Béatrice et François
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La cave aux nains

Béatrice était en vacances chez sa grand-mère, en Allemagne, dans l'Eifel. Elle y passait quelques jours avec son petit frère, le bébé Nicolas. François, son meilleur copain, était invité.
Un soir, la bonne-maman de Béatrice proposa à nos amis d'aller visiter un château.

- Tu le connais, dit-elle à sa petite-fille, mais tu pourrais le montrer à ton ami. Vous pourriez vous y rendre à vélo demain.

- Bonne idée, fit Béatrice. Tu vas voir, François, cette forteresse est magnifique.

Ils partirent après le petit-déjeuner.
Après avoir roulé presque une heure, ils aperçurent des ruines sur un terrain en pente douce. C'était fascinant. Des tours encore impressionnantes, des murs lézardés en briques ou en pierres bleues, souvent envahis par des ronces ou disparaissant sous des massifs d'orties et de lierre.
Ils attachèrent leurs vélos à l'endroit prévu, près de l'entrée. Béatrice paya pour son copain et elle. La caissière expliqua qu'on pouvait parcourir le bâtiment principal, puis visiter les jardins, fort bien aménagés, puis franchir une barrière et aller voir les vestiges d'un second château plus ancien.
Après s'être promenés un peu partout, ils décidèrent de faire une grande partie de cache-cache au milieu des vieilles ruines. Dans un endroit pareil, les cachettes ne manquaient pas et le décor inspirait nos amis.
François compta jusque cinquante puis trouva assez vite sa copine.
Béatrice se tourna et compta à son tour. François courut se cacher. Passant devant une entrée sombre, il aperçut un escalier qui descendait vers les profondeurs. Il s'y engagea.
Il arriva tout en bas, dans une cave très obscure. Ce n'était guère rassurant. Mais le garçon songea que Béatrice n'oserait peut-être pas descendre à cet endroit. François estima qu'il avait découvert une fameuse cachette. Il s'aventura plus loin dans la cave et choisit de se dissimuler tout au fond.
Les yeux s'habituent à l'obscurité. Peu à peu, le garçon distingua la forme arrondie de la voûte. Le sol était jonché de grosses dalles en désordre et les murs de briques étaient froids et humides. Tout près de lui commençait un couloir assez étroit. Il y remarqua une faible lueur rouge.
Intrigué, François entra dans le passage. La lueur rouge venait d'une crypte située en contrebas. Elle passait par un trou créé par une brique qui manquait dans le mur, au ras du sol.
Se mettant à quatre pattes pour observer l'intérieur de la cave à partir de ce trou causé par l'absence de la brique, François put observer une grande table en vieux bois brun. A une extrémité se trouvaient trois bougies, une bleue, une rouge, une jaune. Elles étaient éteintes. Contre le mur qui lui faisait face, il vit un buffet dont le bois semblait rongé par l'humidité autant que par les années.
Soudain, il entendit une voix. François se déplaça un peu pour tenter d'apercevoir celui qui parlait. Il aperçut un nain qui se tenait debout, près de la table. II ne réussit par contre jamais à apercevoir le second interlocuteur. La conversation était étrange. Voici ce qu'ils disaient:

- Jamais personne ne viendra ici, gémit le nain.

- Il faudrait quelqu'un qui soit débrouillard, et qui ose descendre à la cave noire, puis découvre la clé.

- J'ai sculpté toutes ces jolies statues d'or pour rien, reprit le nain que François observait. Personne ne vient les chercher. C'est trop dommage. Je crée ces miniatures en or pour que les gens apprennent à aimer les animaux. Les visiteurs du château peuvent les prendre dans l'armoire et les emporter. Il y en a près de deux cents, déjà.

- Si quelqu'un vient, interrompit l'autre, il risque d'emporter tout ton travail à la fois.

- Impossible car le visiteur devra chaque fois ouvrir la boîte qu'il aura choisie.

- C'est ça, dit l'autre. Il les prendra une à une.

- Oui, car j'ai glissé des véritables allumettes en bois dans certaines boîtes. Et cela, c'est le piège. Dès qu'il saisira une boîte contenant des allumettes et pas un animal sculpté, il devra vite sortir de la cave.

- Et pour sortir, comment devra faire notre visiteur? Qu'as-tu prévu?

