Béatrice et François
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Nouvelles peintures de tante Louise. 1.Le Chat et le chien

 Tante Louise est la soeur de la maman de Béatrice. Elle habite au Brésil. Elle est très riche et fait toujours des cadeaux extraordinaires à toute la famille.

En plus, ça va te plaire, notre amie a une grande chance. Sa tante Louise est une grande distraite. Elle envoie souvent un cadeau à Béatrice trois mois avant son anniversaire car elle ne se rappelle plus la date de naissance de sa petite nièce. Ensuite elle envoie un cadeau le jour de l'anniversaire, car entre-temps elle a retrouvé la date, mais elle a oublié qu'elle a envoyé un cadeau trois mois avant. Et enfin, elle envoie un dernier cadeau après la fameuse date car elle ne se rappelle pas en avoir envoyé un et ne voudrait pas rater l'anniversaire de notre amie.
Ce jour-là, Béatrice, sept ans, était bien perplexe en regardant le nouvel envoi de tante Louise. Cinq petits pots de couleur. Il y avait du blanc et du noir, du jaune et du rouge et un pot de bleu, bleu comme la couleur du ciel. Ces cinq pots étaient accompagnés d'une lettre. C'est la lettre qui intriguait Béatrice.
«Ma chère nièce. Je te souhaite un heureux anniversaire. Voici quelques pots de couleurs. Si tu en désires d'autres, je pourrai encore t'en envoyer, tu n'as qu'à me le demander. Ces peintures ne sont pas à utiliser avec un pinceau mais avec le doigt. Ce ne sont pas des gouaches ordinaires. Ces peintures peuvent te changer en animal pour une demi-heure ou une heure à ton choix, davantage si tu souhaites. Si tu mets du blanc autour de tes chevilles, de tes poignets et de ton cou, tu deviendras un petit chien blanc. Si tu fais la même chose avec la peinture noire, tu deviendras un petit chat noir. Pour le jaune et le rouge, je te laisse la surprise. Le bleu, lui, sert à redevenir un enfant. L'animal doit y tremper sa patte.
Si tu joues avec ces peintures, fais bien attention à trois choses. La première : laisse toujours le pot de bleu ouvert par terre sur le sol. Un petit chien ou un petit chat ne peut pas ouvrir un pot en dévissant le couvercle. Ensuite, veille à ce que ta porte et une fenêtre restent ouvertes afin de pouvoir entrer dans ta chambre si tu vas jouer dehors sous la forme d'un animal. Et enfin, préviens ton papa et ta maman de ta métamorphose.
Amuse-toi bien, je t'embrasse, tante Louise ».
Béatrice téléphona à son ami. Ils ont tous les deux sept ans et habitent dans la même avenue.
-François, dit-elle après avoir décroché le cornet et formé le numéro, François, j'ai reçu un cadeau de tante Louise, mais j'ai un peu peur de l'utiliser toute seule. Tu veux bien venir ? Je crois qu'on va bien s'amuser.
-J'arrive, répondit le garçon, après un instant d'hésitation.
François se méfie un peu des cadeaux de tante Louise. Il a déjà vécu plusieurs fois des aventures étranges, bizarres et parfois terribles à cause de ces fameux cadeaux venus d'Amérique du sud et que la tante Louise achète à prix d'or chez des sorciers (la plante de Tante Louise, le savon de Tante Louise, la pâte à modeler de Tabatunga). Mais notre ami ne voulait pas passer pour un froussard aux yeux de sa copine. Il sonna chez elle quelques instants plus tard.
Béatrice l'emmena dans sa chambre et lui montra la lettre et les pots de couleurs. Elle ouvrit sa fenêtre toute grande. La porte n'était pas fermée. Elle posa le pot de bleu par terre contre l'armoire, bien ouvert.
Béatrice avait envie d'être un petit chat. Elle prit du noir. François opta pour le chien et choisit le blanc. Ils firent un petit anneau de peinture autour des chevilles et puis autour des poignets. Ils terminèrent par le cou et furent changés aussitôt en un ravissant petit chat noir, Béatrice, et un beau petit chien blanc, François.
Si tu as bien écouté ou bien lu mon histoire, tu as remarqué qu'ils ont oublié de prévenir les parents…

