Joël & Plume Bleue
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La Source du Bonheur

     Un mois après leur aventure du train, Joël et Patricia étaient en vacances pour une semaine. La petite école de St-Georges fermait ses portes.

Avec la permission de leurs parents, ils se mirent en route le premier jour à l'aube pour se rendre dans le territoire des Anasazis. Joël était impatient de retrouver son amie Plume Bleue et le reste de la tribu.

Fort de l'expérience du train, le garçon emporta avec lui le revolver de Bill Alone. Il le glissa entre sa ceinture et son jean, dans son dos, comme le cow-boy lui avait appris.

Nos amis connaissent bien la piste qui part de la ville de St-Georges où se trouve le General Store de leurs parents et mène dans les terres des indiens. Il faut la suivre toute la journée, dormir dans un petit refuge au milieu des canyons, et, le lendemain, en marchant bien, vers le milieu de l'après-midi, on aperçoit les premiers tipis.

Tout cela, toi qui lis ce récit, tu le sais déjà. Si non, découvre d'abord les épisodes 1 à 6.

Joël et Patricia emmenaient des provisions pour deux jours. Le frère et la soeur passèrent seuls la nuit dans ce refuge. C'est toujours impressionnant, à onze et neuf ans, de passer la nuit à la belle étoile, seuls au milieu des déserts, mais ce n'était pas la première fois qu'ils dormaient ainsi à l'aventure dans ce pays magnifique fait de roches, de vallées profondes, de déserts incroyables de beauté et de solitude. Les enfants de pionniers, vers les années 1880, menaient une vie rude dans l'Ouest sauvage et inhospitalier.


Le lendemain après-midi, ils arrivèrent en vue des premiers tipis du village Anasazi. La porte de l'un d'entre eux s'ouvrit aussitôt. Joël et sa soeur virent bondir Plume Bleue qui courut vers eux et les embrassa affectueusement. Joël particulièrement.

Pourtant, la fillette semblait triste. On pouvait voir, d'ailleurs, des larmes le long de ses joues.

Elle leur expliqua que son frère, Bâton Rouge, celui de neuf ans, est gravement malade.

-Depuis plusieurs jours, il reste couché sur sa natte dans le tipi. Il ne bouge presque plus. Il a beaucoup de fièvre. Il ne veut pas manger et a beaucoup maigri. Il dort mal. Il souffre au niveau du ventre.

Joël demanda ce que l'on avait entrepris pour le soigner. Plume Bleue expliqua que le sorcier du village tentait de lui faire boire quelques potions composées d'herbes et de plantes mais qu'il ne réussissait pas à le guérir. Seul, d'après le sorcier Anasazi, un autre guérisseur, celui de la tribu des Hopis, située à plusieurs jours de marche, pourrait sauver le garçon. Et il fallait faire vite, car lorsque la nouvelle lune, dont le croissant venait d'apparaître hier soir, serait transformée en un disque parfait, dans une douzaine de jours, Bâton Rouge risquait fort de mourir.

Impossible de conduire le garçon jusque St-Georges. D'abord, à cette époque, il n'existait pas encore de vrai médecin dans la petite ville de pionniers. C'était, je te rappelle, vers les années 1880. D'autre part, les Indiens souvent pauvres n'auraient pas pu le payer.

Patricia demanda si des guerriers de la tribu, ou le papa de Bâton Rouge, envisageaient de partir chercher ce fameux sorcier Hopi. Plume Bleue soupira. Aucun guerrier ne pouvait partir, pas même son père, Cheval de Feu, et s'absenter si longtemps.

-En effet, dit-elle, en ce moment de la récolte du maïs, tous, hommes, femmes et même les enfants, s'occupent à cette tâche. Si on ne le fait pas, les maïs risquent de s'abîmer et ce sera la famine pour la famille. Au lieu de perdre un enfant, il en mourra quatre chez nous, moi avec eux…

Joël resta silencieux un moment, puis il se tourna vers son amie.

-Mais nous, nous pourrions aller chez les Hopis, suggéra le garçon courageux. Qu'en penses-tu Plume Bleue ? Si cette tribu est amie, comme tu le dis, ils nous recevront.

-Je trouve ton idée formidable et généreuse. Toute seule, je n'oserais pas y aller car les pistes sont dangereuses, parfois presque impraticables, paraît-il. En plus, il faut traverser le territoire ennemi des Havasus, mais à nous deux…

-Tu veux dire à nous trois, intervint Patricia…

-Oui à nous trois, corrigea Plume Bleue, nous pourrions tenter l'aventure.

 

Les trois enfants se dirigèrent aussitôt vers le tipi du sachem, qui les reçut gentiment. Il venait de revenir des champs lui aussi.