- Pas très compliqué. Il n'aura qu'à allumer une des trois bougies qui sont sur la table.

- Laquelle?

- Celle-ci.

Malheureusement, François ne put pas observer quelle était la bougie dont les deux personnes parlaient. Etait-ce la bleue, la jaune ou la rouge?
Bientôt, il n'entendit plus rien. Il sortit du souterrain, remonta l'escalier et parvint à la lumière extérieure. Il aperçut Béatrice.

- Où étais-tu? Je t'ai cherché partout. Je t'ai appelé et tu ne répondais pas.

- Ah, j'étais bien caché, avoua François. Mais, viens. Allons au sommet de la tour là-bas. Il faut que je te raconte quelque chose.J'ai fait une découverte sensationnelle.

François narra son aventure. Il expliqua à sa copine qu'il avait pénétré dans une cave, au bas d'un escalier. Il décrivit le couloir et la lumière rouge. Il parla de la table, des ravissants petits animaux en or, finement ciselés paraît-il. Il évoqua leur rangement dans des boîtes qui ressemblent à des boîtes d'allumettes. Il précisa qu'elles se trouvaient au milieu d'autres, contenant des vraies allumettes. Il insista surtout sur le fait que le nain et son collègue invitaient les courageux et les débrouillards à venir prendre ces boîtes. Il termina en disant ce qu'il savait au sujet des trois bougies qui se trouvaient sur la table.

- Où est le piège? demanda Béatrice.

- Je n'en sais rien, avoua le garçon. Je n'ai pas tout compris.

Les deux enfants se regardèrent. Ils avaient tous les deux la même idée.

- Et si on y allait?

Béatrice et François descendirent doucement l'escalier qui menait vers la cave. Très impressionnés par l'obscurité qui y régnait, ils la traversèrent à leur aise. François, emmenant son amie par la main, pénétra dans le petit couloir sombre. A tâtons, il découvrit la brique descellée. Une faible lueur rouge passait par les interstices. Il parvint à l'extraire du mur. En-dessous de cette brique, se trouvait la clé, la fameuse clé de la cave.
Les deux enfants se redressèrent et s'approchèrent du mur du fond. Ils y rencontrèrent une lourde porte en bois épais et solide. Ils introduisirent la clé dans la serrure, tournèrent et pénétrèrent dans l'étrange cave.
La porte se referma lentement derrière eux. Trop tard pour se sauver. Se retournant, ils remarquèrent que, de ce côté-ci, c'était un miroir. Le coeur battant la chamade, ils descendirent encore sept marches. Ils longèrent ensuite la grande table et virent aussitôt les trois bougies, la rouge, la bleue, la jaune. Ils ouvrirent le buffet. Une centaine de petites boîtes y étaient bien rangées.
Béatrice en choisit une première. Elle y trouva un dauphin tout en or.

- Il est magnifique! s'exclama François.

- Ce sera pour ma grand-mère, promit Béatrice. Elle les collectionne mais n'en a pas un aussi beau. A ton tour, François.

Le garçon prit une boîte et l'ouvrit. II y découvrit une girafe.

- Génial la girafe, sourit le garçon. Elle est vraiment belle. Je l'offrirai à Amandine. Elle les adore.

- A mon tour, fit Béatrice.
Elle sortit une troisième boîte de l'armoire et l'ouvrit. C'était une araignée en or. Les huit pattes étaient fines et délicatement ciselées.

- Je l'offrirai à maman, décida notre amie. Une araignée en or, c'est trop beau.

François choisit une quatrième boîte, et découvrit un oiseau extraordinaire. Chaque plume était sculptée individuellement.

- Quel bel oiseau, s'écria Béatrice.

- Je n'ai jamais vu quelque chose d'aussi soigné en orfèvrerie, précisa François. Je vais l'offrir à maman. A ton tour.

Béatrice prit une autre boîte. Elle contenait des allumettes.

- Stop, cria François. Il ne faut plus rien prendre, sinon il peut nous arriver un malheur. A présent il faut sortir.

Les deux enfants glissèrent les boîtes en poche. Ils passèrent près des bougies et se dirigèrent vers le miroir. Malheureusement, cette porte intérieure ne comportait ni serrure ni poignée pour ouvrir.