D'abord ils s'amusèrent dans la chambre de Béatrice. Ils bondissaient sur le lit, couraient sous les armoires, sautaient sur la table et les chaises, ils se poursuivaient. Ils étaient beaucoup plus souples et beaucoup plus rapides qu'en enfants. C'était un grand bonheur.
Ils avaient conservé leur esprit et leur intelligence de garçon et de fille, malgré la métamorphose. Cependant Béatrice ne pouvait plus que miauler et François parlait en aboyant uniquement.
La porte de la chambre était entrouverte. Ils se précipitèrent dans le couloir et jouèrent dans les escaliers. Ils couraient vers le haut, vers le bas, faisaient des poursuites. Quel bonheur ! Quelle souplesse à quatre pattes. Que c'était amusant ! Que c'était drôle !
Puis, apercevant la porte de la cuisine ouverte, ils coururent tous les deux vers le jardin. Ils jouèrent dans l'herbe et sous les plantes, à touche-touche. Parfois, Béatrice s'accrochait avec ses griffes au tronc d'un arbre, François tentait de l'attraper en sautant et ainsi de suite.
Lequel des deux eut l'idée d'aller à la plaine de jeux ? Je ne pourrais te le dire. Mais ils trouvèrent cette idée lumineuse et s'y précipitèrent. Ils y arrivèrent en quelques minutes, alors que d'habitude, ils mettent un quart d'heure pour s'y rendre.
Ils jouèrent sur le toboggan. Béatrice, petit chat, grimpa sans difficulté tout en haut de l'échelle puis se laissa glisser sur ses pattes. Oh, c'était génial ! François, petit chien blanc, eut plus difficile à monter à l'échelle mais réussit pourtant et glissa à son tour sur le toboggan. C'était vraiment très amusant. Les enfants avaient arrêté leurs jeux et regardaient, ébahis, ce chat et ce chien glisser comme eux sur ce toboggan.
Le petit chien blanc François tenta de se placer sur une balançoire. Il sauta sur la planche et dégringola de l'autre côté en glissant. Il avait pris un trop grand élan. Le carrousel était moins drôle. Personne ne les poussait. Le carrousel ne bougeait donc pas.
Ils s'amusèrent joyeusement dans la plaine de jeux pendant plusieurs minutes, puis revinrent à la maison. Il était temps de mettre la patte dans le pot de bleu et de redevenir des enfants.

Lorsqu'ils arrivèrent chez eux, ils constatèrent que la porte de la cuisine était fermée. Toutes les portes d'ailleurs étaient fermées et malheureusement, les fenêtres du rez-de-chaussée aussi.

-Ce n'est pas grave, dit Béatrice en miaulant à François. Je vais monter par la gouttière jusqu'à la fenêtre de ma chambre. Je l'ai laissée ouverte.
Mais levant les yeux, le petit chat comme le petit chien s'aperçurent que la fenêtre était fermée. La maman de Béatrice était entrée dans la chambre et avait fermé la fenêtre parce que la pluie s'annonçait par des nuages noirs.
-Zut, miaula Béatrice, comment allons-nous faire pour pénétrer dans la maison ? Tout est fermé. J'ai oublié de prévenir mes parents.
-Je crois que j'ai une bonne idée, proposa François. Je vais aboyer. Toi tu miauleras. Ils finiront bien par nous ouvrir la porte.
-D'accord, répondit Béatrice. Risquons.
Se dirigeant vers la fenêtre de la cuisine, François le petit chien blanc se mit à aboyer tout en sautant sur ses pattes et Béatrice à miauler en se jetant sur la porte de la cuisine et en tentant par ses griffes de s'y accrocher.
Après un instant, la maman de Béatrice s'approcha de la porte vitrée.
-Qu'est-ce que c'est que ces animaux-là ? Papa, il y a un chat noir et un chien blanc dans le jardin. L'un aboie tout le temps et l'autre est occupé à griffer la porte. Ils vont abîmer toutes les petites fleurs que j'ai plantées dans l'allée. Il faut les chasser.
Papa ouvrit la porte, empêchant toutefois le petit chien blanc et le petit chat noir d'entrer dans la maison et tenta de les éloigner en les menaçant à coup de pied. Béatrice et François reculèrent. Le papa referma la porte à clé. Bien entendu, ils ne savait pas, puisqu'il n'avait pas été averti, que Béatrice était ce petit chat noir et François ce petit chien blanc.
Nos amis continuèrent à aboyer, à miauler, à sauter de plus belle.
-Je vais décrocher le téléphone et appeler la fourrière, dit le papa. Je vais leur demander de venir chercher ces deux animaux.
-D'accord, répondit la maman.
La fourrière est un endroit où l'on met les animaux dont on ne veut plus. On les y enferme dans des cages. Cela ressemble parfois un peu à une prison.
Béatrice et François, sans se douter de ce qui les attendait, firent encore plusieurs fois le tour de la maison dans l'espoir, hélas déçu, de trouver une entrée. François avait bien proposé d'aller chez lui à la maison, mais le pot de peinture était chez Béatrice, pas chez François. C'était donc tout à fait inutile de se rendre chez le petit chien blanc.
Quelques minutes plus tard, un camion de la fourrière s'arrêta devant la porte des parents de Béatrice. Deux hommes en sortirent. Ils sonnèrent à la porte. Ils portaient un grand filet sous le bras.
-C'est chez vous le chien et le chat?
-Merci beaucoup d'être venus si vite. Regardez, ils sont encore dans le jardin.
-Bien, répondirent les hommes de la fourrière. Fermez bien portes et fenêtres. Nous avons l'habitude. Laissez-nous faire.
Les deux hommes contournèrent la maison de Béatrice, lancèrent le filet et attrapèrent le petit chien blanc et le petit chat noir en même temps. Nos amis furent roulés dans le filet et emmenés sans autre ménagement dans le camion de la fourrière.
Quelques minutes plus tard, ils se retrouvèrent dans deux cages contiguës de la grande prison. Il y avait d'autres chiens, d'autres chats, un hamster, deux lapins et quelques oiseaux.
François aboya de toutes ses forces derrière la grille qui l'enfermait. Il bondissait dans tous les sens dans sa petite cage. Béatrice faisait de même en miaulant.
Un gros chien leur dit :
-Arrêtez d'aboyer et de miauler comme ça. Vous allez faire peur aux gens. Or, si aucune famille ne vous adopte, vous risquez fort de recevoir une piqûre et de mourir dans un mois ou deux. Vous feriez mieux de vous montrer bien sages au contraire. Faites semblant d'être gentils et très doux. Miaulez tendrement. Aboyez en pleurant. Vous verrez, vous serez peut-être choisis par une famille avec des enfants. Vous trouverez un nouveau foyer.
Béatrice et François étaient bien ennuyés. Et les parents de nos amis devaient être inquiets…