-Vous voulez vous rendre dans le territoire des Hopis ! Ce voyage me paraît à la limite du possible, avertit le sachem. Vous devrez d'abord passer les terres Havasus et ils vous interdiront de marcher sur leurs sentiers. Nous sommes en guerre avec cette tribu depuis longtemps. Il faudra donc contourner leur territoire, leur zone de chasse. Pour cela, on vous conduira au bord de la rivière Colorado. Cela prendra trois jours.

Nos amis écoutaient attentivement les explications.

-Arrivés sur ses rives, vous embarquerez, et vous serez seuls à la descendre. Or, ce large fleuve s'encombre de nombreux rapides, extrêmement dangereux. On ne peut passer qu'en canoë. Et après avoir suivi le cours de ces eaux impétueuses, durant deux jours environ, il vous faudra remonter tout en haut. Cela vous prendra une journée entière encore. Ce canyon est extrêmement profond. Ses berges sont souvent à pic. Rares sont les endroits où l'on peut quitter le fond et grimper jusqu'au bord supérieur. Le sentier des Havasus apparaît clairement, mais cela prend plus de dix heures pour en faire l'escalade, d'ailleurs épuisante. Pour cela les hommes blancs appellent cet endroit le Grand Canyon. Si je compte bien, vous arriverez au soir du sixième jour dans le pays des Hopis.

Nos amis se taisaient, impressionnés.

-Et puis, par où et comment reviendrez-vous avec le remède, s'il y en possède un? Par Dieu sait le long de quelle piste. Impossible de remonter par le fleuve. Vous suivrez des sentiers… Mais, si vous avez le courage de tenter cette terrible aventure, ajouta le sachem, je ne m'y oppose pas. Je vous admire.

-Je tente l'aventure, affirma Joël, en reprenant les mots du chef indien.

-Moi aussi, lança Plume Bleue. Pour sauver mon frère.

-Ce sera très dur, avertit le sachem.

-Tant pis, murmura le garçon.

-Je vous accompagne, décida Patricia.

-En ce cas, poursuivit le chef indien, je vais vous confier cette pipe en terre. C'est un calumet de paix. Vous le remettrez au sachem des Hopis, un grand ami. Deux guerriers partiront demain matin à l'aube avec vous et vous conduiront jusqu'au bord du grand fleuve. Ils porteront le canoë qui vous servira à descendre la rivière. Mais, à cause des récoltes, ils ne pourront pas vous accompagner plus loin. Vous continuerez seuls.


Quand le soleil se leva, Joël, Patricia et Plume Bleue et les deux guerriers quittaient le territoire des Anasazis.

Ils marchèrent toute la journée, presque sans s'arrêter. Les deux hommes portaient courageusement le canoë à tour de rôle sur leur dos. Nos amis emportaient des provisions pour six jours et trois grandes couvertures. Ils pourraient s'y rouler quand ils camperaient à la belle étoile le long du grand fleuve. Enfin, ils emmenaient aussi le précieux calumet que le sachem leur avait confié.

Au soir du troisième jour, ils arrivèrent au bord de l'eau. Les guerriers repartirent aussitôt au village anasazi. Nos amis se retrouvèrent seuls, au pied de l'aventure.

Ils allumèrent un feu, cuisirent et mangèrent une bouillie de maïs. Puis chacun se coucha, pas trop loin des flammes pour la chaleur et pour la sécurité, en s'enroulant dans une couverture.

Avant de s'endormir, Plume Bleue sortit de la poche de sa petite robe brune une pierre d'environ cinq centimètres sur quatre et d'un centimètre d'épaisseur. Sur l'une des faces de ce caillou, se trouvaient une série de signes étranges. On aurait pu les croire gravés, mais en fait cette pierre se composait d'un mélange de deux roches différentes, une rougeâtre et une blanchâtre. C'était, peut-être, une pierre d'origine volcanique.

-Mon grand-père, expliqua la fillette, m'a remis cette pierre avant de mourir et il m'a dit, en me la confiant, qu'elle mène à la source du bonheur. Il n'a hélas jamais vu cette source. Il pensait qu'elle se trouve dans le territoire inaccessible pour nous des Havasus.

Joël et Patricia observèrent longtemps les lignes étranges à la surface du mystérieux caillou, tandis que les flammes du feu éclairaient de leurs lueurs dansantes ce morceau de roche poli par les ans. Puis, ils le rendirent à Plume Bleue et s'endormirent.


Le lendemain matin, nos amis posèrent le canoë sur l'eau et Joël, Patricia et Plume bleue y montèrent. Ils y rangèrent leurs provisions, leurs couvertures et trois grandes outres quasi vides qui leur servaient de gourde. Ils les rempliraient quand ils croiseraient un affluent d'eau claire. Le bateau s'éloigna de la rive. Le canoë épousa doucement la courbe de la rivière. Plume Bleue se retourna.

-Voilà, dit-elle. Je vous donne quelques explications indispensables à notre sécurité. Je n'ai descendu le fleuve en canoë qu'une seule fois, avec mon père et un autre homme de la tribu. Je n'étais pas aux commandes. J'espère que je ne vais pas me tromper et que je réussirai à nous mener à bon port.

