Isabelle
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Isabelle, fille de Pirate - La vengeance de Morgan le borgne (2/2)

Isabelle allait s'endormir. Bonne-Maman, chez qui elle passait quelques jours, tu le sais, venait de l'embrasser, d'éteindre la lumière et de fermer la porte de la chambre. Elle était retournée au salon, regarder la télévision.

Quelques minutes plus tard, Isabelle s'entendit appelée par son nom.

- Isabelle, Isabelle.

Notre amie se leva et ouvrit sa porte. Edouard était dans l'escalier. Le mousse Edouard.

- Isabelle, dit-il, il faut que tu viennes sur le bateau de Greg, ton papa au temps des pirates des Caraïbes. Je suis venu te chercher avec ta bague. Morgan le borgne n'est pas mort!

- Mais, je croyais que son bateau avait coulé. Greg a tiré dessus avec ses canons.

- Oui, mais Morgan et six de ses hommes se sont accrochés à une planche qui flottait sur l'eau, expliqua Edouard. Ils ont attendu la nuit, et à ce moment, ils nous ont surpris pendant qu'on dormait. Il nous a tous ligotés avec des cordes.

Isabelle écoutait horrifiée, le récit de son ami.

- Alors, poursuivit Edouard, Morgan a demandé à ses hommes de chercher après toi. Ils n'ont pas pu te trouver puisque tu es chez ta grand-mère. Morgan a crié.

"Où est cette sale gamine, Isabelle. Je la veux ici, tout de suite, sinon je vous jette tous aux requins".

- Un de nos pirates a même dit :

"Les pauvres requins, ils ont déjà mangé des hommes de Morgan et maintenant ils vont devoir nous manger nous. Ils vont être malades".

- Celui-là il est fort, mais il est bête. J'ai levé le doigt et j'ai dit à Morgan que je savais où tu es. Et il m'a envoyé te chercher. Viens, Isabelle, sinon on va tous mourir.

Isabelle monta au grenier avec son copain. Elle ne prit même pas le temps de se changer en pirate. Elle avait vite passé sa salopette en jean. Elle était torse nu et pieds nus.

Elle glissa la bague de pirate qu'Edouard lui avait rendue. Elle tourna la tête de mort vers le haut. Elle se retrouva avec son copain sur le bateau de Greg le pirate.


- Ah, la voilà cette sale gamine, s'écria Morgan le borgne.

Isabelle tremblait de peur. Elle se cala contre Edouard.

- À présent, vous allez tous sauter à l'eau, poursuivit le mauvais pirate. Greg, je garde ton bateau, avec ton trésor et le mien au fond de la cale. L'île n'est pas loin, vous allez nager jusque-là.

Les cordes furent coupées et les hommes de Greg furent obligés de sauter à la mer du haut du bastingage.

- Toi aussi tu sautes, cria Morgan d'une voix mauvaise.

Isabelle, debout, prête à sauter, regarda en bas. C'était haut! Mais une fille de pirate a-t-elle peur de sauter dans l'eau de haut? Non. Et toi? non plus.

Elle sauta.

Greg la prit sur son dos et ils nagèrent tous jusqu'à la plage.

Ils sortirent de l'eau trempés et désespérés. Ils n'avaient plus rien, ni pièces d'or, ni armes, ni nourriture. Et sur l'île du crâne il n'y a rien à manger. Il n'y a plus d'iguanes et les noix de coco ne sont pas mûres à cette saison.

- Qu'allons-nous devenir? se demanda Greg le pirate.

Tous regardaient leur bateau volé par Morgan le borgne et qui s'éloignait, toutes voiles dehors, sous le soleil. Il doubla la pointe de l'île.


- Qu'allons-nous devenir, répéta Greg le pirate. Nous avons tout perdu. Nous n'avons plus d'armes, ni d'or, il n'y a rien à manger sur l'île. Il y avait des iguanes autrefois, mais ils ont disparu.

Les pirates regardaient autour d'eux.

- Grimpons au sommet de l'île, proposa Greg. Nous apercevrons peut-être un bateau espagnol ou anglais, ou avec un peu de chance, une autre île, qui elle, serait habitée.