Au soir, la maman de Béatrice téléphona aux parents de François. Les uns comme les autres n'avaient pas revu leurs enfants. Ils avertirent la police et les gendarmes se mirent à la recherche d'un garçon et d'une fille. Ils ne les repérèrent bien sûr pas, puisqu'il n'y avait pas de garçon ni de fille à trouver. Il n'y avait qu'un petit chien blanc et un petit chat noir qui pleuraient dans leur cage.
La nuit tomba lentement sur la petite ville. On apporta à manger mais Béatrice n'aimait pas du tout les croquettes pour chat et François encore moins celles pour chien. Tous les animaux étaient tristes. Béatrice passa sa patte entre les barreaux de sa cage. François posa la sienne sur celle de son amie. Et tous les deux en pleurant songèrent à leurs familles et à leurs maisons.
Le lendemain, le gardien arriva accompagné d'un homme assez fort et barbu.
-Si je comprends bien monsieur, vous cherchez un bon chien de garde, un chien qui aboie bien fort.
-Exactement, répondit l'homme.
-C'est parfait. Nous avons attrapé hier ce petit chien blanc. Il aboie très fort. Ce matin, il est un peu calmé, mais je crois qu'il vous conviendra très bien.
-Mon Dieu, miaula Béatrice, tu risques d'être adopté François, et moi, je resterai ici toute seule. Tu partiras quelque part et moi je serai dans un autre foyer. Cela je ne le voudrais jamais !
Nos amis chien et chat étaient très inquiets, craignant, à présent, d'être séparés. François mit sa tête en oblique et fit un aboiement prolongé, très doux et tout triste.
-Non, dit l'homme, ce petit chien blanc ne me paraît pas assez impressionnant. Il a l'air trop gentil. Je préfère le gros chien qui se trouve là en dessous. Il me convient tout à fait. Je l'emmène.
Et le gros chien partit avec l'homme.
-Adieu mes amis, et bonne chance à vous, dit-il en sortant avec son nouveau maître.

