Isabelle
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Le lagon du Roi

Isabelle passait quelques jours de vacances au bord de la mer avec ses parents et ses grands frères.
Il faisait grand soleil, ce jour-là et assise sur le sable près des vagues, elle pensait parfois à son ami le prince de la mer. Elle s'amusait avec sa pelle et son râteau dessinant des chemins entre les coquillages déposés par la marée, lorsqu'elle entendit son nom.
- Isabelle, Isabelle!
Notre amie se mit debout et regarda autour d'elle. Personne. Papa, maman, et les grands frères bronzaient ou jouaient au ballon plus loin.
- Isabelle, Isabelle!
Cela venait d'un joli coquillage juste au bord de l'eau. On les appelle des porcelaines ou des grains de café. Elle le porta à l'oreille, comme un téléphone. Parfois, quand on fait cela, on entend la mer.

- Allo?
- Bonjour, Isabelle.
- Bonjour, qui es-tu?
- Je suis le prince de la mer. Tu te souviens de moi? Nous nous sommes rencontrés sur la plage. Tu es venue voir mon palais au fond de la mer.
- Je pensais justement à toi, répondit la fillette. Je me souviens aussi du méchant roi des poissons et de son terrible garde, le poisson pierre.
- Oui, reprit le prince de la mer. Il est très méchant. Il m'a enfermé dans une prison.
- Pourquoi?
- Tu m'as plusieurs fois offert des fleurs, parce que tu es si gentille, et tu les posais sur le sable près des vagues. Il les as vues, car je les avais mises dans ma chambre. Il a crié :"Tu n'as pas besoin de fleurs qui poussent sur la terre. Tu as bien assez d'algues et d'anémones de mer au fond des océans. Et je t'ai dit de ne plus jouer avec cette fille Isabelle."
- Il est méchant, dit notre amie.
- Viens me délivrer, s'il te plaît. Viens ouvrir ma prison.
- Tu es loin?
- Je suis au fond de l'île aux poissons. C'est très loin, mais je t'envoie mon ami le dauphin. Monte sur son dos. Il va te conduire jusque chez moi. Emporte le coquillage téléphone.
Levant les yeux, Isabelle aperçut un dauphin qui jouait dans les vagues. Elle entra dans l'eau, pieds nus, et monta sur son dos. Elle se tint à son aileron à deux mains et ils partirent sur la mer.
Le dauphin nageait, plongeait, bondissait hors de l'eau et replongeait sans cesse. Notre amie était toute mouillée. Heureusement, elle était torse nu. Elle n'avait que son petit maillot que sa maman lui avait dit de mettre pour jouer sur le sable et un petit short par-dessus pour ne pas le salir.

Ils arrivèrent en vue d'une belle plage bordée de palmiers.
Isabelle remercia le dauphin et marcha vers les arbres. Elle prit le coquillage téléphone qu'elle avait glissé dans la poche arrière de son short.
- Prince de l'océan?
- Oui, Isabelle.
- Je suis arrivée sur ton île. Où es-tu?
- Passe sous les palmiers, tu parviendras au bord d'un lagon. C'est un grand bassin d'eau, au milieu des terres.
- Il y a partout des grands crabes, dit Isabelle. Ils me font peur.
- Ne crains rien. Ils ne bougeront pas. Ils dorment à cette heure-ci, promit le prince de l'océan.

Isabelle se faufila entre les crabes géants et parvint au bord d'un immense bassin d'eau bleue. Ce lagon ressemblait à une vaste piscine.
Elle reprit le coquillage téléphone en main.
- Prince de l'océan?
- Oui.
- Je suis au bord des petites vagues.
- Entre dans l'eau et descends. Je suis tout au fond.
- Je ne peux pas respirer sous l'eau, moi. Je ne suis pas un poisson.
- Cueille une algue bleue. Mets-la en bouche et mâche-la doucement. Elle libérera de l'air et tu n'auras plus besoin de respirer.
Isabelle trouva une longue algue bleue. Elle la mit en bouche. Ça avait un drôle de goût salé. Puis la fillette entra dans l'eau.
- Où es-tu? dit-elle dans le coquillage.
- Je t'envoie mon meilleur ami. C'est un hippocampe. Il va te mener jusqu'à ma prison. Il est très gentil. Il vient souvent me tenir compagnie. Je joue avec lui.
Isabelle vit arriver un bel hippocampe jaune et rouge. Elle le suivit en marchant sur le sable au fond de la mer. Elle mâchait doucement son algue bleue pour ne pas devoir respirer.
Elle arriva en vue d'une prison. Cela ressemblait à une grande cage. Son ami le prince de la mer se trouvait derrière les barreaux.

