Les quatre amis
Retour Imprimer

L'Objet secret du croisé

En 1099, Godefroid de Bouillon, à la tête de son armée de croisés, encercla la ville de Jérusalem et délivra le tombeau du Christ de l'emprise des musulmans qui occupaient les lieux saints.

Au soir de la bataille, dans la forteresse principale de la ville, une grande fête et un dîner furent donnés en l'honneur des vainqueurs et du nouveau roi de Jérusalem. Parmi les nombreux croisés, au côté de Godefroid de Bouillon, se trouvait un homme, un croisé lui aussi, appelé Joachim Martounet de la Vieille. Il chantait, il buvait, il mangeait comme les autres. Tous s'occupaient à fêter la victoire, durement méritée. Tout à coup, pendant le festin, un serviteur s'approcha du seigneur Joachim. Il lui parla à l'oreille.

- Maître Chevalier, un homme qui prétend que vous l'avez mandé, vous attend en bas, à la salle d'armes.

- Je te remercie, répondit Joachim.

Il se leva et descendit le grand escalier menant à l'endroit indiqué. Il toucha son épée bien glissée dans son fourreau et accrochée à sa ceinture. L'homme se tenait dans un coin sombre de la salle d'arme. Il était vêtu d'un long manteau et dissimulait son visage sous une cagoule.

- Je suis le chevalier Joachim Martounet de la Vieille, déclara notre soldat. Je t'écoute.

L'homme tourna lentement son visage vers la lumière. Joachim constata qu'il était ravagé. Il manquait une oreille et une entaille importante abîmait la joue droite. L'os de la mâchoire était visible. Le chevalier eut un geste de dégoût et recula.

- J'ai découvert, Seigneur Joachim, l'objet que vous cherchez. Je vous conduirai auprès du marchand si vous venez au soir de la nouvelle lune ronde, à la porte Sud de la ville de Jérusalem. C'est dans quelques jours. Vous serez à cheval et vous vous munirez de quelques provisions car il faudra une nuit entière, une journée et une autre nuit pour atteindre l'endroit où il se trouve. Vous emporterez avec vous dix diamants, dont le plus petit doit avoir la taille, le diamètre, du petit doigt au moins. C'est le prix de l'objet.

L'homme, cagoulé, descendit les escaliers et disparut ans la nuit.

Le chevalier Joachim remonta lentement vers la salle des convives.

Après s'être assis un moment, pensif, il s'approcha de Godefroid de Bouillon.

- Cher ami Godefroid, dit-il.

- Joachim! Je suis content de notre victoire. Tu t'amuses, j'espère.

- Je te remercie, balbutia Joachim. Godefroid, j'ai besoin de dix diamants et la taille de chacun d'entre eux doit dépasser ou avoir au moins le diamètre de mon petit doigt. Penses-tu que mon château des Ardennes, avec les forêts, les terres, les fermes, valent ce prix?

Godefroid de Bouillon réfléchit un moment.

- Certainement, certainement, affirma-t-il.

- Serais-tu d'accord de me fournir ces dix diamants en échange de tous mes biens?

- Mais que se passe-t-il, Joachim? Serais-tu malade ou en difficulté?

- Non, cher Godefroid. J'ai découvert un objet qui me fascine et je désire l'acquérir.

 

Quelques jours plus tard, à la porte sud de Jérusalem, à la tombée du jour, sous la nouvelle lune, Joachim Martounet de la Vieille, en armure, épée au fourreau et à cheval, se présenta devant l'homme à la cagoule, lui aussi en selle.

Ils s'éloignèrent de la ville. Ils voyagèrent toute la nuit et la journée entière du lendemain, s'arrêtant de temps en temps pour abreuver les chevaux, les laisser se reposer et puis continuer leur route. Ils ne se parlèrent pas.

A l'aube du second jour, l'homme cagoulé et le seigneur Joachim empruntèrent un défilé étroit, une sorte de canyon, dont les parois de plus en plus serrées découpaient le ciel à cinquante mètres de hauteur.