Une heure plus tard, le gardien revint accompagné d'une famille. Il y avait le papa, la maman, un garçon qui semblait avoir six ans et sa petite soeur d'environ quatre ans. Le garçon s'appelait Paul, et la petite fille Virginie.
-Tu es bien décidé, Paul, insista la maman. C'est ton anniversaire. Tu veux un petit chat comme cadeau.
-Oui, maman, dit Paul en souriant, vraiment. Je voudrais un beau petit chat, un noir s'il y a moyen. Oh celui-là ! Regarde comme il est mignon.
Paul indiqua Béatrice.
-Tu vas partir sans moi, murmura François…
-Peut-être, soupira Béatrice. J'ai très peur. Que dois-je faire?
-Oui maman, ce petit chat-là. Celui qui se trouve dans la cage, à gauche, le tout noir. Il est tellement joli. Je voudrais bien l'avoir.
François le chien blanc se mit à japper et à aboyer gentiment. La petite soeur de Paul, Virginie, observait notre ami.
-Je voudrais aussi avoir un animal. Je voudrais avoir le petit chien blanc qui est là. Il est si mignon.
-Non ma chérie, dit la maman. Non, ce n'est pas ton anniversaire. Ce n'est pas ta fête. Chacun son tour. Aujourd'hui nous prenons le petit chat noir, pour ton frère.
La petite fille se mit à trépigner, à faire semblant de pleurer, à donner des coups de poing dans les jambes de son papa.
-Je veux le petit chien blanc, je veux le petit chien blanc.
-Vas-y, murmurait François, en langage de chien malheureusement. Insiste, roule toi parterre, c'est ça. Vas-y. Crie ! Tu finiras par obtenir satisfaction.
La petite fille fit une grande scène de colère et de larmes.
Le papa et la maman, sans doute pour avoir la paix, et pour que la petite fille ne soit pas jalouse de son frère Paul, acceptèrent d'emporter le chien et le chat. Et puis, elle en avait tellement envie.
-Vous faites bien, répondit le gardien, on les a attrapés ensemble hier. Ils se connaissent. Le chien ne poursuivra pas le chat et le chat n'embêtera pas le chien.
Nos amis se retrouvèrent dans une petite cage qui fut bientôt mise dans le coffre d'une auto.

Après un quart d'heure, on les sortit du véhicule et ils découvrirent une jolie petite maison. On introduisit la cage dans le hall d'entrée et on referma la porte avec soin.
-Écoutez bien, Paul et Virginie, dirent le papa et la maman. Il faut veiller à ce que les portes et les fenêtres restent bien fermées. Vos animaux ne sont pas habitués à notre maison. Si vous laissez une porte ou une fenêtre ouverte, ils risquent de s'enfuir et de partir et vous ne les reverrez plus. On va les laisser s'adapter un mois et puis, ils pourront sortir tout seuls.
-Mais mon chien doit se promener, fit remarquer la petite Virginie.
-Nous sortirons ton chien, mais on lui mettra un collier et on le tiendra en laisse.
-Un collier, une laisse ! s'écria François en aboyant. Je voudrais bien voir cela ! Le premier qui essaie de me passer un collier ou de me tenir en laisse, je le mords, menaça le garçon-chien.
-Quant à ton chat, ajouta la maman, nous allons lui passer un collier à puces autour du cou.
-Je n'ai pas de puces, miaula Béatrice, outrée, scandalisée. Il n'est pas question que je mette un collier à puces autour du cou.

Mais nos amis n'avaient pas à discuter. Heureusement la famille était sympathique et la maison agréable. Mais combien de temps faudrait-il y vivre… Avant de redevenir des enfants et de retrouver les parents.
Pendant la journée, le papa et la maman partirent travailler. Paul et Virginie se rendirent à l'école. Béatrice, petit chat et François, petit chien étaient seuls dans la maison.
Ils firent le tour du propriétaire, comme on dit. Ils se baladèrent dans toutes les pièces, vérifièrent toutes les portes, toutes les fenêtres, toutes les ouvertures, mais aucune ne convenait pour fuir. Ils allèrent des caves au grenier et du grenier aux caves. Il y avait bien une petite ouverture dans le hall mais elle était grillagée. On ne pouvait pas passer par là.
Béatrice et François, bien déçus, attendirent le retour des petits maîtres.
Pendant cette même matinée, la maman de Béatrice entra dans la chambre de notre amie. Elle avait les yeux pleins de larmes. Elle aperçut d'abord le pot de peinture bleue, sur le tapis, contre l'armoire.
-Béatrice, murmura la maman. Je devrais te gronder. Tu laisses toujours traîner tes affaires… Mais si je te revois, je n'aurai pas le courage de te punir.
Elle ramassa le pot de bleu et revissa convenablement le couvercle. Elle le posa sur la table. Là, elle remarqua une lettre signée par Louise, sa soeur.
-Ma chère nièce. Je te souhaite un heureux anniversaire. Voici quelques pots de couleurs… Ces peintures peuvent te changer en animal…
-Papa, s'écria la maman. Je crois que j'ai compris. Béatrice et François ont joué avec le cadeau de tante Louise et sont devenus un petit chien blanc et un petit chat noir, souviens-toi, ceux qui voulaient entrer par la porte arrière et que l'on a envoyés à la fourrière.
Les parents pleins d'espoir, téléphonèrent aussitôt à la fourrière mais nos deux amis n'y étaient plus, et l'on n'avait pas noté le téléphone ou l'adresse de la famille qui les avait adoptés…
Les parents de nos amis avertirent les policiers afin qu'ils cherchent un chien blanc et un chat noir, au lieu de deux enfants, à présent. Hélas, des chats noirs et des chiens blancs, il y en a beaucoup.

