Magali
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Les Deux Poupées

     Magali a deux poupées. L'une est habillée d'une robe rouge, elle la nomme Cerise. L'autre, vêtue d'une salopette bleue, s'appele Myrtille.

Notre amie jouait au jardin avec ses deux poupées quand, tout à coup, sa maman l'appela.

-A table, ma chérie.

Magali posa ses poupées dans l'herbe et courut à la maison. Après le repas du soir, elle prit son bain et puis elle passa sa jolie robe de nuit rose avec des petits rubans. Elle embrassa papa, elle embrassa maman et se mit au lit. Elle s'endormit rapidement.

 

Notre amie se réveilla au milieu de la nuit. Elle entendait une voix murmurer :

-"Magali, Magali".

D'abord, la fillette se demanda si ce n'était pas son grand frère Arnaud qui l'appelait, mais il dormait certainement. Cela ne pouvait pas être le bébé Julien, son petit frère, il ne parle pas encore. Il ne sait pas encore dire:"papa, maman".

Elle sortit de son lit et se dirigea vers la fenêtre. Elle s'appuya sur le rebord et se pencha. Elle aperçut Cerise et Myrtille dans le jardin. Les deux poupées tendaient les bras vers la fillette et appelaient.

-Magali, Magali. Nous avons peur toutes seules dehors. Et nous tremblons de froid, seules dans la nuit. Viens nous chercher. Tu nous as oubliées.

Notre amie sortit de sa chambre, descendit pied nus I'escalier, ouvrit la porte de la cuisine et parvint au jardin. Elle ramassa ses deux poupées.

A ce moment-là, à cause d'un courant d'air ou d'un coup de vent, la porte de la cuisine claqua. Magali ne pouvait plus rentrer chez elle.

Elle sentit ses larmes couler, puis elle réfléchit. Elle passa entre la haie et la maison et arriva sur le trottoir. Elle monta deux marches d'escalier et tenta de sonner à la porte pour réveiller ses parents. Hélas, même sur la pointe des pieds, elle ne parvint pas à atteindre le bouton de la sonnette.

Alors, elle s'assit sur les marches et, tenant ses poupées dans les bras, elle se mit à pleurer.

 

Un lapin blanc passa en sautillant dans la rue. Il regarda la petite fille, étonné de la voir sur le pas de la porte. Elle l'appela trois fois.

-Gentil lapin, gentil lapin, gentil lapin.

-Pourquoi pleures-tu ? demanda le gentil lapin.

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. 

Magali réfléchit.

-Mais toi tu pourrais y arriver, reprit-elle. Tu sais sauter. Les lapins peuvent bondir bien haut. Tu veux bien tenter d'atteindre le bouton de la sonnette ?

Le gentil lapin sauta de son mieux. Il s'y reprit plusieurs fois, mais il ne réussit jamais à bondir assez haut.

-Tant pis, soupira le lapin, par contre, si tu veux, tu peux venir dormir avec moi, dans mon terrier, là-bas, à l'entrée du bois.

Magali regarda au loin. Elle n'osait pas aller dans le bois toute seule avec lui. Et puis, elle ne voulait pas se coucher dans un terrier plein de terre et de boue. Elle allait se salir, et d'ailleurs, le terrier serait sûrement trop étroit.

Le gentil lapin partit. Elle se remit à pleurer.

 

Soudain, elle vit passer un oiseau. Il se posa près d'elle. Un corbeau noir. Elle l'appela trois fois.

-Corbeau noir, corbeau noir, corbeau noir.

-Que fais-tu hors de ta maison ? demanda l'oiseau.

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. Un gentil lapin a essayé de l'atteindre en sautant, mais il ne bondit pas assez haut.

Après un instant de silence passé à observer le corbeau noir, notre amie ajouta :

- Tu sais voler. Tu pourrais planer jusqu'à la sonnette et enfoncer le bouton avec ton bec.

-D'accord, répondit le corbeau noir.

L'oiseau s'envola et visa plusieurs fois la sonnette. Mais, chaque fois, soit il passait à côté, soit son bec glissait sur le bouton.

-Je n'y arrive pas, avoua le corbeau, mais, si tu veux, viens dormir chez moi dans mon nid, comme cela tu ne resteras pas toute seule.

