Béatrice et François
Retour Imprimer

Nouvelles peintures de tante Louise. 2.Le Rouge et le jaune

 Quelques jours avaient passé depuis l'aventure du blanc et du noir.
Tu te souviens, toi qui lis ces lignes, que Béatrice avait reçu de sa tante Louise du Brésil un bien étrange cadeau, des peintures à mettre sur soi et qui te changent en animal. Elle avait choisi le noir et était devenue un chat noir pendant que son grand ami François était devenu un petit chien blanc en mettant du blanc sur ses poignets, ses chevilles et autour de son cou.
Cela s'était mal terminé, et pour finir, la maman de Béatrice avait confisqué les pots de peinture et les avait enfermés à clé dans le tiroir de son bureau.

Or aujourd'hui, un samedi en début d'après-midi, Béatrice passa devant le bureau et remarqua que le tiroir était ouvert.
Elle prit le pot de rouge et celui de jaune qu'elle n'avait pas encore essayés. Elle emporta aussi le bleu qui sert à l'animal qu'on est devenu, à redevenir un enfant.

Elle appela ensuite son ami au téléphone.

-Allo, François ?
-Béatrice !
-Peux-tu venir chez moi ? J'ai repris mes peintures de tante Louise. On va bien s'amuser.

Le garçon arriva quelques minutes plus tard.
-Que choisis-tu ? Le rouge pour devenir un oiseau ou le jaune pour te changer en girafe ?
-Le jaune, répondit François.
-Tante Louise écrit dans sa lettre qu'il faut faire trois choses avant de jouer à ce jeu-là. Ouvrir une porte et une fenêtre pour pouvoir revenir dans la chambre quand on sera devenus des animaux, ouvrir déjà le pot de bleu, car on ne réussira pas à le dévisser avec nos pattes, et enfin, prévenir les parents.
-Tu ne peux pas avertir tes parents, Béatrice, puisque tu as repris les pots de peinture sans demander la permission à ta maman.
-Tant pis, réfléchit la fillette. Pas besoin de les avertir. On n'ira pas loin. On restera dans la maison.

François mit du jaune autour de ses chevilles, de ses poignets, puis autour de son cou. Béatrice fit de même avec le rouge et devint un bel oiseau rouge. Se retournant sur ses pattes, elle vit son copain se métamorphoser en… serpent !
Tante Louise est distraite, on le sait. Elle avait dû se tromper en achetant les pots magiques chez un sorcier le long du fleuve Amazone au Brésil où elle habite. François n'était pas devenu une girafe, comme annoncé, mais un long serpent jaune.

Juste à ce moment, les deux enfants, devenus des animaux, entendirent des pas dans l'escalier. La maman de Béatrice montait à l'étage. Elle entra dans la chambre de sa fille.
Notre amie, oiseau rouge, s'envola et se posa sur une branche d'arbre au fond du jardin. François, serpent jaune, se glissa aussi vite qu'il pouvait sous le lit de sa copine.

-Béatrice, appela la maman.

Elle se dirigea vers la fenêtre et la ferma.

-Béatrice, où es-tu ?

Elle s'approcha de la table sur laquelle notre amie fait ses devoirs et étudie ses leçons.

-Ma chérie, je t'ai déjà dit qu'il faut fermer ses pots de peinture quand on ne s'en sert plus. Sinon ils sèchent.

La maman revissa le pot de bleu, puis ressortit de la chambre et ferma la porte.

Béatrice, oiseau rouge, quitta son arbre et vint se poser sur le bord de la fenêtre. Elle cogna contre la vitre avec son bec.
François, serpent jaune, sortit de dessous du lit et se hissa, avec difficulté, jusque sur l'appui de fenêtre.

-Comment allons-nous faire ? s'inquiéta François. Je réussirais bien à monter sur ta table, Béatrice, mais ta maman a revissé le couvercle du pot bleu. Je n'ai pas de pattes pour l'ouvrir.
-Essaye avec tes dents ?
-Ça n'ira pas. Le pot va tourner sur lui-même et je ne peux pas le tenir avec fermeté.
-Peux-tu ouvrir la fenêtre ?
-Impossible, répondit le garçon changé en serpent.

Ils hésitèrent quelques instants tous les deux. Ils réfléchissaient.

-J'ai une idée, dit François en sifflant à travers la vitre pour que sa copine l'entende.

Bien sûr, nos amis ne peuvent plus parler, sauf le langage des oiseaux et des serpents, mais les animaux communiquent entre eux et se comprennent.

-Va à ma maison, dit le garçon devenu serpent. Tu peux voler d'arbre en arbre. Pose-toi derrière la vitre de la chambre de mes petites soeurs. Quand elles te verront, elles t'ouvriront. Je leur ai raconté notre aventure du chien blanc et du chat noir. En te voyant, elles y penseront peut-être. Elles nous aideront à redevenir des enfants.

