Béatrice et François
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L'anneau d'Amandine

C'était un très bel après-midi d'été. Le ciel était quasiment tout bleu, il faisait chaud. Béatrice et François roulaient à vélo sur un chemin de terre bordé de deux fossés remplis de fleurs de toutes les couleurs. A gauche et à droite, au-delà des clôtures, se trouvaient des champs de blé, des champs d'avoine et parfois une prairie.

Tout à coup, à cent mètre d'eux environ, une vingtaine de corbeaux s'envolèrent d'un même endroit. C'était bizarre. Qu'avaient-ils découvert? Pourquoi étaient-ils si nombreux?
Quelques instants plus tard, trois pies, trois jolies pies, s'envolèrent également. L'une d'entre elles semblait tenir quelque chose à la patte.
François pédala de toutes ses forces en direction des pies. Celle qui portait l'objet prit-elle peur? Ou bien trouva-t-elle que l'objet était trop lourd? Toujours est-il qu'elle le laissa tomber.
Béatrice rejoignit son copain. Ils posèrent leurs vélos le long du chemin, contre la clôture et pénétrèrent dans le champ. Après avoir un peu cherché, ils trouvèrent sur le sol ce que l'oiseau avait lâché. Un anneau! Il semblait être en or. Il était malheureusement trop étroit pour pouvoir servir de bracelet à Béatrice. Cela devait appartenir à une toute petite fille ou à un bébé.
En observant attentivement l'anneau, ils aperçurent à l'intérieur, dans la zone concave, quatre petites bosses, quatre petites aspérités. On les sentait au toucher. En regardant mieux, ils eurent l'impression qu'à ces endroits-là se trouvait écrit quelque chose. Mais c'était tout à fait illisible, c'était beaucoup trop petit.
Ils emportèrent l'anneau d'or et le ramenèrent à la maison. Mais là, même avec une bonne loupe, ils ne purent pas déchiffrer ce qui était inscrit. Ça ressemblait à des lettres, mais ces lettres ne correspondaient pas à des mots, en tout cas ce n'était pas en français.
Nos amis en restèrent là dans l'interprétation de ce texte mystérieux. Ils proposèrent le petit bracelet à Olivia, la petite soeur de François, qui a cinq ans, mais c'était déjà trop étroit pour elle. Par contre, Amandine, trois ans et demi, put passer le bracelet à son poignet sans forcer.
Elle demanda si elle pouvait le garder. Elle le trouvait très beau. François regarda Béatrice et Béatrice regarda François.
-Moi, réfléchit Béatrice, je ne pourrai jamais le mettre. Cela n'intéressera pas mon petit frère Nicolas. Je suis d'accord, elle peut le garder, elle peut l'avoir.
-D'accord, accepta François, il est à sa taille, alors c'est pour elle. Amandine, c'est pour toi, tu peux l'avoir, conclut-il, en caressant sa petite soeur.
Amandine fut tellement contente de son anneau qu'elle voulut le conserver au poignet, même pour aller dormir.

Ce jour-là, Béatrice logeait chez son copain pour la nuit. Ses parents devaient s'absenter et l'avait confiée à la garde des parents de François.
Les petites filles étaient déjà couchées lorsque Béatrice et François montèrent à leur tour dans leur chambre. On avait installé un lit de camp à côté du lit de François. Les grosses discussions commencèrent pour savoir lequel d'entre eux aurait la chance d'aller dormir sur le sol. Tandis qu'ils discutaient, ils entendirent, dans la chambre à côté, Amandine qui semblait parler dans son sommeil, dans un rêve, sans doute.
Ils entrèrent tous les deux dans la chambre des petites et s'approchèrent de la fillette qui dormait. Elle avait toujours l'anneau à son poignet. Voici à peu près ce qu'elle disait :
-J'ai peur, maman, je ne veux pas aller sur la barque... J'ai peur d'aller sur l'île... Maman, retournons au château... Il est si joli, avec ses briques rouges... ses pierres bleues... Je veux y retourner maman, j'ai peur...
Puis, elle se tut un moment. François voulait l'éveiller pour la sortir de ce rêve qui semblait effrayant, mais Béatrice le retint par le poignet. Amandine parla de nouveau:
-J'ai peur... où es-tu maman? N'abandonne pas ta petite fill ... Maman, ne donne pas ton bébé aux soldats... Maman, viens me chercher... Maman !
Puis, elle ne dit plus rien, mais une larme coula sur son visage. Alors, nos amis réveillèrent Amandine.
