Magali
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Les trois chatons

     Magali jouait au fond du jardin. Elle racontait des histoires à sa poupée préférée, quand elle entendit un miaulement. Elle se leva et regarda autour d'elle.

Ça provenait depuis l'autre côté de la haie.

Notre amie de quatre ans et demi se dirigea vers la barrière et la poussa. Elle passa sur la route en terre qui longe le champ de blé. Elle fit trois pas, puis s'arrêta pour écouter de nouveau.

Le petit chat ne doit pas se trouver loin, pensait-elle.

Elle écarta quelques épis de blé et découvrit trois jolis chatons, serrés les uns contre les autres. Ils miaulaient de manière bien triste.

- Que faites-vous là ? demanda la fillette. Où sont votre papa et votre maman ?

- Ils nous ont abandonnés ici.

- Pauvres petits, je vais vous amener à ma maison.

 

Mais comment faire pour les porter tous les trois ? se demanda notre amie.

Magali en saisit un, mais pendant qu'elle se penchait pour prendre le deuxième, le premier quittant ses bras, sauta à terre. Et puis, ils griffaient ces petits-là.

- Bon, attendez-moi ici. Je vais demander conseil à mon papa.

 

Elle repassa la barrière et se dirigea vers la porte de la cuisine. Tout à coup, elle entendit qu'on l'appelait.

- Magali ! Magali !

- Oui ?

Elle se tourna et aperçut Adrien, son meilleur ami, dans le jardin à côté.

Le garçon n'habite pas là. C'est la maison de son grand-père. Mais lorsqu'il passe la journée chez son bon-papa, il joue toujours avec notre amie.

La fillette s'approcha de la haie et lui demanda s'il avait entendu miauler les trois chatons.

- Ils sont abandonnés par leurs parents, dit-elle. Je voudrais les porter à ma maison, mais je ne sais pas comment m'y prendre. Ils ne restent pas dans mes bras et ils griffent. Ils ont peur.

- Prenons la brouette de mon grand-père, proposa Adrien. On les y mettra.

- Bonne idée ! dit Magali en souriant.

 

Ils retournèrent près du champ de blé. Les trois chatons n'avaient pas bougé.

Les deux enfants les posèrent dans la brouette en douceur, puis revinrent en la poussant vers le jardin de notre amie.

Ils se présentèrent ainsi à la porte de la cuisine.

- Maman ! Regarde. Ces trois chatons pleuraient au bord du champ de blé. Je les ai ramassés avec Adrien. On peut les garder chez nous ?

- Ma chérie, répondit maman, nous avons déjà Polipilou...

Magali a un beau chat noir et blanc. Il s'appelle Polipilou.

- Ça ne fait rien, maman. Tu veux bien ?

- Le temps qu'ils grandissent un peu, puis je te préviens ma chérie, ils partiront.

 

- Que se passe-t-il ici ?

Polipilou venait d'arriver.

- Regarde, dit Magali. Ces pauvres petits sont abandonnés par leurs parents. On va les prendre à la maison.

- Pas question, grogna le chat. Ils n'ont plus de maman ni de papa ? Eh bien, jette-les dans un égout.

- Oh ! lança la fillette. Polipilou, tu n'es pas gentil.

Pour ne pas se disputer avec lui, la maman proposa à notre amie de placer les chatons dans une caisse le long du mur de la maison, dans le jardin.

 

Magali ouvrit le frigo et sortit une bouteille de lait. Elle en versa dans un bol et le porta aux trois pauvres petits.

- Tu ne vas pas leur donner mon lait en plus ! gronda Polipilou.

- Si, et je vais les installer dans la caisse avec un peu de ta litière.

- Pas question ! Continue et je te griffe.

- Va-t'en ! Tu es le plus méchant chat que je connaisse, cria la fillette.

 

Notre amie installa les trois chatons contre le mur de la maison, bien à l'abri du vent et de la pluie.