Béatrice, oiseau rouge, s'envola. François, serpent jaune, retourna se cacher sous le lit. Il avait peur qu'on lui fasse du mal. Souvent les gens n'aiment pas les serpents. Ils en ont peur. Ils les tuent parfois.

De son côté, l'oiseau rouge survolait les jardins.
Elle vit une pie s'envoler. Curieuse, notre amie s'approcha des hautes branches où se trouvait son nid. Une clé en or brillait au milieu des plumes. Ça lui donna une idée.

La fillette avait un peu peur que la pie revienne. Elle n'est qu'un oiseau rouge. Mais la clé était tentante. Avec une pareille clé dans le bec, les petites soeurs de François penseraient peut-être à une chasse au trésor et la conduiraient jusqu'à sa maison pour aller chercher leur frère.
Béatrice s'élança, saisit la clé d'or, et s'enfuit à tire d'ailes jusqu'à la maison de François. Elle se posa sur l'appui de fenêtre de la chambre d'Olivia et Amandine.

-Regarde, Olivia, le bel oiseau, dit Amandine.
-On dirait que c'est un perroquet. Il tient quelque chose dans son bec. Cela ressemble à une clé.
-Ouvre la fenêtre. Laissons-le entrer.

Olivia, la plus grande, elle a cinq ans et demi, ouvrit la vitre. Béatrice, oiseau rouge, se précipita vers la table et y posa la clé.

-Je me demande à quoi sert cette clé, dit Amandine du haut de ses trois ans et demi.
-Elle ouvre quelque chose, mais sûrement pas une porte de maison.
-C'est peut-être la clé d'un trésor, risqua la plus petite.
-D'accord, mais où est ce trésor ? demanda Olivia.
-Interrogeons François.
-Oui, trouvons François. Il va nous aider à trouver le trésor.

Bravo, songea Béatrice, oiseau rouge. C'est juste ce que j'espérais. Allez chercher votre frère. Il est chez moi. Je vais vous suivre et je pourrai entrer dans ma maison.
-Maman, cria Olivia, où est François ?
-Il est chez son amie Béatrice. Allez le chercher les filles, et dites-lui de revenir. On va bientôt passer à table.

Olivia et Amandine sortirent de leur maison et marchèrent sur le trottoir en se donnant la main.

-Regarde, dit Olivia à sa soeur, l'oiseau rouge nous accompagne.

Les deux petites, bien sûr, ne se doutaient pas que cet oiseau était Béatrice et que leur frère était devenu un serpent caché sous le lit dans la chambre de son amie.

La maman de Béatrice était entre temps revenue dans la chambre de sa fille.

-Allez, ma grande, viens. Je vais changer les draps de ton lit. Tu vas m'aider.

François, serpent jaune, entendant cela, prit peur. On allait le voir sous le lit. Il se glissa aussi vite qu'il pouvait sous l'armoire contre le mur de la pièce.

Mais le garçon était devenu un grand serpent. Il ne remarqua pas que vingt centimètres de sa queue dépassaient entre les pieds du meuble.
La maman le vit et poussa un cri. Elle courut à la porte de la chambre et appela son mari.

-Chéri, dit-elle, viens vite. Il y a un grand serpent dans la chambre de Béatrice. Prends un couteau à la cuisine. Il faut le tuer.

François, serpent jaune ne savait plus que faire. Il tremblait de peur. Le père de son amie montait l'escalier.

-Où est-il ?
-Là, sous l'armoire, montra la maman de Béatrice. Sois prudent, c'est un jaune, il est sûrement venimeux.

Le papa hésitait, malgré le long couteau qu'il tenait en main avec fermeté.

-Vas-y, tue-le, reprit la maman.
-Comment faire ? hésita le papa.
- Coupe-lui la tête.
-Oui, mais il va me serrer avec sa queue et tenter de m'étouffer.
- Coupe-lui la queue.
-Si je fais cela, je risque qu'il me morde.
- Coupe-le en deux, au milieu.

On sonna à la porte, en bas. C'étaient Olivia, Amandine et l'oiseau rouge Béatrice qui les accompagnait.
Laissant son mari à ses hésitations, la mère de notre amie descendit l'escalier pour aller ouvrir.

-On vient chercher François, madame, dit Olivia. Il doit revenir à la maison, maintenant.
-Il n'est pas ici, les filles.
-On peut aller dire bonjour à Béatrice ?
-Je ne sais pas où elle est.

Amandine et sa soeur montaient déjà l'escalier.