-Amandine, Amandine, murmura François, ce n'était qu'un rêve!
-Non, gémit Amandine en s'éveillant. Enfin, oui. J'ai vu une dame. Elle était très belle. II y avait une île avec quatre grands arbres dessus. Un méchant voulait me voler.
-Et le château? demanda François.
-Je ne sais plus, fit Amandine en bâillant.
Elle se rendormit.
Béatrice et François étaient très étonnés car Amandine ne parle jamais pendant qu'elle dort. Peut-être parlait-elle à cause de l'anneau? C'était peut-être un anneau magique? Mais alors, si c'était un anneau magique, comment trouver à quoi il servait? Comment découvrir son secret?

Ils firent des recherches le lendemain. Ils tournèrent toutes les pages des livres qu'ils purent trouver sur les châteaux, mais pas un seul ne semblait constitué de pierres bleues mêlées à des briques rouges. Ils cherchèrent encore et interrogèrent les parents. Papa parla d'un ami, qui n'habitait pas tellement loin de chez eux. Près de son village se trouve une vieille tour lézardée, couverte de lierre, entourée de ronces et que personne ne visite parce qu'elle est tout à fait sans intérêt. Mais elle est en briques rouges, et ornée de pierres bleues. Il ajouta qu'elle était au bord d'un petit lac.
Nos amis décidèrent de se rendre à ce village en expédition avec les deux petites soeurs de François. Olivia roulait déjà très bien à vélo, Amandine monta tantôt sur le porte-bagages de François, tantôt sur celui de Béatrice. Il y avait bien dix à douze kilomètres à parcourir pour se rendre là-bas.

Pendant qu'ils roulent, plongeons-nous dans le lointain passé et retrouvons-nous un instant en l'an 1220.
En 1220, dans son joli château de pierres bleues et de briques rouges, Madame Violette de Marcicourt était très inquiète. Partout dans le pays, on parlait de la guerre et de l'arrivée des ennemis. Elle était sans nouvelles de son mari, parti au combat depuis plusieurs mois. Elle se demandait ce qu'il était devenu.
Elle berçait son bébé en pleurant, près de la fenêtre. Elle avait peur, elle craignait d'être séparée de son petit enfant, de sa petite fille Amandine-Aimée.
Au soir, elle quitta son château avec son bébé dans les bras. Elle entra dans la forêt voisine. Là vivait un mage qu'elle connaissait bien. Elle l'avait même accueilli autrefois au château. Il habitait une petite maison au toit de chaume. Quand elle frappa à la porte du mage, celui-ci lui ouvrit et la fit entrer fort aimablement.
-Que puis-je faire pour vous, Madame Violette de Marcicourt ? demanda le mage.
-J'ai peur de la guerre.
-Nous avons tous peur de la guerre, Madame.
-Oui, mais ce que je crains surtout, c'est d'être séparée de mon bébé, de ma petite Amandine-Aimée. Elle n'a pas encore un an. Mage, pourrais-tu, à l'aide de la magie, faire en sorte que je ne sois pas séparée de mon enfant?
Le mage demeura songeur un instant, puis, se tournant vers la maman du bébé :
-Je puis faire ce que vous me demandez, Madame, mais il faudra me donner quelque chose.
-Je vous payerai bien, promit Madame de Marcicourt.
-II ne s'agit pas d'être payé, répondit le Mage, mais plutôt de me confier un objet auquel vous tenez particulièrement, un objet vraiment important pour vous.
Madame de Marcicourt n'hésita pas et ôta le collier qu'elle avait autour du cou. Une chaîne en or et une pierre en pendentif, un très beau rubis, taillé en forme de coeur.
-Voilà, dit-elle. C'est l'objet auquel je tiens le plus. Mon mari, dont je suis sans nouvelles depuis longtemps, m'a offert ce coeur en signe de son amour le jour de notre mariage, et depuis, ce coeur ne me quitte plus. Je te le confie, mage, si c'est pour sauver ma petite fille.
-Revenez demain, dit le mage. J'aurai ce qu'il faut. Je devrai cependant aller cette nuit dans vos jardins, Madame, sur l'île au milieu de votre étang. Quatre arbres y sont plantés depuis peu. Je devrai graver le nom de votre petite fille sur leur tronc.
-Fais tout ce qu'il faut, mage.
Le lendemain, Madame de Marcicourt retourna dans la forêt. Le mage lui présenta deux anneaux. II y avait un petit et il y avait un grand. Ils étaient tous les deux en or.