-Nous te faisons tout à fait confiance, dit Joël en souriant.

-Certainement, ajouta Patricia. Avec toi, je crois qu'on ne court aucun danger.

-Détrompez-vous, répondit Plume Bleue. Nous serons presque en permanence en danger. Surtout dans les cataractes. Des endroits où la rivière coule extrêmement vite et s'encombre de rochers. Avant de passer ces endroits, nous viderons l'eau de nos gourdes en peau et nous soufflerons dedans, comme pour gonfler un ballon. Elles nous serviront de bouée de sauvetage en cas de besoin.

Un grand oiseau passa dans le ciel et lança son cri.

-Si le canot se retourne, poursuivit la fillette, et que nous sommes précipités dans l'eau, n'essayez pas de nager. Vous seriez emportés par le courant et vous vous fracasseriez la tête ou vous vous casseriez un bras contre les pierres. Au contraire, il faut faire la planche, se mettre sur le dos et présenter les jambes dans le sens du courant, afin que si l'on rencontre un rocher, on puisse se recevoir sur la plante des pieds et s'extraire de l'eau.

Joël et Patricia écoutaient gravement leur amie.

-Parfois, ajouta Plume Bleue, je devrai vous donner des ordres. Je vous dirai de pagayer à gauche ou à droite, fermement, selon ce que je prévoirai ou ce que je sentirai du courant. J'espère que nous nous en sortirons.


Le silence régnait, dans cette vallée démesurée. Imagine d'immenses rochers rouges, à gauche comme à droite. Des éboulements qui s'entassent les uns sur les autres et forment les parois de ce gigantesque canyon. Entre la berge supérieure et le niveau de l'eau, les falaises de pierres atteignaient souvent huit cents à mille mètres, selon les endroits.

Le long de cette crevasse interminable, il n'existe que deux ou trois sentiers qui permettent d'en sortir. Une fois qu'on commence à suivre le courant, il faut continuer, sauf en de rares passages, connus des Indiens.

Le soleil se couche tôt dans ces gorges. Il disparaît derrière les sommets et plonge la vallée dans l'obscurité. Pas un bruit. Rarement un cri d'oiseau. Parfois, le clapotis de l'eau. Par contre, le spectacle qui défile sous les yeux de ceux qui les descendent est d'une hallucinante beauté.

Mais à certains endroits…

 

Soudain les enfants perçurent une sorte de grondement. Il provenait de l'aval. Ils s'en approchaient de plus en plus. Il allait sans cesse croissant. Patricia, inquiète, demanda à Plume Bleue ce que c'était. La fillette, sans se retourner, lui répondit qu'ils abordaient les premiers rapides. Ils se placèrent au centre de la rivière.

La vitesse du canoë s'accentua, emporté par le courant de plus en plus impétueux. Plume Bleue commanda avec une maîtrise remarquable de pagayer tantôt à gauche, tantôt à droite. Ils évitèrent ainsi les rochers affleurant au milieu de l'eau, et sortirent des turbulences et des grondements sans encombre. Joël et Patricia applaudirent leur amie qui les remercia pour l'encouragement.

Ils passèrent encore deux zones de rapides avant que la vallée soit plongée dans une semi-obscurité. Alors, Plume Bleue, apercevant une berge un peu plus large et sablonneuse, accosta.

Les trois enfants hissèrent le canoë sur la plage, puis, écartant les pierres les plus pointues, ils s'apprêtèrent à passer la nuit, couchés sur le sable et roulés dans leur couverture. Ils allumèrent d'abord un petit feu et cuisirent une nouvelle bouillie de maïs. Ils ne mangeaient pas grand-chose. Ils avaient sans cesse un peu faim, à jeun toute la journée, comme les Indiens. Les provisions étaient comptées. Il fallait du courage, beaucoup de courage pour réussir l'aventure qu'ils tentaient.

Quand ils s'endormirent, regardant le ciel, ils aperçurent des milliers d'étoiles. Un spectacle toujours d'une paisible beauté. Le croissant de lune grandissait. Quatre jours avaient passé. Il approchait maintenant de la demi-lune. Il fallait faire vite, pour sauver le petit frère, pour secourir Bâton Rouge. Ils y pensèrent avec angoisse en s'endormant.


Un éclair les réveilla au milieu de la nuit. Puis un coup de tonnerre assourdissant retentit. Tous les trois se redressèrent. Les premières gouttes tombèrent peu à peu puis de plus en plus serrées.

Plume Bleue leur proposa de procéder comme les Indiens lorsque la pluie tombe à verse, et qu'un orage croise la vallée : se déshabiller complètement, rouler les habits en boule et les enfouir au milieu de la couverture. Retourner ensuite le canoë et tenter de s'abriter en dessous de celui-ci.