-N'allez pas dans sa chambre, dit la maman. On y a trouvé un grand serpent. On va le tuer.
-Oh, je voudrais bien le voir, lança Amandine qui n'a pas vite peur.

Au même instant Béatrice, oiseau rouge, se précipita dans l'escalier.

-Mon Dieu, songeait-elle. Papa va tuer François. Il ne sait pas qu'il est devenu un serpent.

Les deux petites couraient dans l'escalier pour aller voir la bête. L'oiseau rouge vola au-dessus des fillettes et entra dans la chambre en coup de vent.

Le père de Béatrice se trouvait toujours à un mètre de l'armoire, se demandant comment tuer cette affreuse bête.
Béatrice aperçut le pot de bleu posé sur la table qui lui sert de bureau. Hélas, on le sait, le couvercle était vissé. Comment faire comprendre aux parents qu'il faut l'ouvrir ?

Elle se posa, oiseau rouge, sur le couvercle du pot et se mit à chanter à tue-tête le bec bien ouvert.
Olivia et Amandine arrivaient. Elles s'arrêtèrent à l'entrée de la chambre.

-Oh, fit Olivia, l'oiseau est sur le pot de bleu !
-Tu le connais ? demanda la maman qui venait d'arriver à son tour à l'entrée de la chambre.
-François nous a raconté que quand il est devenu un petit chien blanc et son amie, un chat noir, ils ont dû tremper leur patte dans ce pot de bleu pour redevenir des enfants.

La maman de Béatrice comprit au quart de tour. Elle dévissa le couvercle sous le regard attentif de l'oiseau qui aussitôt se précipita pour y tremper sa patte. Béatrice apparut, avec un reste de peinture bleue au bout du doigt.

-Papa, dit-elle aussitôt, range ton couteau. Le serpent jaune, c'est François.

Notre ami, qui tremblait de peur, osa enfin se glisser hors du bas de l'armoire. Il se hissa sur la chaise puis sur la table de Béatrice. Il trempa sa queue de serpent dans la peinture bleue et se métamorphosa en garçon.

Olivia, bouche bée, n'en revenait pas. Elle n'avait pas envisagé une seule seconde que ces animaux étaient son frère et son amie. Elle tenait encore en main la clé d'or que Béatrice, quand elle était oiseau bleu, avait vue et prise dans le nid de la pie.
Quel trésor pouvait-elle bien ouvrir ?

François choisit un carton blanc et y écrivit : «  Nous avons trouvé une clé dorée dans le nid d'une pie. Celui ou celle qui l'a perdue peut venir la récupérer en téléphonant au n°02 770 47 47 de mon papa ».

Il se rendit avec sa copine et ses soeurs à la boulangerie proche de chez eux. Ils demandèrent la permission de la coller sur la porte d'entrée ou sur le comptoir. La charmante boulangère accepta.

Il ne se passa rien pendant trois jours. Personne ne téléphona. Nos impatients amis se demandaient si les gens qui avaient perdu leur clé reviendraient un jour à ce magasin.

-Peut-être était-ce des voyageurs, des touristes venus d'un autre pays, imagina Béatrice.
-Ou alors, ils ne mangent jamais de pain, supposa François.

Mais le mercredi suivant, la fillette qui était venue jouer chez son copain, eut le bonheur de décrocher le téléphone à la première sonnerie et entendit une voix qu'elle ne connaissait pas.

-Bonjour, dit notre amie. Je m'appelle Béatrice.
-Bonjour, Béatrice. Est-ce toi qui as découvert une clé dans le nid d'une pie ?
-Oui, madame, répondit la fillette. Vous pouvez venir la chercher ce soir vers six heures. Nos parents seront de retour.
-Merci mille fois, dit la voix aimable et polie, celle d'une dame âgée en apparence. Nous passerons vers dix-huit heures mon époux et moi.

On sonna à la porte à six heures du soir, juste. François, curieux, était revenu chez son amie, accompagné par ses petites soeurs, aussi curieuses que leur grand frère. Les enfants ouvrirent la porte.
Un monsieur et une dame, qui avaient l'âge d'être des grands-parents, se présentèrent puis entrèrent dans le salon, répondant à l'invitation des parents de Béatrice.
Nos amis remarquèrent qu'ils portaient un coffret sous le bras.
François leur confia la clé. Ils la glissèrent aussitôt dans la serrure du coffre et ouvrirent. Il était rempli de médailles et de pièces de monnaie anciennes.

La charmante dame sortit un grand sac de pièces d'or en chocolat de sa sacoche. Elle l'offrit aux enfants avec un beau sourire.


Nos amis se partagèrent les pièces après avoir remercié le couple âgé, très heureux d'avoir retrouvé la clé qu'ils avaient perdue et qu'ils n'espéraient plus retrouver.