- Je crois qu'il faut qu'on allume l'une des bougies, se rappela François, mais laquelle?

Après avoir hésité un moment, ils optèrent pour la bleue. Les allumettes ne manquaient pas. Dès que la flamme brilla, un nain apparut à l'autre bout de la table. Il était habillé tout en bleu. Nos amis, surpris, poussèrent un petit cri.

- Bonjour, fit le nain.

- Bonjour, répondit François. J'ai entendu tantôt qu'on pouvait venir chercher des petites statuettes en or et qu'on pouvait sortir ensuite en allumant une bougie.

- Malheureusement, dit le nain, vous vous êtes trompés de bougie. Il ne fallait pas prendre la bleue. Vous m'avez fait apparaître, moi le nain bleu.

- S'il vous plaît, vous voulez bien appeler vos frères? demanda François.

- Vous les ferez venir vous-mêmes en allumant une autre bougie, mais, avant cela, vous devez me faire disparaître car si nous sommes présents tous les trois ensemble, ce sera dramatique pour vous.

- Et que faut-il faire pour que vous disparaissiez? demanda Béatrice.

- Il vous suffira de répondre à la devinette que je vais vous poser. Ecoutez-moi bien. Je suis bleu en dessous, rouge au milieu et jaune au-dessus. Que suis-je?

- Un drapeau, suggéra François.

- Certainement pas. Trop facile, jeune homme.

Béatrice pensa à un oiseau dont les plumes seraient bleues, rouges et jaunes. Soudain, François, observant la bougie, s'écria.

- La flamme. La flamme est bleue en-dessous, rouge au milieu et jaune en haut.

Le nain disparut et la bougie s'éteignit.
Fallait-il allumer la bougie rouge ou la bougie jaune pour sortir? Nos amis n'en savaient rien. Ils risquèrent la rouge. Ils étaient parfaitement d'accord. Le nain rouge apparut.

- Bonjour.

- Bonjour, répondirent nos amis.Vos animaux en or sont ravissants.

- Ce ne sont pas les miens, mais ceux de mon frère, le nain jaune. Je vais partir, mais répondez d'abord à ma question. Quelle balle est la plus légère du monde?

- La balle de ping-pong, trouva François.

- Bien vu. A présent, vous allez devoir réussir une petite épreuve.
Le nain jaune tira une grande bassine pleine d'eau de dessous la table. Il y posa une balle de ping-pong. Elle flottait parfaitement bien.

- Voilà, vous allez ôter cette balle de la bassine avec la bouche, sans vous aider de vos mains que vous devez garder derrière le dos.

Ce ne fut guère facile. François s'y reprit à trois fois. Mais le garçon est débrouillard et il réussit à aspirer la balle de ping-pong entre ses lèvres. Son visage était tout mouillé, mais qu'importait. La bougie rouge s'éteignit, le nain rouge disparut.
Ils allumèrent alors la troisième bougie. La jaune.
Le nain jaune apparut et observa nos amis.

- Vous êtes venus chercher quelques petites boîtes?

- Oui monsieur, vous nous l'aviez permis. Nous ne sommes pas des voleurs.

- Très bien. Je suis tout à fait d'accord. Je les ai mises ici pour cela. Qu'avez-vous pris?

- Un dauphin et une araignée, fit Béatrice.

- Et moi une girafe et un oiseau.

- Très bien. Voici ma question. Dès que vous aurez trouvé la réponse, la bougie jaune s'éteindra. Vous compterez lentement jusqu'à sept, et à sept vous traverserez le miroir. Voici la question. Je peux la tenir en main. Je peux tirer dessus. Je peux la montrer à tout le monde, mais moi, je ne la vois pas. Qu'est-ce que c'est?

Nos amis étaient perplexes jusqu'au moment où Béatrice cria.

- Mon oreille.

- Bravo, fit le nain jaune.

La bougie jaune s'éteignit. Le nain disparut.
Courageusement, nos amis s'approchèrent de la lourde porte en comptant jusqu'à sept. Ils se voyaient dans le miroir. Ils voulurent le toucher du bout des doigts pour chercher un passage mais leurs mains traversèrent l'étrange surface. Ils passèrent tout entiers et arrivèrent dans le couloir noir. Ils remontèrent l'escalier puis quittèrent le château. Ils retournèrent chez la bonne-mamy de Béatrice.

