Magali
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Le tresor d'Adrien

     Lorsque Magali ouvrit les yeux, ce matin-là, le soleil n'était pas encore levé. L'aube pointait à peine sa lumière blanche à l'horizon. Elle s'éveilla car elle entendait rire.

Magali âgée de quatre ans et demi a des ravissants cheveux noirs que ses parents lui coiffent en deux couettes qui dansent sur ses épaules quand elle bouge la tête. Elle met souvent une salopette rouge, mais pour l'instant, elle portait dans sa robe de nuit rose avec des petits rubans.


Elle écouta le rire. Il tintait joyeux et frais.

D'abord, elle pensa à celui de son petit frère, mais ce n'était pas la voix du bébé. Elle songea ensuite à Arnaud, son grand frère de huit ans, mais le garçon semblait encore bien endormi. Comme ça ne ressemblait ni à papa ni à maman, elle écouta mieux et entendit que le rire venait de dehors.

Elle se leva et s'approcha de la fenêtre.

Elle vit alors, dans le jardin voisin, de l'autre côté de la haie, un petit garçon, qui semblait du même âge qu'elle et qui riait en jouant.

Voilà comment ce jour-là, elle rencontra pour la première fois celui qui devint par la suite son meilleur ami : Adrien.

Magali connaît bien le vieil homme qui habite à côté de chez elle. Mais elle n'avait jamais vu de petit garçon dans son jardin. Ce devait être son petit-fils. Elle le trouva mignon avec ses cheveux blonds bouclés.

Tout à coup, il leva les yeux et regarda la fillette à la fenêtre. Elle lui fit bonjour. Adrien répondit en faisant le même geste.

Alors, notre amie, un peu entreprenante peut-être, lui envoya des bisous de la paume de sa main. Adrien eut à ce moment un merveilleux sourire et renvoya les bisous d'un geste de sa main lui aussi.

-Attends, cria Magali. Je m'habille et j'arrive.


Elle ne trouva que sa salopette rouge sur sa chaise. Maman avait dû prendre le t-shirt blanc hier, pour le mettre dans la machine à laver. Elle n'osa pas en choisir un autre dans l'armoire. Tant pis. Il ne faisait pas froid.

Elle se glissa dans sa salopette après avoir retiré sa robe de nuit et comme elle ne trouvait pas ses petites sandales de toile, elle descendit l'escalier pieds nus.

Elle traversa la cuisine, ouvrit la porte et passa au jardin.

Rapidement, ses pieds devinrent tout mouillés. La rosée couvrait l'herbe de perles brillantes. Elle parvint à un trou dans la haie, par lequel elle se faufila à quatre pattes et se retrouva chez le voisin. Elle s'approcha du petit garçon.

-Bonjour ! Comment t'appelles-tu ?

-Adrien. Et toi ?

-Moi, c'est Magali. Tu habites là ?

-Non, mais je reste un jour ou deux chez mon grand-père.

-Quelle chance! On va pouvoir jouer ensemble, si tu veux.

-As-tu déjà vu un trésor ? demanda le garçon.

-Un trésor ? s'étonna notre amie. Un vrai?

-Oui. Il est caché au fond du jardin, parmi les rochers. Viens voir.


Dans l'angle de la pelouse du vieux monsieur, se trouvait un endroit de pierrailles entourées de fleurs mauves et jaunes.

Adrien retira une boîte coincée dans un creux. Magali vit un paysage peint sur le couvercle.

Les deux enfants s'assirent côte à côte dans l'herbe. Le garçon ouvrit la boîte. Elle contenait une collection d'objets étranges, insolites.

Il les sortit un à un et les montra à sa nouvelle amie.


-Regarde d'abord cette carte postale, dit-il. Elle vient du Japon.

On y voyait quatre cavaliers, mais un des cavaliers était un squelette. Il chevauchait un cheval, lui-même squelette.

Impressionnant! Magali n'avait jamais vu cela de sa vie.


Puis, Adrien lui glissa une petite bague dans la main. Un simple anneau doré. Il assura que c'est la bague que porte la princesse Aurore dans « La belle au bois dormant ».

Magali hésita pas tout à fait convaincue, mais, après tout, pourquoi pas ?


Le petit garçon possédait aussi une énorme vis, vraiment lourde. Adrien prétendit que c'est la plus grosse vis du monde.

-Des vis comme celle-ci servent à fixer les rails des chemins de fer sur les traverses. Grâce à elles, les trains ne déraillent pas. Mon papa l'affirme.

Il la prêta à Magali. La prenant dans ses mains, elle la trouva particulièrement pesante.

Puis Adrien la reprit et la reposa dans sa boîte avec soin au côté de la bague dorée.


Il exhiba ensuite un sifflet bleu. Il le porta à ses lèvres et souffla doucement. Le son qui en sortit ne ressemblait pas à celui des autres sifflets. C'était un son étrange, et qui faisait un peu peur.

-Ouh, ouh, ouh.

-Ce sifflet sert à appeler les hiboux, la nuit, affirma le garçon. Si tu te promènes dans un bois et que tu souffles doucement comme moi, tu imites le hululement de la chouette ou des hiboux. Alors ils s'approchent de toi, car ils croient reconnaître le cri d'un des leurs.

Magali allait de surprise en étonnement. Le trésor de son nouvel ami la fascinait.


-Et ceci, ajouta le garçon. Voici des yeux de dinosaure.

La fillette eut un doute sérieux. Pas possible, se dit-elle. Il me raconte une blague. Mais le garçon insista.