En effet, s'ils restaient sous la pluie, ils seraient rapidement trempés et comme les nuits sont froides, ils grelotteraient dans leurs habits mouillés jusqu'au matin.

Nos amis se déshabillèrent tous les trois à la lueur des éclairs, roulèrent leurs vêtements en boule et les placèrent au milieu des couvertures. Ils retournèrent le canoë et se tapirent de leur mieux en dessous de celui-ci. La pluie tombait fort à présent, très fort. Et le vent violent soufflait.

Nos amis étaient quand même mouillés. Ils sentaient l'eau couler sur leur dos et le long du visage ou sur leurs jambes. Ils protégeaient leurs habits et leurs couvertures comme ils pouvaient. La tempête ne dura qu'une bonne demi-heure heureusement. Ils sursautaient à chaque coup de tonnerre. Ils tenaient le canoë à deux mains, car ils craignaient que le vent l'emporte ou le brise dans les rochers.

Enfin, la pluie se calma. Il ne tomba bientôt plus que quelques gouttes.

Ils sortirent de leur abri, se rhabillèrent, se roulèrent dans les couvertures, et se rendormirent.


Un grand soleil les réveilla au matin. Ils se levèrent et se mirent en route. Très vite, ils entendirent un nouveau grondement. Celui-ci se percevait de très loin. il semblait particulièrement violent.

-C'est un des grands rapides de la rivière, annonça Plume Bleue, le coeur serré. Nous allons nous arrêter avant. Nous sortirons le canoë de l'eau et nous monterons sur une hauteur pour regarder comment il se présente et où sont les rochers les plus dangereux. Nous tâcherons de repérer ainsi s'il faut le prendre par la gauche, par la droite ou par le centre.

Après avoir observé un bon moment tous les rochers du rapide, les enfants remontèrent dans le canoë. Ils se taisaient silencieux, angoissés. Ils risquaient leur vie en passant par là. Mais impossible de contourner en portant le canoë par la berge, car à cet endroit, les parois rocheuses sont verticales et tombent dans l'eau en à pic. On ne longe aucune plage.

Plume Bleue aborda le rapide par le côté gauche. Puis, elle leur cria de pagayer à droite de leur mieux. C'est ce qu'ils firent, mais ils furent attirés vers une sorte de grand tourbillon, qui eut raison de leurs forces. Le tourbillon fit pivoter de nonante degrés le canoë qui se présenta de travers dans le rapide suivant. Emporté par le courant impétueux et impossible à manoeuvrer, ils vinrent se fracasser contre des rochers.

Les trois enfants se retrouvèrent à l'eau.

Serrant leurs outres gonflées comme des ballons et nageant sur le dos, comme l'avait expliqué Plume Bleue, ils parvinrent à se hisser et à se redresser sur les rochers. Puis, sautant de l'un à l'autre, ils atteignirent la berge, transis de froid, trempés, et ayant perdu toutes les provisions de nourriture, les couvertures et le calumet de la paix confié par le sachem des Anasazis pour celui des Hopis.

-Je suis désolée, murmura Plume Bleue, les larmes aux yeux, je suis désolée.

Joël s'approcha de son amie. Il posa son bras sur ses épaules.

-Tu ne dois pas être désolée. C'est presque impossible de passer un endroit pareil. Grâce à toi, nous avons traversé la moitié des rapides. Nous sommes sains et saufs, c'est déjà beaucoup.

-Qu'allons-nous faire à présent? s'inquiéta Patricia.

-Ne pourrait-on pas remonter vers le bord supérieur du canyon? suggéra Joël.

-C'est ce qu'il faudra faire, affirma leur amie, mais, ici, on ne trouvera aucune piste. On va tâcher de découvrir une passe, une sentier plus loin. Mais, pour cela, il nous faudra avancer d'abord dans la vallée. Parfois, nous serons obligés de nager dans l'eau froide quand les berges tombent à pic et qu'il n'y aura pas d'espace pour nous entre l'eau et les roches verticales. Et, enfin, termina Plume Bleue, lorsque nous arriverons au sommet de cette gigantesque paroi abrupte, nous serons dans le territoire des ennemis, celui des Havasus.


Nos amis se mirent en route, sans attendre. Il ne s'agissait pas de traîner. Il fallait avancer. Personne n'allait venir les secourir. Revenir en arrière était totalement impossible et impensable.

Deux ou trois fois, ils durent entrer dans l'eau, la berge se terminant par un à-pic vertical et plongeant. Une eau froide. Elle provient d'assez loin dans les montagnes. Ils grelottaient chaque fois en sortant trempés. Ils grelottaient une heure, le temps que leurs jeans et les chemises ou la robe de Plume Bleue séchent. Il n'existe aucun sentier le long du fleuve. Il fallait sans cesse grimper sur les amoncellements de roches, sauter de l'une à l'autre. Une gymnastique épuisante et interminable.