-Impossible, dit Magali en souriant. D'abord, je n'oserais pas monter au sommet de ton arbre, et ensuite, je suis bien trop grande pour me coucher dans un nid.

Le corbeau noir s'envola. Elle s'assit de nouveau sur l'escalier, le visage plein de larmes.

 

Se tournant pour observer la façade, elle aperçut un lézard vert sur le mur de la maison. Elle l'appela trois fois.

-Lézard vert, lézard vert, lézard vert.

-Pourquoi pleures-tu? demanda le lézard vert.

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. Un gentil lapin a essayé d'y arriver en sautant, mais il ne bondit pas assez haut. Un corbeau noir a tenté ensuite de pousser sur le bouton, mais son bec glisse.

La fillette réfléchit un instant.

-Mais toi, le lézard vert, tu grimpes sur les murs. Tu veux bien aller sonner en poussant avec ta patte ?

-Certainement, répondit le petit animal vert.

Il grimpa très agilement le long du mur et posa sa petite patte sur la sonnette. Malheureusement, il n'avait pas assez de force dans la patte pour enfoncer le bouton. Cela ne servait à rien d'insister.

-Je regrette, murmura le lézard, mais viens dormir chez moi.

-Où habites-tu ? demanda Magali.

-Dans une fente du vieux mur écroulé, là-bas, à l'entrée du bois. Suis-moi, tu verras.

-Je ne pourrai pas dormir dans la fente d'un mur, affirma notre amie. Je suis bien trop grande et puis cela me ferait mal de dormir sur des briques.

Le lézard vert partit. Des larmes coulaient sur les joues de la petite fille.

 

Une grosse vache et son petit veau observaient la scène depuis le pré, de l'autre côté de la rue. Magali l'appela trois fois.

-Grosse vache, grosse vache, grosse vache.

-Pourquoi pleures-tu, petite fille ? demanda la grosse vache.

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. Un gentil lapin a essayé de sauter pour m'aider, mais il ne bondit pas assez haut. Un corbeau noir a tenté d'appuyer sur le bouton mais son bec glisse. Le lézard vert n'a pas assez de force dans la patte pour enfoncer le bouton.

-Mais moi j'ai de la force dans ma patte, beugla la grosse vache. Je voudrais t'aider, mais, malheureusement, je suis enfermée dans mon enclos. Si tu peux ouvrir la barrière et les fils barbelés, je vais venir enfoncer cette sonnette avec mon sabot.

Notre amie s'approcha de la barrière, mais elle ne réussit pas à l'ouvrir.

-Tant pis, fit la grosse vache. Mais ne reste pas là dehors. Viens dans mon étable. Je t'installerai sur de la bonne paille et tu pourras dormir par terre, près de moi, bien au chaud.

Magali remercia, mais elle ne souhaitait pas aller se coucher dans une étable. Elle avait peur de rencontrer des araignées dans la paille. Elle craignait aussi que cela sente mauvais. Elle s'assit devant la porte de sa maison et retrouva ses larmes.

 

Quelques instants plus tard, elle aperçut un chat noir et blanc. Polipilou, son petit chat s'apprêtait à traverser la rue. Elle l'appela trois fois.

-Polipilou, Polipilou, Polipilou...

-Oui?

-Peux-tu m'aider à entrer dans la maison ?

-Pourquoi traînes-tu dehors au milieu de la nuit ?

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. Un gentil lapin a essayé de sauter pour m'aider, mais il ne bondit pas assez haut. Un corbeau noir a tenté d'appuyer sur le bouton mais son bec glisse. Le lézard vert n'a pas assez de force dans la patte pour enfoncer le bouton. La grosse vache dans le champ voulait bien venir m'aider, mais elle est enfermée derrière une barrière et je ne sais pas l'ouvrir. Toi, tu peux m'aider ?

-Facile, affirma Polipilou. Il suffit que tu prononces la formule magique qui ouvre les portes des maisons.

-Tu connais cette formule magique ? demanda Magali.

-Je ne la sais pas, répondit Polipilou, mais la vieille souris peut te la dire.

Cette vieille souris habite dans une crevasse, au coin de la maison. Elle a mauvais caractère, et répète toujours «C'est de ta faute ».

 

Notre amie s'agenouilla devant l'entrée de la crevasse et s'assit sur ses talons. Elle l'appela trois fois.

