Christine
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La Grotte aux serpents: Le Hibou (Partie 1)

     Agée de dix ans, Christine vit avec ses parents dans une grande forêt. Son papa est bûcheron. Elle habite une petite maison à la croisée de trois chemins. Elle possède un don extraordinaire. Notre amie sait parler aux animaux et comprendre ce qu'ils disent. Pas tous… les quatre pattes, les deux pattes, et les serpents. Quelle chance quand on habite au milieu du bois!

Tous les soirs au moment où elle s'endort, un hibou vient la voir. Il se pose sur l'appui de fenêtre de sa chambre, il l'observe, puis lui donne des nouvelles de leur univers. Lorsque les enfants vont se coucher, ces rapaces qui eux vivent la nuit, se lèvent.

Christine aime beaucoup son hibou. Elle le connaît depuis très longtemps. Chachou comme elle l'appelle lui a appris, quand elle avait deux ou trois ans, à utiliser ce don qui sommeillait en elle.

 

Le jour où mon histoire commence, un soir, justement, le hibou Chachou ne vint pas.

Christine, très inquiète, se redressa dans son lit, puis se leva. Elle alla à la fenêtre. La nuit était belle, pleine d'étoiles. Un vent  tiède faisait trembler les feuilles. Où restait son ami ? Elle l'appela plusieurs fois.

-Chachou... Chachou... Chachou...

Elle ne reçut aucune réponse. Elle se recoucha, anxieuse et finit par s'endormir.

Le lendemain matin elle s'éveilla assez tôt et entendit des grognements qui ressemblaient à des aboiements. Elle courut à la fenêtre. Un renard, un autre ami depuis toujours, l'attendait près de la porte de la maison.

-J'arrive dans deux minutes, cria-t-elle.

Christine enleva son pyjama et passa sa vieille salopette en jean, bien usée mais qu'elle aime. Elle vérifia la présence de son canif dans sa poche-bavette. Elle chaussa ses tennis et descendit les escaliers à toute vitesse.

-Tu ne viens pas déjeuner ? s'étonna maman.

-Attends. Mon renard m'appelle. Je ne sais pas ce qu'il veut me dire. Et Chachou n'est pas venu hier soir.

La fillette sortit. Elle prit son copain animal dans les bras, lui caressa la tête, puis s'assit par terre, contre le mur de la maison et l'écouta.

Elle apprit ainsi que son hibou était malade. Très malade. Il gémissait, couché dans son nid, presque au sommet d'un grand chêne, assez loin dans la forêt.

-Il risque de mourir si tu ne fais rien, ajouta le renard.

-Par où faut-il aller ? interrogea la fillette.

Le renard lui expliqua que l'arbre se trouve bien au-delà du carrefour des trois routes. Notre amie n'était jamais allée dans cette partie de la forêt.

Elle entra dans la maison, mangea sa tartine et but son verre de lait. Puis, elle demanda à sa mère la permission de partir toute la journée. Elle expliqua la raison de son projet d'escapade.

Les parents firent confiance à leur fille. Elle connaît bien la forêt. Elle sait se débrouiller. Très délurée et pas peureuse pour un sou, elle pouvait tenter l'aventure.

-Fais-toi une tartine au jambon et prends une pomme pour midi, proposa maman. Remplis ta gourde d'eau, et tu peux y aller.

Christine glissa une ceinture à sa salopette et y accrocha sa gourde. Elle emballa sa tartine et la plaça dans sa poche bavette. Puis, ayant attaché ses longs cheveux bruns en deux tresses, elle s'éloigna dans la forêt, en suivant son renard.


Ils marchèrent sur un chemin en terre, pendant environ une heure et demie. Une route forestière faite de boue et d'interminables flaques d'eau, à la surface desquelles on voit danser des moustiques. Ils arrivèrent à cet endroit où elle se divise en trois.

Ils suivirent à droite un sentier serpentant au milieu des bois. Ils parvinrent assez vite au bord d'un ravin de sept ou huit mètres de profondeur. Les parois tombaient à pic, et au fond, coulait un torrent parsemé çà et là de quelques rochers.

