Epouvante - Horreur
Retour Imprimer

Iris ou Anaïs

 Christine était l'invitée de son ami Mathieu. Ils ont tous deux dix ans et se voient parfois aux vacances. Le garçon passait quelques jours chez sa tante Rosa, la maman d'un petit Quentin qui a cinq ans. Je t'en ai déjà parlé plusieurs fois. Cette dame habite un village, près de grands bois. Nos amis y vont souvent en balade avec le petit cousin de Mathieu.
Un matin, ils décidèrent, avec l'accord de tante Rosa de partir pour toute la journée. Il faisait très beau et même très chaud, presque trop chaud. Mathieu avait proposé de se diriger vers un petit lac où ils pourraient faire une baignade. Ils partirent donc dans la forêt, emportant leur pique-nique de midi. Quentin ne les accompagnait pas ce jour là.
Après avoir marché près de trois heures, ils aperçurent le petit lac. Le temps d'ôter t-shirt et baskets, ils y plongèrent tous les deux. Ils jouèrent longtemps dans l'eau froide. Puis ils mangèrent leurs provisions en séchant au soleil. Ils continuèrent ensuite la balade car Mathieu voulait montrer à Christine un joli point de vue.
Tout à coup, le chemin se divisa en deux et Mathieu hésita. Fallait-il prendre à gauche ou fallait-il prendre à droite? Il choisit la droite.
-Tu es sûr? interrogea Christine.
Mathieu n'était pas sûr du tout, mais, devant son amie, il ne voulait pas donner l'impression d'hésiter.
-C'est par là, j'en suis sûr, affirma le garçon.
Plus loin, la route se termina en lettre « T ». Il fallait de nouveau prendre à gauche, ou à droite. Mathieu opta pour la gauche.
-C'est un raccourci pour revenir chez tante Rosa, dit-il.
Christine eut l'impression que ce n'était pas la bonne direction, mais elle n'insista pas.
À force de se tromper, ils finirent par se perdre tout à fait dans la forêt...

L'après-midi était bien avancée. Il n'était pas loin de six heures du soir à présent. Le ciel s'était tout à fait couvert. II faisait sombre, presque noir. Un orage menaçait.
Tout à coup, un éclair aveuglant déchira le ciel, et un coup de tonnerre assourdissant les saisit très fort. Quelques grosses gouttes de pluie tombèrent sur le sol, suivies par un torrent d'eau qui les trempa en un instant et changea le chemin en ruisseaux.
Ils marchaient l'un près de l'autre, vraiment pas rassurés, perdus dans la forêt et pataugeant avec leurs tennis dans l'eau boueuse du chemin. Ils dégoulinaient de pluie. Leurs habits collaient, mouillés, à la peau. Christine sentait l'eau couler le long de ses tresses brunes. Ils frissonnaient. Mathieu était désolé. Il répétait que c'était sa faute et que, maintenant, revenir en arrière serait trop long. II fallait continuer et aller de l'avant.
Ils avancèrent donc le long de ce chemin dont les flaques d'eau grandissaient de plus en plus, et, tout à coup, ils longèrent un mur.
C'était un mur de briques assez vieux, en mauvais état, lézardé, envahi de lierre et de branches. De l'autre côté de ce mur, on apercevait des grands arbres, dont certains étaient encore bien verts et d'autres étaient morts.
Après avoir longé ce mur pendant trois ou quatre cents mètres, ils découvrirent une grille d'entrée. La grille était vieille, rouillée. Les sculptures de la grille ébauchaient des formes étranges, sinistres, à la lueur des éclairs. Elle était entrouverte. Il faisait noir, ils avaient froid, car ils étaient trempés. Ils avaient faim et ils étaient perdus. Derrière les grilles, au bout d'un chemin en terre, une allée menait vers une grosse bâtisse, une sorte de manoir, où nos deux amis distinguèrent une petite lumière.
-Quelqu'un habite là, dit Mathieu. Allons nous renseigner, on nous dira la route.
-Peut-être, répondit Christine, mais, tu sais, dans les histoires, quand on est perdu et qu'on voit une petite lumière, c'est en général, une sorcière, un loup-garou, des bandits, enfin, ce n'est jamais bon...
-Tu veux qu'on continue? demanda Mathieu.
-Non, allons voir, répondit Christine, plus curieuse qu'inquiète.
Ils pénétrèrent à l'intérieur de la propriété par la grille entrouverte.

