Christine
Retour Imprimer

Le livre qui grince

Si les histoires d'horreur te font peur, si la nuit, tu fais vite des cauchemars, si tu es seul dans ta chambre à lire ces lignes et que l'orage dehors menace, alors ne va pas plus loin et referme ton livre.
Si le craquement d'une armoire dans le silence pesant te fait sursauter puis rire, si les morts-vivants t'amusent, si la peur est ton amie, continue...
Christine accompagnait Mathieu, son ami, ils ont dix ans tous deux, pour une balade dans une forêt qu'elle ne connaissait pas. C'étaient les vacances. Le garçon passait quelques jours chez sa tante Rosa, tu sais, la mère du petit Quentin, cinq ans. Je t'en ai déjà parlé (cf : CHR 14, Le château des vikings, CHR 25, Iris ou Anaïs).
Mathieu et son amie avaient emporté le pique-nique de midi. Le garçon avait proposé une baignade dans un lac ravissant, au milieu d'un bois de sapins. C'était trop loin pour Quentin. Les deux copains étaient allés seuls.
Il n'y avait personne au bord du lac. Ils ne gardèrent que jean ou salopette, ôtant t-shirt et baskets. Ils entrèrent dans l'eau froide. Par cette chaude journée d'été, c'était un vrai bonheur.
Pendant ce temps-là, les nuages devinrent de plus en plus sombres. Les deux amis étaient encore dans l'eau, lorsque l'orage éclata. Ils nagèrent encore un peu sous la pluie. C'était amusant! Ils sortirent ensuite du lac et regardèrent autour d'eux, cherchant un endroit pour se sécher. Ils aperçurent, au bord de l'autre berge, une petite cabane en bois.
-Allons-nous abriter là-bas, proposa Mathieu.
-Oh tu sais, répondit Christine, nous abriter de la pluie... On était mouillés dans le lac, maintenant on est mouillés dehors, et nos habits sont trempés. Je me demande pourquoi on n'a pas continué à jouer dans l'eau...
Ils s'étaient pourtant rhabillés sous l'averse. La salopette de Christine lui collait sur la peau, et ses longues tresses brunes dégoulinaient. Le jean de Mathieu était trempé autant que son t-shirt et ses chaussures faisaient "floc floc" dans la boue du chemin.
Ils contournèrent le lac sous la pluie battante et arrivèrent à cette petite cabane qu'ils venaient d'apercevoir. Elle n' était vraiment pas grande. Elle n'avait que deux toutes petites fenêtres, une à gauche et une à droite, si petites qu'on n'aurait pas pu passer par là. Il y avait une porte, bien sûr, et cette porte était entrouverte.
Mathieu poussa la poignée pour tenter d'ouvrir plus largement mais la porte était coincée. On ne pouvait ni l'ouvrir, ni la fermer. Comme ils sont minces tous deux, ils passèrent facilement et se faufilèrent à l'intérieur de la cabane.
Elle était tout à fait vide. Le sol était en terre battue. II y avait juste une cheminée et un escalier de bois le long du mur opposé. Près de l'âtre, ils découvrirent une belle réserve de bois et de petites bûches, qui permettraient de faire une bonne flambée.
Christine a l'habitude des feux. Elle habite dans la forêt. Ils décidèrent d'en faire un pour se sécher et se réchauffer.
Un escalier en bois, je l'ai dit, menait au grenier de la petite maison. Avant d''allumer le feu, ils montèrent cet escalier pour voir s'il n'y avait rien là-haut. Ils soulevèrent une trappe. C'était un simple petit grenier dans le toit. On y entendait battre la pluie. On ne voyait rien. Il faisait tout noir car cet endroit ne disposait d'aucune fenêtre. Ils refermèrent la trappe et redescendirent par l'escalier.
Christine entreprit alors d'allumer le feu. Ils grelottaient dans leurs habits trempés. Elle plaça du tout petit bois en pyramide et y glissa une allumette. Puis elle posa une branche un peu plus grosse par dessus. Un peu de fumée et une petite flamme apparurent. Mais la fumée s'accumulait vers le haut de la cheminée.
-Oh zut, dit Christine, on dirait que la cheminée est bouchée, on va être enfumés si cela continue. Je vais vite regarder ce qui se passe avant que les flammes ne soient trop hautes.
Christine passa la main à l'entrée de la conduite verticale et sentit quelque chose qui obstruait le passage. Elle arracha ce quelque chose et reçut un livre dans les mains. On aurait dit un cahier, dont la couverture était épaisse et sombre.
A présent, le feu tirait très bien et la fumée s'envolait vers l'extérieur sans problème. Ils ajoutèrent encore quelques petites bûches et le feu se mit à bien crépiter. Ils s'assirent tous deux par terre, l'un près de l'autre, devant les flammes. On voyait rougeoyer leurs visages.

