Patricia
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Une croisière sur l'Étoile des Mers.

        - Patricia, mon ami le capitaine Anthony van Buren, commandant du navire cargo l'Étoile des Mers t'invite pour une croisière pendant tes vacances de printemps qui arrivent bientôt. Une traversée de l'océan Atlantique, aller-retour, jusqu'à la Guadeloupe.

- Oh, quel bonheur ! s'écria la jeune fille. Pourquoi me fait-il cette merveilleuse invitation ?

- Tu as laissé à tout l'équipage un souvenir inoubliable de ton courage lors ton acte héroïque. C'est leur manière de te remercier. 

Lis ou relis l'épisode précédent : L'Étoile des mers, Patricia n°5.

- Papa, je me réjouis, dit encore notre amie de dix ans.

- Tu pourras circuler partout sur le bateau et même le conduire en pleine mer, puisque tu as appris, dans les terribles circonstances que l'on sait.

- Merci ! merci ! fit Patricia.

Quelques jours plus tard, elle embarqua. Anthony van Buren la conduisit à la cabine, réservée pour elle, au troisième étage du bâtiment.

Puis elle passa sur la dunette, au cinquième étage, celui du poste de commandement. Le navire, bien chargé, quittait le port et notre amie fit longtemps signe à ses parents en souriant.

Elle ne savait pas qu'elle allait de nouveau vivre une incroyable aventure.

 

Une semaine plus tard, l'Étoile des mers approchait de Port au Prince, capitale de la Guadeloupe. On y arriverait ce soir. Le voyage, jusqu'ici, s'était déroulé comme un rêve.

Vers dix heure du matin, l'officier radio reçut un appel au secours. Il provenait d'un cargo situé pas bien loin et qui semblait en difficulté.

Sans hésiter, Anthony van Buren fit dévier son navire pour aller leur porter secours. Ils arrivèrent assez vite en vue d'un vieux rafiot dont la peinture écaillée et les bastingages rouillés montraient le piteux état.

Une barque avec cinq hommes s'en détacha et s'approcha de l'Étoile des mers. On fit descendre la passerelle pour les accueillir.

Les cinq individus montèrent sur le pont du bateau et sous la menace de leurs armes, se rendirent aussitôt maîtres de l'équipage. Le capitaine dit à Patricia d'aller vite se cacher. Personne ne savait qu'elle se trouvait à bord.

Notre amie se précipita à l'arrière du navire et se dissimula dans un des canots de sauvetage. Elle en remit la bâche protectrice soigneusement au-dessus d'elle. Elle y passa toute la nuit.

L'équipage de l'Étoile des mers fut enfermé dans une cabine. Impossible pour la jeune fille d'aller les délivrer. Elle ne possédait pas la clé et risquait en plus de se faire repérer.

Le navire poursuivit sa route vers la Guadeloupe jusqu'à l'aube.

 

Au matin, Patricia entendit un bruit de ferraille qu'on déroule. Elle risqua un coup d'oeil en soulevant la bâche du canot et vit la côte à deux cents mètres. On jetait l'encre. Le bateau venait d'être mis à l'arrêt.

Deux des cinq pirates approchaient. Elle sentit son coeur battre la chamade. Ils emmenaient le commandant Anthony van Buren avec eux.

Ils glissèrent un canot à la mer. Heureusement, pas celui où elle se cachait.

Elle les vit s'éloigner en ramant vers une plage bordée de cocotiers.

Sachant qu'elle ne pouvait rien faire pour aider les marins enfermés dans une cabine, elle choisit de suivre le canot.

Elle courut vers la poupe du navire et descendit par l'échelle qui y était accrochée. Elle entra dans l'eau avec sa salopette et ses tennis en toile. Puis elle nagea, suivant de loin le canot, en faisant la brasse pour ne pas se faire repérer.

L'épreuve fut épuisante car elle était sans cesse freinée pas ses vêtements et par les vagues.

Les deux pirates abandonnèrent le canot sur le sable de la plage et s'enfoncèrent dans un sous-bois. Patricia les suivit, sortant enfin de l'eau à son tour. 