Sous la pluie et les éclairs, les grands arbres morts semblaient tendre leurs branches vers le ciel comme des monstres géants qui auraient voulu saisir nos amis, mais ils ne se laissèrent pas trop impressionner.
S'approchant de la maison, ils traversèrent une grande prairie. L'herbe était coupée. Au milieu de cette prairie se trouvait un énorme chêne ou peut-être était-ce un hêtre. À une grosse branche de cet arbre, pendaient deux cordes formant une balançoire. Cette balançoire oscillait dans le vent et dans la pluie.
-C'est bon signe, se rassura Christine. II doit y avoir des enfants ici. Viens, on va frapper à la porte.
C'était une construction assez grande et haute. On aurait dit un manoir français du siècle passé, avec son perron de trois marches, ses hautes fenêtres, des sculptures bizarres en fer forgé sur le toit et le long de la façade. Elle leur apparut sinistre, dans la lumière des éclairs et balayée par la pluie.
En observant le manoir, ils calculèrent que la lumière qu'ils avaient aperçue en venant brûlait au deuxième étage, à droite, devant.
Ils gravirent trois marches. Christine frappa timidement à la porte, mais il n'y eut aucune réponse. II n'y avait ni sonnette ni aucune bobinette à tirer pour agiter une cloche dans le hall.
Mathieu redescendit les trois marches et choisit une pierre. II revint et frappa avec force contre la porte. Les coups de Mathieu résonnèrent à l'intérieur puis le son diminua et disparut, emporté par le tonnerre. La pluie tomba plus fort. Nos amis, trempés, sans veste, tremblaient de froid. La lumière au deuxième étage à droite, devant, s'éteignit!
-Eh bien, ils sont accueillants! commenta Christine.
-C'est vexant, s'indigna Mathieu.
Il frappa à nouveau et encore plus violemment contre le portail.
Quelques instants plus tard, la porte s'ouvrit.
Une fillette qui semblait avoir leur âge et qui tenait à la main une bougie allumée apparut devant eux. Elle avait de longs cheveux blonds qui lui descendaient à la taille. Elle portait une courte robe blanche sans manches, à moins que ce soit une robe de nuit. Elle était pieds nus, assez mince, jolie.
-Que faites-vous là? demanda-t-elle à voix basse.
-Bonjour, répondit notre amie. Je m'appelle Christine, et, lui, c'est Mathieu. C'est mon copain. On s'est perdu dans la forêt. Et toi, comment tu t'appelles?
-Je m'appelle Iris. Qu'est-ce que vous voulez?
-On est trempés par la pluie, on est fatigués, on a faim, on a froid et, surtout, on est perdus. Est-ce que l'on pourrait téléphoner pour qu'on vienne nous chercher?
-Nous n'avons pas de téléphone, répondit Iris.
-Pourrais-tu nous indiquer le chemin pour retourner chez nous, demanda Mathieu, en donnant le nom du village où habite tante Rosa.
-Ce nom ne me dit rien, fit Iris.
-Et si tu demandais à tes parents?
Iris observa un moment de silence.
-Mes parents sont morts, dit-elle tout à coup.
-Excuse-moi, murmura Christine. Je ne voulais pas te faire de la peine.
-Cela ne fait rien, répondit Iris. Je vis ici avec ma grand-mère, mais elle dort à présent. Sa chambre est au deuxième étage. Je ne veux pas la déranger.
-Tu sais, vraiment, on a très froid, on est tout mouillés, on ne sait plus où est notre village. Si tu pouvais nous accueillir, demain on partira. Il fera clair et on se débrouillera, proposa Mathieu.
-Il ne faut pas entrer dans cette maison la nuit, fit la fillette.
Nos amis se turent, de plus en plus étonnés, et inquiets.
-Bon, tant pis, concéda Iris. Entrez.
Ils passèrent dans le hall et elle referma la lourde porte derrière eux.
-Suivez-moi, dit-elle tout bas. Ne faites pas de bruit.

