Magali
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Le sauvetage de l'escargot . (Partie 2)

Magali était à la maison. Dehors, l'orage était violent. Le ciel était tout noir. Le vent soufflait avec force. On l'entendait siffler. La pluie crépitait sur les vitres en tombant par rafales. Les éclairs se succédaient les uns aux autres et les coups de tonnerre étaient effrayants.
       Magali avait un peu peur. Heureusement, maman se trouvait là, tout près, ainsi qu'Arnaud, le grand frère de notre amie, et même le petit Julien. Arnaud a huit ans. Julien est encore un bébé, mais cela rassure de se trouver près de ses frères.
       La pluie était si forte qu'on ne voyait presque plus à travers les vitres. L'herbe du jardin disparaissait sous les flaques d'eau. Un moment, il y eut même de la grêle et tout devint blanc.
       Puis l'orage s'éloigna doucement et la pluie fut moins forte. Le soleil apparut entre les nuages.
       Juste à ce moment, notre amie aperçut, au fond du jardin, la jolie pie, l'écureuil aux yeux très doux, la vieille souris et le gentil lapin. Elle les connaît bien.

       Magali a quatre ans et demi. C'est une ravissante petite fille aux cheveux très noirs, que maman lui coiffe en deux couettes qui dansent sur ses épaules quand elle bouge la tête. Ce jour-là, comme bien souvent, elle portait une salopette rouge.
       -Maman, mes amis sont au fond du jardin. Je peux aller leur dire bonjour, s'il-te-plaît ?
       -Tu seras toute mouillée, ma chérie.
       -Mais non, maman, je vais mettre mes bottes et ma veste bleue.
       Magali passa sa veste et ses bottes et sortit au jardin. Des gouttes tombaient encore, mais on n'entendait presque plus l'orage.
       -C'était terrible, gémit le gentil lapin. Je n'ai jamais vu une tempête pareille. Mon terrier s'est rempli d'eau en quelques instants. J'ai dû me sauver dans les blés pour ne pas être noyé.
       -Et moi, fit la jolie pie, j'ai eu très peur de la grêle. Les grêlons ont rempli mon nid en deux minutes. J'ai dû me cacher sous la branche d'un chêne. C'était affreux. Je ne voyais plus toutes les jolies choses que je ramasse partout et qui décorent mon nid : ma pièce de deux euros, ma pièce d'un demi-euro, le capuchon de stylo doré, et bien d'autres choses encore.
       -Mon terrier était rempli d'eau, dit la vieille souris. C'est une catastrophe. Mes grains de blé risquent de moisir dans la boue.
       -Quant à moi, soupira l'écureuil aux yeux très doux, la pluie est entrée dans le trou où j'habite et il faudra au moins deux heures pour qu'il sèche. Mais ce n'est pas pour cela que nous sommes venus te parler.
       Magali les écoutait en silence.

        -Nous sommes venus, reprit le gentil lapin, pour te proposer de sauver ton ami escargot.
       -Serais-tu d'accord ? demanda la jolie pie. Il risque, sinon, de mourir.
       -C'est de sa faute, ajouta la vieille souris.
       -Dis oui, insista l'écureuil aux yeux très doux.
       -Je veux bien, répondit Magali. Que s'est-il passé ?
       -Il est monté sur un arbre en glissant le long du tronc, expliqua le gentil lapin. Puis il s'est avancé le long d'une branche, et enfin, il est arrivé sur une feuille.
       -A ce moment-là, l'orage a éclaté et les grêlons ont frappé si fort sur la coquille de ton ami et sur la feuille qui tremblait que le pauvre petit est tombé, reprit la jolie pie. Par chance, il a atterri sur un nénuphar. Il n'est pas tombé dans l'eau. Un escargot, n'oublie pas, ne sait pas nager.
       -C'est exact, précisa l'écureuil aux yeux très doux. La feuille du nénuphar a sauvé l'escargot de la noyade, mais à présent, il est bien malheureux. Il tourne en rond sur cette feuille comme sur une île, et si on ne va pas le chercher et le remettre sur la terre ferme, il risque d'y mourir de faim ou de se noyer au prochain orage.
       -En effet, ajouta le gentil lapin, un escargot ne peut pas sauter.
       -Et, dit la jolie pie, un escargot ne peut pas s'envoler.
       -Et il n'a pas appris à nager, conclut l'écureuil aux yeux très doux.
       -Je l'ai dit et je le répète, grogna la vieille souris, c'est de sa faute.
       -D'accord, répondit Magali. Accompagnez-moi. Allons-y.

