Juliette
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Le nuage

     Juliette, une ravissante petite fille de trois ans et demi, jouait avec ses amies dans la cour de récréation de son école. Ses beaux cheveux bruns, presque noirs, serrés en une longue queue de cheval, dansaient dans son dos. Elle est en première maternelle.

Elle portait ce jour-là une jolie salopette rose et des tennis de toile blanche.

Elle s'approcha du toboggan près de la clôture. Juliette y monta par l'échelle. Assise tout en haut, elle regarda autour d'elle. Levant les yeux, elle aperçut un ravissant petit nuage, rond et légèrement teinté de rose.

-Comme il est joli, songea notre amie.

Puis, se tournant vers lui, elle ajouta :

-J'aimerais bien grimper sur ton dos, petit nuage. Tu m'emmènerais faire une belle promenade au-dessus du village.

Juliette se laissa glisser sur le toboggan.

Quand on arrive en bas de la pente, cela devient tout plat, et même parfois, cela remonte un peu. La fillette se sentit soudain légère, très légère. Elle s'envola et, oh merveille! atterrit sur le petit nuage qui, lui, était descendu près du sol.


Juliette se mit à quatre pattes. Quel bonheur ! C'était doux comme de l'ouate. Elle enfonçait un peu comme dans de la mousse. C'était très agréable.

Et puis, quel beau spectacle !

Le nuage s'éloigna de l'école. Notre amie aperçut, tout en bas, les maisons, le clocher de l'église et même la cour de récréation. Comme elle semblait petite, vue de là-haut!

Elle sourit en voyant jouer ses copains et ses copines. Ils auraient été bien étonnés s'ils avaient levé les yeux. Mais ils ne virent pas leur amie envolée sur le nuage rose.

Elle observa la route. Les voitures ressemblaient à des jouets. Elles paraissaient à peine plus grandes que celles que son ami apporte parfois en classe.

La fillette passa ensuite au-dessus des champs, de la forêt, de la rivière. Quelques oiseaux volaient près d'elle et la regardaient, étonnés. Parfois, ils la saluaient d'un coup d'aile ou en lançant leur cri.


Soudain, une pie s'approcha.

-Bonjour, dit-elle à Juliette.

-Bonjour, répondit notre amie.

-Où vas-tu ?

-Je ne sais pas. J'ai atterri sur ce nuage en glissant sur le toboggan de la cour de récréation, et je n'ai pas la moindre idée du lieu où il me conduit.

-As-tu déjà vu un trésor ? demanda l'oiseau.

-Non, jamais. Et toi ?

-Moi, chuchota la pie, j'en ai découvert un vrai.

-Un vrai trésor !

-Oui, il se trouve dans un coffre en bois dans la vieille tour d'un château. Mais un chat rôde à cet endroit. Et ces animaux me font peur.

-Tu as peur des chats, sourit Juliette. Moi pas. Je les trouve très gentils. Le mien s'apelle Sirli. J'aime bien le caresser.

-Si tu ne crains pas les chats, tu peux aller chercher le trésor, si tu veux.

-Je ne sais pas où il se trouve, répondit notre amie.

-Je t'y conduis, proposa l'oiseau. Demande à ton nuage de me suivre.

Ils partirent vers les montagnes qui hérissaient l'horizon.


Juliette et la pie rencontrèrent tout à coup une vieille chouette qui s'approchait.

-Hou, hou, hou, dit-elle. Où allez-vous ?

-On va chercher un trésor dans une tour, répondit notre amie. Viens avec nous, tu pourras nous aider. Il fait noir dans les caves d'un château. Toi, tu vois dans la nuit. Ta présence sera bien utile.

La chouette se posa sur le nuage, à côté de notre amie.


-Toc, toc, toc, fit un pivert.

-Bonjour, lança Juliette.

-Je peux vous accompagner ? Où allez-vous ?

-Nous allons à la découverte d'un trésor dans un château.

-Je viens avec vous, déclara le pivert. Je frapperai aux portes avec mon bec, comme je fais dans les arbres. Si quelqu'un est caché derrière, on le saura.

-Bonne idée, se réjouit notre amie. Pose-toi sur mon nuage, près de moi.


Ils passèrent au-dessus des forêts et des rivières. Ils aperçurent la mer, au loin, et ses plages de sables.

Un pélican au long bec s'approcha. Juliette eut un peu peur, mais la pie la rassura.

-Dis-lui de venir avec nous. Il pourra nous aider. Il portera le trésor dans son bec.

-Comment cela ? demanda notre amie.

-Ces grands oiseaux possèdent une grande poche sous leurs becs. Ils y entreposent les poissons qu'ils attrapent en mer, puis qu'ils vont manger dans leur nid, avec leurs petits.

Le pélican se posa près de Juliette, sur le nuage, et lui fit un clin d'oeil.


La pie volait trois mètres devant. Elle indiquait la route. Et Juliette à quatre pattes regardait le paysage défiler en-dessous d'eux. Le vent faisait danser les cheveux de notre amie. C'était beau à voir sous le ciel bleu.

