Isabelle
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La boîte de la peur

       Certains jours, Isabelle revient seule, à pied, après l'école. Quand maman qui est traductrice à temps partiel, a un travail urgent à terminer, et n'a pas le temps d'aller la chercher, que papa est au travail au milieu des bois et que les grands frères, Bertrand, Benoît ou Benjamin, chargés de la ramener, l'oublient.

Elle sort de l'école quand on ferme les grilles. Elle longe les villas, puis tourne au coin. Elle parcourt encore quatre cents mètres et elle arrive chez elle. Elle ne doit pas traverser la grand-route.


Ce jour-là, il faisait très beau, très chaud. Elle revenait à la maison bien à son aise.

Tout à coup, sur le trottoir, par terre, le long d'un muret, elle aperçut une boîte. Elle s'arrêta et la prit en main. Elle était en bois, petite, plate, à peine plus grande que ta main. Elle la trouva jolie. On y voyait un paysage peint, avec une montagne, un lac et une maison.

La fillette regarda autour d'elle et ne vit personne.

La boîte comportait un tiroir. Elle l'ouvrit. Il était vide. Elle glissa le tout dans la poche de sa salopette jaune, puis elle revint chez elle.

-Bonjour maman!

-Bonjour, ma chérie. Tu peux venir prendre ton goûter. Tu es toute seule?

-Oui. Benoît m'a oubliée.

-Benoît! cria maman.   

-Oui...

-Et ta petite sœur?

-Je cours la chercher.

-Trop tard. Elle est déjà revenue.   

Isabelle monta à sa chambre et posa la boîte sur sa table. Puis, elle redescendit l'escalier, se rendit à la cuisine et prit sa tartine à la confiture aux cerises. Maman lui donna, en plus, une petite pièce d'or en chocolat.

Notre amie ne la mangea pas tout de suite. Elle n'est pas gourmande. Elle retourna à sa chambre et glissa la pièce dans la boîte vide, celle qu'elle venait de ramasser en chemin. Elle la referma et la posa sur son lit. Puis elle redescendit jouer au jardin.


Deux heures plus tard, elle eut un petit peu faim.

Si je demande à manger à maman juste avant le repas du soir, se dit-elle, elle ne va rien vouloir me donner. Je vais aller prendre ma pièce en chocolat.

Elle monta à sa chambre, saisit la boîte et l'ouvrit. Surprise, elle y découvrit deux grosses pièces d'or en chocolat !

-Ça alors! lança Isabelle. Il y en a deux ! Et elles sont beaucoup plus grandes que la première. Quelle boîte merveilleuse ! Elle est certainement magique.

Elle tenta une expérience. Elle choisit un petit bonbon et le glissa dans le tiroir de la boîte. Elle referma aussitôt. Quand elle rouvrit quelques instants plus tard, elle découvrit deux gros bonbons à la place du petit.

Elle prit alors une pièce de vingt cents. Elle la posa dans la boîte. Elle attendit à peine cinq secondes, et impatiente, ouvrit. Elle trouva deux pièces de deux euros.

Elle replaça la boîte sur sa table.

-J'ai fait une trouvaille extraordinaire. Quelle chance !


Un peu plus tard, maman appela papa et les enfants pour le repas du soir.

-Isabelle, les garçons, descendez.

Notre amie passa à la salle de bains pour se laver les mains. La boîte magique traînait entrouverte sur la table de sa chambre. 

Une mouche arriva en volant. Elle se posa sur le couvercle et se promena sur le bord un instant. Finalement elle y entra et se dirigea tout au fond. Quelques instants plus tard, la petite mouche devint deux énormes monstres volants tout noirs.

Ils se dirigèrent vers la fenêtre et selon l'habitude de ces bêtes-là, s'enfermèrent entre le rideau et la vitre. Ils frappaient contre le carreau à intervalle régulier.


Isabelle repassa dans sa chambre, attirée par le bourdonnement qu'elle entendait près de la fenêtre. Curieuse, elle alla voir de plus près. Elle écarta le rideau. Les deux énormes mouches s'envolèrent et la poursuivirent. Elle se mit à hurler.

-Au secours ! J'ai peur. Au secours !

Les deux affreux insectes tournaient autour de sa tête. Elle se débattait de son mieux, agitant les bras dans tous les sens.

Bertrand et Benoît, les aînés des grands frères, passaient dans le couloir. Ils entrèrent dans la chambre de leur petite sœur.

-Que se passe-t-il, Isabelle?

-Deux grosses mouches me poursuivent. J'ai peur, j'ai peur, cria la fillette.

Les deux garçons aperçurent les horribles bêtes. Bertrand, l'étudiant de dix-neuf ans, prit sa petite sœur dans les bras tandis que Benoît, celui de treize ans, courait à la salle de bains. Il saisit une serviette et la faisant tournoyer, il chassa les mouches qui s'envolèrent toutes les deux par la fenêtre.  On ne les revit plus.

Ils descendirent tous les trois pour le repas du soir.

Isabelle laissa la boîte sur sa table, mais bien fermée cette fois.


Benjamin, son frère de sept ans et demi, bouclait son sac à dos au salon. Il partait quelques jours au camp avec les louveteaux. Les parents comptaient l'y conduire ce soir, après le repas.

-Benjamin, demanda papa, n'as-tu rien oublié cette fois ?

-Oh si ! ma lampe de poche, s'écria le garçon déjà en uniforme.