Soudain, ils débouchèrent dans une vallée perpendiculaire, illuminée par le soleil levant. Sous les yeux ébahis du seigneur Joachim se dressait un temple majestueux et précédé de somptueuses colonnes.

Le seigneur Joachim Martounet de la Vieille ne savait pas qu'il venait d'aboutir dans la fameuse vallée aux mille tombeaux , la vallée de Petra en Jordanie.

Ils pénétrèrent dans le plus grand des sanctuaires qu'ils venaient de découvrir. C'était vraiment impressionnant. L'endroit était éclairé par des flambeaux accrochés aux murs sombres.

Un homme était assis au fond d'une grande pièce de la taille d'une salle de gymnastique. Cet homme était, plus encore que le guide, très amoindri, très diminué. Il n'avait plus de jambes. Sa main droite était tranchée et on voyait les os de l'avant-bras saillir. Mais c'était surtout son visage ravagé qui impressionnait. En effet, l'interlocuteur n'avait qu'un oeil. La cavité oculaire de l'autre était creuse. Une partie de la mâchoire était absente du visage. L'homme était à la fois terrifiant et fascinant.

- As-tu les dix diamants ? demanda-t-il en guise de bonjour.

- Oui. Et toi, répondit le chevalier, as-tu l'objet que je recherche ?

Celui qui avait amené le croisé sortit de l'ombre un pot de terre cuite peint en bleu. Il était fermé par un couvercle. Il dévissa ce couvercle.

Joachim se pencha au-dessus de l'ouverture, et aperçut ce qu'il cherchait.

A l'intérieur du pot se trouvait un liquide qui ressemblait tout à fait à de l'or. Mais l'or est un métal. L'or, à température normale est solide. Ici, un liquide bougeait et frémissait comme de l'eau. L'homme diminué remua les lèvres.

- En même temps que ce pot bleu qui contient ce que tu désires, voici une chaîne en or et un petit boîtier en or également. Tu trouveras toutes les explications nécessaires dans le couvercle du boîtier.

L'homme tendit l'écrin, de son unique main gauche.

- Présente-moi maintenant les dix diamants.

Le chevalier Martounet de la Vieille sortit de son casque le sac contenant les pierres précieuses. Il l'ouvrit et répandit les pierres sur le sol.

A cette seule main gauche, l'homme n'avait que l'auriculaire et le pouce, mais il savait s'en servir habilement et compta rapidement les diamants.

 

Le chevalier Martounet de la Vieille ne revint pas à Jérusalem. Il mit un an pour retrouver nos Ardennes et quand il y arriva, il n'avait bien sûr plus ni château, ni terres, ni forêts, ni fermes. Il se rendit à notre abbaye.

Comme chaque fois, le guide de l'abbaye de Bois-le-Dieu, qui venait de terminer son récit, en apprécia l'effet au silence qui durait auprès des visiteurs.

- Le chevalier Joachim Martounet de la Vieille fut accueilli dans notre abbaye comme un héros. Il avait libéré le tombeau du Christ. Les pélerins pourraient de nouveau se rendre en terre sainte, en toute sécurité.

Les auditeurs se taisaient.

- Mais curieusement, poursuivit le guide, douze jours plus tard, le même croisé fut chassé et banni de l'abbaye. On le traita de suppôt du diable. L'homme hurla deux jours et deux nuits dans les bois, sans que personne n'intervienne, puis il fut retrouvé mort quelques jours plus tard dans les forêts avoisinantes. Il fut enterré au pied d'une croix de pierre que vous pouvez encore observer de l'autre côté de la forêt abbatiale à dix kilomètres d'ici, le long de la petite route qui quitte le village, traverse la forêt et longe ensuite la rivière.

- Suivez-moi, mesdames, messieurs, si vous voulez bien. Nous allons pénétrer dans la nef principale de notre église et je voudrais vous présenter un premier vitrail particulièrement intéressant et étrange. Le vitrail du père Barthélemy.