Ils montèrent, tous les trois, un escalier en bois. Ils arrivèrent au premier étage. Iris ouvrit la porte d'une chambre au milieu de laquelle se trouvait un grand lit ancien et une armoire très sombre.
-Voilà, vous pouvez dormir là.
-Merci, dit Christine.
-Merci, ajouta Mathieu.
-Ecoute, Iris, enchaîna Christine.
-Oui, chuchota la fillette.
-On a rien eu à manger ce soir. On a faim. Tu n'aurais pas un petit quelque chose?
-Vous allez fermer la porte de la chambre à clé, répondit Iris, à clé.
-Oui, s'étonna Christine.
-Et puis, je vais revenir. Je vais frapper trois coups, puis deux coups, puis un coup. Alors, vous m'ouvrirez. Alors, seulement, vous ouvrirez. Je vous apporterai à manger.
Elle partit. Ils fermèrent la porte à clé et attendirent.
Dehors, à travers la fenêtre fermée, on apercevait les éclairs de l'orage. Ils illuminaient de temps en temps la pièce de leurs reflets bleuâtres. On entendait gronder le vent et la pluie cingler contre la fenêtre. Des vagues d'eau tombaient du ciel.
-" Toc,toc,toc... Toc, toc... Toc...".
-C'est elle, affirma Mathieu.
Il tourna la clé dans la serrure. Iris apparut avec un plateau où se trouvait une assiette, avec deux tranches de pain. Il n'y avait rien dessus. Et deux verres de lait.
-C'est tout de ce que j'ai trouvé, dit Iris. Écoutez-moi bien, ajouta la fillette. Écoutez-moi bien! Vous allez refermer la porte, à clé. Cachez la clé dans votre poche, ne la laissez pas sur la serrure.
-Si tu veux, répondit Christine.
-Vous allez aussi me promettre de ne plus ouvrir la porte jusqu'au matin, même si c'est moi, même si je frappe trois fois, deux fois, une fois. Écoutez-moi bien, même si je pleure, même si je vous supplie, même si vous entendez quelqu'un d'autre parler ou appeler, n'ouvrez pas votre porte, pas avant demain matin. Vous promettez?
-Si tu veux, je le promets, affirma Christine.
-Oui, moi aussi, ajouta Mathieu, je te le promets.
-Voulez-vous que je vous laisse la bougie?
-On veut bien, mais ce n'est pas obligé, répondit Christine.
Iris se retourna et s'éloigna en emportant la bougie.
Mathieu ferma la porte, Christine tourna la clé, puis l'ôta de la serrure. Elle la glissa dans la poche poitrine de sa salopette. Ils frissonnaient encore de froid dans leurs habits humides.
Nos amis mangèrent chacun leur tranche de pain et burent leur verre de lait.
-Juste de quoi ne pas crever de faim, affirma Mathieu qui était affamé.
Ils ôtèrent leurs tennis sales et mouillées mais gardèrent jean, salopette et t-shirt, quoique encore humides. Ils se glissèrent sous les couvertures. Ils se regardèrent.
-On est tous les deux dans le même lit comme des amoureux, dit Mathieu, en souriant.
-Je vois, répondit Christine.
Puis, se tournant chacun de leur côté, ils tentèrent de dormir.
La maison était tout à fait silencieuse. On n'entendait absolument rien.
-Drôle d'endroit, murmura Christine.
-Oui, ajouta Mathieu. C'est moche.
-Je trouve aussi. Le manoir est triste et froid.
-Tu peux le dire, ajouta Mathieu. J'arrive à peine à me réchauffer.
-Moi aussi, fit Christine. Je tremble un peu, mais c'est de froid. Enfin, il ne pleut pas, on a eu à manger, c'est déjà quelque chose.
-C'était pas un grand festin, fit remarquer Mathieu. J'ai faim. Tu ne trouves pas qu'Iris est bizarre?
-Moi aussi, j'ai faim, répondit Christine. Oui, elle est bizarre...
-Je m'en fiche, dit Mathieu. Demain, on partira à l'aube.
-Oui, dors bien, chuchota Christine.
-Tu n'es pas fâchée? demanda Mathieu.
-Non, je ne suis pas fâchée sur toi, promit Christine. Mais ta tante Rosa va être inquiète.
- Oui, mais on ne peut pas l'avertir... Tu es gentille, merci.
Ils se donnèrent un petit bisou et s'endormirent.