Une première fois, Plume Bleue leur proposa de suivre une vallée latérale, espérant y trouver une piste pour remonter vers le bord supérieur du canyon, mais ils furent bloqués par un à-pic d'environ cent mètres, encombré d'une chute d'eau claire comme du cristal. Ils en burent car celle du Colorado est très limoneuse. Ils remplirent leurs outres.

Puis, ils continuèrent leurs efforts le long du fleuve.


En début d'après-midi, après avoir nagé et marché deux heures supplémentaires, ils abordèrent une seconde vallée latérale qui paraissait plus praticable.

Pataugeant dans l'eau d'une petite rivière de deux mètres de large, ils avancèrent dans une gorge de plus en plus étroite. A un certain moment, les parois étaient tellement serrées, tellement proches l'une de l'autre, qu'ils pouvaient les toucher à gauche et à droite en même temps, en étendant leurs bras.

La rivière devint plus profonde. Ils fallut nager dans les eaux heureusement tranquilles, pour avancer. A un autre endroit, où se trouvait un amoncellement de rochers, ils durent se glisser parmi ces éboulis et se faufiler dans des petits espaces entre les pierres. L'eau coulait abondamment dans ces anfractuosités. Trempés, ils se hissèrent au sommet de l'éboulement.

Ils parvinrent ainsi à un endroit où les bords de cet étroit canyon latéral se touchent presque. Ils furent obligés de se mettre de travers pour passer et se hisser plus haut.

Tu poses les pieds sur l'une des falaises rocheuses et le dos sur l'autre. Tu fais monter le pied gauche de quelques centimètres, puis le pied droit, ensuite, te tenant avec tes mains, tu hisses ton dos un peu plus haut en le frottant contre le mur rocheux. Et puis, tu recommences, jusqu'en haut.

Il s'agissait surtout de ne pas tomber, car il fallait réaliser cet effort sur plusieurs mètres en à-pic. Mais ces trois enfants sont agiles. Ils arrivèrent à atteindre un premier plateau. Les Indiens l'appellent le Hogbach.


La nuit tombait. Ils s'arrêtèrent au bord d'une cascade de leur petit cours d'eau, sur une plage de sable.

Soudain, près d'eux, ils aperçurent un rocher noir, couvert de dessins. Les guerriers havasus y représentent des visages et des mains.

-Ce sont des images de leurs dieux, expliqua Plume Bleue. Ces gravures protégent la tribu des dieux de la rivière, considérés comme dangereux et mauvais. Les Havasus espèrent que leurs dieux, peints à cet endroit, empêcheront ceux de la rivière de monter jusqu'à leur campement et jusqu'à leurs tipis. Par contre, ajouta la fillette, cela prouve que cette ébauche de piste mène là-haut. Demain, nous sortirons enfin de la vallée… mais en territoire havasu, nos ennemis.

Nos amis, épuisés, s'étendirent sur le sable. Ils n'avaient plus de couverture pour s'y rouler et s'y réchauffer. Ils n'avaient aucune nourriture. Ils étaient affamés par leur journée de marche, de nage et d'exercices épuisants, subis à jeun. Patricia ressentait même des vertiges de faim. Après avoir bu simplement de l'eau, ils se couchèrent l'un près de l'autre, et tâchèrent de s'endormir.


Patricia n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle se redressa. Son ventre grondait. Elle avait trop faim. Elle regarda autour d'elle. Elle observa le reflet argenté de la presque demi-lune sur les rochers avoisinants. Elle avait aussi un peu peur. Elle craignait qu'un animal vienne les flairer. Un serpent ou une terrible araignée. Peut-être même le cougard, le lion des montagnes.

Soudain, elle vit un étrange jeu d'ombres et de lumière. A une centaine de mètres de là, des roches apparaissaient, phosphorescentes. Cela représentait une sorte de demi-cercle, l'esquisse d'une arche. Elle se rappela avoir vu le même dessin quelque part. Et, soudain, elle se souvint de la pierre, la pierre que Plume Bleue avait reçue de son grand-père. Oui, les mêmes signes se trouvaient là, à quelques centaines de mètres.

Elle réveilla les deux autres et leur montra le phénomène. Inutile pour Plume Bleue de sortir sa pierre de sa poche pour comparer car la nuit était trop sombre, mais tous se rappelaient bien le dessin. L'arche paraissait identique.

 

Les trois enfants se levèrent et se dirigèrent vers cet étrange endroit. Ils y aperçurent l'entrée d'une grotte. Elle semblait assez grande et totalement noire. Mais, à l'intérieur, se trouvaient d'autres roches phosphorescentes.

Ils firent tous trois quelques pas dans l'obscurité, et, les yeux s'y habituant, ils distinguèrent un énorme stalagmite blanc au fond de la caverne. Ils s'en approchèrent. Il était creusé en son centre et recueillait l'eau venue de la voûte. La surface tremblait chaque fois qu'une goutte tombait du plafond.

