Béatrice et François
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Le trésor de Marcel

Béatrice passait quelques jours de vacances chez sa grand-mère. Elle avait reçu la permission d'inviter son copain François. Un jour de pluie, ils s'ennuyaient un peu. Béatrice demanda à sa bonne-mamy l'autorisation d'aller jusqu'au grenier. La vieille dame était un peu réticente car elle n'y va plus guère. L'âge, les rhumatismes l'empêchent d'y monter, d'y mettre de l'ordre.

- Cela sera plein de poussière, avertit-elle. Il y aura des toiles d'araignées partout. Faites attention et surtout ne mettez pas de désordre.

- C'est promis, bonne-mamy, répondit Béatrice avec un grand sourire.

Prenant François par la main, elle l'emmena dans l'escalier.

Parvenus tout en haut, ils ouvrirent une porte en bois et allumèrent la lumière. Une pauvre petite ampoule répandit un peu de clarté. Là-haut, on entendait le vent souffler sur les tuiles du toit et ces sifflements donnaient, à certains moments, vraiment froid dans le dos.

Nos deux amis s'approchèrent d'une grande table où se trouvaient des piles de vieux livres. Ces livres étaient recouverts de toiles d'araignées et de poussière.

Curieux, les deux enfants entreprirent d'en trouver un susceptible de les intéresser.


Tout à coup, François s'écria :

- Regarde Béatrice. Celui-ci semble passionnant.

Le titre était prometteur:

"Les sept portes de l'enfer".

II emmena le livre et se laissa choir dans un grand fauteuil.

- J'arrive, annonça Béatrice.

Elle s'assit à son tour à côté de son copain, en soulevant un nuage de poussière.

- Regarde Béatrice, quelqu'un a glissé une enveloppe fermée à l'intérieur de ce livre.

Notre amie se pencha et saisit l'enveloppe. Le temps l'avait jaunie. Elle l'ouvrit et découvrit une lettre adressée à un certain Marcel.

- Il y a un Marcel dans ta famille? demanda François.

- Je ne crois pas, réfléchit Béatrice. Je ne vois pas de Marcel dans ma famille, pas que je sache. On demandera tantôt à ma grand-mère.

- Lisons, proposa François.

- "Mon cher Marcel. Si je ne reviens pas vivant de la guerre, va aux ruines de l'abbaye qui se trouvent à la sortie de notre village. Là, rends-toi au réfectoire des moines. C'est une salle assez sombre, au centre de laquelle se trouve une grande pierre grise posée sur le sol. Approche-toi et observe-la. Tu remarqueras un nom et un chiffre gravés dans la pierre.

- Génial, dit François. J'adore les mystères et les secrets.

- Tourne-toi alors vers les colonnes qui sont situées entre les fenêtres du réfectoire, le long des murs. Ce sont des socles de statues. Je pense que toutes les statues ont disparu depuis longtemps, mais le nom des saints hommes y est encore visible. Cherche celui qui porte le même nom que celui qui est inscrit sur la dalle grise au sol du réfectoire.

- Je me demande où ça nous mène, fit Béatrice.

"Tâche alors de faire bouger ce socle de gauche à droite, autant de fois que le chiffre de la pierre grise l'indique. Tu feras apparaître une petite cachette. Dans cette cachette se trouve une clé. Prends-la et rends-toi à l'étage supérieur. Le toit de cette pièce est écroulé. Les fenêtres ne sont plus que des trous. L'herbe pousse sur le sol. Mais tu verras quatre colonnes blanches, une à chaque angle de ce grenier d'autrefois.

- Je parie qu'on est sur la piste d'un trésor, affirma François.

"Trouve la colonne sud. En l'observant bien, tu y apercevras une petite fente. C'est la serrure. Glisse la clé que tu auras découverte au préalable et tourne trois fois. Tu mettras en route un dispositif très ancien qui permet à la colonne de pivoter sur elle-même vers la gauche. Tu verras alors l'entrée d'un souterrain.

- De mieux en mieux, dit Béatrice.