-Voilà, expliqua le mage, voici ce que je vous propose. Un des bracelets est pour votre petite fille qui, si je ne me trompe pas, s'appelle Amandine-Aimée de Marcicourt. L'autre, en or également, est pour vous. J'y ai inscrit votre nom. Regardez.
Et passant le doigt délicatement à l'intérieur de l'anneau, il montra trois petites aspérités dans le bracelet de Madame.
-Violette... de... Marcicourt... dit-il en présentant successivement les trois aspérités.
Il posa l'anneau sur la table et le fit tourner comme une toupie. Le bracelet tournant sur lui-même se mit à vibrer en émettant un son qui ressemblait à un "é" prolongé, et l'on entendit :"bébé, bébé, bébé". Comme si une maman appelait son enfant.
Il prit ensuite l'anneau destiné à Amandine-Aimée.
-Voilà, le bracelet de votre bébé. Il comporte quatre aspérités : Amandine... Aimée... de... Marcicourt.
Il posa l'objet sur la table et le fit tourner. L'anneau se mit à vibrer également et on entendit une sonorité ressemblant au « an...an... » qui devint « maman, maman, maman », comme si un enfant appelait sa mère.
Soudain, les deux anneaux tremblèrent ensemble. Quand l'un vibrait, l'autre lui répondait : « Maman... bébé... Maman... bébé... »
-Tant que vous porterez ces bracelets à vos poignets, vous ne serez pas séparés, promit le mage.
Madame de Marcicourt remercia, passa l'anneau au bras de sa petite fille, mit le sien, et s'apprêta à repartir.
-Une chose encore, ajouta le mage. Comme je vous l'ai dit hier, j'ai été obligé, pour que la magie fonctionne, de graver le nom de votre petite fille cette nuit sur les quatre arbres de la petite île qui se trouve sur le lac, à côté de votre château. Ainsi tant que ces arbres garderont l'inscription, le phénomène des bracelets fonctionnera.
-Je te remercie, sourit Madame de Marcicourt.
Et elle retourna au château.

Entretemps, Béatrice et François étaient arrivés à la tour en ruines.
C'était une petite construction, pas très haute, vraiment très lézardée et très abîmée, entourée de ronces, d'orties et envahie de lierre. On devinait une fenêtre et deux ou trois meurtrières. C'était fait en briques rouges rehaussées de pierres bleues. De plus, à quelques mètres de là ils aperçurent un lac et sur ce lac se trouvait une île, avec des arbres.
Béatrice et François avaient bien sûr très envie de se rendre sur l'île. Mais il fallait d'abord trouver un moyen. Une barque munie de ses rames était accrochée de l'autre côté du lac.
Ils détachèrent le bateau et y montèrent. Olivia sauta à l'intérieur. François souleva sa petite soeur Amandine pour la poser dans l'embarcation, se tenant un pied sur la terre, un pied sur le bateau. Au moment précis où François porta sa petite soeur, Amandine eut cette phrase curieuse :
-J'ai peur de l'eau... Je ne veux pas aller sur l'île... Maman... N'abandonne pas ton bébé...
François regarda sa petite soeur.
-Amandine, qu'y a-t-il? Tu as peur? Et puis, je ne suis pas ta maman !
-Non, je n'ai pas peur, répondit Amandine, j'aime bien d'aller sur l'eau.
Amandine n'avait pas eu conscience de ce qu'elle avait murmuré.
Ils ramèrent jusqu'à l'île et y accrochèrent leur barque soigneusement. Ils débarquèrent tous et visitèrent l'île. Elle n'était pas bien grande, et couverte de hautes herbes. Ils comptèrent trois grands arbres debouts et un couché. C'étaient de très vieux arbres au tronc épais. Celui qui était tombé dans l'eau y flottait sans doute déjà depuis quelques temps, car il avait perdu toutes ses petites branches et toutes ses feuilles.
Béatrice eut envie d'y monter et de s'y tenir en équilibre. Elle passa sur le tronc et avança peu à peu. Elle avait à présent l'eau du lac à gauche et à droite. Toul à coup, elle s'arrêta. Elle appela François.
-Quelque chose est gravé ici, mais je ne sais pas très bien lire. « A -man – de », dirait-on.
-C'est peut-être des amoureux qui ont inscrit leur nom, sourit François.
-Peut-être, répondit Béatrice.
-Attends, je vais aller inspecter les autres arbres, proposa le garçon.
François traversa l'île et, sur un autre arbre, il vit "Marcicourt", gravé sur l'écorce.