Ils en prirent dans les mains. Ils en burent un peu. Elle était délicieuse. Joël et Plume Bleue firent demi-tour. Patricia resta un instant en arrière. Soudain, elle les appela :

-Joël, Plume Bleue, venez. Je vois papa et maman.

-Que veux-tu dire ? demanda le grand frère.

-Je vois papa et maman à la surface de l'eau. Ils préparent le dîner.

Le garçon s'approcha de sa petite soeur. Il glissa affectueusement ses bras autour de son cou et de ses épaules.

-Tu ne vois rien du tout, Patricia. Tu as trop faim. Tu imagines n'importe quoi. Ce sont des hallucinations.

-Je te jure que je vois papa et maman, insista la petite fille. Approchez-vous.

Joël et Plume Bleue se penchèrent et virent des images immobiles à la surface lisse de l'eau. Curieusement, le frère et la soeur distinguaient le visage de leurs parents, tandis qu'au même instant, Plume Bleue apercevait Cheval de Feu, son père, puis sa mère. Les parents de Patricia et de Joël se trouvaient à St-Georges dans leur magasin. Ceux de leur amie travaillaient aux champs.

-Je vois Bâton Rouge. Il est couché dans notre tipi, murmura Plume Bleue.

Et tous trois aperçurent en même temps le garçon pâle, étendu sur des couvertures.

-Et maintenant, je vois notre sachem.

-C'est une eau magique! s'écria Joël.

Cette eau, tombait lentement en goutte à goutte de la voûte, dans le rocher creux, filtrée par six cents mètres de pierres et de roches. C'est une zone volcanique. Les phénomènes les plus incroyables sont possibles en ces lieux mystérieux.

-La surface de l'eau dessine notre pensée, chuchota le garçon… La source du bonheur !

-La source du bonheur, répétèrent ensemble Plume Bleue et Patricia.

-Je n'imagine pas l'explication du phénomène, mais il faut prendre de cette eau et en emporter avec nous. Elle pourra nous porter bonheur en route, affirma la petite soeur.

Les trois enfants allèrent chercher les outres vides qui les avaient si bien aidées dans les cataractes. Ils les remplirent d'eau et retournèrent se coucher à l'extérieur.


Le lendemain matin, le ventre vide, il fallut bien se mettre en route et suivre une longue piste, balisée par des tas de pierres d'environ vingt à cinquante centimètres de hauteur et qui en marquaient les bornes, afin de sortir de la vallée. Cela leur prit la journée entière. Sous un soleil de plomb.

Heureusement, la petite rivière qu'ils traversaient régulièrement leur permettait de boire. Ils voulaient éviter de consommer l'eau magique qu'ils emportaient. Régulièrement, Joël et Patricia ôtaient leurs habits, les trempaient dans l'eau froide puis les remettaient dégoulinants sur eux. Patricia se roula deux fois dans l'eau avec jean et chemise. Puis elle marcha, ruisselante , mais revigorée. Plume Bleue se contentait de mouiller sa robe et son visage.

Epuisés par l'interminable montée abrupte, par la chaleur, et, surtout, par la faim, ils parvinrent, au soir, tout près du bord du canyon. Le spectacle en arrière était impressionnant.

Plume Bleue, soudain, s'immobilisa. Elle indiqua, à quelques mètres d'eux, la présence de deux ou trois dindes sauvages. Elles vivent dans les bois qui bordent les rives du grand canyon.

-Joël, prends ton revolver. Tu ne peux pas rater cette cible. Il faut que l'on mange. Nous avons trop faim. Demain, nous devrons marcher. Nous n'aurons plus la force, si cela continue.

La garçon se coucha sur le sol. Il rampa doucement en direction des dindes. Le vent venait vers lui. Elles ne le sentirent pas approcher.

Joël saisit fermement la poignée du revolver de Bill Alone à deux mains. A contre-coeur, mais poussé par la faim, il tira trois fois et tua l'une des dindes.

Plume Bleue montra à Patricia comment font les Indiens pour la préparer. Elle empoigna le couteau de guerrier qu'elle porte à sa ceinture. Elle enleva les plumes, coupa les pattes ainsi que la tête et vida le volatile. Puis, elle fit passer un bâton par le corps.

Le garçon, pendant ce temps, rassembla du bois et alluma un feu. Ils cuisirent leur dinde, la retournant régulièrement au bout d'une longue tige. Ils la regardaient avec leurs yeux affamés et puis ils la mangèrent.

-J'en reprendrais bien tellement j'avais faim, soupira Joël.

-Si tu visais mieux, dit en riant Plume Bleue, on en aurait eu deux à se mettre sous la dent.

-Je fais ce que je peux, s'indigna notre ami. C'est la seconde fois que je me sers d'une arme. La première fois, c'était, rappelle-toi, à la Hourrah Pass. J'ai abattu deux bandits qui tiraient sur ma soeur et sur la tribu.