-Prends-en un entre deux doigts et place-le juste devant tes yeux. Puis regarde au travers. Tourne-toi vers la lumière et tu découvriras comment voyaient les dinosaures.

Magali saisit une des petites pierres bleues entre le pouce et l'index. Elle l'approcha de son oeil gauche et vit le paysage en bleu-turquoise. 

-Peut-être, songea la fillette.


-Et puis, enchaîna Adrien, voilà une pierre très dure, bleu foncé, sur laquelle des petites boules blanches semblent collées. Ce sont des oeufs de dinosaure. Hélas, ils ne vont jamais éclore. Il manque leur maman pour les couver. Elles sont mortes depuis des millions d'années.

Notre amie ressentit un moment d'émotion en pensant à ces petits oeufs qui ne seront jamais des bébés animaux parce que leurs mamans dinosaures ont disparu depuis si longtemps.


-Et voici mon objet le plus précieux, reprit le garçon en sortant un petit coffret de sa boîte. Regarde, tu pousses là, sur la fleur rouge qui le décore et il s'ouvre.

C'était rempli de bonbons de toutes les couleurs.

-Tu peux en manger trois, parce que tu es mon amie à présent.


Adrien présenta ensuite à Magali une grosse bille rouge.

-Tiens, dit-il en la lui plaçant dans la main, viens voir.

Ils coururent jusqu'à la table que le grand-père du garçon laisse sur la terrasse, derrière la maison.

-Regarde cette bille magique. Elle roule toute seule. On ne doit pas la pousser.

En effet, si tôt posée sur la table, pourtant bien plane, la bille roula vers la gauche. Puis spontanément, elle tourna vers la droite, puis de nouveau vers la gauche avant de tomber sur le sol.

Adrien la ramassa et retourna vers la boîte au trésor laissée au fond du jardin. Notre amie le suivit.


Il en sortit alors un étrange tube en métal argenté. Cela ressemblait à une petite lampe de poche.

-Voici une machine qui fait venir les fées, dit-il. Regarde.

Le garçon en dirigea le fin faisceau lumineux vers la demeure de son grand-père. Magali vit apparaître une petite lumière orange. Elle courut vers la tache lumineuse pour tenter de la toucher ou de s'en saisir, mais chaque fois que notre amie allait l'atteindre, elle changeait de place.

Etait-ce parce qu'Adrien dirigeait le petit appareil dans une autre direction en riant ? Ou était-ce vraiment une fée qui ne voulait pas se laisser attraper ?

 

Il exhiba ensuite un curieux petit objet rouge et vert. Il le secoua. Cela fit un horrible bruit, qui ressemblait un peu à un claquement de dents.

-Un chasse-peur, expliqua Adrien. Si quelque chose te fait peur, ou si une nuit tu te réveilles après un affreux cauchemar, tu agites cet objet et ta peur s'en va.

-J'aimerais bien en avoir un, dit Magali.

-Alors, je te donne le mien.


Il ne restait plus qu'un seul objet dans la boîte du garçon.

Un petit sac en velours rouge.

Il l'ouvrit avec précaution et en sortit une pierre très belle, un peu grise un peu verte, en forme de cube. Les faces de cette pierre étaient lisses et luisantes.

-Regarde, dit Adrien avec émotion. Voilà une pierre à voeu.

-On peut lui demander n'importe quoi ? 

-Oui, à condition d'obéir à la règle.

-Quelle règle ? interrogea la fillette.

-Ce cube possède six côtés. Tu dois mettre ton pouce et ton index sur deux faces opposées et moi sur deux autres. On essaie ? On peut le faire car il faut toujours que ce soit un garçon et une fille. Jamais deux garçons ou deux filles.

Les deux enfants posèrent délicatement leurs doigts.

-On doit ensuite fermer les yeux, continua Adrien, et, tout bas, chacun prononce son voeu. Il faut que le voeu soit le même pour tous les deux, car si le voeu diffère, au lieu d'un bonheur, il arrive un malheur.

-Tu crois ? s'inquiéta Magali.

-Et ce n'est pas tout, ajouta le garçon. Après, on doit se donner un bisou comme les amoureux.

Notre amie ne voulait pas donner un bisou de ce genre, mais elle est curieuse et impatiente. Alors elle accepta.

Ils prononcèrent leur voeu tout bas, en laissant leurs doigts posés sur les faces de la petite pierre, les yeux fermés.

Puis ils les ouvrirent et se donnèrent le bisou d'amoureux.

Adrien rangea la pierre dans son écrin rouge.


-Qu'as-tu demandé ? interrogea le garçon.

Magali sourit.

-Je voudrais que tu viennes souvent chez ton grand-père. Comme cela, on pourra s'amuser ensemble.

Adrien posa sa main devant sa bouche. Il semblait inquiet.

-Tu n'as pas demandé la même chose ? Tu ne veux pas être mon ami ?

Si, mais j'ai demandé que tu deviennes un garçon, comme ça, on pourra jouer au football.

Les deux enfants se séparèrent. On les appelait.


Pendant dix jours, il ne se passa de spécial. Magali se demandait si leurs voeux allaient se réaliser.

Le onzième jour, au matin, les deux enfants se réveillèrent, chacun dans sa maison, couverts de boutons qui chatouillaient très fort.

Le docteur, appelé par les parents, affirma que c'était la varicelle.

Adrien pensa que le malheur venait car ils n'avaient pas prononcé le même voeu.

Magali n'en démordit pas. Elle était certaine que cela leur arrivait à cause de ce bisou d'amoureux.


Je te laisse réfléchir.

Qu'en penses-tu ? Qui, selon toi, avait raison ?