Le seul moyen de traverser ce précipice, consistait en un vieux pont primitif, composé de deux troncs d'arbres placés côte à côte, pas très gros, et allant d'une rive à l'autre.

Le renard venait de passer et attendait son amie de l'autre côté. Christine hésitait à s'engager là-dessus.

-Alors, tu viens ? demanda-t-il.

-Je n'ai que deux jambes. Toi tu as quatre pattes, répondit-elle. J'arrive.

Elle posa un pied sur le tronc gauche et l'autre sur le droit. Elle n'osait pas regarder en bas. Elle avança prudemment. Au milieu, un des troncs sur lequel elle se trouvait, grinça. L'instant après, il craqua, se brisant en deux. La fillette tomba dans la rivière entre les rochers.

Elle se redressa aussitôt. Sans s'être fait trop mal heureusement. Elle se hissa sur les grosses pierres qui encombraient le cours d'eau et qu'elle avait, par chance, évitées dans sa chute.

Trempée de la tête aux pieds elle se trouvait au fond du ravin. Il fallait remonter. S'accrochant aux roches et se tenant aux racines le long de la paroi abrupte, elle réussit l'escalade. Elle s'agrippa à un dernier morceau de bois qui pendait, mais la branche céda. Christine reçut un paquet de terre sur elle. Enfin, après bien des efforts, elle parvint à atteindre le bord. Elle se tourna vers son renard.

-Tu as de la chance, d'être passé sans difficulté. Moi je ne suis pas beaucoup plus lourde que toi, ajouta Christine. Maman considère que je suis un peu trop maigre. Pourtant le bois pourri a cédé sous mes pas. On ne pourra pas revenir par ici.

Ils continuèrent à s'enfoncer dans la forêt.


Ils marchèrent une heure encore, côte à côte et arrivèrent au pied d'un arbre remarquable, un vieux chêne haut et large. Un grand nombre d'animaux s'y trouvaient rassemblés. Des cerfs, des biches, des lièvres. On apercevait quelques serpents. Trois renards et des hérissons discutaient entre eux. Deux chats sauvages se disputaient. Des oiseaux piaillaient à qui mieux mieux.

-Voilà Christine, dirent-ils tous en choeur. Elle va guérir son hibou. 

-J'espère, répondit la fillette. Je vais d'abord aller voir ce qui se passe.

Christine, souple et agile, grimpa de branche en branche très haut. Chachou se trouvait dans son nid au sommet de l'arbre. C'était vertigineux.

Elle arriva tout près de lui. Elle s'assit à califourchon, une jambe de chaque côté d'une grosse branche, et le regarda.

Les plumes de l'oiseau étaient mouillées parce qu'il transpirait. Il avait un oeil ouvert et un oeil fermé, ce qui l'empêchait de dormir. Enfin, en le caressant, elle le sentit très chaud, fiévreux.

-Aide-moi, gémit Chachou. Soigne-moi.

-Je ne suis pas vétérinaire, affirma la fillette. Je ne sais pas ce qu'il faut faire pour te soigner. Je pourrais t'emporter et te conduire chez moi...Hélas, mes parents ne sauront sans doute pas comment s'y prendre avec un hibou. Et il n'y a pas de médecin pour animaux au village. Il faut aller à la ville. Je vais aller demander conseil aux animaux. De toute façon, je m'occupe de toi, Chachou. Compte sur moi, mon ami. N'aie plus peur. Je reste près de toi.

Elle le caressa encore un peu puis elle redescendit de l'arbre. Elle interrogea ceux qui se trouvaient là.

Un chat sauvage proposa de lui couper toutes ses plumes. Christine se fâcha et répondit qu'elle allait lui couper ses moustaches.

Un serpent proposa de se rendre près du hibou pour le serrer dans ses anneaux, mais notre amie se méfia en se disant que peut-être ce serpent, venimeux de surcroît,  risquait d'étouffer l'oiseau.