Christine tenait sur ses genoux le cahier qu'elle venait de découvrir dans la cheminée.
-C'est bizarre un cahier qui sert à boucher une cheminée, réfléchit la fillette. Je me demande bien qui l'a caché et pourquoi...
-Moi aussi, renchérit Mathieu. Si on l'ouvrait?
-Oui, d'accord.
Christine ouvrit le cahier et un horrible grincement se fit entendre. La charnière du cahier grinçait comme une vieille porte rouillée. Ils se regardèrent tous les deux, un peu inquiets, et lurent la première page.
-Bonjour. Mon nom est Joé. Je suis pêcheur. Depuis mon enfance, j'ai toujours adoré attraper les poissons. J'ai découvert cet endroit, ce lac, entouré de forêts de sapins et je l'ai trouvé très à mon goût. J'ai eu envie d'y passer quelques jours. Je m'y suis tellement plu que j'ai décidé de construire cette cabane, dans laquelle tu es entré. Mais il m'est arrivé alors une aventure épouvantable. Referme ce journal, range-le et va-t'en, car si tu tournes la page, si tu lis la suite de mon récit, tu seras tellement captivé, que tu ne pourras plus quitter ce lieu avant d'avoir lu complètement le cahier que tu tiens entre les mains.
Christine et Mathieu se regardèrent. Ils avaient refermé l'ouvrage et un nouveau grincement s'était fait entendre.
-Qu'est-ce que tu penses? demanda Christine.
-Je ne sais pas, répondit Mathieu. J'hésite.
-Moi, je voudrais bien savoir la suite, affirma la fillette.
Vous savez que Christine est toujours terriblement curieuse... beaucoup trop!
-Une aventure captivante... pourquoi pas ? murmura Mathieu. S'il continue à pleuvoir, on ne pourra quand même rien faire d'autre. On doit attendre que la pluie cesse pour pouvoir retourner à la maison, chez tante Rosa.
-D'accord, confirma Christine.
Toi qui me lis, tu tournes la page ...


Christine et Mathieu ouvrirent le cahier. Il grinça de nouveau abominablement. Ils tournèrent la page. Elle grinça également. Ils lurent la suite.
-Ah, tu es resté! Eh bien, tant pis pour toi! Te voici enfermé dans mon récit.
A ce moment-là, Christine et Mathieu sursautèrent car ils entendirent un claquement violent près d'eux. La porte de la cabane venait de se refermer brutalement.
Posant le livre sur le sol, ils coururent vers la porte mais ne purent absolument plus l'ouvrir. Les deux fenêtres, celle de gauche comme celle de droite, étaient trop petites pour pouvoir s'y faufiler. Le grenier n'avait aucune issue, ils étaient enfermés dans la petite maison.

Ils reprirent le cahier, inquiets, et le coeur battant.
-Comme je l'ai dit à la première page, quand je suis arrivé ici et que j'ai vu que ce lac était bien poissonneux, j'ai décidé de construire cette cabane. Il y avait suffisamment de bois dans les environs pour mener à bien mon projet. J'ai scié quelques troncs de sapins et j'ai bâti ma hutte à la manière des trappeurs, des troncs emboîtés les uns aux autres.
-J'ai décidé d'y ajouter un petit grenier pour y sécher mon poisson. Pour terminer le grenier, il me fallait une bonne poutre pour couronner le faîte du toit. Je me demandais comment m'y prendre... Les troncs des sapins étaient un peu minces pour cela. Il m'aurait fallu une bonne branche de chêne ou de hêtre.
-Je pris donc mes cordes et ma scie, et m'éloignai dans la forêt à la recherche d'un arbre bien vieux et bien fort. Je découvris un énorme chêne, le long d'un ancien chemin. II devait avoir mille ans tellement il était gros. J'aperçus une puissante branche horizontale qui me convenait tout à fait pour le toit de ma cabane.
-Je suis donc monté dans ce chêne. J'ai scié cette grosse branche et je l'ai taillée. Puis, avec des cordes, je l'ai tirée jusqu'à la hutte. Ce fut dur. La monter sur le toit fut encore plus difficile. Il me fallut deux jours et beaucoup de patience, d'efforts et de sueurs. Enfin, j'installai ma poutre au faîte de mon grenier.
-Juste au moment de la fixer, je découvris qu'au milieu de la branche, il y avait un endroit où le bois était creusé en son centre. C'était comme si, dans le temps, on avait passé une corde autour de cette branche, pour puiser l'eau d'un puits par exemple, et que les frottements de la corde pour remonter les seaux du puits, et les faire redescendre et ainsi de suite, avaient usé un endroit de la branche horizontale.
-Je venais de découvrir avec stupeur que j'avais utilisé, pour le faîte de mon toit, la branche d'un arbre à pendus. Un arbre où, au Moyen-Age, on accrochait à une corde les condamnés à mort et on les laissait là mourir et pourrir. Et c'est la corde à laquelle tenaient les pendus qui, balancée par le vent, avait usé le milieu de la poutre de mon grenier.
Christine et Mathieu se turent. Le récit était sinistre. Il faisait frissonner. Ils se sentirent glacés malgré le feu. Une fois encore, ils se levèrent, ouvrirent la petite fenêtre à gauche, la petite fenêtre à droite, pour tenter de sortir, mais, malgré leur minceur, ils ne pouvaient absolument pas passer par là, c'était trop étroit. La porte était vraiment bloquée elle aussi. Il n'y avait aucune issue. Il fallait continuer l'horrible récit.
Ils tournèrent la page qui grinça abominablement.

