Isabelle
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Les fraises des bois

Derrière le jardin d'Isabelle se trouve un champ de fleurs.  Au bout de cette prairie, une barrière en barbelés le sépare d'une petite rivière.  Ensuite, c'est le bois de sapins.  Au fond de ce bois de sapins, se trouve une maison, une cabane en bois.  Personne n'y va, jamais.  Pourtant, elle n'est pas abandonnée.  Une vieille femme étrange, un peu folle, méchante, y habite.  C'est une sorcière.
Elle vit en solitaire, avec un pauvre corbeau dont elle a lié la patte à un pied de table par une chaîne, pour qu'il ne s'envole pas.  Et surtout elle a un miroir.  Elle parle tout le temps avec ce miroir.  
- Je déteste les enfants.  Les plus grands sont méchants, ils font du bruit, ils ne tiennent pas en place, ils se battent.  Et les plus petits, ils font pipi dans leur culotte et je trouve cela dégoûtant.  Je déteste les enfants, répète souvent la sorcière.  

Ce jour- là, le miroir observait la vieille femme.  Elle tournait avec une cuillère en bois dans une casserole.  Elle mélangeait soigneusement une sorte de compote de choses toutes plus horribles les unes que les autres : de la bave de crapaud, de la limace fondue, quelques corps d'araignée, l'un ou l'autre cancrelat, un mille- pattes, tout cela dans une graisse d'hérissons morts et des peaux de serpents moisies.  
- Que fais- tu là ?  demanda le miroir.  C'est de la soupe ?

- Non, miroir, reprenait la sorcière.  Je fabrique de la peinture empoisonnée magique.  Lorsqu'elle sera prête, je prendrai mon pinceau et j'irai peindre les fraises des bois qui se trouvent près du petit pont à la sortie du village.  Lorsque les enfants du hameau viendront cueillir ces fraises des bois et les mangeront, ils s'endormiront, pour toujours.
La sorcière émit alors un rire démoniaque.  
- D'ailleurs, ajouta la sorcière, moi, si j'avais des enfants, je les ferais lever le matin vers onze heures et demie, et je les mettrais coucher à midi, comme cela, je ne les verrais qu'une demi- heure par jour.  Ce serait bien suffisant.  
Nouveau rire méchant de la sorcière.  
- Ne crois- tu pas, demanda le miroir, que les parents réussiront à réveiller leurs enfants ?  

- Non, assura la sorcière, parce que pour réveiller ceux qui auraient mangé une fraise peinte, il faudrait leur donner un repas très spécial, fait avec du lait, qui aurait bouilli deux minutes, dans une casserole où l'on aurait glissé trois pommes de pin.  Puis, il suffirait de verser un peu de ce lait bouilli dans un biberon, sans y mettre de pommes de pin évidemment, et le faire boire à l'enfant.  Les parents n'y penseront jamais.  

- Ta peinture n'est pas assez rouge, fit le miroir.  

- Tu as raison, répondit la sorcière.
Elle prit un petit couteau, terminé par une lame effilée, attrapa son corbeau par son aile gauche et le piqua dans le ventre.  Du sang gicla.  Le corbeau se débattit car cela lui faisait très mal.  Il s'en plaignit à la sorcière.  Elle lui répondit méchamment qu'il était là pour lui donner son sang quand elle en avait besoin.  Grâce au bon jet de ce sang, la peinture, mélange atroce que la sorcière avait conçu, prit la couleur rouge fraise qu'elle désirait.  
- Voilà, termina la vieille folle avec un regard de satisfaction, je crois que comme cela c'est parfait.  Il ne faut rien enlever, il ne faut rien ajouter.  Dès que les enfants auront mangé une fraise enrobée de cette peinture, ils s'endormiront pour toujours.  
La sorcière choisit un petit pinceau, et emportant sa peinture rouge dans un pot, elle sortit de chez elle.  Elle suivit le chemin en terre qui mène au village.  Elle arriva en vue du pont de bois.  Là, sous les premiers arbres de la forêt, elle aperçut une belle quantité de jolies fraises qui mûrissaient au soleil.  Elle s'accroupit et en peignit une première.  
Soudain, elle entendit des voix d'enfants.  
- Zut, s'écria la sorcière, je n'ai pas le temps de peindre les autres pour l'instant.  Je vais me cacher derrière cette souche et voir ce qui se passe.  
Elle enjamba un tronc d'arbre qui se trouvait là et se cacha derrière lui en émettant un petit « hé hé hé » doublé d'un sourire méchant.  