La pluie crépitait sur les vitres. L'orage s'était un peu éloigné, mais les éclairs illuminaient encore la chambre et le grand meuble noir de leur étrange lueur éphémère. Tout était silence…
"Boum, boum, boum, boum, boum".
Christine et Mathieu sursautèrent tous les deux.
-Qu'est-ce que c'est ? chuchota Christine.
-Tais-toi, murmura Mathieu. Écoute.
-J'ai peur.
-Ouvrez-moi la porte, s'il-vous-plaît, ouvrez la porte.
-C'est Iris, dit Christine, je reconnais sa voix.
-S'il-vous-plaît, ouvrez la porte, ouvrez-moi. J'ai besoin de vous. Au secours!
-Il faudrait peut-être y aller, souffla Mathieu.
-Non, fit Christine. Elle a bien dit que même si elle appelait au secours, même si elle suppliait, il ne fallait pas ouvrir.
Nos amis ne bougèrent pas de leur lit. Leurs coeurs battaient à toute vitesse. Ils se prirent par la main, sous la couette et écoutèrent. Ils n'entendirent plus rien.
Après une minute, Mathieu se leva. Il regarda sa montre. Il était une heure du matin. Il alla à la fenêtre.
-Christine, viens voir, vite.
Christine se précipita près de son ami.
-Regarde, là, dehors, en-dessous du chêne.
Iris était assise sur la balançoire, sous le grand arbre, dans la pluie. Elle se balançait doucement.
-Elle est folle, suggéra Mathieu.
-Moi, j'aime bien d'aller sur les balançoires, répondit Christine, mais pas à une heure du matin ni sous la pluie et l'orage! En plus, avec la foudre, c'est dangereux.
-Comme c'est étrange, songea le garçon.
-Mais qui a frappé à notre porte alors? demanda Christine...
Les deux enfants se regardèrent en silence.
-On ne s'est pas levés tout de suite, elle a eu le temps de descendre, suggéra Mathieu.
Puis ils se recouchèrent et finirent par se rendormir.

Plus tard, dans la nuit, ils furent de nouveau réveillés. De nouveau, on frappa à leur porte : "Toc, toc, toc, toc, toc", un peu moins fort.
Ils se saisirent une nouvelle fois!
-Ouvrez la porte, dit une voix forte. Je suis le papa d'Iris, ouvrez-moi. Elle vous a accueilli dans la maison. Je voudrais faire votre connaissance.
-Il ne faut pas ouvrir, dit Christine.
-Mais c'est le papa, insista Mathieu.
-Rappelle-toi, chuchota Christine. Iris a dit que son papa était mort et sa maman aussi. Ses parents sont morts. Elle l'a dit. Ce n'est pas son père derrière la porte.
-Mais alors, dit Mathieu, qui c'est? Et cette voix grave...
-Je n'en sais rien, répondit Christine. Je préfère essayer de ne pas y penser. C'est peut-être Iris. Je sais aussi faire une grosse voix, si je veux. Je sais aussi imiter la voix de mon papa.
-Pourquoi ferait-elle cela. Pourquoi, surtout, vient-elle tout le temps frapper à notre porte…, si c'est elle, elle sait bien qu'on est là.
La question demeura sans réponse. Il était un peu plus de trois heures du matin. De nouveau, la maison retomba dans un silence pesant, sinistre.