Une biche expliqua qu'elle plonge ses petits dans l'eau froide. La fillette pensa que rafraîchir son ami dans un ruisseau le soulagerait de sa fièvre. Ses parents la mettent dans la baignoire quand elle en a. Mais cela ne guérirait pas ses yeux.

Alors, un renard lui parla d'une souris qui habite dans un trou plus haut dans la forêt. Elle sait comment on soigne les animaux. Il proposa d'aller lui demander conseil.

Christine accepta. Elle se sentait un peu fatiguée par sa déjà longue marche, mais pour aider son hibou, elle voulait se montrer courageuse. Le renard expliqua que si on passait à travers tout, en moins d'une heure, on y parviendrait. Ils se mirent en route.

Il était plus de midi, quand ils arrivèrent au pied de l'arbre où vivait la vieille souris. Un lieu bien étrange. Un chaos de rochers gris entourait un tronc mort, sec, fendu.

Notre amie se mit à genoux dans la poussière devant l'entrée étroite de la tanière puis s'assit sur ses talons. La souris vint montrer son museau, répondant aux appels de la fillette. Elle faillit s'enfuir quand elle vit le renard, mais elle resta pour l'observer avec attention.

-Bonjour. Comment puis-je t'aider? demanda la souris.

-Je t'explique, répondit Christine.

-Ah, tu parles aux animaux.

-Oui, je parle aux animaux, répéta notre amie et je peux te comprendre.

-Tant mieux, murmura la souris. Je t'écoute.

La fillette décrivit la maladie de son ami. Elle parla de son oeil ouvert, de son oeil fermé, de sa forte fièvre et de sa crainte qu'il en meure. Pouvait-elle le soigner ?

-Attends un instant, répondit la souris.

Elle disparut entre les racines au fond de son trou. Puis, elle revint, en tenant une noix entre ses pattes. Elle ouvrit la noix. Dans cette coquille, se trouvaient des pétales de rose posés les uns sur les autres. Christine aperçut des traces d'écriture sur ces pétales de rose, mais elle ne sut pas les lire.

-Ce sont des pattes de mouches, expliqua la vieille souris.

Des mouches auraient autrefois écrit ce texte que seule, la vieille souris pouvait mystérieusement déchiffrer. D'où venait ce nouveau miracle? Et pourquoi ces pétales de roses ne se fanaient-ils pas?

Tu le sauras plus tard, toi qui me lis, patience…

Elle tourna les pétales de rose comme on tourne les pages d'un livre, lentement, méticuleusement.

-Voyons cela. Oui... ici... maladie des rapaces. Un oeil ouvert, un oeil fermé et de la fièvre. Je n'oublie rien ?

-Tout juste, confirma Christine.

-Je connais le remède, certifia la souris.

-Que faut-il faire ?

-Si je te le dis, que me donneras-tu, en échange ?

-Je ne sais pas, murmura notre amie. Je n'ai rien à t'offrir, je n'ai rien emporté avec moi.

-Tu n'as pas quelque chose à grignoter ?

-Oui, ma tartine, mais si je te la cède, moi je mangerai quoi ce midi ?

-Comme tu veux, répondit la vieille souris.

Elle referma le livre rose, le remit dans la coquille de noix et fit demi-tour pour partir.

-Reviens, appela Christine, je vais te donner ma tartine.

Elle la sortit de sa poche et lui en tendit la moitié.

-Je prendrais bien aussi l'autre moitié, compta la souris.

-Mais j'ai faim, soupira la fillette. Si tu me prends tout, il ne me restera plus que ma pomme.

-Pense à ton ami.

Tu te priverais de ton repas, toi, pour aider un copain ?

Christine offrit toute sa tartine, avec courage. Elle la vit disparaître dans le trou, puis la souris revint.

-Si tu veux soigner ton hibou, tu dois lui faire boire une goutte de mangue.

-Une goutte de mangue, s'étonna Christine. 

-Une mangue, expliqua la vieille souris, ressemble à une pomme ou à une poire. Ça pousse sur les arbres dans les pays chauds. Donne une goutte de mangue à ton hibou. Il guérira.