-Va vite la chercher, puis on part.

Benjamin se leva de table, monta les escaliers et entra dans la chambre qu'il partage avec sa petite sœur. Lui, il dort au-dessus sur le lit superposé, elle en-dessous. En passant, il aperçut la curieuse boîte sur la table d'Isabelle. Il la prit en main, la regarda puis l'ouvrit.

-Qu'a-t-elle encore trouvé ? dit-il.

Il referma le tiroir.

Ensuite, il vit une petite araignée qui montait sur l'échelle menant à son lit.

Oh ! les grands frères ! Ils aiment bien faire peur à leurs petites sœurs.

Benjamin, qui ne savait rien de la magie de la boîte, l'ouvrit et pour faire une farce qu'il croyait innocente, y glissa la petite araignée. Il referma le tiroir. Il la posa sur la table puis redescendit au salon.

Elle sera bien surprise quand elle l'ouvrira, se dit-il.

-Bon, enchaîna papa. Je vais te conduire au camp avec maman. Bertrand et Benoît, vous veillez sur Isabelle. Je voudrais qu'elle soit au lit dans une demi-heure.

-Compte sur moi, répondit Bertrand. J'y veillerai.

Et les parents partirent avec Benjamin.


Pendant qu'Isabelle jouait au salon avec ses deux grands frères, la boîte se mit à bouger sur la table dans la chambre. Deux grosses araignées, à présent, se débattaient à l'intérieur. Elles réussirent à ouvrir le tiroir et à en sortir. Deux horribles monstres noirs, grands comme une main, avec des longues pattes velues. Elles ressemblaient à des mygales.

L'une monta au plafond et l'autre se cacha en-dessous de l'oreiller d'Isabelle...


Une demi-heure plus tard, au salon, Bertrand se fâcha.

-Allez Isabelle, troisième fois que je te le demande. Il est temps d'aller dormir. Tu dois encore prendre ta douche et te laver les dents. Tu montes.

-Oh, insista notre amie, je n'ai pas envie d'y aller tout de suite.

-Maintenant, répéta Bertrand.

-C'est l'heure des bébés, ajouta Benoît en riant.

-Je ne suis plus un bébé, cria la fillette.

Elle courut dans l'escalier et entra dans sa chambre. Elle ne vit pas les araignées.

Elle enleva ses tennis blancs, sa salopette, son t-shirt. Elle prit sa robe de nuit blanche avec des petites fleurs bleues, et traversa le couloir pour aller prendre sa douche. 

Elle retourna dans sa chambre après s'être brossé les dents. Elle monta sur son lit et voulut prendre son lapin en peluche blanc avec lequel elle dort, son doudou. Elle leva l'oreiller.

Elle vit aussitôt la grosse araignée, cachée là.

Isabelle poussa un cri et recula. L'horrible bête sauta à terre et courut vers la fillette qui était pieds nus.

L'araignée marchait sur le sol vers notre amie qui reculait en regardant partout autour d'elle pour chercher de l'aide. Elle aperçut ses chaussures de gymnastique. Elle les empoigna, puis en en tenant une dans chaque main fermement, elle se baissa pour frapper un grand coup. Une ombre, celle de l'autre araignée, celle du plafond, effraya notre amie. L'autre monstre descendait lentement le long de son fil vers la tête d'Isabelle.

Celle sur le tapis s'approchait de ses pieds nus. Tout à coup, l'autre se laissa tomber dans les cheveux de notre amie.

La fillette poussa des hurlements de panique et tenta énergiquement en frottant ou tirant, de se débarrasser de la bête posée sur sa tête et qui la terrifiait. Elle appela ses grands frères en criant aussi fort qu'elle pouvait.

L'araignée tomba à terre, près de sa jumelle, et s'enfuit.


Bertrand et Benoît entrèrent dans la chambre.

-Mon Dieu quelle horrible bête ! s'écria Benoît.

-Regarde, ajouta Bertrand, il y en a deux.

Isabelle se précipita dans les bras de son grand frère. Benoît courut à la cuisine, saisit une ramassette et remonta en courant.

Il aperçut la première araignée. Elle filait vers l'armoire. Il eut un geste précis et vif. Il la saisit par une patte, puis la jeta par la fenêtre.


Il restait l'autre. Où se cachait-elle ?

Ils regardèrent à terre et ne la trouvèrent pas. En-dessous de l'oreiller d'Isabelle ? Elle n'y était pas plus. Sous la table, non. En-dessous du lit, non plus. Ils se couchèrent à plat ventre et dirigèrent une lampe de poche sous l'armoire, rien. Ils entrouvrirent la boîte, elle n'y était pas. 

Mais il y a un endroit, où l'on rencontre souvent des toiles d'araignées... derrière le radiateur...

Y en a-t-il derrière le radiateur chez toi ?

Elle se cachait là, dans un coin qu'elle croyait inaccessible.

Benoît y glissa une brosse en va-et-vient. L'araignée tomba à terre. Il la saisit et la jeta par la fenêtre, comme l'autre.


Isabelle prit la boîte magique et descendit l'escalier. Elle ouvrit la porte de la maison et posa la terrible boîte sur le muret, dehors, le long du trottoir. Elle ne voulait plus jamais la revoir. Elle la trouvait beaucoup trop dangereuse.

Elle traîne peut-être encore sur ce mur...

Si tu la vois, prends-la, mais fais attention à ce que tu mettras dedans...