 

Jean-Claude et sa sœur Christine, en vacances chez leur grand-mère, avaient pu inviter l'un Philippe, l'autre Véronique, leurs meilleurs amis, pour quelques jours.

Ce matin-là, ils visitaient l'abbaye de Bois-le-Dieu. Ils avaient écouté, dans un silence fasciné, les explications passionnantes données par le guide. Le petit groupe de visiteurs s'arrêta devant le vitrail du père Barthélemy.

Le guide reprit la parole.

- Observez les différentes parties de ce vitrail. Elles racontent la vie de ce chevalier, de ce croisé, qui ne passa cependant que quinze jours à peine entre nos murs. Sur la partie haute du vitrail, vous apercevez le croisé partant à la guerre. Juste en-dessous la prise de Jérusalem. Ensuite, vous remarquez une sorte de temple et dans un coin de celui-ci, le pot bleu, ce qui prouve que le père Barthélemy l'avait découvert et fut lui-même en possession de l'objet secret du croisé. Le père Barthélemy vécut ici vers les années 1650.

Les visiteurs buvaient littéralement les explications du guide.

- En bas du vitrail, enfin, se trouve une étrange série de lettres, séparées par des points. Personne ne possède le sens de ces lettres.

.MP.CE.NT.B.TES.IN.QUE.BREDE.GRA.DE.DU.ME.RE.USLAL.DE.ILL.AMI.IT

- Le père Barthélemy, acheva le guide, eut une fin tragique. Peu de temps avant qu'il ait terminé l'étude entreprise, mais sans doute après avoir découvert l'objet secret du croisé, on l'entendit crier une nuit dans les couloirs de l'abbaye. Il hurlait de douleur. Il se roulait sur les dalles et se tordait de mal. Le père abbé et quelques moines s'approchèrent, éveillés par ses cris. Il suppliait qu'on le conduise au trésor de l'abbaye, mais le père abbé refusa. L'homme semblait en proie à une folie démoniaque et fut conduit à l'infirmerie. Il y souffrit atrocement pendant deux jours et mourut dans un délire épouvantable de cris à l'aube du troisième jour.

Le guide reprit après un silence.

- A sa demande, il fut enterré au pied de la croix, qui se trouve de l'autre côté de la forêt domaniale de l'abbaye. Cette même croix où l'on avait enfoui cinq cents ans plus tôt, le chevalier Martounet de la Vieille.

- Si vous voulez me suivre à présent, poursuivit le guide. Nous allons visiter le chœur de l'abbaye.

Jean-Claude, Philippe, Christine et Véronique échangèrent un regard. Ils continuèrent la visite, mais ils réfléchissaient à l'étrange découverte.

Véronique, qui tenait un petit carnet et un crayon dans sa poche, nota les lettres inscrites sur le vitrail du père Barthélemy.

 

L'après-midi, les quatre amis passèrent leur maillot, un vieux short par-dessus, montèrent sur leur vélo, et filèrent pour une baignade dans la rivière, à quinze kilomètres de là. Il faisait très beau et très chaud.

Traversant la forêt domaniale, ils s'arrêtèrent un instant devant la croix où les deux corps, le croisé Martounet de la Vieille et le père Barthélemy avaient été enterrés. Ils distinguèrent, gravées dans la croix, une série de lettres, mais ce n'étaient pas les mêmes que celles qui se trouvaient dans le vitrail de l'abbaye. Ils décidèrent d'y revenir un peu plus tard afin d'en noter le contenu.

LE.LA.ME.DELO.JE.T.DI.PARLOM.LA.N.CROIX.CI.TIE.SO.UNE.JU.ET.NU.

Au soir, les quatre amis examinèrent les deux étranges messages. Ces lettres ne semblaient rien vouloir signifier. En plus, celles du vitrail étaient soulignées par une ligne brisée dont le sens leur échappait tout à fait.