-Et ici, j'ai « de », cria Béatrice qui avait changé de place. Et là, « Aimée ».
-Cela ne veut rien dire. « de-Aimée-Amande-Marcicourt », songea François.
-Amandine, peut-être, suggéra Béatrice. Comme ta petite soeur. Le nom serait Amandine. Aimée... de... Marcicourt.
-Et si c'était le nom de quelqu'un qui vécut autrefois?
-Et surtout, imagina Béatrice, si c'était lié à l'anneau! On est près du château de pierres bleues et de briques rouges dont ta petite soeur a parlé cette nuit.
Notre amie emprunta l'anneau d'Amandine.
-Regarde. Pense au nom que nous avons découvert suite au rêve de ta petite soeur. Or, j'aperçois quatre petites bosses, quatre petites aspérités à l'intérieur de l'anneau. Amandine, dit-elle en touchant la première, Aimée en effleurant la seconde, de Marcicourt en glissant le doigt sur les deux autres.
A ce moment-là, elle posa l'anneau sur une pierre plate et le fit tourner comme une toupie, pour jouer.
L'anneau se mit à vibrer. II vibra de plus en plus fort en tournant sur lui-même. On entendit le son « en-en », « maman, maman, maman ». Puis, l'anneau s'arrêta.
-C'est un anneau magique, admira Béatrice. On dirait un enfant qui appelle sa mère.
-C'est extraordinaire, ajouta François. Je n'ai jamais vu cela. C'est fabuleux!
Ils rendirent l'anneau à Amandine.

La première chose qu'ils firent en revenant à la maison, fut bien sûr de se précipiter sur un bottin de téléphone. Hélas, il n'y avait pas de "Marcicourt" ni de "de Marcicourt". Alors, ils téléphonèrent aux renseignements.
La préposée fut fort aimable et accepta de chercher sur son ordinateur pour tenter de découvrir des "de Marcicourt" quelque part dans le pays. Elle trouva! C'était facile, il n'y avait qu'un seul nom. Cette famille habitait dans un village des Ardenne, à Méanjoie. Elle donna le numéro de téléphone à nos amis.
Béatrice, après avoir remercié et raccroché, forma le numéro de Madame de Marcicourt à Méanjoie. Une dame décrocha:
-Bonjour.
-Bonjour Madame. Je m'appelle Béatrice. J'ai sept ans et demi et nous avons fait une découverte importante mon copain et moi. Nous avons trouvé un anneau en or dans les champs.
La dame interrompit Béatrice.
-Un anneau en or? dis-tu. Est-ce que cet anneau est magique?
-Oui, affirma Béatrice, il est magique. Nous avons fait tourner l'anneau et il s'est mis à vibrer et à prononcer le mot « Maman ».
-Vous l'avez fait fonctionner il y a trois heures environ, au milieu de la matinée, affirma Madame de Marcicourt.
-Mais oui, comment le savez-vous?
-C'est extraordinaire, s'exclama la dame. J'ai chez moi également un anneau en or avec trois petites aspérités à l'intérieur et cet anneau, qui n'a jamais bougé dans la vitrine où nous l'exposons, s'est soudain soulevé. Il a vibré. Il a émis un son en « é », et il a murmuré « bébé, bébé, bébé ». Comme une mère appelle son petit.
Béatrice répéta que celui qu'elle avait découvert avec François avait vibré et émis le son « Maman, maman, maman ».
-Il faut absolument que nous nous rencontrions, insista la dame. Mon mari est un de Marcicourt et mon prénom est Violette, comme une de mes ancêtres.
-Quelle bonne idée, Madame, fit Béatrice. La petite soeur de mon copain s'appelle Amandine et nous pensons qu'il doit y avoir un rapport avec une certaine Amandine-Aimée.
-Mon Dieu, répondit la dame, Amandine-Aimée! Cela remonte au Moyen-Age. C'était la fille de Violette, ma lointaine ancêtre.
Le papa de François prit le téléphone et un rendez-vous fut fixé pour le dimanche suivant au village de Méanjoie. Ils habitaient en face de l'église, une grosse maison-château.

Les parents de Béatrice, ceux de François, le bébé Frédéric et, bien entendu, nos amis, avec Olivia et Amandine, furent très bien reçus.
En traversant le village, Béatrice et François aperçurent une jolie petite fille d'environ cinq ans. Elle portait une salopette jaune et deux longues tresses blondes entouraient son visage. Elle sourit à leur passage et les salua d'un geste de la main. Nos amis répondirent de la même façon.