La vieille souris disparut dans son trou, sans se retourner.


Notre amie se redressa. Elle s'approcha de son renard qui la regardait avec admiration.

-Une goutte de mangue, réfléchit Christine, ça vient d'un manguier.

-Oui, affirma le renard, mais il n'y en a pas dans notre forêt.

-Ces arbres, songea la fillette, poussent très loin d'ici, en Afrique, en Amérique. Je ne peux pas aller là-bas. Mon hibou Chachou va mourir…

-Peut-être pas, murmura le renard. Je sais où tu pourrais trouver une goutte de mangue. Si nous continuons ce sentier, si nous grimpons dans les rochers, nous atteindrons une grotte. Une caverne, pleine de serpents. Je les connais… Enfin, j'en connais quelques-uns. Il faudra faire très attention. Tu y courras un grand danger. Beaucoup d'entre eux sont venimeux. S'ils te mordent, tu peux en mourir.

-Oui, répondit Christine en ouvrant de grands yeux. Je sais.

-Autrefois, continua le renard, les serpents attaquaient et mangeaient les oiseaux dans notre forêt. Un jour, ils ont conclu une paix durable. Depuis ce temps, les oiseaux apportent aux serpents des gouttes de tous les fruits du monde qu'ils ramènent de leurs migrations. Les serpents n'attaquent plus les oiseaux. Peut-être que l'un d'entre eux pourrait te donner une goutte de mangue.

-Je comprends. Bonne idée, fit Christine. Où se trouve cette grotte ?

-A une demi-heure de marche environ, répondit le renard.

-J'ai faim, soupira notre amie, mais tant pis, on y va.

Elle but un peu d'eau de sa gourde puis grimpa dans les rochers à la suite du renard. Il était quatorze heures environ quand sous le grand soleil, ils arrivèrent à l'entrée d'une grotte sombre et sinistre.

-Voilà, indiqua le renard. Tu dois entrer là.

-Je dois pénétrer là-dedans ? s'inquiéta la fillette.

-Oui, les serpents vivent là au fond.

-Ça fait peur.

-Je te conseille d'apporter un cadeau à leur roi, affirma le renard.

-Comment veux-tu? répondit Christine. La souris a pris ma tartine. Je n'ai plus rien. J'ai faim et je suis fatiguée.

-Tu pourrais détacher une belle toile d'araignée. Ils aimeront. Tu sais, ces animaux ne possèdent pas de main, pas de patte, mais ils apprécient les belles choses.

Notre amie et son renard fouillèrent les broussailles aux environs. Le renard découvrit une très belle toile. Christine s'en approcha. L'araignée se trouvait au milieu. La fillette fit bouger la branche à laquelle la toile était accrochée et l'animal se sauva. Alors, très délicatement, elle détacha les quatre fils qui la tendaient et l'emporta. Elle la tenait devant elle. Elle tremblait un petit peu. Elle entra dans une sorte de tunnel. Valeureuse fillette.


Au fond du passage, se trouvait un grand serpent vert. Il en gardait l'entrée. Il observa notre amie.

-Tu veux mourir ? demanda le serpent.

-Certainement pas, cria la fillette.

-Alors, il vaut mieux que tu t'éloignes, avant que je te morde.

-Je ne veux pas partir, répondit Christine, qui tremblait de peur malgré son intrépidité. Je suis venue chercher une goutte de mangue pour soigner un ami malade. Tu peux m'en apporter une ?

-Moi, répondit le serpent, je ne peux rien te donner. Tu dois aller demander cela à notre roi. Je vais te laisser entrer car je vois que tu apportes un cadeau pour lui. Suis le passage étroit, tu arriveras dans une très grande caverne, et tu verras, notre roi couché sur une grosse pierre blanche.


