Isabelle
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Le Prince de l'océan

Isabelle, notre petite amie de cinq ans et demi, était assise au bord de la mer tout près des vagues. Elle jouait au bord de l'eau avec son seau, son râteau et sa petite pelle. Elle avait un joli maillot et un petit short bleu par-dessus, pour ne pas le salir. Elle était pieds nus. Ses jolies tresses volaient au vent.

Soudain, elle entendit un son étrange qui semblait venir de la mer. C'était un chant à la fois très doux et très mélodieux. Elle leva les yeux et aperçut un garçon de son âge, assis sur un chaos de rochers à l'extrémité du brise-lame. Le garçon regardait vers elle.

Isabelle se leva et lui fit signe de venir. Il s'approcha. Il portait un petit short rouge, était pieds nus et torse nu. Il avait de beaux yeux bleu sombre, comme la couleur de l'océan.

- Bonjour, salua Isabelle. C'est toi qui chantes ainsi?

- Oui, répondit le garçon.

- Je m'appelle Isabelle, et toi, comment t'appelles-tu?

- Je ne sais pas.

- Tu ne sais pas ton nom? s'étonna notre amie.

- Je crois que je n'en ai pas.

- Mais comment font tes parents quand ils t'appellent?

- Je n'ai pas de parents, soupira le garçon.

- Mais où habites-tu? insista Isabelle.

Le garçon montra la mer.

- Ah, je comprends, tu habites sur un bateau.

- Non, précisa le garçon. J'habite en-dessous de l'eau. Je suis le prince de l'océan.

- Tu es le prince de l'océan !

Isabelle était intriguée.

- Je vis dans un palais, au fond de la mer. C'est très joli. Tu veux venir le visiter avec moi?

- Oh oui, je veux bien, sourit Isabelle.

- Alors, suis-moi jusqu'au bout du brise-lame. Nous allons descendre sous l'eau.

- Je ne pourrai pas t'accompagner, murmura la fillette. Je ne sais pas respirer sous l'eau comme les poissons, ou comme toi.

-Cela ne fait rien, affirma le garçon. Je vais t'aider. Suis-moi.

Isabelle accompagna le prince de l'océan jusqu'à l'extrémité du brise-lame. Là, il ouvrit ses mains, écarta ses bras et chanta de nouveau son chant mélodieux.

Un gros coquillage sortit de l'eau et se posa à ses pieds.

- Tiens, remplis ce coquillage avec de l'écume, la mousse que l'on voit juste à la limite des vagues. Cela va former des petits bonbons bulle. Il te suffira d'en mettre un en bouche dès que tu auras besoin d'air. Tu en reprendras chaque fois que tu voudras respirer et tu les laisseras fondre doucement, comme si tu suçais un bonbon.

Isabelle n'était pas très rassurée. Elle donna la main au prince de l'océan et ils s'enfoncèrent dans l'eau. Elle prit aussitôt une petite bulle d'air, la mit en bouche et se sentit bien vite très à l'aise sous la surface de la mer.


Ils descendirent un immense escalier qui s'enfonçait dans la mer. Il comportait au moins six cents marches. Il était très beau. Il était bordé d'algues et de coquillages. Elle allait lentement, en donnant la main à son copain.

Arrivés tout en bas, ils suivirent une piste sous-marine bordée, elle aussi, de hautes algues vertes qui se balançaient doucement dans le courant, tandis que des bancs de poissons de toutes les couleurs passaient et repassaient, tels des arcs-en-ciel frétillants autour des enfants. C'était d'une beauté féerique.

Après avoir marché quelques centaines de mètres sur le sable, Isabelle aperçut un immense palais, fait de coquillages, de nacre et de corail. La lumière, venue de la surface de la mer s'y reflétait et faisait scintiller les centaines de couleurs, spectacle d'une beauté à couper le souffle.

- Comme c'est beau, murmura Isabelle. Je n'ai jamais rien vu d'aussi joli.

- C'est vrai, répondit le prince de l'océan. Ce palais est superbe, mais je m'y ennuie. Je n'ai personne à qui parler. Personne pour jouer avec moi. Alors, parfois, je remonte vers la surface de la mer et je me cache derrière les vagues. Je vous regarde, vous les enfants. Vous jouez sur la plage.