-Je construisis deux petites ouvertures, une à l'est, pour voir le lever du jour, et l'autre à l'ouest, pour assister à son coucher. Je les voulus toutes petites, comme cela aucun voleur ne pourrait venir me déranger.
-Ça, tu parles, fit remarquer Mathieu.
-Attends, dit tout bas Christine, tais-toi, écoute.
Les deux enfants se turent.
Dans le grenier, on entendait un bruit, un gémissement. Comme si quelqu'un marchait là-haut en faisant grincer les poutres du plafond.
Les deux enfants se serrèrent l'un contre l'autre, les yeux agrandis par la peur, le coeur battant. Il y avait quelqu'un au grenier.
-II faut aller voir, chuchota Christine. On ne peut pas rester comme ça.
-D'accord, souffla Mathieu. Allons voir.
Ils prirent des allumettes. Ils n'avaient pas de lampe de poche. Ils montèrent tout doucement l'escalier qui longeait le mur opposé à la cheminée, et arrivèrent en-dessous de la trappe qui barrait horizontalement le plafond et donnait accès au grenier.
-Bon, murmura Christine. Un qui ouvre la trappe, un qui frotte l'allumette. Qu'est-ce que tu préfères?
-Ça m'est égal, chuchota Mathieu. Si tu veux, j'ouvre la trappe.
-D'accord, moi j'allume l'allumette.
Mathieu regarda Christine. Ils comptèrent un, deux, trois, et, d'un geste brusque, Mathieu ouvrit la trappe du grenier, tandis que Christine frottait l'allumette et la présentait à l'obscurité du grenier.
Un cri les fit sursauter de peur.
Un chat! Nos amis mirent quelques secondes à se remettre de leur frayeur.
-Eh bien, petit chat, tu nous as fait drôlement peur. Allez viens, dit Christine.
Elle prit le chat dans ses bras et redescendit l'escalier. Mathieu referma la trappe et descendit derrière elle.