Notre amie emprunta le tunnel étroit. Il faisait de plus en plus sombre. Son coeur battait la chamade. Elle avait peur. Elle déboucha dans une immense grotte pas tout à fait noire, mais pleine de serpents. Elle en aperçut pendus aux stalactites. D'autres s'enroulaient autour des stalagmites. Elle en distingua des longs, des courts, des endormis, des éveillés et de toutes les couleurs.

Sur un énorme rocher blanc zébré de lignes noires, se trouvait un long serpent jaune. Il redressa la tête quand l'audacieuse fillette s'approcha de lui.

Christine, tenant toujours sa toile entre les mains, tremblant de peur, regardait surtout où elle mettait les pieds pour ne pas marcher sur l'un d'entre eux. Elle s'avança jusqu'au bord du grand rocher.

-Bonjour, murmura notre amie.

-Tu sais parler aux animaux ? s'étonna le grand jaune aux anneaux noirs.

-Oui, répondit notre amie.

-Et que viens-tu faire dans la grotte ? Tu souhaites mourir ?

-Non. Je ne veux pas mourir. Je t'apporte un cadeau.

-Montre, demanda le roi des serpent, en redressant la tête et en sortant la langue.

-Le voilà.

-Oh! Quelle belle toile d'araignée. Tu peux la placer sur mon dos.

Elle posa la toile derrière la tête du roi, de manière à ce qu'elle lui couvre le dos comme une cape.

-Oh, je suis beau ainsi, hein...Puis-je aussi te faire plaisir ? Voudrais-tu quelque chose ?

-Oui, expliqua la fillette. C'est pour soigner mon ami hibou, malade. Il a besoin d'une goutte de mangue. En possèdes-tu ? 

-Probablement, susurra le serpent. Mais si tu veux que je te donne une goutte de mangue, tu dois passer une épreuve. Te crois-tu courageuse ?

-Oui, je le suis, affirma Christine. Si je ne l'étais pas, je n'aurais pas donné ma tartine à la vieille souris, en me privant de mon repas et je ne serais pas entrée dans ta grotte.

-Bien, mais je vais quand même te faire passer une épreuve. Aperçois-tu le grand serpent gris contre le rocher là-bas ?

Elle en vit en effet un assez gros, un peu luisant.

-Je te présente notre ancien roi. Il régna avant moi. A présent, à cause de son grand âge, il souffre. Ses anneaux lui font mal. Je voudrais que tu le prennes dans tes bras et que tu le portes dehors. Il aime se chauffer au soleil, mais il ne peut plus y aller seul. Si tu oses faire cela, je te donnerai la goutte de mangue que tu me demandes.

Il posa sa tête sur le bout de sa queue et ferma ses yeux jaunes.


Christine rassembla tout sa bravoure. Ce grand serpent lui faisait fort peur. Mais son papa lui avait appris à se débrouiller avec ces animaux. Il faut les attraper juste derrière la tête, au cou, et bien serrer, alors ils ne peuvent plus te mordre.

Elle avança prudemment vers le vieux roi. Avec la main gauche, d'un geste vif et précis, elle l'empoigna fermement, puis, avec la main droite, elle prit les anneaux dans ses bras et traversa la caverne. Tous les serpents se bougeaient pour la laisser passer.

Elle suivit le passage étroit et arriva à l'entrée du tunnel. Elle posa le vieux roi sur un rocher, bien au soleil, et recula d'un geste brusque. Son coeur battait encore la chamade. La peur la rendait toute pâle.

Elle retourna pourtant dans la caverne. Elle pensait à Chachou, son hibou.


-Bien, conclut le roi jaune. Ton courage me séduit.

Il siffla. Quelques serpents approchèrent.

-Allez me chercher une goutte de mangue.

Trois petits jeunes très nerveux partirent. L'un d'eux revint rapidement.

-Voilà une goutte d'orange, majesté.

-Idiot, coléra le roi. Je ne veux pas une goutte d'orange, mais une goutte de mangue.

Un autre arriva.

-J'ai trouvé une goutte d'ananas, mon roi.

-On t'a demandé une goutte de mangue. Oh, Christine, ajouta le roi en soupirant, tu découvres la bêtise de mes serpents. Pardonne-leur.

