Magali
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L'escargot. (Partie 1)

     Un mercredi après-midi, Magali jouait sur le trottoir, devant la maison, avec deux petites autos prêtées son grand frère Arnaud. Elle préférait s'amuser là qu'au jardin, car, tu le sais comme moi, les autos roulent mieux sur les dalles que dans l'herbe et les fleurs.

Elle portait, comme souvent, sa jolie salopette rouge et ses couettes dansaient sur ses épaules nues.

Tout à coup, elle aperçut un bel escargot sur le mur de la maison. Sa coquille était tantôt orange tantôt jaune. Il descendait lentement le long des briques rouges. Elle remarqua derrière lui sa traînée de bave qui luisait au soleil.

La fillette s'approcha du petit animal et toucha un de ses yeux-tentacules, puis l'autre. Il se rétracta et disparut à l'intérieur de sa coquille.

Magali en eut pitié et décida de le laisser tranquille.


Une heure plus tard, elle revint à l'endroit où elle l'avait aperçu.

Il ne se trouvait plus à la même place. Il avait atteint le bas du mur et entreprenait de traverser le trottoir en direction de la rue. Notre amie se mit à quatre pattes et l'observa un moment. L'escargot n'osait plus bouger.

-Tu n'avances vraiment pas très vite, déclara Magali. J'espère que les passants feront attention en marchant sur le trottoir, sinon tu risques de te retrouver sous une semelle de chaussure. Ce serait dommage pour toi, si quelqu'un t'écrasait.      

Puis elle rendit les autos à son frère et partit jouer au jardin avec ses poupées.


Elle revint voir l'escargot après le goûter. Elle ne le vit plus sur le trottoir. Il était passé près de l'égout, dans la rigole, et se trouvait à présent au beau milieu de la route.

-Mais où vas-tu? s'inquiéta la fillette. Tu avances beaucoup trop lentement. Si une voiture passe, elle ne te verra pas et elle roulera sur toi.

Notre amie sait qu'en principe maman ne veut pas qu'elle traverse seule la rue. Pourtant cette fois, elle regarda à gauche et à droite pour s'assurer qu'aucun véhicule n'arrivait, puis elle courut au milieu de l'avenue. Elle ramassa le petit escargot en le prenant par la coquille, traversa le reste la route et le posa de l'autre côté, dans un pré d'herbes vertes et de fleurs.

Elle se pencha vers lui un instant avant de repartir. L'escargot sortit lentement de sa coquille et sembla observer la fillette avec ses yeux-tentacules qui dansaient. Magali se réjouit, comprenant qu'il la remerciait en se dandinant ainsi.

Juste à ce moment, notre amie entendit sa maman l'appeler.

-Magali ! Que fais-tu de l'autre côté de la rue. Je t'ai déjà dit de ne pas traverser toute seule.

-J'aide un ami à passer sans se faire écraser, maman.

-Où se trouve ton copain ? Je ne le vois pas.

-Dans l'herbe. C'est un bel escargot. Je ne voudrais pas qu'une voiture roule sur lui.

-Reviens à présent, et sans te faire écraser toi-même.

Notre amie retourna à la maison. Pendant trois jours, elle ne pensa plus à son escargot.


Le quatrième jour, un dimanche matin, Magali l'aperçut sur son appui de fenêtre. Il fit danser ses yeux-tentacules dès qu'il vit la fillette.

Elle venait de se lever. Elle portait sa robe de nuit rose avec des petits rubans et elle était pieds nus. Elle s'approcha de l'escargot.

-Tu es revenu! dit-elle. Tiens, que portes-tu là sur le dos ?

Sur la coquille se trouvait une petite clé en fer.

-Tu m'apportes cette clé ! A quoi sert-elle ? Aurais-tu découvert un trésor ? Quelle chance !

Magali décolla la clé du dos de l'escargot. Le petit animal semblait très heureux. Il s'éloigna.


-Que vais-je faire de cette clé ? se demanda la fillette. Comment savoir où se trouve le trésor qu'il a peut-être découvert ? Ah, mais j'y songe, c'est facile. Il me suffit de suivre la traînée de bave brillante qu'il laisse derrière lui. Ainsi, je saurai par où il est passé.

Magali se pencha par la fenêtre et vit la traînée sur le mur, puis dans l'herbe du jardin. Alors vite, elle ôta sa robe de nuit, passa sa salopette rouge, mit ses baskets aux pieds, et descendit l'escalier.

-Maman, maman, je peux aller faire un petit tour ?

-D'accord, mais prends d'abord ton verre de lait et tes céréales.

Elle but pendant que sa mère lui recoiffait ses jolies couettes. Notre amie ne tenait pas en place. Elle était impatiente. Elle sortit au jardin et suivit la trace brillante de bave dans l'herbe et les fleurs. Cela conduisait à la haie.

Magali passa à quatre pattes entre les hauts plants bien verts et se redressa de l'autre côté.


Là se trouve une maison en construction. La traînée de bave y menait en zigzagant.

Cette villa n'est pas achevée. Les fenêtres n'ont pas de vitres. Il y fait presque tout noir. Et pas encore de lumière. Elle y est allée une fois ou deux avec son grand frère Arnaud et Manon, l'amie de ce dernier. Ils y jouent parfois à cache-cache, après le départ des ouvriers.