Caressant le chat, ils reprirent le cahier et lurent la suite. Ils tournèrent la page qui de nouveau grinça horriblement.
-Un jour d'orage, je fis un feu. Je fis un feu et m'installai devant pour me réchauffer. J'étais revenu du lac trempé jusqu'aux os.
-Tout à coup, j'entendis, dans le grenier, une sorte de grincement. Surpris, je me levai, et, prenant un tison brûlant avec moi, je montai l'escalier. Je soulevai la trappe et devant mes yeux inquiets, j'aperçus un chat, un petit chat qui se trouvait là. Il m'avait fait peur, celui-là. Je pris le chat et je redescendis m'asseoir près du feu.
-Ça alors, remarqua Mathieu, c'est exactement ce qui nous est arrivé.
-Oui, ajouta Christine, c'est la même histoire, c'est étrange.
-Je caressai le chat quand...
-Chut, écoute, souffla Christine.
Les deux enfants cessèrent de lire. Ils regardèrent à nouveau vers le plafond de la pièce sous laquelle ils étaient et qui était aussi le plancher du grenier.
Le grincement sinistre avait repris. De nouveau, comme si l'on marchait dans le grenier.
-C'est normal, murmura Christine.
-Comment, c'est normal? répondit Mathieu.
-Oui, c'est logique, expliqua Christine. Cela ne pouvait pas être le chat. Un chat ne fait pas de bruit quand il se déplace...
-Tu as raison, reprit Mathieu. Mais alors, il y a vraiment quelqu'un qui marche dans le grenier...
-Ou quelque chose, ajouta Christine. Il faut retourner voir.
Les deux enfants remontèrent en silence les marches de l'escalier. On n'entendait plus le craquement, mais, à la place, ils perçurent un bruit d'eau. "Plic,plic,plic,plic". On aurait cru des gouttes qui tombent du toit sur le plancher de la pièce du haut.
Cette fois-ci, Mathieu frotterait l'allumette et Christine allait ouvrir la trappe du grenier.
Quand ils furent prêts tous les deux, Christine leva la trappe d'un coup sec. Mathieu alluma l'allumette. Ils ne virent personne. C'était vide.
-"Plic,plic,plic,plic".
Au milieu de la pénombre du grenier, à la lueur de l'allumette, ils aperçurent une tache sombre sur le sol. C'est là que les gouttes tombaient.
Christine et Mathieu s'approchèrent tous deux. Christine se baissa et toucha la tache sombre et humide. Puis, elle regarda son doigt. Mathieu approcha la flamme d'une allumette. C'était du sang!
Terrorisés, les deux enfants tournèrent leurs regards vers le haut. A la grande poutre, à l'endroit central où elle était usée, ils virent une corde. Une longue corde de pendu. Elle balançait doucement. La corde se terminait par un noeud coulant et un rond, par où on aurait pu passer la tête d'un pendu...
Terrifiés, ils redescendirent l'escalier après avoir refermé la trappe derrière eux et s'assirent en silence près du feu.
Mathieu se précipita vers la porte, tambourina, tenta de la tirer, de la pousser, mais il ne réussit qu'à se faire mal aux mains.

Ils reprirent le cahier de Joé.
-"Plic-plic-plic-plic". J'entendis des gouttes tomber dans le grenier. Je suis remonté à l'étage et j'ai ouvert la trappe. Personne. Mais au centre de la pièce noire, je découvris une tache sombre. M'approchant d'elle, la touchant avec le doigt, je découvris avec horreur que c'était du sang. En redressant la tête pour voir d'où il venait, je vis une corde, une corde comme celle des pendus, accrochée à la poutre. Elle avait un noeud coulant et un espace rond, par où on aurait pu passer une tête.
-J'étais effrayé. Je sortis mon couteau de ma poche et je tranchai la corde. Un bruit lourd, comme si un corps tombait sur le sol, se produisit.
-La corde, en même temps, se détacha de la poutre et me tomba sur les bras. Terrifié, j'ai regardé le plancher, mais je n'ai vu personne. Je redescendis l'escalier, je suis revenu près de mon feu."
-II faut couper la corde, murmura Christine. Il ne faudrait pas que quelqu'un vienne nous pendre. II faut faire comme lui, comme Joé.
-Tu as raison, répondit Mathieu. Tu as ton canif?
-Oui, j'ai mon canif, affirma Christine. Viens, on y va tous les deux.
Les deux enfants, le coeur battant, la sueur au front, montèrent l'escalier et entrèrent dans le grenier. Il n'y virent personne.
La corde pendait, sinistre.
Mathieu souleva Christine pour qu'elle atteigne le noeud. Christine le coupa énergiquement après avoir empoigné la corde avec dégout car elle était pleine de sang. Il y eut soudain un "BROUM". Un bruit énorme, sourd, comme si un sac, comme si une personne, comme si le corps d'un mort, d'un pendu, tombait sur le sol lourdement.
Les enfants regardèrent le plancher, épouvantés. Il n'y avait rien d'autre que l'énorme tache de sang. La corde répugnante tomba sur les bras de Christine. Elle poussa un cri puis la jeta au sol, horripilée. Mathieu la ramassa. Ils redescendirent l'escalier mais oublièrent de refermer la trappe...
-Il faut jeter cette corde dans le feu, lança Christine.
-Non, dit Mathieu, une corde de pendu, tu t'imagines. Je la garde. Je vais épater mes copains.
-Il faut la jeter dans le feu, répéta la fillette. Elle est pleine du sang d'un mort. Il faut la jeter. Elle va nous porter malheur.
-Tu as peut-être raison, avoua Mathieu. Attends, voyons ce qu'a raconté Joé.