- Tu es venue, Isabelle. Merci. Ouvre-moi vite la porte.
- Je n'ai pas la clé, dit notre amie.
- Il faut aller la chercher. Elle se trouve dans la chambre du roi des poissons.
- Il me fait peur.
- Courage. Vas-y. Mon hippocampe te montre le chemin. Tu ne seras pas toute seule.

Isabelle suivit l'hippocampe, toujours en mâchant son algue bleue qu'elle gardait en bouche. Elle arriva au pied d'un grand escalier.
C'était très beau. Des poissons lumière éclairaient comme en plein jour. Pourtant on était au fond de la mer, et à cet endroit, il fait normalement tout noir. Des anémones de toutes les couleurs garnissaient les nombreuses marches que des méduses balayaient avec soin avec leurs longs filaments.
Une fois parvenue en haut de l'escalier, Isabelle entra dans la chambre du roi des poissons, en compagnie de l'hippocampe.

Le vilain roi était là. Tu te souviens qu'il est très laid, et son terrible garde encore plus. Il dormait dans un grand coquillage de nacre. La clé de la prison du prince de l'océan était posée près de lui.
Mais où se trouvait le terrible garde? Isabelle regarda partout autour d'elle, mais elle ne le vit pas.
Notre amie osa faire trois pas en avant. Elle avait très peur. N'écoutant que son courage, elle s'empara de la clé.
Le roi des poissons ouvrit les yeux.
- Sauve-toi, Isabelle, dit l'hippocampe.
Le roi des poissons appela son terrible garde qui était caché pas loin.
- Que fais-tu là, hippocampe?
- Je me promène, répondit le courageux petit.
- On ne se promène pas dans la chambre du roi, cria le méchant garde. Va-t'en.

Pendant ce temps-là, Isabelle avait redescendu le grand escalier garni d'anémones de mer. Notre amie se dépêchait en tenant la clé en main, mais en faisant attention de ne pas marcher sur une méduse aspirateur.
Elle arriva à la grille derrière laquelle était enfermé le prince de l'océan.
Elle glissa la clé dans la serrure, tourna, et ouvrit. Le garçon sortit et donna un gros bisou à son amie.

Mais il fallait vite partir. Le méchant roi des poissons venait de s'apercevoir qu'on lui avait volé sa clé et il cherchait avec son terrible garde après Isabelle et le prince.
Les deux enfants sortirent de l'eau du lac du lagon. Isabelle put enfin retirer l'algue bleue de sa bouche. Elle n'en avait plus besoin.
- Merci bel hippocampe, dit Isabelle. Tu m'as sauvé la vie chez le roi des poissons. Je ne t'oublierai jamais. Tu es mon ami pour toujours.

Les deux enfants passèrent sous le rang des palmiers pour rejoindre la plage où attendait le dauphin.
Sur un ordre du méchant roi, les crabes géants se mirent à courir derrière nos amis pour les empêcher de partir. Mais les crabes, tu le sais, perdent beaucoup de temps à courir de travers.
Isabelle et le prince entrèrent dans les vagues de la mer et s'assirent l'un derrière l'autre sur le dos du gentil dauphin.
Et les voilà partis. Les crabes les regardèrent s'éloigner, mais ils ne pouvaient plus rien faire.

Les deux enfants débarquèrent sur la plage où se trouvaient le papa, la maman et les trois frères d'Isabelle.
- Je ne te reverrai plus, dit fillette à son ami le prince de l'océan.
- On ne se reverra plus.
- Adieu, prince de la mer.
- Adieu, jolie petite fille. Je ne t'oublierai jamais.
Un dernier geste de la main, puis ils se sont quittés.
Quand Isabelle se retourna, le prince avait déjà disparu dans les vagues.
Elle revint vers ses parents et ses frères en marchant sur le sable, au bord de l'eau. Le grand soleil brillait encore.
Isabelle avait des larmes aux yeux.