Christine avait difficile à s'endormir. Et se tournait et se retournait sans cesse dans le lit. Le temps passait. Elle ouvrit les yeux. On n'entendait rien. L'orage était loin. II ne pleuvait plus. De temps en temps, entre les nuages, la lune apparaissait et éclairait la chambre de sa lueur blafarde.
Christine tourna la tête vers l'entrée.
-Mon Dieu, la porte!
La porte de la chambre était grande ouverte!
Le coeur de Christine se mit à battre très fort. Elle glissa sa main vers son copain. Elle sentit Mathieu.
-Mathieu!
-Oui?
-Réveille-toi. Regarde, la porte est ouverte.
Je ne sais pas si cela t'es déjà arrivé d'aller te coucher en fermant ta porte et de te réveiller dans la nuit, avec ta porte ouverte sur le couloir, noir, silencieux, effrayant... C'est horrible!
Ils se redressèrent tous les deux.
-Qui a ouvert? demanda Mathieu.
Christine posa ses mains sur sa salopette et sentit dans sa poche la présence de la clé.
-J'ai toujours la clé. Alors, qui a ouvert? Et avec quoi?
-Je n'en sais rien. Un passe-partout sans doute. Il y en a dans ce genre de vieilles demeures.
-Mais alors, songea Christine avec angoisse, ça veut dire que quelqu'un est entré doucement dans la chambre avec le passe-partout, s'est approché, et, profitant qu'on dormait, nous a observés. Quelle horreur! C'est une maison de fous, ici.
-On s'en va, dit Mathieu.
-Oui, d'accord, sortons. Il ne pleut plus. Je préfère encore être dans les bois.
Ils se levèrent tous les deux.
-Elle avait fait promettre de ne pas sortir, interrompit Christine.
-Tant pis, répondit Mathieu, elle n'avait pas à ouvrir la porte...
-Oui, tu as raison. Maintenant qu'elle est ouverte, allons voir...

Christine et Mathieu pénétrèrent dans le couloir obscur.
-On monte ou on descend?
-Montons, proposa Christine. Allons voir la grand-mère d'Iris. Elle nous dira par où retourner chez ta tante Rosa.
Quand nos amis étaient arrivés, Iris avait expliqué que sa grand-mère dormait là-haut, où nos amis avaient aperçu la lumière, en venant. C'était au deuxième étage avant-droit.
-Oui, allons voir la grand-mère, d'accord, répondit Mathieu. C'est une bonne idée.
Ils montèrent l'escalier qui craqua un petit peu sous leurs pas. C'était très sombre mais ils préféraient ne pas allumer. Ils arrivèrent à la porte de la grand-mère. La porte n'était pas tout à fait fermée et elle battait légèrement. Ils la poussèrent prudemment après avoir frappé. Ils entrèrent.
La fenêtre était grande ouverte et, à cause de la pluie, une flaque d'eau inondait le tapis.
À la lumière de l'aube, ils aperçurent le lit. II n'était pas défait, il n'y avait personne dedans!
Nos amis firent demi-tour et ressortirent de la pièce horrifiés, se demandant vraiment dans quelle maison ils étaient et ce qui s'y passait.