Ils suivirent le cours d'un torrent qui dévalait entre les arbres de la jungle de l'île. Souvent ils étaient arrosés par les cascades. Les pierres du lit de la rivière étaient tranchantes ou pointues. Isabelle avait mal car elle était pieds nus. Mais une fille de pirate se plaint-elle car elle a mal aux pieds? Non. Et toi? non plus.

Ils se hissèrent au sommet de l'île après des heures d'efforts. Greg avait pris Isabelle sur son dos pour l'aider.

Une fameuse surprise les attendait...

Ils aperçurent leur bateau, à l'arrêt, dans une crique paisible de l'autre côté de l'île.

- Tiens! Pourquoi Morgan le borgne n'est-il pas parti? Que se passe-t-il dans le cerveau de ce malade? dit Greg. Il faut le savoir.

Le pirate désigna deux hommes.

- Descendez sans vous faire repérer jusqu'à la plage et nagez jusqu'au navire. Escaladez-le et tâchez de savoir ce qui se passe. Je me méfie de ce tordu.


Les deux hommes se glissèrent entre les rochers. Ils traversèrent une zone de marécage et de boue puis rampèrent sur le sable de la plage. Ils entrèrent dans l'eau.

Ils nagèrent, silencieux comme des poissons, et atteignirent la coque du bateau, le bateau de Greg volé par Morgan et ses hommes.

Les deux pirates s'accrochèrent à la coque et réussirent à l'escalader à l'arrière du navire. Ils parvinrent à une fenêtre qui était ouverte. C'était celle de la cabine où se trouvait Morgan le borgne. Les deux hommes de Greg surprirent la conversation.

- Morgan, pourquoi ne partons-nous pas?

- Parce que je ne suis pas content.

- Pourquoi n'es-tu pas content? Nous avons leur bateau et les deux trésors. On est libres et riches.

- Je ne suis pas content, expliqua Morgan le borgne, car nous n'avons pas appliqué la loi des pirates.

- C'est quoi, la loi des pirates? demanda un des hommes.

- Quand on gagne une bataille, dit Morgan, on tue tous les ennemis. Je regrette de leur avoir permis de partir sur l'île. Demain nous irons à terre, nous les retrouverons et nous les tuerons tous.

Les hommes de Greg en avaient assez entendu. Ils retournèrent dans l'eau et nagèrent vers la plage. Ils remontèrent dans les rochers et retrouvèrent leur chef.

- Ils veulent tous nous tuer demain.

- Qu'allons-nous faire? fit Greg. Nous n'avons plus aucune arme pour nous défendre, pas même un couteau.

- Moi je sais où il y a des couteaux, intervint Isabelle.

- Tu connais cette île? demanda Greg.

- Non, mais il y a des couteaux dans le tiroir de l'armoire de la cuisine de ma bonne-maman, et en retournant la bague, je peux aller les chercher.

- Génial, fit Greg. Je viens avec toi.

- Moi aussi, ajouta Edouard.


Isabelle tourna la bague autour de son doigt et plaça la tête de mort vers le bas. Elle se retrouva aussitôt dans le grenier de la bonne-maman, en compagnie de Greg le pirate et d'Edouard le mousse.

- Venez, dit-elle, suivez-moi dans l'escalier, mais ne faites pas de bruit, il ne faut pas que ma grand-mère vous entende. Elle pourrait s'effrayer.

Ils parvinrent dans le hall de la maison et Isabelle les emmena dans la cuisine. La bonne-maman regardait un film à la télévision, un film de pirates. Si elle s'était retournée, juste à ce moment, elle en aurait vu un vrai passer derrière elle.

Isabelle ferma la porte de la cuisine et ouvrit un tiroir de l'armoire.

- Voilà, dit-elle. Ici il y a des fourchettes, des cuillères et des couteaux.

Greg prit les vingt-cinq couteaux pointus et à dents qui étaient rangés près des fourchettes, puis il remarqua le grand couteau à rôti dans l'évier.

- Celui-là sera pour moi, dit-il, il est magnifique.

Ils remontèrent tous trois et sans bruit au grenier. Notre amie remit la tête de mort de la bague vers le haut. Ils se retrouvèrent dans les rochers de l'île, parmi les pirates de Greg.


- Voilà deux couteaux pour chacun de vous, fit le chef. Vous êtes douze, cela fait vingt-quatre en tout. Il en reste un. Ce sera pour toi, Edouard. Tu vas protéger Isabelle. Et maintenant mes hommes, en route pour notre bateau que Morgan nous a volé. N'attendons pas le lever du soleil. Allons-y et finissons-en avec ces pirates.