Ils empruntèrent un sentier, une sorte de raidillon, qui montait dans un sous-bois le long de la montagne, le volcan de la Soufrière. 

Le sol était boueux car il avait plu abondamment. Plusieurs fois les bandits glissèrent, et l'un d'eux tomba dans une flaque de vase stagnante en lançant un juron. Cela fit sourire notre amie qui les suivait discrètement.

Ils parvinrent enfin près d'un minuscule chalet, une cabane, située bien à l'abri des regards, derrière un rocher et des massifs plantes épineuses.

Notre jeune fille se mit à plat ventre derrière un buisson et attendit une occasion pour venir en aide au capitaine de l'Étoile des Mers .  

 

Vers onze heure du matin, les deux bandits sortirent de leur abri. L'un d'eux s'éloigna, empruntant le même sentier qu'en venant. Patricia décida de le suivre.

Parvenu à un endroit particulièrement glissant, il dérapa et tomba trois mètres plus bas. Il se cogna la tête avec violence dans sa chute et ne bougea plus. La jeune fille pensa même un instant qu'il était mort. Mais il respirait. Il n'était qu'évanoui.

Elle quitta le sentier et, s'avançant avec prudence, elle parvint à ses côtés. Elle l'observa encore en silence, puis elle se baissa et saisit son arme. Le révolver était chargé. Elle le poussa dans une poche de sa salopette.

Elle remonta, et retourna vers la cabane. Elle n'osa pas tenter de libérer van Buren. Le chef des bandits, certainement armé, se tenait à ses côtés. Elle se remit à plat ventre dans la boue, derrière le même massif d'épineux.

 

Vers midi, le chef des pirates, sans doute étonné de ne pas voir revenir son complice, sortit du chalet. Il s'éloigna sur le sentier.

Patricia en profita pour se précipiter à l'intérieur. Le capitaine était couché à terre, soigneusement ligoté. 

La jeune fille le détacha et lui confia l'arme de l'homme évanoui.

Ils s'approchèrent du chef des bandits et, profitant de l'effet surprise, ils lui prirent son révolver. Puis, suivant le sentier, ils partirent vers le village pour confier ce bandit à la police.

Passant près de l'homme encore évanoui. Notre amie le montra au capitaine.

Après une heure de marche, ils parvinrent dans un village. Un policier appela ses supérieurs après avoir écouté le récit de nos amis. Une équipe fut dépêchée vers l'homme évanoui pour l'emmener à l'hôpital avant de le placer derrière les barreaux avec son chef.

Une autre équipe partit aussitôt avec van Buren et Patricia vers le port, afin de s'emparer des pirates restés à bord de l'Étoile des Mers. L'opération fut rondement menée.

Le capitaine et notre amie retrouvèrent l'équipage aussitôt libéré et s'apprêtèrent à remettre le navire en route vers le port de Pointe à Pitre de la Guadeloupe.

 

Patricia, debout près du capitaine, dans le poste de pilotage, sentit soudain des vertiges. Elle en parla au commandant qui tenait lui-même pour l'instant la barre du bateau.

- Quand as-tu mangé la dernière fois, toi ? demanda-t-il et se tournant vers elle.

- Pas aujourd'hui... Hier au matin...

Elle avait passé la nuit dans le canot de sauvetage et n'y avait trouvé que de l'eau.

- Tu dois être affamée ! Et tu as nagé derrière le canot jusqu'à la plage, tu as suivi le sentier, tu as attendu des heures cachées dans les épineux, tout ça le ventre vide ! Tu es fameusement courageuse ! File à la cuisine du navire, tu y trouveras de quoi te rassasier.

 

Le voyage retour se passa sans histoire. Une belle croisière sur l'Atlantique souvent sous un beau soleil.

Elle retrouva ses parents avec bonheur et leur raconta sa terrible aventure. Ils la serrèrent dans leurs bras avec émotion.

- Heureusement que cette fois-ci, Mickaël n'était pas là, dit-elle en souriant. 

Papa et maman regardèrent leur courageuse fille. Ils en sont vraiment très fiers.