'attend...

La fillette courut dans le couloir et frappa à la porte de ses parents. Pas de réponse. Elle ouvrit. Le lit n'était pas défait. Papa et maman n'étaient manifestement pas couchés.

Ils son en bas, au salon, se dit-elle.


L'horrible sorcière s'était assise sur la chaise de Béatrice, mais à présent, dans le couloir. La fillette, tremblante, dut passer juste à côté d'elle.

-Va voir. Ils ne sont pas là. Tu es toute seule avec moi...

Béatrice s'aperçut par la porte entrouverte du salon que tout était éteint là en bas.

-Pourtant, quand ils partent, ils me le disent. Et puis, ils prennent une baby-sitter. Où sont-ils ?

L'affreuse femme les aurait-elle fait disparaître ?


A ce moment-là, Nicolas, son petit frère, de presque un an, se mit à pleurer.

-Et le bébé est laid aussi... enchaîna la sorcière.

Mais cette fois-ci, elle venait de commettre une erreur. Béatrice est une courageuse grande soeur. Personne ne peut faire de mal à son petit frère ou alors elle se transforme en furie.

Elle remonta l'escalier en coup de vent, passa devant l'abominable femme et ouvrit la porte de la chambre du bébé. Le petit, debout dans son lit à barreaux, pleurait. Son visage était envahi par ces horribles furoncles noirs. Ses petites mains en étaient couvertes également.

La fillette regarda autour d'elle. Elle aperçut une brosse dans un coin de la chambre. Elle en saisit le manche bien fermement et sortit en criant et en menaçant la méchante vieille.

La sorcière se leva. Elle abandonna la casserole sur la chaise dans le couloir et alla se cacher dans la chambre de Béatrice près de l'armoire au miroir.

Notre amie saisit la casserole et toucha la crème. Elle osa en étendre sur ses mains et toute l'horreur s'effaça. Alors, elle s'en enduisit rapidement les bras, le visage, le cou. Tout disparut.

Elle leva son petit frère, le posa sur la table à langer et le déshabilla complètement. Elle lui massa tout le corps avec la crème. Nicolas guérit instantanément. Elle le rhabilla et le reprit dans ses bras.


Béatrice tourna la tête. Elle venait d'entendre un bruit. La porte de la maison s'ouvrait. Elle se précipita dans le couloir pour voir ce qui se passait. Ses parents revenaient.

-Papa, maman. Vous m'avez laissée toute seule avec Nicolas. Venez vite, je suis aux prises avec une abominable sorcière.

-Mais les sorcières, s'étonna papa, cela n'existe pas, ma chérie. Tu as dû faire un cauchemar.

-Je ne rêve pas, papa, je suis bien éveillée.

Les parents se précipitèrent auprès de leur courageuse fillette.

-Tu n'as pas lu notre petit mot sur ta table de nuit, ma grande ?

-Non. Où étiez-vous ?

-Chez tante Alice. Elle s'est blessée en tombant dans l'escalier. Elle nous a téléphoné. Nous sommes allés la secourir et la conduire à l'hôpital. Et comme tu dormais si bien et Nicolas aussi, nous t'avons écrit un petit mot. Je l'ai posé sur ta table nuit, expliqua maman.

Béatrice avait tendu, tantôt, sa main vers la table de nuit pour prendre sa lampe de poche, mais à cause de la sorcière, elle n'avait pas aperçu le message de ses parents.

-Tu vois, continua papa, nous n'avons pas eu le temps de trouver une baby-sitter. Il était minuit quand nous sommes partis, ma chérie. Tu dormais paisiblement. On s'est dit que tu es une grande fille très débrouillarde. D'ailleurs, ajouta papa, tu t'es drôlement bien défendue apparemment, mais pourquoi as-tu mis ta chaise dans le couloir ?

-Et cette casserole ? Je le n'ai jamais vue, fit maman.

-Tu vois bien. Je ne rêve pas. C'est la casserole de la sorcière.

Elle ne contenait plus de crème. Béatrice avait tout utilisé pour le bébé et pour elle. Maman remit Nicolas dans son lit.

-Papa, il faut réparer la porte de mon armoire. Elle s'ouvre toute seule, supplia la fillette.

Alors, malgré qu'il était bien tard dans la nuit, son père alla chercher une petite vis à la cave, et à l'aide de son tournevis, refixa solidement le verrou à la bonne place. Maintenant, la porte ne s'ouvrirait plus. Il rangea la chaise près de la table. Ils fouillèrent ensemble la chambre. Tout semblait en ordre. La sorcière avait disparu.

Béatrice retourna dans son lit. Papa et maman la bordèrent un long moment. Elle se calma et puis, elle prit son lapin en peluche dans les bras. Les parents lui firent un dernier bisou. Papa éteignit la lumière et referma la porte.


Tout était bien calme et silencieux à présent. Béatrice regarda vers le miroir. On y voyait le reflet de la lune. Maman avait réouvert la fenêtre. Le rideau bougeait légèrement.

Tout à coup, elle se rappela le petit message des parents. Elle ne l'avait pas encore lu. Elle était curieuse de le découvrir. Elle tendit la main vers sa table de nuit, prit sa lampe de poche, déplia le papier et alluma. Le rayon toucha le miroir.

-Hiii, hiiii, hiii,... Me revois-là...

C'était l'horrible voix de la sorcière. 

La fillette se précipita vers l'interrupteur. Elle alluma et regarda autour d'elle, tout avait disparu. Puis, elle lut le message de ses parents, en pleine lumière cette fois.

Ma chérie, tante Alice s'est peut-être cassé la jambe en tombant. Nous allons la conduire à l'hôpital. On te confie Nicolas. Tu sais t'occuper de lui en cas de besoin. Gros bisous. Papa et maman. 

 

Béatrice s'éveilla le lendemain matin avec les premiers rayons du soleil. Tout était en place dans sa chambre. Même la chaise. Et pas de sorcière ni de vieille casserole.

Elle descendit déjeuner.

-Comment va tante Alice? maman.

-Tante Alice? Elle se porte très bien. Pourquoi demandes-tu ça, ma chérie?

Aurais-je rêvé tout cela? se demanda notre amie.

 

Oui, je te le déconseille.

Il ne faut jamais éclairer un miroir la nuit avec une lampe de poche. 

Surtout si tu es seul. C'est comme cela qu'on fait apparaître les sorcières...

Tu ne me crois pas ? Essaie ce soir, si tu oses...