Isabelle écoutait en silence. Elle était fascinée par son nouvel ami.

- Vous avez l'air de bien vous amuser en construisant des châteaux de sable, en jouant au ballon, en courant, en vous roulant sur les pentes des dunes.

- Si tu veux, proposa Isabelle, dès demain, tu peux venir jouer avec moi.

- Merci, répondit le prince de l'océan.

Les bonbons bulle diminuaient dans le coquillage d'Isabelle. Ils remontèrent lentement le grand escalier. Au moment de quitter, Isabelle murmura :

- Alors, à demain matin?

- Je viendrai, promit le prince de l'océan. Je t'apporterai un cadeau.

- Tu n'es pas obligé, répondit la fillette, mais je t'en choisirai un moi aussi.

Les deux enfants se séparèrent.

Quand notre amie, marchant vers papa, maman et ses trois grands frères, se retourna, il avait disparu sous la mer.


Le lendemain matin, Isabelle courut tôt sur la plage. Elle chercha après son ami et l'aperçut tout au bout du brise-lame. Il chantait de nouveau son chant mélodieux. Elle avait choisi de lui offrir une jolie poupée qui lui ressemble. Le prince de l'océan s'approcha.

- Tiens, c'est pour toi, dit-il.

Il lui présenta une magnifique perle, comme les huîtres peuvent en faire au fond des océans, une perle de la taille d'une orange. Isabelle n'en avait jamais vu d'aussi belle. Elle remercia chaleureusement.

- Moi, je t'ai apporté cette belle petite poupée, sourit Isabelle. Tu te sentiras moins seul avec elle sous la mer, dans ton palais.

Le garçon prit la poupée. Il la regarda longuement. Cela lui faisait vraiment plaisir.
Il avait les larmes aux yeux. Isabelle le remarqua.

- Comme c'est gentil, comme elle est jolie ! Elle te ressemble. Je l'appellerai Isabelle. Je la garderai toujours près de moi.

- Tant mieux, dit notre amie en souriant. Je suis très contente qu'elle te plaise. Et quelle merveilleuse perle. Je la rangerai dans ma chambre, près de mon lit.

Les deux enfants jouèrent sur la plage, toute la matinée. Ils s'amusèrent beaucoup.

Vers midi, ils se séparèrent. Les parents appelèrent notre amie pour aller dîner avec les trois grands frères. Le prince de l'océan retourna sous la mer.


Isabelle revint en début d'après-midi sur le sable. Elle chercha son ami. Elle l'aperçut au bout du brise-lame.

- Tu viens? cria-t-elle.

Le prince de l'océan fit signe que non.

Isabelle escalada les lourdes pierres et s'approcha de son ami.

- Tu ne veux plus jouer avec moi?

- Je voudrais bien, répondit le prince de l'océan, mais le roi des poissons me l'a interdit. Il dit que tu es une fille de la terre et moi, un enfant de la mer. Alors, on n'a pas le droit de jouer ensemble. Je ne peux plus venir sur la plage. Je ne peux plus me montrer hors de l'eau.

- Si tu veux, je viendrai avec toi sous la mer...

- Tu le ferais? osa se réjouir le prince de l'océan.

- Bien sûr, sourit Isabelle.

Alors, de nouveau, il écarta les bras, ouvrit ses mains et chanta doucement. Un très beau coquillage apparut. Isabelle y répandit aussitôt l'écume des vagues. Puis, comme l'autrefois, ils descendirent, en se donnant la main, le long escalier qui menait sous l'océan jusqu'au merveilleux palais.


Isabelle prenait régulièrement des petites bulles d'air. Elle les suçait doucement dans la bouche et se sentait très bien au fond de l'eau. Ils jouèrent un moment dans le grand palais illuminé de nacre, de coquillages, de perles et de corail. Mais soudain, ils entendirent grincer une grosse voix.

- Qu'est-ce que c'est? s'inquiéta Isabelle.

- C'est le roi des poissons. Viens, cache-toi derrière moi.

- Qui est cette petite fille? grogna le roi.