Jay s'était rendu chez Isabelle.  C'était un samedi après- midi.  Il faisait très beau.  
- Je peux venir jouer avec toi ?  

- Je veux bien, dit notre amie, en souriant mais j'avais envie d'aller chez le bébé Frédéric.  Veux- tu m'accompagner ?

- Bonne idée, déclara Jay.  On jouera à papa et maman et cela fera vrai car nous aurons un véritable bébé.  
Isabelle a cinq ans et demi.  Elle est en troisième maternelle.  Elle est très jolie avec ses longues tresses blondes que maman lu coiffe tous les matins et puis, sa salopette jaune ou bleue et ses baskets bleues.  
Jay a six ans.  Il est déjà en première année.  C'est un garçon américain.  Il parle très bien le français.  
Isabelle a trois grands frères mais il n'y a pas de bébé chez elle.  Alors, bien souvent, elle se rend quelques maisons plus loin, pour aller jouer avec Frédéric, un charmant bébé de presque un an.  Sa maman aime beaucoup Isabelle, car elle joue très bien avec son bambin.  Elle le fait rire, et le bébé est heureux chaque fois qu'il aperçoit notre amie.  
Donc Isabelle et Jay sonnèrent chez la maman de Frédéric.  
Ils furent accueillis à bras ouverts et vu le beau temps, elle leur proposa de lui faire faire une petite promenade dans sa poussette.  
- Je te le confie, Isabelle.  Je te fais confiance, ainsi qu'à Jay.  Tu n'iras pas en forêt et tu le surveilleras bien.  

- Je vous le promets, répondit notre amie, fièrement.  

Quelques instants après, Isabelle et Jay poussaient la poussette en direction de la sortie du village.  Ils avaient comme projet de se rendre jusqu'au pont du bois, là où commence la forêt.  Le temps était magnifique.  Un grand soleil et un ciel tout bleu.  Nos amis s'approchèrent de la rivière en bavardant.   Frédéric regardait la nature qui l'entourait avec émerveillement, et souriait aux papillons.  
- Regarde Isabelle, là- bas, des fraises des bois juste de l'autre côté du pont.  Vois comme elles sont belles.  On pourrait en cueillir quelques- unes.  

- Je ne peux pas t'accompagner, fit remarquer Isabelle.  J'ai promis à la maman de Frédéric de ne pas emmener son bébé dans la forêt.  

- Ce n'est pas la forêt.  Ce sont les premiers arbres.  Tu n'as qu'à laisser la poussette sur le chemin, il n'y a presque jamais d'autos qui passent.  On sera quelques mètres plus loin.  On surveillera le bébé en cueillant les petits fruits.  

- On pourra même lui en donner quelques- uns, ajouta Isabelle. On verra s'il aime bien.  
Laissant la poussette au milieu du chemin, nos deux amis pénétrèrent sous les premiers sapins et commencèrent à cueillir quelques fraises et à les manger.  Elles étaient délicieuses.  Isabelle et Jay s'approchèrent de Frédéric et lui en proposèrent une.  Le bébé l'avala puis il murmura :
- « Co. »

- Qu'est- ce que cela veut dire ? se demanda Isabelle.

- Cela veut dire qu'il en désire encore, conclut Jay.  
Nos amis retournèrent dans le sous- bois, ramassèrent encore une fraise ou l'autre, et régulièrement en apportèrent à leur petit ami.  Celui- ci en mangea douze !
Soudain, Jay s'écria :
- Oh Isabelle, regarde cette fraise, celle- ci !  Je n'en ai jamais vu une aussi belle.
Au même instant, derrière un tronc d'arbre couché, on entendit : « hé hé hé ».  La sorcière se réjouissait car nos amis venaient de découvrir la fraise qu'elle avait barbouillée avec sa peinture empoisonnée.  
- Tiens, sourit Jay, elle est pour toi, Isabelle, car c'est la plus belle.