Ils ouvrirent le livre qui grince et tournèrent la page.
-Je redescendis l'escalier, avec la corde entre les mains. C'était une bonne corde, mais c'était la corde d'un pendu, j'ai décidé de la brûler au feu.
-Je la jetai dans les flammes, et, tandis qu'elle commençait tout doucement à fumer avant de brûler sans doute, j'ai regardé vers le haut. Je me suis aperçu que je n'avais pas refermé la trappe...
-Christine, on n'a pas fermé la trappe! chuchota soudain Mathieu.
-Mathieu, le sol grince, les planches au plafond bougent, quelqu'un rampe. Il vient. Le mort vient.
Christine arracha la corde des mains de Mathieu et la jeta au feu.
-A ce moment-là, je vis apparaître une main, jaunâtre, comme la main d'un cadavre, puis une deuxième, comme si quelqu'un rampait dans le grenier, et voulait descendre vers la première marche.
-Mathieu, Mathieu! cria Christine.
Christine et Mathieu hurlaient de terreur. Une main jaune et verte, gonflée, pourrie, comme celle d'un cadavre, s'était posée sur la première marche. Puis une deuxième apparut. Les deux enfants virent ensuite deux bras squelettiques, sur lesquels quelque chair décomposée pendait encore.
-Ces mains et les deux bras se mirent à fumer. Une puanteur se répandit dans ma cabane. J'ai tourné la tête vers le feu.
Christine et Mathieu regardèrent leur feu. La corde s'était mise à fumer aussi.
-Tout à coup, la corde sembla s'enflammer. Je regardai vers le grenier.
Christine et Mathieu se tournèrent vers le grenier également. Les deux mains fumaient, et, soudain, s'enflammèrent. La tête du mort apparut. Les yeux n'étaient que des trous noirs. La peau du visage tombait en lambeaux pourris.
-Alors, je me suis précipité hors de ma maison. Puis, j'ai noté dans ce cahier tous les instants de cette horrible aventure et je l'ai placé dans la cheminée pour que ceux qui viendraient dans cette maison après moi ne subissent jamais cette affreuse tribulation.
-Je me suis enfui en courant et en jurant de ne plus jamais revenir. Joé.

"Clac".
Christine et Mathieu se tournèrent, tous les deux surpris, vers ce bruit à leur gauche. La porte venait de s'entrouvrir.
Les deux enfants se précipitèrent à l'extérieur.
Christine soudain courut vers la cabane.
-Reviens, cria Mathieu, reviens. Tu es folle! Que fais-tu?
Christine entra, saisit le petit chat et ressortit en hurlant. La tête du mort venait de se détacher et de rouler jusqu'à ses pieds sur le plancher et fumait. Les bras et les mains gisaient dans l'escalier. Ils se consumaient.
Elle était à peine sortie que, d'un coup, la hutte s'embrasa. Ce fut une véritable torche de feu pendant près d'une heure, puis il ne resta plus que quelques cendres que le vent emporta avec lui. La pluie avait cessé.
Christine et Mathieu gardèrent, hébétés, les yeux fixés sur les restes de la cabane. Ils tremblaient encore et frissonnaient dans leurs habits humides.

Un homme arriva, un bâton à la main. Il s'arrêta.
-Bonjour, les enfants.
-Bonjour, monsieur, répondit Christine.
-La cabane a brûlé?
-Oui, expliqua Mathieu, mais ce n'est pas notre faute.
-Bonne chose que cette vieille cabane pourrie ait brûlé. Plus personne n'y allait  depuis longtemps. Elle était abandonnée. Elle sentait le moisi. C'est bien ainsi. Ne vous tourmentez pas pour elle, les enfants.
L'homme remua les cendres du bout de son bâton, et, tout à coup, il sortit une corde, une corde avec un noeud coulant, comme une corde de pendu.
Christine et Mathieu regardèrent cette corde qu'ils ne connaissaient que trop bien. Comment était-il possible qu'elle n'ait pas brûlé?
-Belle corde, murmura l'homme.
Il la saisit entre ses mains.
-Vous la voulez, les enfants?
-Non, répondit Christine, je ne la veux pas.
-Moi, non plus, hésita Mathieu.
-Ah bon, dit l'homme, alors je l'emporte.
Il roula la corde, la mit dans son sac à dos puis s'éloigna. Nos amis ne le revirent jamais. Ils repartirent vers la maison de tante Rosa.

Tout à coup, Mathieu s'arrêta et se tourna vers son amie.
-L'homme qu'on a vu et qui a ramassé la corde, tu crois que c'était Joé?

-C'est possible, répondit Christine. Je préfère ne pas le savoir...
                                      *******************
On m'a dit qu'une corde qui a servi à pendre un condamné à mort ne brûle pas dans les flammes. Va savoir...