Isabelle
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La pierre qui brille

     Isabelle traversa le jardin et passa sous la barrière en rampant. Elle ne sait pas l'ouvrir. Ses grands frères ont déjà plusieurs fois tenté de lui expliquer, mais elle n'a que cinq ans et demi et le mécanisme semble très compliqué.

Elle traversa le pré aux fleurs et arriva au bord de la petite rivière qui coule derrière chez elle. Le soleil brillait.

Elle aperçut soudain un aigle, un grand aigle qui la regardait.

 

D'abord notre amie eut peur. Elle recula, songeant à revenir à la maison, mais il ne bougeait pas.

- Que fais-tu là? dit-elle. Les aigles vivent dans les montagnes. On n'en voit jamais par ici.

- Une mouette égarée près de chez moi m'a vanté les couleurs et la beauté des couchers de soleil à l'horizon de la mer. Alors, j'ai décidé d'aller voir.

- J'en ai regardé plusieurs fois, assise sur les genoux de mon papa, pendant les vacances, dit Isabelle.

- Oui, c'est très beau, fit l'aigle. Et maintenant je retourne chez moi. Je me repose un moment près de la rivière pour boire. Tu aimes les pierres qui brillent?

- Oh, oui! s'exclama la fillette, mais je n'en possède aucune.

- J'en ai vu une pas loin d'ici, à l'entrée d'une grotte. Je l'ai aperçue en venant. Tu peux aller la chercher, si tu veux. Mais fais attention, tu risques de rencontrer en chemin plusieurs animaux dangereux. Sois prudente.

- Merci grand aigle.

Il s'envola.

 

Isabelle se mit en route. Elle voulait tenter l'aventure. Elle suivit le bord de la rivière vers le pont de bois. Elle marchait entre les hautes herbes, les roseaux qui poussent au bord de l'eau.

Soudain, elle entendit un bruit près d'elle. Un ragondin s'approchait.

Ça ressemble à un gros rat ou à un castor, mais sans la longue queue plate. Les ragondins vivent souvent au bord des étangs dont ils abîment les berges en creusant des galeries pour y installer leurs terriers.

- Où vas-tu? dit l'animal en montrant ses dents pointues.

- Je cherche une pierre qui brille dont un aigle m'a parlé. Tu me laisses passer?

- Oui, mais réponds d'abord à ma question. Un cheval broute dans la prairie, là plus haut.

- Oui, dit notre amie. C'est une jument. Elle vient d'avoir son petit. Un ravissant poulain.

- Voici ma question, reprit le ragondin. Combien de temps après sa naissance un poulain est-il capable de se mettre debout et de marcher? Après un an, comme chez les bébés des humains?

- Une heure après l'accouchement, le petit poulain se lève et il peut marcher, répondit Isabelle.

- Bravo! et merci. Tu peux passer, dit le ragondin.

Il replongea à l'eau.

Elle reprit sa marche et s'arrêta devant le petit pont qui passe au-dessus de la rivière.

 

Elle allait l'emprunter quand elle aperçut un scorpion immobile sur les lattes de bois. Il était debout sur ses pattes et son aiguillon, bien dressé, semblait prêt à piquer notre amie.

- Tu me fais peur! murmura Isabelle.

- Je vais te poser une question, puis, si tu réponds bien, je te laisserai passer. J'ai combien de pattes?

Le sais-tu, toi qui écoutes cette histoire?

- Tu en as huit, affirma notre amie, car tu es un cousin des araignées.

Le scorpion se tourna et fila se cacher sous le petit pont de bois. Isabelle passa, rassurée. 

 

Une centaine de mètres plus loin, à l'entrée de la forêt, se trouve un étrange amoncellement de rochers gris. Ils traînaient là et s'entassaient, immobiles depuis toujours. On peut les escalader. Elle ne l'a jamais fait, mais levant les yeux, elle aperçut l'entrée d'une grotte.

- La pierre qui brille promise par le grand aigle doit se trouver là, dit-elle tout haut.

Elle commença à grimper.

Ce n'était pas facile. La fillette s'accrochait aux pierres aux arêtes parfois coupantes et tirait sur ses bras. Elle profitait du moindre creux pour y placer ses pieds.

Soudain, elle toucha quelque chose de filandreux et retira aussitôt sa main en poussant un petit cri de dégoût. Elle venait de poser les doigts sur une grosse toile d'araignée.

- Tu me déranges? grogna l'animal.

- Pardon, dit Isabelle. Je ne savais pas que te cachais là. Je ne fais que passer. Je vais chercher une pierre qui brille là-haut, près de l'entrée de la grotte.

- Écoute d'abord ma question, dit l'araignée.

- Tu veux savoir combien tu as de pattes? J'en vois huit.

-Je le savais. Je sais compter, figure-toi! Sinon, comment ferais-je pour construire mes toiles? Mais comment s'appelle cet animal, qui n'est pas une araignée, et qui pourtant, fabrique un fil lui aussi?

Notre amie réfléchit.

Tu le sais toi qui écoutes cette histoire? Tu es sûr?

- La chenille, répondit la fillette. Elle crée un cocon autour d'elle et s'y enferme. Et quand elle en sort, elle est devenue un papillon.

- Bravo! fit l'araignée. Vas-y. Bonne chance!

 

Isabelle reprit son escalade, mais cette fois, elle regardait avec soin chaque endroit où elle posait ses doigts. Elle toucha soudain des écailles grises. Un long serpent redressa la tête.

- Que fais-tu là? siffla l'animal.

- Je vais à la grotte chercher une pierre qui brille. Un aigle m'en a parlé.

- Je n'aime pas beaucoup les aigles, dit le serpent. Il arrive que l'un d'entre eux nous mange.

- Ne crains rien. Il est parti. Tu me laisses passer?

- Oui, mais dis-moi, il existe un serpent qui porte une sonnette et l'agite quand il se déplace.

- Je le sais, dit notre amie.

- Où se trouve cette sonnette? Entre ses dents?

- Non! Au bout de sa queue, répondit la fillette.

- Merci, fit le serpent en se recouchant. Tu peux aller chercher ta pierre.

 

Isabelle parvint enfin à la grotte. Le soleil en éclairait l'entrée. Notre amie aperçut aussitôt une pierre qui brille parmi les cailloux. Elle était magnifique. Elle semblait tapissée de petits diamants.

Une chauve-souris passa en volant près des cheveux de notre amie.

- Que fais-tu là? dit-elle.

- J'ai rencontré un grand aigle près de la rivière. Il m'a parlé de cette jolie pierre qui brille au soleil. Il m'a dit que je pouvais venir la chercher. Tu veux bien que je la prenne?

- Oui, emporte-la, répondit la chauve-souris. Elle brille tant qu'elle me fait mal aux yeux. Mais j'aimerais te poser une question. Je suis bien vieille, vois-tu, et je ne me rappelle plus. Suis-je née dans un œuf, comme les autres oiseaux.

- Tu n'es pas née dans un œuf, affirma Isabelle. Les chauves-souris ne sont pas des oiseaux. Tu es un mammifère, le seul qui sait voler, je crois.

- Ah, tiens, reprit le petit animal. C'est intéressant! Merci pour ta réponse.

 

Notre amie glissa la pierre dans la poche de sa salopette et redescendit près de la rivière. 

Elle traversa la prairie aux fleurs. Plusieurs fois elle sortit la pierre de sa poche pour la regarder briller au soleil.

Revenue à la maison, elle la montra à ses frères et à ses parents. Elle l'emporta le lendemain en classe, et tous ses amis et amies furent émerveillés par son incroyable éclat.