- Merci, répondit Isabelle.  Mais je vais plutôt la donner au bébé.  Il les aime tant.  
Les deux enfants s'approchèrent de Frédéric et lui glissèrent la fraise empoisonnée en bouche.  Bien sûr, ils ne savaient pas qu'elle était mauvaise.  Le bébé l'avala et s'endormit.  
Pensant que c'était un sommeil tout à fait naturel, les deux enfants en profitèrent pour cueillir encore quelques dernières fraises des bois et les manger.  Puis, faisant demi- tour avec la poussette, ils revinrent vers le village.  
Quand ils arrivèrent chez la maman de Frédéric, le bébé dormait toujours.  La   maman s'en étonna car d'habitude son petit garçon aime bien les promenades et il ne s'y endort jamais.  Elle proposa une galette au papa et à la maman d'emprunt, qui après avoir embrassé le bébé endormi s'en retournèrent chez eux en mangeant leur goûter.  
Ils jouèrent un long moment dans le jardin.  

Vers cinq heures du soir, le téléphone retentit chez Isabelle.  La maman de la fillette décrocha.  
- Bonjour Madame...  Peut- être...  Je ne saurais pas vous le dire, mais je vais leur demander.  Isabelle... Jay...

- Oui, maman ?  répondit la fillette.

- Vous avez donné des fruits à manger au bébé tantôt ?

- Oui, maman, des fraises des bois.

- Etes- vous bien sûr que c'étaient des fraises des bois ?

- Oh oui, maman, on en a mangé aussi.  

- Elles étaient bonnes ?

- Délicieuses madame, répondit Jay.  Et le bébé en redemandait tout le temps.  On lui a donné les plus belles.  

- C'est étrange.   Frédéric est endormi.  Sa maman a fait venir le docteur qui l'a examiné et l'a trouvé tout à fait normal, sauf qu'on n'arrive pas à l'éveiller.  C'est comme s'il avait avalé quelque chose d'empoisonné.  La maman de Frédéric aimerait beaucoup que vous alliez chercher quelques fraises des bois à l'endroit où vous les avez cueillies, les enfants, et que vous les lui apportiez, afin qu'elle puisse vérifier et le cas échéant, les faire analyser.  
Isabelle et Jay partirent donc aussitôt en direction du pont de bois.  

Pendant ce temps- là, la sorcière était revenue dans sa cabane au milieu de la forêt.  Elle était contente.  Un premier enfant était endormi pour toujours.  Et bientôt tous les enfants du village allaient suivre, croyait- elle.  
Elle refit un peu de peinture couleur fraise en saignant de nouveau son pauvre corbeau, qui furieux, menaça de lui donner des coups de bec.  Puis, prenant son pot de peinture et son pinceau, la sorcière retourna près du pont de bois.  Elle se mit à quatre pattes et acheva de barbouiller toutes les fraises qui poussaient à cet endroit.  Il n'en restait plus qu'une à peindre lorsqu'elle entendit la voix de Jay et d'Isabelle qui s'approchaient.  
Nos deux amis venaient de remarquer cette vieille femme à quatre pattes dans les fraises.  Ils avaient d'abord pensé qu'une personne du village était occupée à les cueillir, mais quand la sorcière se retourna, ils poussèrent un cri d'horreur.  
Trop tard.  La méchante vieille femme les menaça de son index en criant.
- Crapaud, grenouille.  
L'instant après, Isabelle fut transformée en grenouille et Jay en crapaud.  Ils se retrouvèrent sur le sol, paralysés de peur.  La sorcière les ramassa tous les deux et les fourra dans une poche de son tablier.  Puis, elle revint dans sa cabane au milieu de la forêt.   
Une fois entrée dans sa demeure, elle referma la porte.  Elle vida un pot en terre peint en bleu assez profond et y posa la grenouille Isabelle et le crapaud Jay.  
Bien sûr, les grenouilles et les crapauds sont capables de sauter, mais ce pot était trop profond.  Malgré leurs efforts ils comprirent vite qu'il leur était impossible de s'enfuir.  