       Magali passa à quatre pattes sous la haie, traversa le champ de blé encore tout mouillé et parvint au bord de l'étang. Cela enfonçait un peu dans l'eau noire, mais heureusement elle portait des bottes aux pieds.
       Elle fit quelques pas entre les roseaux et aperçut le nénuphar et le petit escargot au milieu de l'étang.
       -Il est trop loin, soupira Magali. Je ne peux pas l'atteindre en tendant le bras.
       -Enlève tes bottes, proposa le gentil lapin. Vas-y pieds nus, entre dans l'étang.
       Magali n'avait pas très envie de faire cela parce que l'eau d'un étang est plutôt sale. On y trouve du pipi de canard, de la bave de crapaud, de la vase et de la boue, et parfois même un poisson pourri.
       -En ce cas, garde tes bottes, proposa la jolie pie, mais nage jusque-là.
       Mais notre amie ne voulait pas nager là-dedans non plus, encore moins. Et puis cette eau est si froide.
       -Essaie de lui tendre un bâton, dit l'écureuil aux yeux très doux. Ou bien tire le nénuphar vers toi.
       Malheureusement aucun bâton n'était assez long.
       -Tant pis, ajouta la vieille souris. C'est quand même de sa faute.

       La jolie pie, volant au-dessus de nos amis, aperçut une barquette amarrée de l'autre côté de l'étang. Magali s'y rendit en passant parmi les hautes herbes. Elle entra dans l'embarcation et défit le noeud de la corde qui la retenait au bord.
       Elle saisit une rame et fit avancer la barque doucement, au gré des vagues et des remous. Elle parvint tout près du nénuphar. Elle se coucha contre le bord du bateau et tendit les bras. Cela penchait un peu. Pourtant, notre petite amie n'est pas bien lourde.
       Elle attrapa le bout du nénuphar entre ses doigts et tira de toutes ses forces pour le rapprocher d'elle au maximum.
       Quand il fut assez près, elle saisit l'escargot et le posa sur la planche sur laquelle on s'assied dans une barquette. L'escargot était sauvé. Magali était très fière.

       Mais à présent, elle se trouvait au milieu de l'étang, parmi les nénuphars. Et plus moyen de revenir au bord ! Notre amie eut beau ramer de toutes ses forces, plus moyen de dégager la barque des plantes entre lesquelles elle était coincée.
       Magali se sentait perdue. Elle était comme le pauvre escargot, tantôt, sur sa feuille. Elle se sentit bien seule dans sa barque. Elle ne voulait pas nager dans cette eau qui l'entourait. D'ailleurs elle apprend, mais elle ne sait pas encore nager. Elle ne voulait pas risquer de couler dans l'étang.
       Elle appela papa, maman, Arnaud, en criant bien fort, mais aucun d'eux ne répondit.
       -Ils sont trop loin, songea tout haut Magali. Ils ne m'entendent pas.
       Allait-elle rester là au milieu de l'étang ? Le gentil lapin eut une idée.
       -Rame avec tes mains.
       Magali se coucha contre le bord de la barquette et tenta, en  glissant ses mains dans l'eau, de faire avancer le petit bateau. Hélas, il ne bougeait pas plus qu'avec les rames.
       La jolie pie eut une autre idée.
       -Tire avec tes mains sur les roseaux ou sur les nénuphars. Tu feras avancer le bateau.
       Malheureusement, l'embarcation était bien accrochée dans les plantes. Elle n'avança pas d'un centimètre.
       -Nage, proposa l'écureuil aux yeux très doux.
       Mais encore une fois notre amie ne voulait pas nager. D'abord, elle ne sait pas encore vraiment, et puis l'eau était tellement froide et sale que cela la rebutait.
       -C'est de ta faute, dit la vieille souris.
       -Toi, tais-toi et arrête de répéter sans cesse la même chose, cria la fillette.
       La vieille souris partit.
       