-Je m'en souviens, répondit la fillette. Et puis, les dindons, quand on en attrape un, les autres s'enfuient.

Patricia souriait. Les entendre se donner les coups de bec lui faisait du bien. Pour un instant, la solitude, la faim, la peur avaient relâché leur étreinte. Ils dormirent un peu mieux cette nuit-là, mais leur « hike » de survie n'était pas terminé. Et chaque jour qui passait étiolait davantage Bâton Rouge.


Le lendemain, ils marchèrent en territoire Havasu. Rapidement, ils rencontrèrent un guerrier qui les obligea à le suivre. Il les conduisit au village. Le sachem regarda longuement les trois enfants.

-Que faites-vous sur nos terres? demanda-t-il. Vous êtes Anasazis, en tout cas toi la fillette aux cheveux noirs.

Nos amis se gardèrent bien de révéler leur qualité de guerriers. Ils expliquèrent qu'ils tentaient d'atteindre le territoire Hopi pour profiter des remèdes du grand sorcier guérisseur. Ils demandaient l'accueil et l'hospitalité de la tribu Havasu.

-Si le Grand Manitou accepte, décida le sachem, vous serez dignes de rester parmi nous. Nous vous nourrirons et vous conduirons ensuite en territoire Hopi. Mais si le Grand Manitou refuse, nous vous chasserons.

Le sachem des Havasus leur annonça qu'ils allaient devoir subir deux épreuves. L'une pour évaluer leur audace, l'autre pour mesurer leur chance.

-Pour la première, deux d'entre vous vont m'accompagner jusqu'au passage aux serpents. C'est un étroit canyon de cent mètres de long qu'il vous faudra suivre. Aller et retour. De nombreux serpents s'y abritent. Si vous en sortez vivants, vous aurez réussi. Je propose que les deux filles y pénètrent. Joël s'interposa.

-Je remplace ma petite soeur, déclara-t-il avec son cran habituel.

Le chef Havasu haussa les épaules.

L'étroite vallée mesurait moins d'un mètre de large à certains endroits. Un peu de lumière pénétrait par l'ouverture du canyon vers le ciel, mais parfois, l'inclinaison des rochers ne permettait que le passage d'un rayon de soleil. Le spectacle tout au long était d'une beauté à couper le souffle. Les jaunes et les rouges flamboyaient un peu partout.

Joël et son amie avançaient et ne s'occupaient guère de la beauté du lieu. Ils se donnaient la main pour s'encourager. Le garçon avait été obligé de se mettre pieds nus. Les deux enfants progressaient lentement dans la pénombre. Plume Bleue tenait un bâton à la main.

Ils rencontrèrent plusieurs longs serpents. Certains très venimeux. Chaque fois la fillette les laissa s'enrouler à la pointe de son bâton qu'elle leur présentait, puis les éloigna d'un geste précis et sec. Nos amis transpiraient de peur.

Enfin, ils sortirent du passage étroit. Il fallait revenir à présent. Le parcours fut encore plus effrayant. Les bêtes changeaient de place sans cesse et se montraient plus méfiantes.

Un serpent tomba sur l'épaule de Joël. Il venait du bord supérieur de la crevasse. Était-ce la surprise, la peur ou la faim qui le tenaillait, il faillit s'évanouir. Plume Bleue réussit à l'en débarrasser d'un coup de bâton bien placé.

Ils ressortirent et Patricia les embrassa. Le courageux grand frère avait réussi à éviter cette horreur à sa petite soeur.


Le chef Havasu leur indiqua ensuite un endroit dans la roche de la falaise verticale du canyon, où se trouve une autre grotte, en forme de tunnel. Il leur expliqua qu'au fond de cette caverne, dans les profondeurs de la terre, se trouve un lac souterrain, volcanique.

-A certains moments, expliqua-t-il, la grotte se remplit d'eau et tous ceux qui s'y attardent sont emportés par ces courants aussi soudains qu'impétueux et sont projetés huit cents mètres plus bas.

Les enfants écoutaient, atterrés.

-Vous allez me chercher une pierre jaune au bord de ce lac souterrain. Si le Grand Manitou vous protège, l'eau du lac ne se réveillera pas à votre passage et vous reviendrez vivants. Mais, si notre dieu se dresse contre vous, l'eau du lac montera pendant votre expédition qui ne durera qu'une heure et vous serez noyés et précipités au bas des rochers. La petite fille qui n'a pas subi l'épreuve des serpents doit y aller.

Joël tenta une fois encore d'intercéder. Le chef indien refusa.


Patricia eut, soudain, une idée prodigieuse.

-Grand sachem, dit-elle, avant de tenter l'épreuve, je voudrais te montrer quelque chose, mais nous devons nous trouver toi et moi, seuls, à l'intérieur de ton tipi, dans l'obscurité. Je suis magicienne dans ma tribu américaine.