Tout à coup, le miroir de la sorcière se mit à lui parler.
- Tu as oublié ton pinceau au milieu des fraises.  Si on le découvre, on pourra t'accuser.  Il faut que tu ailles vite le rechercher.  
La vieille alluma un feu dans la cheminée et y posa une casserole pleine d'eau.  Elle se tourna vers son corbeau.  
- Lorsque l'eau sera bouillante, dans une dizaine de minutes, prends cette grenouille et ce crapaud au fond du pot avec ton bec et mets- les dans la casserole.  Ainsi quand je reviendrai, ils seront cuits.  Je n'aurai plus qu'à les manger.  Et obéis- moi, sinon, il t'arrivera un malheur.  
La sorcière sortit en courant et s'éloigna sans refermer la porte.  

Nos amis tremblaient de peur.  Leur situation n'était guère enviable.  Déjà transformés en grenouille et crapaud, c'était effrayant, mais en plus, ils risquaient d'être dévorés par cette sorcière.  Isabelle grenouille supplia l'oiseau.
- S'il te plaît corbeau, quand l'eau sera bouillante, ne nous prends pas, ne nous mets pas dans la casserole, je n'ai pas envie de brûler, je n'ai pas envie d'être mangée par cette horrible sorcière.
Le corbeau répondit que s'il n'obéissait pas à sa maîtresse, il risquait d'être battu.
Cette femme horriblement méchante avait l'habitude de le martyriser.
- Si tu me délivres, promit Jay et si tu m'aides à redevenir un garçon, alors je te le jure, je t'aiderai à te libérer.  Je déferai le noeud qui retient ta patte et tu pourras t'envoler où tu voudras dans la forêt et vivre heureux.  

- C'est promis ?  demande l'oiseau.  

- Promis, firent la grenouille et le crapaud.  

  Le corbeau accepta.  Il saisit la grenouille Isabelle et le crapaud Jay avec son bec et les posa sur la table.

- Que devons- nous faire pour redevenir des enfants ?  demanda Jay.
 
- Je n'en sais rien, soupira le corbeau.  Le seul qui le sait ici, c'est le miroir.  Il est le confident de la sorcière.  Il connaît tous ses secrets.  

Alors, Jay et Isabelle, crapaud et grenouille, se tournèrent vers le miroir.
- Miroir, s'il- te- plaît, dis- nous ce qu'il faut faire pour redevenir des enfants.

- Je veux bien vous répondre, répondit le miroir.  De toute façon vous n'aurez pas le temps de vous enfuir, la sorcière va revenir dans quelques minutes.  Je dois d'abord vous poser trois questions.  

- On t'écoute miroir.  Mais ne présente pas des énigmes trop difficiles.  Nous ne sommes encore que des petits enfants.  

- Bon, répondit le miroir.  Je veux bien essayer.   Comment s'appelle l'animal qui porte deux cornes sur le nez ?  

- Un rhinocéros, répondit Jay.  

- C'est bon, accepta le miroir.  Vous avez vite trouvé.  Plus difficile.  Deuxième question : Comment s'appelle l'animal qui a quatre pattes, qui vit dans le désert et a une bosse sur le dos.

- Le chameau, s'écria Isabelle.

- Non, ricana le miroir.  Ce n'est pas le chameau.

- C'est le dromadaire, lança Jay.  

- Bravo, reconnut le miroir.  Troisième question à présent.  Je suis sûr que vous ne trouverez pas la réponse.  Qui peut être noir ou gris ou bleu et parfois même, rouge ou jaune ?
Nos amis hésitèrent longtemps.  Toi qui me lis, connais- tu la réponse ?
Puis, Isabelle et Jay répondirent ensemble : le ciel.  Il est noir la nuit, il est bleu quand il fait beau.  Il est gris quand il pleut, et le matin ou le soir, il peut être rouge ou orange.  
- C'est bien, félicita le miroir.  Vous avez gagné.  Vous êtes très malins.  Maintenant, si vous voulez redevenir des enfants, rapprochez- vous l'un de l'autre et donnez- vous un bisou comme des amoureux.
Isabelle et Jay sont bons amis, mais ils n'avaient pas envie de faire cela.  Pourtant après avoir hésité un instant, le crapaud embrassa la grenouille.  Les deux enfants retrouvèrent leur taille et leur forme humaine aussitôt.  Ils rougirent tous les deux un instant à cause du bisou puis s'apprêtèrent à s'encourir.
- Et moi, supplia le corbeau.  Tu m'avais promis de me débarrasser de ma ficelle.