Le lendemain, elle courut les voir et les caresser avant de partir à l'école.

À son retour à quatre heures, les trois chatons avaient disparu !

 

- Où êtes-vous allés ? se demanda tout haut Magali en regardant autour d'elle. Comment avez-vous réussi à sortir de votre caisse ?

La fillette courut vers le fond du jardin en cherchant partout. Elle ne les vit pas.

Pour finir, elle les trouva dans un coin, près de la barrière. Ils pleuraient le long de la haie.

- Qui vous a mis là ? dit-elle.

- Bonjour Magali !

Adrien passa à quatre pattes sous la haie.

- J'ai tout vu. Je n'allais pas à l'école aujourd'hui car je suis un peu malade et mon bon-papa me garde. J'ai tout vu, répéta le garçon. Ton chat les a pris un par un entre ses dents, par la peau du cou, et les a portés là.

 

La fillette revint à la maison un peu désespérée. Elle appela sa maman.

- Ma chérie, nous allons déplacer la caisse des chatons et la mettre derrière la cabane au fond du jardin. Ainsi, Polipilou les laissera tranquilles.

- Pauvres petits, dit Magali. Mon chat ne vous aime pas. Il refuse de vous accueillir. Il est vraiment méchant. Mais vous serez bien ici, à l'ombre. Et je viendrai vous voir et vous caresser tous les jours.

 

Cette nuit-là, notre amie s'éveilla dans son lit.

Tout le monde dormait à la maison, papa, maman, Arnaud le grand frère de huit ans et le bébé Julien, le petit frère de notre amie.

La fillette ouvrit les yeux.

Un violent orage venait d'éclater. Les éclairs se succédaient et la pluie tombait à torrent. Elle entendait gronder le tonnerre. L'eau ruisselait le long des vitres de la fenêtre de sa chambre.

Tout à coup, elle pensa aux trois chatons.

Ils vont se noyer dans leur caisse, au fond du jardin, songea Magali. Je vais vite aller les chercher.

Elle sortit de sa chambre et descendit l'escalier, pieds nus, dans sa robe de nuit rose avec des petits rubans.

Arrivée à la cuisine, elle ouvrit la porte qui donne dans le jardin.

- Mon Dieu, dit-elle. Je vais être toute mouillée.

Elle referma la porte et retourna dans sa chambre. Elle ôta sa robe de nuit et passa sa salopette rouge. Elle resta pieds nus.

Elle redescendit ainsi à la cuisine et sortit sous la pluie.

L'herbe du jardin disparaissait sous l'averse. La fillette courut, pataugeant dans les flaques d'eau. En un instant elle fut trempée de la tête aux pieds.

Elle arriva près de la caisse des chatons.

Ils n'étaient plus là !

 

- Où vous cachez vous ? cria la fillette.

Aucun miaulement ne lui répondit.

Elle regarda derrière la haie, vers le champ de blé, mais ne vit rien. Elle passa à quatre pattes dans le jardin du grand-père d'Adrien, mais elle ne les trouva pas là non plus.

Elle frissonna, trempée par la pluie.

Elle revint à la maison.

 

Elle entra dans la cuisine et referma la porte.

Elle allait retourner dans sa chambre, mais elle s'arrêta au pied de l'escalier. Elle venait d'entendre un miaulement au salon.

Magali s'approcha du panier de Polipilou et y découvrit son chat entouré par les trois chatons.

- Tu es une mère négligente, dit Polipilou en regardant notre amie très étonnée. On ne laisse pas des chatons trempés sous l'orage ! Pauvres petits ! Heureusement, que je suis là pour m'en occuper. Je suis passé par la chatière et je les ai ramenés ici, bien au chaud, un par un.

Notre amie se tut un instant.

Puis elle se baissa et caressa Polipilou.

- Tu es le plus gentil chat que je connaisse, dit-elle.

Puis elle remonta à sa chambre en souriant.