Magali s'avança d'abord en équilibre sur une planche pour passer un fossé. Elle écartait ses deux bras en croix pour ne pas tomber, comme on lui apprend à l'école.

Elle parvint au pied d'une échelle. La traînée de bave venait de là-haut. Hardiment, la fillette grimpa les échelons en bois. Elle se hissa à l'étage.

Là, elle enjamba un tas de briques et entra dans une future chambre remplie de toiles d'araignées. Notre amie ne les aime pas beaucoup.

Elle se mit à quatre pattes pour se glisser là dessous. Elle écartait doucement les longs fils collants en regardant avec soin si elle n'apercevait pas d'araignées dans les coins.

Elle sortit de la future chambre et passa dans une autre beaucoup plus lumineuse, car les rayons du soleil y entraient. Elle se faufila ensuite dans un long couloir étroit, puis descendit par une autre échelle.

La trace de bave de son escargot continuait jusqu'à une fenêtre sans vitre qu'elle enjamba pour se retrouver dans le futur jardin de la maison. La traînée lumineuse menait au sommet d'un petit muret.


Magali escalada le petit mur. Ce ne fut pas facile de se hisser là-haut, mais intrépide, elle y parvint quand même.

De là elle sauta au mileu d'herbes et de fleurs. Emportée par son élan, elle s'arrêta juste au bord d'une pente assez raide. Elle eut peur de glisser. Du coup, elle préféra se coucher par terre et rouler jusqu'au bas du talus.

Notre amie, hélas n'avait pas bien regardé. Elle tomba dans une flaque d'eau sale. Elle se releva ruisselante de boue.

Elle sentit des larmes couler sur ses joues. Ses couettes pleines de saletés dégoulinaient et de la vase brune collait à sa salopette de haut en bas. Maman n'allait sûrement pas être contente.


Mais la trace lumineuse  de l'escargot l'appelait. Elle passait sous la route en suivant un tunnel creusé sous le sol. C'était presque tout noir là-dedans.

Elle se remit à quatre pattes.

Encore de la boue ! Mais elle était quand même sale, alors un peu plus ou un peu moins... Elle avança vers la lumière qu'elle voyait à l'autre bout du tunnel.

Elle craignait de rencontrer un rat. Il paraît que ces animaux vivent dans les égouts. Heureusement elle n'en vit aucun.

Une fois sortie du tunnel, elle longea le mur du jardin de la ferme. Elle fit attention à ne pas faire de bruit afin de ne pas attirer l'attention du grand chien assis dans la cour, et dont elle a fort peur. Souvent il reste attaché à sa niche, mais pas toujours. Il est très sauvage et bruyant quand il aboie. Il fallait surtout éviter que cette vilaine bête vienne mordre notre amie.

Elle s'arrêta un instant devant une vieille grange à l'abandon. La porte était fermée, mais l'escargot était passé par une fente entre deux planches. Elle s'y faufila et traversa le bâtiment en suivant la trace de bave lumineuse.

Décidément, songea notre amie, quelle aventure ! Je me sens comme une exploratrice partie à la recherche d'un vrai trésor.


Enfin, elle entra dans un grand verger. Elle aperçut des pommiers, des poiriers, des pruniers et même un cerisier. La trace de bave venait de cet arbre en fleur. Elle luisait le long de son tronc.

Magali regarda vers le haut et vit un petit coffret en bois à l'angle du tronc et de la première branche.

Mais la fillette ne sait pas encore monter aux arbres comme son grand frère. Comment faire pour atteindre ce trésor ?

Elle observa les alentours et aperçut un tas de grosses pierres qui traînaient un peu plus loin. Elle réussit à en soulever quelques-unes en les tenant à deux mains. Elle se salit encore plus car ces pierres étaient crasseuses. Elle en posa trois, l'une sur l'autre, contre le tronc.

Profitant de cette marche d'escalier improvisée, elle l'escalada, tendit la main, et saisit le coffret.

Elle tenta d'ouvrir son précieux trésor mais sans succès. Elle revint à la maison par un chemin plus facile.


Si tôt arrivée devant la porte, elle posa la boîte sur une marche d'escalier. Elle courut à sa chambre prendre la petite clé que l'escargot lui avait apportée ce matin. Elle l'introduisit doucement dans la serrure, tourna deux fois et le coffre s'ouvrit.

Les yeux de Magali s'agrandirent. Un beau sourire apparut sur son visage. La boîte était remplie de petits bonbons dorés et argentés. Elle en goûta deux, et les trouva délicieux.

Elle courut montrer son trésor à sa mère. Maman prit un bonbon, puis dit à sa fille en souriant :

-Magali, la prochaine fois que tu iras à la chasse au trésor et te vautrer dans la boue, mets des vieux habits. A présent, range ceux que tu as sur toi dans la machine à laver et va prendre une douche. Tu en as bien besoin.

Après la douche, notre amie mit d'autres vêtements puis contempla son trésor. Elle en était très fière. Elle suça encore un petit bonbon argenté, puis rangea précieusement les autres pour les montrer à ses amies.

Découvre vite la suite de cette aventure au numéro 28. Le sauvetage de l'escargot.