Ils descendirent de rocher en rocher et pénétrèrent dans la boue des marais. C'était sale et infesté de vase gluante et pourrie de poissons morts et de plantes moisies.

Isabelle hésita à se plonger dedans avec les autres, mais une fille de pirate a-t-elle peur de se salir dans la boue? Non. Et toi? non plus.

Ils parvinrent sur la plage.

- Edouard et Isabelle, vous restez ici, fit Greg. Cachez-vous derrière les palmiers. Vous mes hommes, suivez-moi. Nageons jusqu'au bateau.

Les pirates entrèrent dans l'eau, silencieux comme des crocodiles filant vers leurs proies. Ils arrivèrent près du navire.

- Six hommes à gauche, six hommes à droite, commanda Greg.

Ils escaladèrent la coque du bateau et passèrent à l'assaut. Ce fut vite fait. En quelques minutes, les amis de Greg le pirate reprirent leur vaisseau et jetèrent les six associés de Morgan le borgne aux requins.

Un des hommes de Greg dit à son chef :

- Les pauvres requins, ils ont déjà mangé des hommes hier, ils vont en manger encore aujourd'hui. Ils vont être malades.

- Oh, celui-là, murmura Greg le pirate, il est fort mais il est bête.


Cependant Morgan le borgne demeurait introuvable. On fouilla le bateau, il n'y était plus.

Isabelle et Edouard avaient désobéi à Greg, ils étaient restés sur la plage, au lieu de se cacher, comme on le leur avait demandé. Voyant qu'il perdait la bataille, Morgan, qui les avait aperçus, avait plongé dans la mer et avait nagé vers eux. Ayant pris pied sur le sable, il s'approcha des enfants par derrière et bondit comme un tigre sur Edouard. Le pirate lui arracha son couteau.

- Maintenant marchez, ordonna Morgan le borgne, vous êtes mes prisonniers.

Les deux enfants marchèrent sur le sable pendant près d'un kilomètre, puis le méchant homme les fit entrer dans la jungle et escalader des rochers jusqu'à une petite cabane en planches isolée au milieu d'une clairière.

Là, il ficela Edouard comme un saucisson, puis il le jeta par terre et le poussa à coups de pied dans un coin de la cabane.

Puis il ficela Isabelle de la même manière. Notre pauvre amie reçut elle aussi des coups de pied et se retrouva couchée contre un mur dans un autre coin.

Morgan le borgne sortit alors de la petite maison et attendit l'arrivée de Greg.


Ne trouvant pas Morgan sur son bateau, Greg scruta la plage qui sortait doucement des brumes de la nuit. Il ne vit ni Isabelle ni Edouard. Ses hommes et lui commencèrent à craindre le pire.

- Vous six, venez avec moi, ordonna le chef. Les autres, vous gardez le navire.

Les six pirates désignés plongèrent avec leur chef et nagèrent jusqu'à la plage. Ils appelèrent les deux enfants, mais personne ne répondit. Ils aperçurent alors des traces de pas dans le sable. Il y avait les empreintes des petits pieds nus d'Isabelle, des un peu plus grandes, celles d'Edouard, et encore plus grandes, sans doute celles de Morgan.

Les pirates suivirent les traces de pas. Le soleil se levait à l'horizon.

Quand les empreintes tournèrent court, car les enfants étaient entrés dans la jungle, elles disparurent. Il n'y avait plus de sable, mais des rochers. Un des hommes de Greg affirma qu'une vieille cabane était là plus haut, dans une clairière cachée par des herbes et des arbres. Tous entreprirent d'escalader, silencieux comme des chats.

Morgan le borgne était devant la porte, au soleil, un couteau à la main.

- Tu approches, Greg, et je tue ta fille.

Que faire? se demanda notre ami.

Il avait envie de bondir et de se battre, mais Morgan risquait de blesser ou tuer Isabelle.

- J'échange ta fille contre les deux trésors, dit le borgne.

Pendant ce temps, dans la cabane, couchée dans la poussière, Isabelle avait essayé de tourner la bague à tête de mort afin de se retrouver dans le grenier de sa bonne-maman. Mais elle était ligotée si serré qu'elle n'avait pas réussi.