       Magali eut tout à coup une idée. Envoyer ses amis chercher de l'aide à la maison.
       -Va vite, gentil lapin, dit-elle, pleine d'espoir.
       Le lapin courut en toute hâte et entra dans la maison de notre amie par la porte de la cuisine. La maman de Magali s'occupait à préparer le repas du soir.
       -Quel beau petit lapin ! Tiens, prends une carotte. C'est pour toi.
       Le lapin la mangea, puis revint au bord de l'étang.
       -Ta maman est très gentille. Elle m'a offert une belle carotte. Mais elle ne viendra pas. Elle est occupée.
       Magali envoya l'écureuil aux yeux très doux. Il s'approcha de la maison et entra par la porte-fenêtre du salon que l'on venait d'ouvrir après l'orage. Il s'approcha du petit frère de notre amie. Julien, le bébé fit un beau sourire.
       L'écureuil aux yeux très doux observa le petit en inclinant la tête plusieurs fois. Le bébé se mit à rire. L'écureuil revint près de la fillette.
       -Voilà. Je suis allé à ta maison. J'y suis entré et j'ai vu ton petit frère. Il a bien ri en me regardant. Je crois qu'il m'aime bien. Mais il ne peut pas venir te délivrer, car il ne peut pas sortit de son parc.
       -Bien entendu, répondit Magali. Il est beaucoup trop petit.
       La jolie pie alors s'envola et partit vers la maison de notre amie à son tour. Elle se posa sur le bord de la fenêtre du premier étage. Ce n'était pas la chambre de Magali de ce côté, mais celle d'Arnaud, son grand frère de huit ans.
       La jolie pie regarda par la vitre puis revint près de la barque de notre amie.
       -J'ai vu ton grand frère. Il est avec son amie Manon. Ils sont occupés à s'embrasser comme des amoureux. Je n'ai pas voulu les déranger.
       -Zut, s'écria Magali. Qui va venir m'aider à me sortir des nénuphars ?

       Quelques gouttes de pluie se mirent à tomber. L'orage revenait. Bientôt, malgré ses bottes et son imperméable, Magali risquait d'être bien mouillée. Tout ruisselait.
       En plus, elle avait peur, maintenant, très peur. Elle venait de voir un éclair et entendit le grondement du tonnerre. Elle était toute seule, sur la barque, au milieu de l'étang, sous la pluie qui tombait à torrent. Elle se mit à pleurer.
       Quelques minutes passèrent, puis elle vit arriver un pêcheur.
       -Que fais-tu là au milieu de l'eau, petite fille ?
       -Je suis montée sur la barquette pour aller chercher et sauver mon petit escargot, monsieur. Mais je ne peux pas revenir. Je suis coincée dans les nénuphars. Je suis toute mouillée, j'ai froid. Je veux retourner à la maison, chez papa et maman.
       -Mets-toi sur le côté, dit le pêcheur. Je vais tâcher d'attraper la barquette avec le hameçon de ma canne à pêche.
       L'homme visa avec soin, fit un lancer et réussit à attraper la barque sans toucher notre amie. Il la tira jusqu'au bord de la rive.
       Magali put quitter la barque. Elle prit le petit escargot et le posa dans l'herbe. Il était sauvé. Et elle aussi. Elle remercia le gentil pêcheur et se sauva chez elle.

       En route vers la maison, Magali salua le gentil lapin qui retournait à son terrier, la jolie pie, qui s'envola vers son nid, et l'écureuil aux yeux très doux qui filait vers son arbre.
       Et moi, je retourne à ma maison, car mon histoire est terminée.