Juliette
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L'oiseau tombé du nid

     Juliette jouait à la balle avec son petit frère Bastien. Un soleil radieux illuminait le jardin. Maman coiffe les cheveux de cette mignonne petite fille de trois ans et demi en une jolie queue de cheval. Bastien a un peu moins d'un an. Il se tient déjà debout. Il sait même faire quelques pas, mais va plus vite à quatre pattes.


Un mercredi après-midi, les deux enfants jouaient dans l'herbe. Soudain, Juliette s'arrêta et posa sa balle à terre. Elle venait d'entendre de la musique dans la rue.

Elle se précipita pour aller voir. Elle ne vit personne. L'avenue semblait vide à gauche comme à droite.

A ce moment elle aperçut la limace pour la première fois. Une rouge. Elle se trouvait sur la route, occupée à traverser. Elle avançait très, très, lentement.

-Tu vas te faire écraser, lui dit la fillette. Retourne sur le trottoir.

La petite bête n'écoutait pas. Elle continuait à ramper vers le milieu de la rue.

Juliette ramassa une pierre et la plaça sur le sol juste devant la limace, pour la forcer à faire demi-tour. Mais elle la contourna et s'obstina à vouloir traverser.

Notre amie saisit un bâton et le posa devant la limace. La petite bête, entêtée, escalada l'obstacle. La fillette voulut en profiter pour porter la limace, installée sur le bâton, jusque dans l'herbe de son jardin. Mais le petit animal se recroquevilla et tomba sur l'asphalte.

-Zut, dit tout haut Juliette.

Elle courut à la maison et prit une ramassette. Elle y glissa la limace. Notre amie ne voulait pas toucher le petit animal et encore moins le prendre dans sa main. Elle était un peu dégoûtée.


Tu oserais, toi, tenir une limace entre tes doigts ?


Juliette revint derrière la maison et y posa la limace et la ramassette.

Au même moment, elle entendit des cris d'oiseau.

La fillette regarda autour d'elle, puis s'approcha de l'arbre qui se trouve près de la haie. Là, au milieu des herbes hautes et des petites fleurs, elle aperçut un bébé oiseau, ainsi que la coquille de son oeuf, posée juste à côté de lui. Le pauvre petit venait  de tomber du nid. Il appelait ses parents à corps et à cris.

Pauvre bébé oiseau, songea notre amie. Je voudrais te remettre dans ton nid, mais il se trouve bien trop haut dans les branches de l'arbre. Par contre, si tu restes là, un chat va venir te manger.

Juliette ne sait pas encore monter aux arbres. Elle n'ose pas. Elle se demandait comment s'y prendre pour reconduire ce pauvre oiseau à sa place.

Elle se baissa et le prit dans ses petites mains avec tendresse. Elle essaya ensuite de le pousser dans son oeuf, mais il refusait d'y entrer.


Alors notre amie appela sa maman, mais elle ne répondait pas.

Tenant l'oiseau dans une main et Bastien de l'autre, la fillette retourna à la maison. Elle entra par la porte de la cuisine. Maman n'était pas là. Elle appela. Pas de réponse. Elle passa au salon, puis à la salle à manger. Personne.

-Tiens, où se trouve donc maman ? murmura tout haut notre amie.

Elle appela encore une fois, mais sans succès.


Juliette monta l'escalier. Elle regarda dans sa chambre puis dans celle de Julien. Elle ouvrit la porte de celle des parents. Rien. Mais où restait donc maman ? Au grenier ?

La fillette, tenant toujours l'oiseau dans sa main, et serrant bien celle de Bastien de l'autre, monta doucement l'escalier du grenier, un escalier en bois. Il grince à chaque pas. Notre amie n'aime pas trop aller là-haut toute seule.

Elle ouvrit la porte et alluma la lumière. Maman n'était pas au grenier.

La fillette y fit quelques pas en évitant avec soin les toiles d'araignées qui pendaient sous les tuiles du toit. Elle remarqua une jolie boîte sur une petite table. Lâchant la main du petit frère un instant, elle ouvrit le couvercle. Le fond était tapissé de tissu rouge. Elle y posa délicatement l'oiseau ainsi que la coquille d'oeuf trouvée dans l'herbe.

Puis, tenant la boîte bien à plat, elle redescendit doucement l'escalier, en compagnie de Bastien.

Quand elle arriva dans la cuisine, la mère de notre amie s'y trouvait.

-Où étais-tu, maman ? Je te cherchais partout et je t'appelais. Tu ne répondais pas.

-Je rangeais la cave, ma chérie.

Juliette n'avait pas pensé à aller voir à cet endroit.

-Regarde, maman. Ce pauvre bébé oiseau se trouvait dans l'herbe du jardin. Il a dû tomber de l'arbre. Je voudrais bien le remettre dans son nid.

-D'accord, dit maman en souriant. On peut essayer. Je te propose d'abord de lui donner à manger. Il doit avoir faim, ce bébé-là.

Notre amie prit une tartine et enleva la croûte. Puis, elle l'émietta et la plaça sur une petite soucoupe. Elle y versa du lait. Elle présenta le tout à l'oiseau. Il en mangea un peu. Son chant semblait déjà plus joyeux.


Juliette voulut ensuite de le reconduire dans son nid. Maman saisit une échelle et sortit au jardin. Bastien, assis dans l'herbe, regardait.

La mère de notre amie posa l'échelle contre la branche de l'arbre où se trouvait le nid.

-Tu vas y aller toi-même, ma chérie.

Pour la première fois, la fillette allait monter sur une échelle. Elle n'était pas très rassurée.

Elle escalada quelques marches, puis prit l'oiseau dans la boîte. Elle gravit encore trois échelons et arriva à la hauteur du nid. Elle y glissa l'oiseau et posa la coquille juste à côté de lui.

Juliette aurait préféré garder l'oisillon dans sa chambre, mais maman lui avait expliqué qu'un oiseau doit grandir en liberté et pouvoir voler dans le ciel bleu.

La fillette redescendit très fière de l'échelle. Elle écouta son oisillon chanter. Il semblait heureux.


Elle en entendit bientôt un autre. Un plus grand. Son cri, très mélodieux, provenait d'une autre branche.

Il s'approcha doucement du nid. C'était sans doute la maman ou le papa.

Juliette les écouta un moment.


Puis elle revint sur le trottoir, devant la maison. Elle vit la limace rouge. Elle s'apprêtait à traverser la route.

-Tant pis pour toi, si tu te fais écraser par une voiture. Tu es vraiment trop entêtée, lui dit la fillette.


Au soir, avant de se mettre au lit, notre amie ouvrit toute grande sa fenêtre. Elle entendit le bébé oiseau chanter. Elle reconnaissait sa voix. Il semblait très joyeux d'avoir retrouvé sa maison et ses parents.


Et Juliette s'endormit très contente.