Le lendemain la pluie était au rendez-vous, comme souvent après une journée brûlante, en été. Ils s'enfoncèrent dans leurs livres, dans leurs réflexions.

Véronique pianotait l'ordinateur de la grand-mère de ses amis. Jean-Claude griffonnait papier sur papier à la recherche d'une explication à ces mystérieuses lettres. Christine fouillait des livres empilés devant elle. Philippe semblait dormir dans la grange, les yeux fermés, une fleur entre les dents.

Vers la fin de la matinée, Jean-Claude s'approcha de son copain.

- Cela ne t'intéresse pas? demanda-t-il.

- Oh si, cela me passionne, affirma Philippe.

- Mais alors, pourquoi ne cherches-tu pas avec nous ?

- Je n'ai plus besoin de me concentrer, fit remarquer Philippe. J'ai trouvé la solution.

- Tu as trouvé et tu nous laisses carburer.

- Non, je laisse un peu de mystère. Cela vaut la peine, ajouta et sourit Philippe.

- Comment as-tu fait pour découvrir?

- J'ai regardé et j'ai réfléchi.

- Tu es vraiment génial, déclarèrent les filles. Explique-nous.

Et Philippe raconta comment il était parvenu à déchiffrer le message étrange qui se trouvait inscrit sur le vitrail et sur la croix de pierre, le long de la route. Il fallait intégrer les deux textes, les placer les uns au-dessus des autres et se laisser guider par la ligne brisée de haut en bas et de bas en haut. Cela donnait:

L'EMPLACEMENTDEL'OBJETESTINDIQUEPARLOMBREDELAGRANDECROIXDUCIMETIERESOUSLALUNEDEJUILLETAMINUIT.

- Fascinant, déclara Véronique.

- Cela vaut un bisou de mon amie, affirma Philippe.

Véronique fit la moue. Philippe est très amoureux d'elle, mais ce n'est pas tout à fait réciproque. Pour Véronique, Philippe est un bon copain, c'est tout.

ll fallait donc, d'après le message que nos amis venaient de comprendre, se rendre de nuit sous la lune de juillet, dans le cimetière de l'abbaye. L'ombre de la grande croix leur indiquerait à minuit l'emplacement d'une dalle, sous laquelle se trouvait l'objet bleu ramené à grand prix par Joachim Martounet de la Vieille.

 

Ce soir-là, la lune était pleine. Quand la grand-mère de Jean-Claude et Christine fut endormie, ils se levèrent tous les quatre et descendirent sans bruit l'escalier. Ils avaient préparé un pied-de-biche afin de pouvoir soulever la dalle du cimetière. Ils montèrent sur leurs vélos et se dirigèrent vers l'abbaye.

Ils posèrent les bicyclettes dans un fossé le long du mur du cimetière et enjambèrent assez facilement celui-ci. D'abord, parce qu'il était vieux et fissuré. Quelques briques étaient tombées, ce qui permettait de poser les pieds dans les encoches. Ensuite, parce que Jean-Claude et Christine font régulièrement du mur d'escalade. Ils sont bien entraînés et aidèrent Véronique et Philippe à les rejoindre.

Tous les quatre s'assirent à califourchon sur le mur du cimetière et observèrent les lieux un instant. Ils ne virent pas âme qui vive. Alors, ils sautèrent à l'intérieur de la nécropole. Il était minuit moins cinq.

L'ombre de la grande croix indiquait une dalle précise sur l'allée principale. Les quatre amis se mirent à quatre pattes autour d'elle et grattèrent les cailloux et les herbes qui poussaient dans les rainures. A l'aide du pied-de-biche et après pas mal d'efforts, ils parvinrent enfin à la desceller. Ils glissèrent la dalle sur le côté.

Ils aperçurent alors une petite fosse de cinquante centimètres de côté et de soixante de profondeur. Au fond se trouvait un pot de couleur bleue dont le couvercle était soigneusement vissé.