Enfin, le troisième revint, tenant une noisette entre ses dents. Elle contenait une goutte de mangue.

-Voilà, siffla le petit mauve, après l'avoir posée aux pieds de notre amie. C'est la dernière.

-Tu entends, répéta le roi. Voici la dernière goutte. Agis avec prudence.

-Oui, murmura la fillette. Merci.

-Au revoir, susurra le roi des serpents. Si tu reviens un jour ici, petite fille, tu courras un grand danger. Tu as du cran, mais ne sois pas trop téméraire. Tu risquerais fort de mourir car un de mes serpents pourrait te mordre…

-Adieu, chuchota Christine.

Elle glissa la noisette contenant la goutte de mangue dans la poche de sa salopette et ressortit. Le renard l'attendait un peu plus loin.

-Alors, ça va ?

-Je me débrouille, affirma notre amie, mais quel endroit effayant. Tu ne m'aides pas beaucoup, tu sais…

-Moi, reprit le renard, je n'aurais jamais osé entrer là-dedans...


Ils redescendirent le long des rochers, traversèrent un bout de forêt et arrivèrent devant le chêne de Chachou au milieu de l'après-midi.

Christine grimpa dans le vieil arbre. Approchant du nid de son ami, un vertige lui fit tourner la tête. A cause de la hauteur, mais aussi parce que n'ayant rien mangé depuis le matin, elle avait faim.

Elle parvint enfin face à son ami.

-Voilà, de quoi te guérir, dit-elle. Je t'apporte une goutte de mangue.

Elle lui ouvrit le bec, perça la noisette, et versa la précieuse goutte de mangue sur la langue du rapace. Il l'avala.

-Ouh, gémit-il, quelle horreur, quelle horreur!

-Ne fais pas tant de manières pour une goutte de mangue. J'en mange parfois, précisa notre amie. J'aime bien.

Chachou secoua ses ailes, ouvrit ses deux yeux, les ferma, les ouvrit à nouveau et les referma encore.

-Je vais déjà mieux, dit-il.

Il s'envola, fit trois fois le tour du chêne, puis se recoucha dans son nid.

-Je suis presque guéri. Je vais me reposer encore un peu. Il fait trop clair. Je viendrai te voir à la nuit tombée.

-D'accord, sourit Christine. A tantôt. Je retourne à la maison.


Notre amie redescendit de l'arbre et repartit par le sentier, avec son renard. Elle dut faire un long détour pour éviter le précipice. Elle ne voulait pas risquer de passer en équilibre sur un seul tronc. Enfin, elle arriva sur le chemin qui menait chez elle et parvint à la maison à la tombée de la nuit, juste à temps pour le repas du soir, bien affamée.

Quand ses parents la vit arriver, ils lui demandèrent comment elle avait réussi à se salir si fort. La fillette raconta son aventure. Elle parla de la mystérieuse souris, de la grotte aux serpents et de sa chute dans le torrent. Papa et maman la félicitèrent pour son courage, mais lui demandèrent d'éviter de retourner dans ces endroits si dangereux.

Christine avala son souper, et puis, après une bonne douche, elle se mit au lit, la vitre de sa chambre grande ouverte. Elle attendit. Chachou arriva et posa ses pattes sur l'appui de fenêtre.

-Salut Christine.

-Bonsoir, répondit notre amie en souriant. Tu vas bien ?

-Je me porte à merveille, affirma le rapace. Je te dis bravo. Les animaux m'ont expliqué tout ce que tu as fait pour moi. Je te remercie. Tu es vraiment vaillante.

-Merci, sourit la fillette très fière. Elle rougit un peu.

-Veux-tu que je te raconte une curieuse aventure qui m'arriva un jour, proposa Chachou.

-Chic… J'aime tes histoires…

Elle l'écouta en s'endormant.


Mais notre amie est retournée à la grotte aux serpents...

Découvre vite la suite de ce passionnant récit, dans la deuxième partie: "Les Fourmis". (Christine 16).