Isabelle le regardait. Comme ce poisson était laid. Il avait de gros yeux globuleux et avait vraiment l'air méchant. Il était accompagné d'un autre horrible poisson, le poisson pierre, son garde du corps personnel, vraiment affreux. Il ressemblait à un horrible masque de carnaval.

- C'est mon amie Isabelle, murmura le prince de l'océan.

- Je t'ai dit que tu ne pouvais pas jouer avec cette petite fille. C'est une fille de la terre.

- Elle veut bien venir jouer avec moi dans mon palais sous la mer.

- Il n'est pas question que tu sois encore avec elle. Je te l'avais interdit. Pour ta punition, je vais vous enfermer tous les deux dans une des caves du bâtiment.

Isabelle et le prince de l'océan se retrouvèrent dans une prison. La porte était faite de gros barreaux de cuivre rouge. Quelques vilaines méduses ornaient le plafond sombre et de nombreux crabes couraient sur le sol gluant. L'affreux poisson pierre montait la garde.


Notre amie était inquiète. Elle n'avait plus beaucoup de bulles d'écume dans son coquillage. Et quand il n'y en aurait plus, elle étoufferait sous la mer. Elle ne peut pas respirer sous l'eau, elle. C'est une fille de la terre.

Le prince de l'océan s'inquiéta pour son amie. Il appela le roi des poissons.

- S'il te plaît, reviens. Aie pitié de nous. S'il te plaît, roi des poissons. Je ferai n'importe quoi pour toi. Sois un bon roi généreux. Demande-moi ce que tu veux, mais laisse mon amie retourner sur la plage, sinon, elle va mourir.

Le roi des poissons s'approcha. Il était toujours accompagné par son garde, l'horrible poisson rocher.

- Je veux bien la laisser sortir, mais tu dois me remettre la petite poupée que tu tiens dans tes mains.

- Oh non, s'il te plaît, roi des poissons. Mon amie me l'a offerte parce que je me sentais tout seul dans mon palais.

- Donne-moi cette poupée. À cette condition, j'accepte qu'elle quitte la prison et qu'elle sorte de la mer.

Alors le prince de l'océan, les larmes aux yeux, remit la petite poupée au vilain roi des poissons.

Isabelle fit trois pas et se tourna vers l'affreux poisson rocher.

- Tiens, je t'offre la grosse perle si mon ami peut également s'en aller de cette prison.

Le garde ouvrit une grande bouche et avala la perle. Les grilles s'ouvrirent. Nos amis remontèrent rapidement le long du grand escalier. il était temps pour Isabelle. Il ne restait qu'à peine deux bulles d'écume dans son coquillage.


Arrivé à la surface, au bord du brise-lame, le prince de l'océan prit les mains de sa petite amie entre les siennes.

- Je crois que nous ne nous reverrons jamais.

Il était ému. Isabelle pleurait.

- Je suis ton amie, disait-elle.

- Je sais, soupira le prince de l'océan. Mais je ne peux pas désobéir au roi des poissons.

- Il est vraiment méchant, regretta la fillette.

Isabelle embrassa le garçon et le prince donna un bisou à son amie à son tour. Puis, ils se séparèrent. Toute triste, Isabelle revint lentement vers ses trois grands frères, son papa et sa maman. Elle avait encore des larmes aux yeux.


Depuis ce jour-là, Isabelle vient souvent s'asseoir devant les vagues et elle les regarde attentivement. Elle pense que là, derrière elles, le prince de l'océan l'observe en silence. Mais elle ne l'a jamais revu. Elle lui fait quand même des signes de la main. Elle lui envoie des bisous. Elle espère qu'il les reçoit. Parfois, elle cueille des petites fleurs et les pose au bord des vagues, pour son ami...

Un jour, elle a cru entendre le chant si mélodieux du prince de l'océan, là-bas, vers le bout du brise-lame.

Peut-être était-ce le vent sifflant dans les dunes? Ou bien, était-ce une sirène de bateau passant au loin? Ou encore, une mouette se réjouissant de trouver un poisson? Ou bien, c'était lui, son ami...

Ou bien, c'était un rêve, un très beau rêve...

Isabelle va revoir le prince de l'océan... Lis vite la suite au numéro 48 Le lagon du roi.