Les quatre amis, impressionnés, retirèrent le pot de sa cachette et dévissèrent lentement le couvercle du fameux objet secret du croisé. A l'intérieur, à la lueur de la pleine lune et des lampes de poche qu'ils avaient emportées avec eux, ils aperçurent un liquide couleur or qui frémissait aux mouvements du récipient.

- C'est tout? s'étonna Christine, déçue. Tant de diamants pour cela.

- Ce n'est pas rien, affirma Jean-Claude. De l'or, ce n'est jamais liquide à température ambiante, c'est un solide et puis cela cache peut-être une surprise. Attends.

Jean-Claude tendit la main et plongea son index à l'intérieur de l'eau dorée. Il n'y avait que deux centimètres de liquide. Pliant son doigt, il réussit à le mouiller tout à fait par l'eau étrange. Il le ressortit. Ca ne lui taisait aucune sensation particulière. Le doigt était doré.

- C'est bizarre, songea Jean-Claude. Il ne se passe rien.

- Peut-être qu'avec les siècles, il a perdu son pouvoir, suggéra Philippe.

- Le pouvoir de quoi? interrogea Véronique.

- Attends, proposa Christine, il y a peut-être quelque chose de caché sous le liquide.

Elle plongea ses deux mains et les agita de telle manière que les deux mains et les poignets furent entièrement recouverts par cette eau dorée, qui sécha rapidement car curieusement elle s'évaporait très vite comme de l'éther.

Nos amis, un peu déçus, s'apprêtaient à tout remettre en place quand soudain, Jean-Claude cria.

- Regardez! Regardez ma main! Mon index a disparu ! Je le sens, mais il est devenu invisible !

Quelques secondes plus tard, ce furent les deux mains et poignets de Christine qui disparurent à la vue de nos amis. On apercevait le reste de l'avant-bras. L'os pointait comme si le poignet avait été tranché d'un coup de hache.

- Fascinant, déclara Philippe. Ce liquide est l'objet le plus fascinant que j'aie jamais découvert. Attendez.

Il plongea ses mains dans le liquide et s'en enduisit le cou. Quelques instants plus tard, la tête de Philippe sembla flotter librement au-dessus de son corps et ses mains avaient disparu.

Véronique, craintive, ne voulut pas toucher à ce jus doré.

- Vous vous rendez compte, déclara Philippe. Vous vous rendez compte, mes amis? Si quelqu'un peut fabriquer ce liquide et se plonger dedans, il devient invisible. Ah, je vous jure, moi je donnerais dix diamants sans hésiter, pour avoir cela. Si je les avais...

 

Quelques instants plus tard, Jean-Claude demanda que l'on retourne à la maison de sa grand-mère. Son doigt invisible lui faisait mal. Cela lançait, c'était brûlant, c'était cuisant, c'était de plus en plus douloureux. Peu après, Christine, dont les mains étaient également devenues invisibles, se mit aussi à gémir de douleur et puis ce fut le tour de Philippe, dont le cou devint brûlant ainsi que les deux mains.

Nos amis quittèrent le cimetière en douce et remontèrent rapidement sur leurs vélos. Véronique suivit après avoir posé le pot et son couvercle au fond de la cachette et avoir remis la dalle de l'allée en place.

C'était très curieux pour Philippe et Christine de pédaler à vélo avec deux avant-bras qui se terminaient à cinq centimètres du guidon, et de le tenir à deux mains invisibles. La tête de Philippe, qui semblait flotter cinq centimètres au dessus de son cou, aurait pu en étonner plus d'un. Mais ils ne croisèrent personne au retour. Ils arrivèrent chez la grand-mère de Jean-Claude et Christine, il était une heure du matin.

 

Les trois enfants qui avaient plongé leur doigt ou leurs mains dans le liquide avaient de plus en plus mal et cela faisait penser au père Barthélemy, qui lui aussi, avait affreusement souffert, sans doute, après avoir découvert l'objet secret du croisé et l'avoir utilisé.