Parfois quelques oiseaux, étonnés en voyant passer le petit groupe d'amis, leur lançaient un cri. Juliette voulut les caresser, mais aucun d'eux ne s'approcha assez près.

Ils volèrent au-dessus d'une ville. Ils observèrent les toits des maisons, les cheminées, les hauts buildings et même le clocher d'une cathédrale.

Deux corbeaux discutaient en croassant, posés sur l'une des tours.

-Je n'ai jamais vu cela, dit l'un.

-Tu n'as jamais vu quoi ? dit l'autre.

-Un nuage tiré par une pie, avec dessus, une fillette, un pélican, un pivert et une vieille chouette.


Deux coccinelles voltigeaient sous le soleil.

-Où allez-vous ? Peut-on vous accompagner ?

Juliette hésita.

-Prends-les, dit la pie. Elles nous aideront. Comme elles sont toutes petites, elles pourront se faufiler par les trous de serrure et aller voir derrière les portes fermées.


Enfin, ils aperçurent le château-fort. De hautes tours se dressaient vers le ciel et des drapeaux flottaient au vent.

-Le trésor se trouve dans le donjon, là-bas, à droite, dit la pie. Demande au nuage de s'arrêter près de la terrasse. Fais attention au chat.

-Descends, petit nuage, demanda Juliette, descends. Tu peux nous poser sur la tour. Tu voudras bien m'attendre ? Je vais chercher le trésor puis je reviens m'asseoir sur toi. Tu me reconduiras à mon école. Je veux retrouver ma cour de récréation.

-Je surveille le nuage, dit la pie. Je préfère rester là, j'ai trop peur du chat. Mais dépêche-toi, Juliette, parce qu'il y a un grand soleil. Les nuages fondent au soleil. Il risque de devenir tout petit, si petit que tu ne pourras plus t'asseoir dessus, faute de place.


Le nuage posa la fillette au sommet de la tour. Notre petite amie sauta sur les dalles et se tourna vers la pie.

-Où se trouve ce trésor ?

-Sans doute dans une des caves. Descends l'escalier que tu vois là devant toi, avec tes amis.

Juliette l'emprunta, accompagnée par la vieille chouette, le pivert, le pélican et les deux coccinelles. Elle rencontra un petit chat qui miaulait. Elle lui caressa trois fois la tête.

-C'est à peine croyable, se dit notre amie. La pie a peur de ce petit chat si gentil et tout mignon.

Le chaton les suivit dans l'escalier.


Il faisait de plus en plus sombre, presque tout noir.

-Je passe devant toi, petite fille, dit la vieille chouette. Je t'avertirai si je vois un danger. Avec mes bons yeux, j'ai l'habitude de me promener dans la nuit.

Juliette s'arrêta devant une grande et lourde porte brune.

-Toc, toc, toc, fit le pivert avec son bec.

Puis tous écoutèrent le silence.

-On dirait que personne ne se cache là-derrière, dit-il à notre amie.

-Je vais voir, fit une des coccinelles. Je peux me glisser par le trou de la serrure.

Elle s'y faufila avec sa cousine. Elles revinrent quelques instants plus tard.

-Tu peux entrer sans crainte, annoncèrent-elles. Un coffre fermé repose sur une vieille table en bois. Il n'appartient à personne.

 

Juliette ouvrit la porte et entra dans la cave. Elle s'approcha de la boîte en bois, bien mystérieuse. Elle la confia au pélican qui la glissa dans la grande poche sous son bec. Puis elle remonta vite au sommet de la tour.

Elle songea à emporter le petit chat avec elle, car il vivait tout seul dans cette bâtisse abandonnée, mais il n'osa pas monter sur le nuage. Et puis il habite cette tour depuis toujours et il ne voulait pas la quitter.

Notre amie s'assit sur le nuage, entourée par la vieille chouette, le pivert et le pélican. La pie, venait de retrouver des amies. Elle choisit de rester là. 

-Merci, bel oiseau! lança la fillette en s'envolant.

Les coccinelles préférèrent aller butiner dans le jardin fleuri qui entoure le château.


-Reconduis-moi à mon école, demanda Juliette.

Le nuage rose s'envola en direction du village de notre amie.

En chemin, la fillette, assise confortablement, saisit la boîte trouvée dans la tour du château. Elle l'ouvrit. Le coffre contenait des petites perles de toutes les couleurs. Chacune d'entre elles était un petit bonbon en sucre. Elle en mangea un et en distribua à ses amis.

-Je vais aller me recoucher, annonça ensuite la vieille chouette, et dormir un peu avant ma prochaine nuit. Au revoir, petite fille.

Notre amie lui fit un bisou dans les plumes en la remerciant.


Le nuage posa la fillette dans la cour de récréation. 

-Au revoir, joli nuage, et merci pour le beau voyage !

Les amis de Juliette furent bien étonnés de la voir arriver avec un pélican et un pivert. Les deux oiseaux se laissèrent caresser avant de retourner chez eux.

Notre amie ouvrit la boîte et offrit un bonbon-trésor à chacun des garçons et des filles de sa classe.

Puis elle referma son coffret et le glissa dans son cartable. Tantôt, après l'école, elle l'emportera à sa maison, pour le montrer à papa et maman.