-Vieille souris, vieille souris, vieille souris!

Une vieille souris, dont la moustache grise tombait sur les joues, apparut au seuil de son logis.

-Que me veut-on ? demanda-t-elle. Je parie que c'est de ta faute.

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. 

La vieille souris écoutait en silence.

-Un gentil lapin a essayé de sauter pour m'aider, mais il ne bondit pas assez haut. Un corbeau noir a tenté d'appuyer sur le bouton mais son bec glisse. Le lézard vert n'a pas assez de force dans la patte pour enfoncer le bouton. La grosse vache dans le champ voulait bien venir m'aider, mais elle est enfermée derrière une barrière et je ne sais pas l'ouvrir. Alors, Polipilou m'a expliqué que tu connais une formule magique qui ouvre la porte des maisons.

-Exact, confirma la vieille souris. Je connais cette formule magique.

-Tu veux bien me la dire ? supplia Magali.

-Je veux bien, dit la souris. Mais que me donnes-tu en échange ?

-Rien, regretta notre amie.

-Tu ne caches pas quelque chose à grignoter quelque part ? soupçonna la souris.

-Non, répondit Magali.

Mais, soudain, elle se souvint que cet après-midi, sa maman lui avait donné un bonbon. Elle l'avait glissé dans la poche de la salopette de sa poupée Myrtille. Elle le retrouva et le donna à la vieille souris. Elle expédia le bonbon dans son trou et puis elle expliqua :

-Ecoute-moi bien. La formule magique est facile. Tu devras prononcer "papa, maman" trois fois. Une fois tout bas, une fois avec une voix normale, et une fois en la criant le plus fort que tu peux. Tu as bien compris ? N'oublie pas, si non c'est ta faute.

-J'ai bien compris, affirma la fillette.


Magali se plaça devant la porte en tenant ses deux poupées dans les bras, et tout bas, elle prononça « papa, maman ».

La porte ne s'ouvrit pas.

Alors, elle répéta pour la seconde fois la formule magique. Elle prononça tout haut : «papa, maman». Mais la porte ne s'ouvrit pas plus.

Une troisième fois, notre amie répéta la formule magique en criant le plus fort qu'elle pouvait.

Papa et maman se réveillèrent en sursaut dans leur chambre, descendirent l'escalier et ouvrirent. La formule magique avait fonctionné. La porte de la maison s'ouvrait enfin.

-Que fais-tu dehors au milieu de la nuit ? demanda maman.

-J'ai oublié mes poupées au jardin, expliqua Magali. Elle m'ont appelée et je suis sortie pour les prendre. Mais pendant ce temps, la porte s'est refermée toute seule à cause du vent. J'ai voulu sonner, mais je suis trop petite pour atteindre le bouton de la sonnette. Un gentil lapin a essayé de sauter pour m'aider, mais il ne bondit pas assez haut. Un corbeau noir a tenté d'appuyer sur le bouton mais son bec glisse. Le lézard vert n'a pas assez de force dans la patte pour enfoncer le bouton. La grosse vache dans le champ voulait bien venir m'aider, mais elle est enfermée derrière une barrière et je ne sais pas l'ouvrir. Alors, j'ai vu passer Polipilou et il m'a dit que la vieille souris connaît la formule magique qui ouvre les portes des maisons. Je l'ai prononcée trois fois et vous voilà.

Papa et maman prirent leur petite fille dans les bras et la reconduisirent dans sa chambre. Ils s'embrassèrent et tout le monde alla se recoucher.

 

Mais, avant de se mettre au lit, Magali se pencha par la fenêtre.

Elle salua le gentil lapin qui s'éloignait vers son terrier dans la forêt et le remercia. Elle fit au revoir au corbeau noir, qui s'envolait vers son nid. Elle dit adieu au lézard vert qui s'encourait sur le mur. Puis, au loin, elle fit des grands signes à la grosse vache, qui avait voulu de l'aider et l'accueillir dans l'étable. Elle envoya un bisou à Polipilou, qui s'en allait chasser près de la rivière.

Enfin elle fit un signe de la main à la vieille souris, mais elle ne le vit pas. Elle était bien trop occupée. Elle mangeait le bonbon de Magali au fond de son trou, avec le papier autour...