Heureusement, on n'était plus en 1650. Un docteur fut appelé. Il donna les anti-douleurs, mais ceux-ci n'eurent aucun effet.

A l'aube, Jean-Claude, Christine et Philippe furent conduits à l'hôpital. Perfusions anti-douleur, calmants puissants, rien n'y fit. Le mal restait et devenait de plus en plus atroce, intolérable.

Seule Véronique échappait à l'épouvantable malédiction car elle n'avait pas touché le liquide. Elle s'était contentée de reposer le couvercle sur le pot bleu, de le glisser dans la fosse, et de remettre la dalle en place la nuit où nos amis avaient découvert l'objet secret du croisé, juste avant qu'ils ne s'en retournent vers la maison de la grand-mère.

Le lendemain fut une journée horrible pour les trois enfants. Ils se tordaient dans leur lit malgré les soins qu'on leur prodiguait. La présence de leurs parents, appelés en urgence, n'y changea rien.

Soudain, au milieu de la journée, au milieu des cris et des sueurs, Philippe appela ses parents et Véronique.

- Allez au trésor de l'abbaye chercher le pendentif en or. Le père Barthélemy demandait, suppliait qu'on le conduise à l'intérieur du trésor de l'abbaye. Cela lui fut refusé. C'était certainement pour prendre cet objet, ce pendentif en or, que l'homme très diminué avait donné dans le site de Petra au chevalier Joachim Martounet de la Vielle. Le guide l'a expliqué, rappelez-vous. C'est probablement là que se trouve le contre-poison, vite, allez le chercher.

Devant l'insistance des parents et des enfants, le père abbé fit ouvrir la salle du trésor de l'abbaye. On trouva sans difficulté parmi les châsses en or, les objets du culte et les calices rehaussés de pierres précieuses, la chaîne et le boîtier en or massif. Quand on l'ouvrit, on constata hélas qu'il était vide.

Mais toutes les explications pour recréer le baume calmant se trouvaient à l'intérieur du couvercle. Hélas, c'était écrit en langue arabe de l'an 1.100. C'est bien différent de la langue parlée aujourd'hui.

Les parents contactèrent un professeur d'université spécialiste en langues orientales anciennes. Il parvint après beaucoup de difficultés à traduire ce texte, qui parlait de plantes peu connues aujourd'hui.

On contacta le service de botanique de l'université de Riyad en Arabie Saoudite. Ils réussirent à rassembler les plantes. On les fit venir du Moyen-Orient par avion. Enfin, on réussit à fabriquer la précieuse crème.

On l'appliqua sur le doigt de Jean-Claude, sur les mains et le cou de Philippe, et sur les mains de Christine et instantanément la douleur cessa.

Leurs membres restèrent invisibles pendant encore quelques jours et il fallut appliquer plusieurs fois ce baume pour les protéger de la douleur qui sinon avait tendance à récidiver. C'était sans doute ce qu'avaient fait, d'une part l'homme qui avait vendu le liquide et qui semblait très diminué, le guide de Joachim, et enfin Joachim lui-même, avant de se faire éjecter de l'abbaye comme suppôt de satan et de mourir dans d'atroces douleurs dans la forêt, car séparé à cet endroit du contre-poison, comme le père Barthélémy.

Nos amis échappèrent à cette terrible malédiction.

Pendant ce temps, sous la conduite de Véronique, l'objet secret du croisé fut déterré. Mais quarante-huit heures étaient passées. Véronique, dans sa hâte d'accompagner ses amis qui souffraient, n'avait pas revissé le couvercle. Elle l'avait seulement posé. Le reste du liquide doré s'était évaporé! Il n'en restait plus trace.

L'intérieur du couvercle du boîtier en or indiquait comment fabriquer le contre-poison mais pas comment recréer le liquide doré. La formule n'a jamais été retrouvée.

Jean-Claude, Christine, Philippe et Véronique retournèrent chez eux quelques jours plus tard, délivrés de leurs maux et passèrent très agréablement la fin des vacances.