Magali
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La plume

Pendant qu'elle jouait au jardin, un coup de vent apporta une plume à Magali. C'était une jolie plume blanche, violette et noire. Elle n'en avait jamais vu de pareille.
Elle la prit en main et la caressa du bout de son doigt en regardant autour d'elle. Qui pouvait bien avoir perdu cette plume ? A quel animal appartenait-elle ?
Elle entra dans la maison en emportant la plume avec elle. Elle la glissa dans la poche de sa salopette rouge et regarda son petit frère, le bébé Julien. Juste à la naissance, les petits enfants n'ont-ils pas des plumes? Des plumes de cigognes, par exemple?
Non, décida Magali, les bébés ne portent jamais de plumes.
Magali sortit de la maison et traversa le jardin. S'approchant de la barrière, tout au fond, là où l'herbe est plus haute, elle rencontra un hérisson qui cherchait un ver de terre pour son dîner. Elle l'appela trois fois.
-Petit hérisson, petit hérisson, petit hérisson.
-Bonjour, que me veux-tu?
-Tu n'as pas perdu une plume, par hasard ? demanda notre amie.
-Sûrement pas, fit le petit animal. Comment voudrais-tu, d'ailleurs. Je ne porte pas de plumes, moi. Mon dos est couvert de piquants.
-Excuse-moi, répondit la fillette. A plus tard.
Magali passa la tête entre les plants de la haie qui séparent son jardin de celui de la maison à côté où habite un vieux monsieur, le grand-père de son copain Adrien.
Le garçon a une tortue. La fillette la repéra et l'appela.
-Vieille tortue, vieille tortue, vieille tortue.
Elle arriva très à son aise. Notre amie l'observa avec attention. La plume ne pouvait pas lui appartenir. Elles n'ont pas des poils comme nous. Elles n'ont pas de plumes non plus.
Elles ont une carapace très dure et si on les ennuie, elles rentrent leur tête, leurs pattes et leur queue à l'intérieur de leur petite maison.
Magali ouvrit la barrière au fond du jardin. Elle traversa la route en terre et s'avança dans le champ de blé. Elle était jolie au milieu de ces épis jaunes avec sa salopette rouge, ses petites baskets blanches et ses longues couettes de cheveux noirs.  
Elle s'approcha du rocher blanc situé au centre du champ de blé. Là-dessous se trouve le terrier où vit le gentil lapin blanc. Elle l'appela trois fois.
-Gentil lapin, gentil lapin, gentil lapin.
Le lapin apparut, pointant son museau hors du trou.
-Bonjour Magali.
-Bonjour, gentil lapin. Tu n'aurais pas perdu une plume, par hasard?
-Oh, non, répondit le lapin. Nous, nous avons des poils comme les chats. Mais va là-bas près de la rivière. Il y a d'autres animaux. Tu trouveras peut-être celui auquel ta plume appartient.
Poursuivant sa route, notre amie repéra un troupeau de vaches qui broutaient tranquillement l'herbe et les fleurs dans un pré. Elle en observa une noire et blanche avec attention, sans la déranger.
La plume ne pouvait pas appartenir à la vache. Elle n'en a nulle part. On n'a d'ailleurs jamais vu une vache voler dans le ciel parmi les hirondelles.
-Mais bien sûr, s'écria notre amie. Une plume, c'est pour voler! Celle que j'ai trouvée dans le jardin appartient sans doute à un oiseau.
La petite fille revint à la maison. Sa maman l'appelait pour le goûter. Elle en profita pour l'interroger. Connaissait-elle un animal blanc et noir?
La maman réfléchit un instant puis songea au panda.
-Les pandas sont noirs et blancs, ma chérie.
-Et où trouve-t-on des pandas, maman ?
-En Chine, de l'autre côté de la terre.
-Oh, zut, soupira Magali. Alors la plume que j'ai trouvée au jardin n'appartient certainement pas à un panda.
-Non, répondit maman. Les pandas n'ont d'ailleurs pas de plumes. Ce ne sont pas des oiseaux.
Magali s'approcha de son papa et l'interrogea. Elle lui demanda s'il connaissait un animal blanc et noir. Papa évoqua aussitôt les zèbres.
-Le zèbre ressemble à un cheval, mais au lieu d'être brun ou noir ou moucheté, il a des lignes blanches et noires en alternance.
Papa confirma que la plume ne pouvait pas appartenir à un zèbre.
-Ils vivent en Afrique. C'est très loin d'ici. Ensuite, ils n'ont pas de plumes. Ils ont des poils comme nous. Ils ne volent d'ailleurs pas comme les oiseaux.
Notre amie ressortit de la maison et courut au ruisseau. L'eau était transparente. On y voyait les cailloux briller au soleil. Magali aperçut un joli poisson rouge. Elle l'appela trois fois.
-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.
Pas de réponse. Le petit animal continuait sa promenade sous l'eau. Magali se rappela que quand elle va à la piscine et qu'elle plonge la tête sous la surface de l'eau, elle n'entend plus les voix de ceux qui sont au bord du bassin. Elle n'entend que les bruits de la piscine. Elle cria plus fort.
-Poisson rouge, poisson rouge, poisson rouge.
-Que me veux-tu?
-Tu n'aurais pas perdu une plume, par hasard?
