Juliette
Retour Imprimer

Le mouton qui aimait les roses

     Juliette jouait dans sa chambre. Soudain, elle entendit du bruit, dehors, derrière la maison. Un fameux remue-ménage!

Elle se leva et regarda par la fenêtre grande ouverte sur l'été. Elle vit un gros mouton. Il venait d'entrer au jardin par la barrière restée ouverte près du chemin.

Il croquait et mangeait les roses que maman avait plantées le long de la haie.

Juliette sortit de sa chambre, descendit l'escalier et courut dans l'herbe.

Elle s'approcha de l'animal.

- Que fais-tu là, mouton? dit-elle. Et arrête de manger les jolies fleurs de ma maman.

Il tourna la tête vers notre amie. Il bêla trois fois, puis il mordit une nouvelle rose et la mâcha avec plaisir.

 

- Tu ne vas pas continuer, non? Va-t'en!

Elle poussa le mouton de toutes ses forces et à deux mains vers la barrière ouverte. Pour le chasser.

Mais l'animal résista. Il refusait de partir.

A nouveau, il tourna la tête vers notre amie. Il bêla trois fois puis il mordit une nouvelle rose et la mâcha avec plaisir.

 

Que faire? songea la fillette. Je vais aller chercher maman.

Juste à ce moment, elle entendit une petite voix derrière la haie.

- Juliette! Juliette!

Notre amie se tourna.

C'était sa copine Jeanine qui l'appelait.

Elles ont toutes deux trois ans et demi. Son amie habite la maison à côté. Elles se connaissent bien et vont à la même école.

La petite fille se glissa à quatre pattes par le trou de la haie qui sépare les deux jardins. Elle se redressa dans celui de Juliette.

- Tu as reçu un mouton?

- Non, il vient d'entrer par la barrière ouverte et à présent il mange les roses de maman. Il refuse de partir. Je l'ai poussé vers la sortie mais il ne se laisse pas faire.

- J'ai une idée, dit Jeanine. Papa vient de passer la tondeuse dans mon jardin. Je vais prendre un petit seau et le remplir d'herbes coupées. On donnera cela au mouton pour qu'il les mange. Il cessera alors de croquer les fleurs.

- Bonne idée, se réjouit Juliette. Je viens avec toi.

Elles passèrent dans le jardin à côté et ramassèrent des herbes coupées. Elles en remplirent un seau.

Puis elles retournèrent chez notre amie et le présentèrent au mouton.

L'animal regarda un instant la bonne herbe. Les deux filles crurent que c'était gagné.

Hélas, de nouveau, il tourna la tête vers notre amie. Il bêla trois fois, puis il mordit une nouvelle rose et la mâcha avec plaisir.

 

- Mais enfin! s'écria Juliette. Si cela continue, il va les manger toutes! Les jolies fleurs de maman!

- Tentons de monter sur son dos et de le mener, à cheval, vers la sortie, proposa Jeanine.

Et mettant aussitôt son projet à exécution, elle essaya de grimper sur le dos du mouton.

Hélas, l'animal se secoua et la fillette se retrouva à terre. Heureusement, elle ne s'était pas blessée. Plus de peur que de mal.

Juliette risqua à son tour de se hisser sur le dos du mouton. Il tourna la tête vers notre amie, puis il s'encourut et la fit tomber dans l'herbe, elle aussi.

L'animal marcha en rond un instant, comme s'il hésitait, puis il revint vers les roses. Il observa les deux copines un instant. Il semblait se moquer des deux filles.

- Vous ne réussirez pas à me chasser. Vous pouvez toujours essayer, petites sottes...

Il marcha vers la haie fleurie. Il tourna la tête vers notre amie. Il bêla trois fois, puis il mordit une nouvelle rose et la mâcha avec plaisir.

 

- Faisons-lui peur, proposa Juliette. Frappons fort dans les mains. Il va peut-être partir.

Les deux fillettes frappèrent dans les mains, mais le mouton ne bougea pas.

- Plus fort, suggéra Jeanine. Frappons dans nos mains et tapons des pieds en même temps.

L'animal ne se tourna même pas. Il croqua une nouvelle rose.

- Tapons des pieds, frappons dans les mains, et crions Ah! Ah! Ah! en plus, reprit notre amie.

Aucun résultat.

Elles recommencèrent en hurlant Eh! Eh! Eh!

Le mouton observa les deux amies en mâchant la fleur qu'il s'apprêtait à avaler.

- Hi! Hi! IHi!, lancèrent les fillettes bien fort.

- Il est peut-être sourd, fit Jeanine.

- Je ne crois pas, répondit Juliette. Il est seulement entêté.

- Oh! Oh! Oh!, hurlèrent les deux filles.

Il les regarda un instant, l'air de dire :

- Vous croyez vraiment réussir à me faire peur en criant ainsi?

- Pas la peine de lancer Hu ! Hu! Hu!, dit Jeanine. Hu! Hu! Hu!, c'est pour les chevaux.

Elles désespéraient de parvenir à le chasser du jardin quand la mère de Juliette arriva.

Le mouton tourna la tête vers notre amie. Il bêla trois fois, puis il mordit une nouvelle rose et la mâcha avec plaisir.

 

- Maman, il ne nous écoute pas. Il refuse de s'en aller. Il mange tes jolies roses.

La mère de Juliette retourna dans la maison et revint un instant plus tard munie d'une longue corde. Elle s'approcha de l'animal et la lui passa autour du cou. Elle fit un noeud.

- Venez les filles, dit-elle. Tirons sur la corde et reconduisons-le ensuite vers son étable.

A elles trois, elles réussirent enfin à le sortir du jardin.

Maman referma la barrière.

 

Elles conduisirent le mouton dans la cour de la ferme. Le chien se mit à aboyer et à tirer sur sa chaîne. La fermière s'approcha.

- Bonjour madame. je vous ramène cet animal. Il se trouvait dans notre jardin, expliqua la mère de notre amie.

- Et il mangeait les roses que ma maman a plantées le long de la haie, ajouta Juliette.

- Vous me voyez désolée, répondit la fermière. Il a dû sortir de son enclos. Je vais aller renforcer la barrière. Elle est sans doute rompue à un endroit et il en a profité pour se sauver.

- Ne craignez rien, mes fleurs repousseront, rassura maman.

- Entrez toutes les trois dans mon salon. Je vous invite pour le goûter.

Juliette et Jeanine reçurent un grand verre de lait et un délicieux morceau de tarte aux myrtilles. La mère de notre amie prit une tasse de café en compagnie de la fermière.

Puis elles revinrent toutes trois à la maison, fort contentes de leur aventure.

Le mouton n'est plus jamais revenu.

 

Un chaleureux merci à mon fils François, qui a créé la plus grande partie de cette belle histoire.