"Un escalier très étroit descend dans l'épaisseur du mur. A la septième marche, tu trouveras des chiffres gravés dans la pierre. Mémorise-les, car tu ne les reverras plus. Au bas de l'escalier se trouve une grande crypte. La crypte du réfectoire des pères. Tu apercevras facilement un coffre sur un des autels. Ce trésor est à toi, Marcel. Je l'ai caché là pour qu'on ne nous le vole pas pendant la guerre. Je t'embrasse. Papa.


Béatrice et François se regardèrent, étonnés, intrigués et passionnés. Ils avaient à présent vraiment envie de découvrir ce fameux trésor, s'il existait encore.

Posant le livre des sept portes de l'enfer sur l'accoudoir du vieux fauteuil, ils se levèrent, éteignirent la lumière, et refermèrent la porte du grenier. Ils redescendirent l'escalier.

- Bonne-maman, appela Béatrice.

- Oui, ma chérie?

- Bonne-maman, connais-tu un Marcel dans notre famille?

La grand-mère regarda Béatrice avec un petit air triste.

- Oui, ma chérie, je connais un Marcel. C'était mon mari. C'était ton grand-père. Mais tu ne l'as pas connu. Il est mort avant ta naissance. Il s'appelait Marcel.

- Bonne-mamy, insista Béatrice, bon-papa Marcel avait-il lui-même un papa qui serait parti à la guerre autrefois?

- Oui, ma chérie. Ton bon-papa Marcel a vu son père partir à la guerre, mais il n'en est jamais revenu...

Béatrice regarda François. François regarda Béatrice.

- Mamy, s'il te plaît, on peut aller visiter les ruines de l'abbaye qui se trouvent à la sortie du village?

- D'accord. Je vois qu'il ne pleut plus, profitez-en.

La bonne-mamy remit un peu d'argent à Béatrice pour payer l'entrée et les deux enfants partirent, impatients, vers l'abbaye. Béatrice emportait dans la poche de sa jupe bleue la lettre destinée à Marcel. Ils emmenèrent aussi une boussole pour trouver plus sûrement la colonne sud.


- Madame, pouvez-vous me dire où se trouve le réfectoire des pères, s'il vous plaît?

- C'est tout au fond des ruines de l'abbaye, répondit la caissière. Vous devez traverser la grande église et puis sortir vers la gauche. C'est un bâtiment à moitié écroulé, je vous préviens. Il faut passer sept portes pour y arriver, ce que les moines appelaient les sept portes de l'enfer.

- Merci madame.

Béatrice et François se firent un clin d'oeil et traversèrent l'abbaye. La grande nef encore voûtée en partie, le cloître, les cuisines d'autrefois. Ils parvinrent, après avoir traversé un jardin, à l'endroit du réfectoire des pères. Ils y entrèrent. Personne ne s'y trouvait à ce moment.

Béatrice et François observèrent immédiatement une grande dalle grise de forme carrée, couchée sur le sol. En s'approchant, ils lurent sans hésiter le nom de "Barthélémy" et le nombre "13".

Ils coururent alors observer tous les socles des statues aujourd'hui disparues. François poussa un cri.

- Ici Béatrice, j'ai trouvé ! Saint-Barthélémy.

- Pas si fort, répondit Béatrice, si quelqu'un nous entendait...

- On ne fait rien de mal, précisa François. Et il n'y a personne.

Empoignant alors le socle de la statue, ils tentèrent de le faire pivoter de gauche à droite. C'était assez dur car la pierre était lourde. Mais ils réussirent à la faire bouger treize fois. Une petite anfractuosité apparut au fond de laquelle ils découvrirent une cachette sombre. Y plongeant la main sans hésiter, Béatrice en sortit une grosse clé en fer d'environ douze centimètres de long. Ils coururent alors dans l'escalier situé au fond du réfectoire et montèrent à l'étage supérieur.

Le toit était écroulé. Les fenêtres n'étaient que des grands trous envahis de lierre. De l'herbe et même des fleurs poussaient sur le sol. Dans chaque coin, près des anciens murs, se dressait encore une haute colonne en pierre blanche.