Toi qui me lis, tu sais à présent où habite Isabelle. J'espère que tu as lu ses aventures.
Sitôt arrivés chez les de Marcicourt, on présenta les anneaux. François et Béatrice qui en avaient découvert le secret montrèrent son fonctionnement.
Béatrice fit tourner l'anneau à quatre aspérités comme une toupie sur la table du salon. L'anneau se mit à vibrer, émettant le son « maman » par trois fois. Au même instant, l'anneau, le grand anneau à trois bosses, se mit à vibrer à son tour et tous entendirent « bébé, bébé, bébé ». Puis, ce fut comme un doux dialogue entre une mère et son enfant. « Maman, bébé, maman, bébé, maman, bébé ».
-On dirait qu'ils sont faits pour se rencontrer, murmura François.
-C'est vrai, c'est extraordinaire, songèrent ses parents.
-Mais ce n'est pas tout, ajouta Madame de Marcicourt. Je vais vous lire quelque chose de passionnant!
Elle saisit un livre ancien.
-Notre famille a un ancêtre qui, vers 1600, écrivit toute l'histoire de notre famille depuis le premier de Marcicourt. Le vieux grimoire est très détaillé, et chaque personne y a sa page.
Tous écoutaient attentivement.
-Et voici, ce qui est écrit au sujet de notre affaire, lut la comtesse. Violette de Marcicourt, née en 1200, décédée en  1225.
-Oh, mon Dieu, murmura Béatrice, elle est morte jeune, à vingt-cinq ans!
-Oui, écoutez bien. Morte de chagrin. Elle se retira dans un monastère suite au décès de son mari parti à la guerre et suite au fait qu'elle fut séparée de son bébé par les soldats lorsqu'ils envahirent son château. Sur son lit de mort, elle fit promettre aux religieuses qui l'entouraient de bien conserver l'anneau qu'elle portait au poignet, et de tenter de le faire parvenir à sa famille, dans le sud de la France, car il permettrait sans doute de retrouver sa petite fille, qui lui avait été volée par les soldats ennemis, lorsqu'elle avait un an.
Amandine observait l'anneau posé sur la table, espérant peut-être encore l'entendre parler.
-Je tourne la page, annonça Madame de Marcicourt: voici: Amandine-Aimée de Marcicourt, née en 1219, décédée en 1298. Arrachée aux bras de sa mère en pleine guerre par des soldats, elle fut placée ensuite dans un orphelinat en Angleterre. Elle y fut retrouvée par un oncle de Marcicourt, vers l'âge de douze ans. Il l'adopta. Elle n'avait pas d'anneau à son bras. Elle n'avait jamais entendu parler d'un bracelet magique ou précieux.
Amandine voulut toucher l'anneau, mais sa maman retint son geste.
-Enfin, ajouta Madame de Marcicourt, au bas de la page est inscrite l'histoire de l'anneau. « Deux anneaux furent créés par un mage à la demande de Madame Violette de Marcicourt, juste avant qu'elle soit séparée de son bébé. Celui qu'elle portait au bras fut conservé dans la famille et l'autre, qui se trouvait au poignet de son bébé, a disparu. Un des soldats qui avait attaqué le château arracha l'anneau au bras du bébé. Il le vendit, et en obtint quelques pièces à dépenser dans une auberge. C'est sans doute à cause de cela que la maman fut séparée de son enfant et ne le revit jamais. La fillette ne fut adoptée qu'à l'âge de douze ans, c'est-à-dire sept ans après la mort de sa mère ».
François saisit les deux anneaux. Curieux, il les plaça l'un dans l'autre. Cela allait tout juste.
-Regardez, s'écria le garçon, on peut les glisser l'un dans l'autre. On dirait qu'ils se complètent harmonieusement.
Dès qu'il les eut glissés l'un dans l'autre, ils se mirent à tourner, le plus petit dans le sens inverse du plus grand, à vitesse sans cesse croissante. François posa les anneaux en mouvement sur la table. Au centre des deux anneaux, une lueur apparut qui devint une lumière étincelante. Cette lumière crût intensément et devint aveuglante. Chacun se protégea les yeux, les mains en visière.
Lorsque la lumière s'éteignit, les deux anneaux avaient disparu.
A leur place, sur la table de salon des de Marcicourt se trouvait un rubis, un rubis taillé en forme de coeur, signe d'un grand amour d'un homme pour son épouse et d'une mère pour son enfant.