-Moi? Oh non, je ne porte pas de plumes. Nous avons des écailles, nous, les poissons. Des écailles et des nageoires.
-Même les poissons volants ? insista la fillette.
-Mêrne les poissons volants.
-Merci, soupira Magali.
Elle longea la rivière jusqu'à l'étang. Elle pensait y trouver des oiseaux. Elle se glissa entre les roseaux et écouta. Elle entendit les grenouilles coasser. Elle en aperçut une qui sautait d'un nénuphar à l'autre.
Ce ne pouvait pas être elle qui avait perdu la plume, car les grenouilles n'ont qu'une peau nue, couverte de bave.
Elle entendit alors les cris de deux canards qui se poursuivaient. Elle s'approcha doucement de l'eau en passant entre les roseaux et les joncs.
-Les canards, les canards, les canards.
-Que veux-tu, petite fille? Tu nous apportes du vieux pain?
-Vous n'auriez pas perdu cette plume noire et blanche?
-Non. Ce n'est pas à nous. Nous, nous portons des plumes vertes. Demande au cygne.
La fillette fit un pas en avant. Elle ne put s'approcher davantage car elle enfonçait dans la boue.
Ses petites baskets étaient déjà humides et un peu sales. Elle appela le grand cygne. Il se retourna.
-Cette plume n'est pas à moi, dit-il. Regarde, je suis tout blanc. J'ai juste un peu de noir autour des yeux.
Magali ne répondit rien. Elle avait peur de ce grand cygne. Elle préféra s'éloigner.
Elle revint vers la maison. En chemin, elle aperçut un épouvantail. Comme il avait l'air triste! Il faisait un peu peur, et surtout peine à voir.
On l'avait fabriqué avec une brosse dont le manche était enfoncé dans la terre. On y avait accroché un vieux manteau noir tout déchiré et un chapeau troué.
Magali craignit un peu de s'approcher de l'épouvantail parce que ses loques bougeaient au vent, mais, après tout, ce n'est qu'un bâton avec des vieux habits.
Elle songea que ce serait peut-être une bonne idée d'accrocher la plume qu'elle avait trouvée au chapeau de l'épouvantail. Ainsi l'oiseau qui l'avait perdue la verrait et pourrait la reprendre sans difficulté.
Elle se mit sur la pointe des pieds et réussit à enfoncer la plume dans le chapeau.
Puis elle revint toute contente vers son jardin.
A peine s'était-elle assise dans l'herbe, qu'une jolie pie se posa près d'elle.
-Est-ce toi qui as pris ma plume? demanda la pie.
Magali observa l'oiseau noir et blanc, avec sur les côtés quelques petites plumes violettes.
-Maintenant, j'ai compris, s'écria Magali. Celle que j'ai trouvée au jardin t'appartient.
-Bien vu, répondit la pie. Et j'aimerais bien la récupérer parce que je voudrais la mettre dans mon nid. Cela me fait un petit lit très doux quand je me couche.
-Je ne savais pas qu'elle était à toi, fit la fillette. Je ne voulais pas te faire de peine.
-Je le sais bien, répondit l'oiseau. Il n'y a pas de problème, petite fille. Mais où as-tu laissé cette plume?
-Je l'ai accrochée au chapeau de l'épouvantail. Tu peux aller la chercher. C'est là-bas, dans le champ de blé. Ce n'est pas loin d'ici.
-Je n'oserais jamais, déclara la pie. Un épouvantail, cela fait trop peur. C'est mis là pour chasser les oiseaux. Je n'oserai pas m'en approcher.
-Moi, j'y suis bien allée. C'est vrai que cela fait un peu peur, mais c'est surtout un peu triste. Si tu veux, attends-moi. Je vais te la rechercher, proposa notre amie en souriant.
Magali retourna donc dans le champ de blé. Elle s'approcha de l'épouvantail. Elle entendit un bruit bizarre.
-Hiiu, ha, Hiiu, ha.
Ce bruit en va-et-vient effrayait notre petite amie. Elle s'approcha très lentement. Son coeur battait vite. Elle se demandait d'où cela venait. Quand elle était venue, tantôt, on n'entendait rien...
Etait-ce l'épouvantail qui parlait? Etait-ce quelqu'un caché derrière lui? Elle en avait vraiment peur.
Courageuse, elle s'en approcha encore. Elle était aussi curieuse et voulait savoir.
Elle comprit en arrivant tout près que l'épouvantail bougeait au vent qui s'était levé. Chaque fois qu'il penchait vers la gauche, on entendait « Hiiu », et chaque fois qu'il revenait à sa place, on entendait « Ha ».
Magali osa pourtant reprendre la plume qu'elle avait enfoncée dans le pauvre chapeau troué.
Elle revint au jardin en courant et présenta la plume à la pie. Celle-ci remercia la fillette, puis, emportant la plume dans son bec, elle fila vers son nid.
L'oiseau revint quelques instants plus tard.
-Je vais te faire un cadeau parce que tu m'as rendu ma plume. Tu es bien gentille. Regarde, je t'ai apporté une petite cuillère en or que j'ai trouvée dans un jardin. C'est pour toi.
-Merci, fit notre amie.
Magali l'a toujours gardée en souvenir de son aventure avec la plume de pie. Elle s'en sert tous les matins pour manger ses céréales avant de partir pour l'école.