- Bien sûr, répondit Jay.  J'arrive.

- Dépêche- toi car j'aperçois la sorcière, là- bas, au bout du chemin.
Jay eut quelques difficultés à défaire le noeud bien serré que la sorcière avait noué à la patte de corbeau mais après quelques efforts il y réussit.  Pendant ce temps- là, Isabelle s'était tournée vers le miroir.  
- Un bébé s'est endormi après avoir mangé une fraise des bois empoisonnée, miroir.  Comment faut- il faire pour le réveiller ?

- Je le sais, mais je ne le dirai pas.

- S'il- te- plaît, miroir, s'il- te- plaît  !  Un petit enfant risque de mourir.

- Je m'en fiche, répondit le miroir.

Juste à ce moment- là, Jay réussit à détacher la chaîne qui retenait la patte du corbeau.  Après les avoir remerciés tous les deux, l'oiseau s'envola par la fenêtre, trop heureux d'être délivré de la méchante femme.
- Dépêchez- vous, cria- t- il, car la sorcière est proche maintenant.  
Il fallait faire vite, très vite.  Mais le miroir ne voulait toujours pas répondre à la question d'Isabelle.  Alors, Jay ramassa une grosse pierre sur le sol et menaça le miroir.  
- Si tu ne réponds pas à la question de ma copine, je jette cette pierre sur toi et tu seras brisé en petits morceaux.

- Non, s'affola le miroir, ne fais pas cela.  Il faut prendre du lait, le mettre dans une casserole et le faire bouillir pendant deux minutes après y avoir ajouté trois pommes de pin.  Quand il aura refroidi, vous verserez le lait bouilli dans un biberon, sans les pommes de pin bien sûr.  Vous le donnerez à boire au bébé.  Il se réveillera en tétant son biberon.  

Isabelle et Jay remercièrent le miroir et se sauvèrent à toute vitesse.  Il était temps !  La sorcière arrivait.  Ils durent même se cacher derrière un tronc d'arbre pour éviter d'être repérés, puis ils coururent vers le village.  Ils ramassèrent trois jolies pommes de pin en passant et expliquèrent la recette à la maman du bébé Frédéric.  
La maman fit confiance à nos deux amis.  Elle appliqua la formule et son bébé se réveilla en buvant son biberon.  

A ce moment- là, les deux papas, les deux mamans, les trois grands frères d'Isabelle et trois policiers, partirent dans la forêt pour punir la sorcière.  
Malheureusement, la méchante vieille femme les vit arriver et courut se cacher un peu plus loin dans les bois.  
Ils pénétrèrent tous dans la maison et ne trouvèrent aucune trace d'elle.  Soudain, Isabelle s'écria :
- On n'a qu'à demander au miroir.  Il sait tout, lui.
Jay se tourna vers le miroir :
- Où est la sorcière ?
- Je le sais mais je ne le dirai pas, répondit le miroir.  
- Où est la sorcière, répéta Isabelle, en faisant des grands yeux.  
- Je le sais mais je ne le dirai pas.
Jay prit une pierre et menaça de nouveau le miroir.  
- Si tu ne réponds pas, je jette la pierre et je te brise en petits morceaux.
- Je m'en fiche.
- Papa, demanda Jay, je fais quoi ?
- Jette la pierre sur le miroir, répondit le papa.  Je n'aime pas les miroirs qui parlent.  
Jay, avec l'accord des parents, lança la pierre de toutes ses forces et le miroir se brisa en mille petits morceaux.
Au même instant, on entendit un cri épouvantable dans le bois.  La sorcière venait elle aussi de se briser en petits morceaux, en même temps que son miroir magique.  
On ne la revit plus jamais et la maison fut abandonnée.  
Au retour, ils cueillirent toutes les fraises peintes et les jetèrent à la poubelle.  
Frédéric fit un merveilleux sourire à Isabelle et Jay au moment où ceux- ci s'en retournèrent chez eux.