Au soir, Paul s'assit à sa table, pour faire son devoir de calcul. Il caressait son chat d'une main et écrivait dans son cahier de l'autre :
3+2=?
Béatrice, petit chat, frappa cinq fois avec sa petite patte sur la table.
5 ! Très bien, dit Paul.
Il écrivit le chiffre dans son cahier.
6-3= ?
Béatrice frappa trois fois sur la table avec sa patte.
3 ! Ah bon.
Et Paul écrivit un 3 dans son cahier. Puis, il posa son stylo et regarda son chat.
-Tu sais compter ! Ça alors !
Le garçon se leva, ouvrit la porte de sa chambre et appela ses parents.
-Papa, maman. Mon chat sait compter.
Prenant le chat par le ventre, il descendit l'escalier et le posa sur la table du salon. François, le petit chien blanc s'était approché de Béatrice, petit chat noir et tous deux sur la table regardaient leurs maîtres, grands et petits.
-Ils peuvent compter, tu es sûr, Paul ? Attends : 2+2 ?
Ensemble, Béatrice et François, frappèrent quatre fois la table avec leurs pattes.
-C'est incroyable, dit la maman.
-Extraordinaire, admira le papa. Ce doit être des animaux savants. Ils se sont sans doute échappés du cirque qui passe pour le moment dans notre ville. On va les y conduire.
-Ah non, dit François. Je n'ai pas envie de me trouver entre la patte d'un éléphant et celle d'un tigre, ou de jouer au chien savant devant tout le monde.
-Et moi, ajouta Béatrice, je n'ai pas envie de devoir monter à cheval ou de devoir faire des cumulets sur un lion. Pas question !

Mais tout à coup Béatrice eut une idée extraordinaire, une idée qui les sauva tous les deux. Elle sauta de la table du salon, courut sur le tapis, monta sur le guéridon où se trouvait le téléphone et d'un coup de patte bien placé, elle décrocha faisant tomber le cornet par terre sur le tapis. Puis, appuyant sur les touches avec sa patte, elle forma son numéro de téléphone :
02 770 47 47
Cela sonnait dans le cornet. Bien entendu, Béatrice ne pouvait pas parler. Le papa de Paul et Virginie saisit l'appareil et entendit :
-Allo.
-Bonjour Monsieur. Excusez- moi de vous déranger. Nous avons un chat bizarre et tout à fait intelligent. Il a sauté sur le téléphone et a formé votre numéro avec sa patte. Pardonnez-moi de vous avoir dérangé.
-S'il vous plaît, s'il vous plaît, s'écria à l'autre bout du fil le papa de Béatrice. Je vous en prie, ne raccrochez pas. Ce doit être ma petite fille. Elle est devenue un petit chat. S'il vous plaît, laissez-moi votre adresse. Je vous expliquerai.
Quelques minutes plus tard, les parents de François avec Olivia et Amandine, les petites soeurs de notre ami, les parents de Béatrice avec le bébé Nicolas dans les bras, arrivèrent avec un policier chez les parents de Paul et Virginie. La maman, suite à la lecture de la lettre de tante Louise, avait eu la bonne idée d'emporter le pot de peinture bleue.
Ils entrèrent dans la maison et virent le petit chien blanc et le petit chat noir courir vers eux.
La maman de Béatrice ouvrit le pot de bleu. Béatrice mit sa patte noire dans le pot de bleu et redevint la fillette qu'elle avait toujours été, avec un peu de bleu au bout de ses doigts.
François trempa sa patte blanche dans le pot de bleu et redevint un garçon. Il avait un peu de bleu sur le pouce.
Ils embrassèrent tendrement leurs parents et remercièrent ceux de Paul et de Virginie d'avoir été gentils et de les avoir bien traités.

Les parents de Paul et Virginie retournèrent à la fourrière chercher d'autres animaux, un autre chien et un autre chat, des vrais cette fois-ci, pour le bonheur de leurs enfants.


La maman de Béatrice confisqua les pots de peinture. Tante Louise, appelée au téléphone, expliqua que le jaune permettait de devenir une girafe et le rouge un oiseau… mais ça, c'est pour une autre fois, peut-être, si Béatrice récupère les pots de peinture.

Maintenant, découvre vite la suite de ce récit au numéro 4 : Le rouge et le jaune.