- J'aurais aimé avoir un cadeau pour Olivia, dit François, sinon elle va jalouser sa soeur.

- Et moi, j'aurais voulu trouver quelque chose pour moi, ajouta Béatrice.

- Retournons demain au château, proposa François. On connaît les réponses aux questions et on sait qu'il faut allumer la bougie jaune.

- Et si les questions ont changé? fit remarquer Béatrice.

Ils revinrent donc tôt en matinée dans les ruines. Ils attachèrent leurs vélos et payèrent avec leur argent de poche. Ils n'avaient pas parlé de cette nouvelle tentative à la grand-mère de Béatrice.
Ils entrèrent dans les ruines et se dirigèrent vers l'escalier qui menait vers les profondeurs. Ils traversèrent la cave noire et retrouvèrent la clé sous la brique descellée dans le couloir sombre. Elle était à sa place. Ils l'introduisirent dans la serrure de la lourde porte et pénétrèrent dans la cave aux nains.
La porte-miroir se referma derrière eux. Les trois bougies étaient en place. Ils ouvrirent le buffet et choisirent une première petite boîte. Malheureusement, en l'ouvrant, ils virent qu'elle était pleine d'allumettes.

- Pas de chance, on doit partir, soupira Béatrice.

- On n'a qu'à la remettre à sa place, proposa François, et en choisir un autre. Les nains ne sont quand même pas là.

- Non, c'est tricher, s'écria Béatrice.

- Je risque pour ma petite soeur, Olivia, dit François.

Béatrice le laissa faire, mais elle avait très peur.
François remit la boîte à sa place et en sortit une autre. Les deux enfants l'ouvrirent. Elle contenait un lézard en or. Il était de toute beauté.
Au même instant, une fumée rouge s'échappa de l'armoire du buffet et remplit toute la crypte. Elle se dissipa lentement. Quand elle fut partie, nos amis aperçurent les trois bougies. Elles étaient allumées. Les trois nains étaient présents et observaient les enfants.

- Vous avez triché, cria l'un des nains. Vous allez devoir repasser les épreuves, si vous voulez sortir d'ici. Sinon, apprêtez-vous à vivre dans cette cave pour toujours et à y mourir lentement.

- C'est moi qui ai triché, dit François avec courage. Laissez sortir ma copine.

- Non, répondirent les trois nains. Et pose la boîte que tu as prise sur la table. Tu pourras l'emporter si tu réussis à résoudre nos énigmes.

Le nain bleu parla le premier.

- Voici ma question. Comment s'appelle le seul mammifère qui sait voler?

Béatrice et François hésitaient. Toutes sortes de noms d'oiseaux et de mammifères leur venaient à l'esprit. Hélas, Les chats, les moutons, les vaches, ne volent pas.

- La chauve-souris, dit tout à coup Béatrice.

La bougie bleue s'éteignit et le nain bleu disparut.

- A mon tour, annonça le nain rouge.

- Je chauffe les maisons mais je refroidis le moteur des voitures. Que suis-je?

- Le radiateur, dit François sans hésiter.

La bougie rouge s'éteignit. Le nain rouge disparut à son tour.

- A moi, annonça le nain jaune.

- Voici ma question. On en trouve au fond des mers. On en trouve au sommet des montagnes. On en trouve parfois en classe à l'école. Et si on crie après lui, il s'enfuit.

Nos amis demeurèrent silencieux.
Soudain, Béatrice eut une idée.
Et toi qui me lis, tu as trouvé?

- Le silence, fit la fillette.

La bougie jaune s'éteignit.
Nos deux amis comptèrent en marchant vers la porte. A sept, ils traversèrent l'étrange miroir et se retrouvèrent dans la cave noire. Ils remontèrent l'escalier, puis traversèrent les jardins du château. Ils remontèrent sur leurs vélos.

- Zut, cria François.

- Que se passe-t-il? demanda Béatrice.

- J'ai oublié la boîte avec le lézard en or sur la table de la cave aux nains.

Ils n'ont plus osé retourner.
Béatrice offrit l'araignée qu'elle destinait à sa maman à François, qui la donna à sa petite soeur Amandine.
A toi d'aller à la cave aux nains, si tu oses.