- Edouard.

- Oui.

- Ne peux-tu pas ramper jusque près de moi? Tu feras tourner ma bague avec tes doigts et on se retrouvera dans le grenier de ma grand-mère. Je sais qu'elle y garde une scie. On pourra couper nos liens.

Hélas le garçon ne réussit même pas à bouger. Ses cordes étaient très serrées également.

Isabelle pouvait remuer. Elle hésita un instant. Le sol de la cabane était sale. Mais une fille de pirate a-t-elle peur de ramper dans la crasse? Non. Et toi? non plus.

Elle se glissa vers Edouard et arriva, après bien des efforts, à sa hauteur. Le garçon fit doucement tourner la bague magique autour du doigt de son amie, et ils se retrouvèrent au grenier de la bonne-maman.

Ils se déplacèrent, rampant et se tortillant comme des vers de terre, jusqu'à la scie près d'un vieux coffre. Edouard coupa ses liens et libéra Isabelle.

Elle voulait retourner tout de suite vers Greg, mais le garçon conseilla d'attendre une heure, pour qu'on en ait fini avec Morgan le borgne.


Pendant ce temps, Greg le pirate observait toujours son ennemi. Il le vit entrer dans la cabane, sans doute pour vérifier l'état de ses prisonniers, et le vit ressortir étonné. Il y avait de quoi : Isabelle et Edouard le mousse n'étaient plus là.

Greg, scrutant le visage de Morgan, comprit. Il bondit sur le borgne et le saisit par le cou. Greg leva bien haut le couteau qu'il avait pris chez la bonne-maman d'Isabelle et le planta profondément dans le coeur de Morgan le borgne, qui s'écroula mort à ses pieds.

- Jetez-le aux requins, commanda Greg.

- Mais chef, dit un des hommes, les requins ont déjà mangé tous les autres, ils vont être malades.

Greg ne répondit pas. Celui-là, il est fort, mais il est bête.

Ils regagnèrent leur bateau.


Une heure avait passé. Isabelle tourna la bague avec la tête de mort vers le haut et se retrouva sur le navire de son père avec Edouard.

Greg le pirate prit la parole.

- Isabelle, dit-il, tu es une fillette courageuse et intelligente. Mais ta place n'est pas sur ce bateau. Nous sommes des pirates. Nous allons de bataille en bataille. Ce n'est pas un endroit pour une petite fille. J'ai vu la maison de ta grand-mère. Tu y seras bien. Retourne chez elle.

Isabelle comprenait que Greg le pirate avait raison.

Elle voulut serrer la main de chacun des douze marins, mais les hommes la saisirent dans les bras à tour de rôle et l'embrassèrent. Certains de ces hommes rudes avaient même la larme à l'oeil.

Greg serra Isabelle à son tour.

- Reviens nous voir quand tu seras grande. Je suis heureux de t'avoir rencontrée. Tu es une fillette courageuse et joyeuse. Et tiens, prends ceci, c'est ta part du trésor. Tu l'as bien mérité.

Il remit un sac à notre amie. Il contenait des pièces d'or, des pierres précieuses, des diamants, des colliers de perles rares, des bracelets de roi.

- J'ai ajouté quelques pièces en or car ta bonne-maman va devoir acheter des nouveaux couteaux!

Isabelle remercia puis se tourna vers Edouard.

- Si tu veux, viens avec moi. J'ai déjà trois grands frères, alors un de plus ou un de moins... Tu m'accompagneras à l'école.

- Aller à l'école, s'écria Edouard, il n'en est pas question. Et puis à quoi ça sert? Je sais compter mes pièces d'or jusque cent. C'est déjà bien assez.

Les deux enfants s'embrassèrent.

- Heureux de t'avoir rencontrée, Isabelle. Moi aussi j'espère te revoir un jour.


Isabelle regarda la mer des Caraïbes, les pirates, Greg, Edouard, les voiles blanches du bateau, le drapeau à tête de mort, le ciel bleu, le grand soleil. Puis elle tourna la bague.

Elle se retrouva dans le grenier de sa grand-mère. Elle referma la boîte pirate de l'armoire après y avoir glissé la bague puis elle descendit doucement l'escalier.

Elle entra dans sa chambre et, bien fatiguée, elle se coucha et s'endormit.