Joël et Plume Bleue se demandaient où la petite soeur voulait bien en venir. Le sorcier accepta et entra dans son tipi.

Patricia prit un grand bassin en terre cuite, joliment décoré. Elle y versa l'eau de l'une des outres, l'eau du bonheur, avec des gestes mystérieux et des balbutiements incompréhensibles. A New York, elle épatait ses copines par ses tours de magie. Puis, elle invita le sachem à regarder la surface de l'eau.

-Observe bien, dit-elle. Tu vas y voir ton épouse et tes enfants.

L'homme se pencha au-dessus du bassin. Il regarda en silence ce que la petite fille venait de lui suggérer. Immédiatement, il s'écria :

-Je vois mon épouse et mes enfants.

-Et maintenant, enchaîna la fillette, voici le visage de tes ennemis.

Le sachem saisit le couteau qu'il portait à la ceinture et voulut transpercer ses ennemis, mais Patricia lui expliqua que ce n‘était qu'une image.

-Et regarde encore, continua la fillette. Tu vas apercevoir tes meilleurs guerriers ainsi que tes amis et, moi parmi eux.

Le sachem observa la fillette, un instant incrédule, puis se pencha vers la surface de l'eau. Il nomma plusieurs guerriers et certains de ses amis.

-En effet, je te vois au milieu d'eux avec ton frère et la fille Anasazi. Dès cet instant, je vous sais mes amis tous les trois. Vous ne devez pas passer l'épreuve.

Il sortit de son tipi.

-Qu'on leur donne à manger et à boire, qu'on s'occupe d'eux. Bienvenue parmi nous.

Puis, se tournant vers Joël, Patricia et Plume Bleue :

-A partir de cet instant, la tribu des Havasus et la tribu des Anasazis deviendront des tribus amies.

Il serra la main des trois enfants.

-Demain matin, à l'aube, trois de mes guerriers vous conduiront en territoire Hopi. Vous y arriverez rapidement.

L'eau du bonheur avait servi au-delà de leurs espérances, et Patricia garda une aura de magicienne sorcière chez les Havasus.


Nos amis passèrent le reste de la journée à se reposer, à manger et à boire. Ils auraient préféré se mettre en route aussitôt, mais il ne restait pas assez de temps avant la nuit. Ils partirent à l'aube pour les territoires Hopis. La lune apparut à demi dans le ciel quand ils y parvinrent, en fin de journée.

Le sachem des Hopis les reçut avec amitié. Nos amis expliquèrent qu'ils avaient perdu le calumet de la paix dans la cataracte, mais le chef indien, comprenant bien leur situation, admira leur courage et les remercia.

Immédiatement, il convoqua le grand sorcier guérisseur. Plume Bleue décrivit longuement la maladie de son petit frère. L'indien s'éloigna, cueillit un certain nombre de fleurs et de plantes, les fit infuser, puis il versa un liquide noir, à l'odeur étrange, dans un petit pot de terre cuite.

-Voilà, dit-il, avec cela, le garçon guérira. Mais il faut qu'il le boive avant que la lune soit pleine. Or, il vous reste quatre jours de marche avant d'atteindre le territoire anasazi.

-Je vais envoyer immédiatement un guerrier volontaire jusque chez vous, annonça le sachem. Il y arrivera dans quarante-huit heures. Il courra plus vite que vous, les enfants.

L'homme partit aussitôt porter le médicament à Bâton Rouge.

Nos amis, eux, passèrent la nuit avec les Hopis et se mirent en route le lendemain, accompagnés par deux guerriers guides et des provisions pour le voyage du retour. Celui-ci se déroula sans trop de difficultés, malgré les pistes difficiles et le soleil omniprésent. Ils parvinrent, l'après-midi du quatrième jour, en territoire Anasazi.


La porte du tipi de la famille de Plume Bleue s'ouvrit. Bâton Rouge lui-même vint accueillir nos héros. Il était encore pâle et amaigri, mais il retrouvait peu à peu ses forces. Il guérissait. Il serra longuement sa soeur puis Joël et Patricia dans les bras.

Ce soir-là, chez les Anasazis, le sachem fit une fête en l'honneur de nos trois amis. Une fois de plus, il admira leur générosité, leur courage, leur intrépidité et les félicita enfin, pour l'amitié et la paix conclues avec la tribu des Havasus et celle renforcée avec les Hopis.

-Vous amenez la paix partout où vous passez, fit remarquer cet homme sage. Les Navajos, les Shoshones et à présent les Havasus, les Hopis. Joël, tu deviendras peut-être un grand chef blanc plus tard…

Plume Bleue se tourna vers son ami.

-Un jour un sorcier m'a dit…

-Je sais, dit Joël en souriant.

Joël et Patricia retournèrent à St-Georges le lendemain. L'école recommencait pour eux. Ils savaient que Plume bleue les attendait pas loin et que, bientôt, ils la retrouveraient.