Ils descendirent lentement les escaliers dans l'obscurité pour retrouver le hall d'entrée et sortir. Il leur restait une dizaine de marches à descendre pour arriver tout en bas dans le grand hall, quand ils virent une porte s'ouvrir. La fillette apparut. Elle n'avait plus sa bougie à la main, mais elle avait toujours sa robe de nuit blanche et ses pieds nus.
Elle les regarda tous les deux et sembla étonnée.
-C'est toi qui as ouvert notre porte, Iris? demanda Mathieu.
Christine donna un coup de coude à son copain pour qu'il se taise. Elle observait la fillette, intriguée.
-Oui, c'est moi. Je voulais savoir qui était là.
-Tu connais mon nom, demanda Christine.
-Non, je ne connais pas ton nom.
-Je m'appelle Christine et mon copain, c'est Mathieu. Et toi, comment tu t'appelles?
La fillette les regarda un moment en silence.
-Je m'appelle Anaïs, dit-elle.
C'était exactement la même fille que celle qui les avait accueillis tantôt.
-Ça alors, souffla Mathieu, des soeurs jumelles! Je n'y avais pas pensé...
Anaïs gravit l'escalier lentement. Elle passa à côté d'eux, en les frôlant.
Elle atteignit le premier étage et, sans se retourner, disparut dans une chambre en refermant la porte derrière elle.
Christine et Mathieu descendirent et se retrouvèrent dans le hall. Ils sortirent de la maison par la grande porte qu'ils refermèrent derrière eux.
Les lueurs de l'aube apparaissaient. La balançoire accrochée au grand chêne bougeait au vent. Ils suivirent l'allée en terre et arrivèrent aux grilles. Une voiture s'arrêta juste à ce moment sur la route et un homme encore jeune, vingt-cinq ans peut-être, en sortit. Il regarda nos amis.
-Que faites-vous là? demanda t-il.
-On s'est perdus, répondit Mathieu.
-Oui, et Iris a bien voulu nous accueillir pour la nuit, ajouta Christine. Vous êtes peut-être son papa.
-Non, je suis son grand frère, répondit le jeune homme. Elle a bien fait de vous accueillir.
-Excusez-nous, ajouta Mathieu, mais on n'a pas pu saluer votre grand-mère en partant.
-Ma grand-mère? Mais ma grand-mère est morte il y a dix ans!
-Ah, c'est comme vos parents, alors, ajouta Christine.
Le jeune homme les regarda tous les deux, en silence.
-Dites au-revoir pour nous à Anaïs, ajouta Christine.
Le jeune homme les observa encore, droit dans les yeux.
-Anaïs… murmura t-il dans un souffle...
-Savez-vous comment on arrive au village? demanda Mathieu.
-Oui, affirma le jeune homme, suivez ce chemin à droite. Vous entrerez après une heure dans un grand bois de sapins. Prenez la deuxième, non la troisième allée à gauche, toujours dans le bois de sapins, et après une autre heure de marche, vous serez au village.
-Merci, dit Mathieu.
Nos deux amis s'éloignèrent de la maison étrange.
Après avoir marché quelques minutes en silence, Mathieu se tourna vers Christine.
-Iris et Anaïs?
-Non, Iris ou Anaïs.

*******
EPILOGUE
*******
Mathieu reprit :
-Iris et Anaïs.
-Je n'en suis pas sûre, réfléchit Christine. Tu penses qu'il y avait deux filles. Moi je crois qu'il n'y en avait qu'une.
-Tu ne crois pas que c'était des jumelles? insista Mathieu.
-Je ne suis pas certaine, songea Christine. Je crois que c'était peut-être bien la même!
-Alors, elle est complètement folle! répondit Mathieu.
-Peut-être que, quand elle a perdu ses parents, ayant subi un choc terrible, sa personnalité a changé et maintenant, elle est double. Dans la journée, elle est Iris, et, la nuit, elle se prend pour Anaïs.
-Je vois, poursuivit Mathieu. Iris croit avoir une grand-mère. Tandis qu'Anaïs croit avoir encore ses parents.
-En tout cas, "elles" ont leur grand frère, ajouta Christine.
-Alors, Iris ou Anaïs?
-Oui, Iris ou Anaïs.