Observant la boussole qu'ils avaient intelligemment emportée avec eux, ils découvrirent sans difficulté la colonne sud. Le trou de serrure était situé assez haut. Béatrice monta sur les épaules de François, introduisit la clé et la fit tourner vers la gauche. Après trois tours, ils perçurent tous deux une sorte de vibration et la colonne sud pivota sur elle-même, faisant apparaître un petit escalier étroit où l'on ne pouvait se glisser que par un à la fois. Ne remarquant toujours personne aux alentours, ils risquèrent la descente.

Béatrice et François s'arrêtèrent à la septième marche. Des chiffres étaient indiqués: 4, 4, 4, 4, 4, 3, 4, 3, 4, 2, 4, 2. Ils tentèrent de les mémoriser.

Nos amis continuèrent ensuite à descendre l'escalier et parvinrent dans une grande crypte dont le plafond était tenu par une énorme colonne. II faisait sombre, humide et froid. Le sol était en terre battue.

Ils découvrirent rapidement, au fond de la crypte, un ancien autel en pierre et sur cet autel se trouvait un coffre en bois. Il n'était pas bien grand. Trente centimètres de large, quinze de long et dix de haut. Aucune clé n'était nécessaire pour l'ouvrir. II suffisait de lever le couvercle, ce qu'ils firent sans tarder.

Ils écarquillèrent les yeux. L'or d'un trésor brillait dans la lumière sombre et les fascinait. Ils comptèrent trente-trois pièces d'or. Il y avait aussi un splendide bracelet, formé d'un fil d'argent épais, torsadé en spirale et tout au long duquel se trouvaient fixés des saphirs, des pierres précieuses de grande valeur. Une pure merveille. Enfin, troisième objet, il y avait une petite flûte en bois. Que faisait-elle là?


Nos amis refermèrent le trésor et décidèrent de l'emporter, puisqu'il appartenait à la famille de Béatrice. Ils le remettraient à la grand-mère. Ils remontèrent l'escalier et s'aperçurent que la colonne sud s'était remise en place et qu'il n'y avait pas moyen de sortir de l'endroit où ils se trouvaient. Un peu inquiets, ils réfléchirent. Ils mirent beaucoup de temps à découvrir le moyen de sortir de cette crypte.

Toi qui me lis, as-tu une idée? N'es-tu pas étonné de trouver, dans un trésor, à côté de pièces d'or et d'un bracelet de pierres précieuses, une simple flûte en bois?

Béatrice songea que la flûte devait servir à sortir de la crypte. Une simple flûte en bois n'a rien à faire dans un trésor. Mais comment s'en servir?

Comme elle apprend à jouer, elle posa ses doigts convenablement sur les trous et souffla.

- François, je crois que j'ai compris. Il faut jouer les notes, c'est-à-dire les chiffres de la septième marche. Tu te souviens ! 4, 4, 4, 4... 4, 3, 4, 3...4, 2, 4, 2.

Béatrice gravit l'escalier, son copain suivait. Elle joua les notes indiquées par les chiffres que l'on ne voyait plus, car tout était plongé dans l'obscurité à présent. Elle réussit à rouvrir la porte de la crypte en faisant pivoter la colonne sud. Les deux enfants sortirent alors rapidement de l'endroit où ils se trouvaient, tout en emportant le trésor sous le bras.


L'heure d'ouverture était passée. Les ruines de l'abbaye étaient fermées. Béatrice et François furent obligés de sortir par une fente entre deux murs, puis d'escalader une fenêtre brisée pour sauter dans la rue et retourner chez la bonne-mamy.

Là, ils présentèrent leur trésor à la vieille dame. Elle était émue et étonnée. Marcel, son mari, ne lui avait jamais parlé de ce trésor. C'était encore un jeune garçon quand son père était parti à la guerre, autrefois. Et il n'était pas revenu. Marcel n'avait jamais évoqué le trésor que Béatrice et François venaient de découvrir. Sans doute n'en avait-il jamais eu connaissance, n'ayant jamais trouvé la lettre laissée par son père dans le livre des sept portes de l'enfer.

Nos amis reçurent chacun une pièce d'or, en souvenir de leur aventure.

- Les autres pièces, ma chérie, je les garde. Je te les donnerai quand tu seras plus grande. Quant au bracelet, ce sera un merveilleux cadeau le jour de ton mariage. La flûte, puisque tu apprends à en jouer, tu peux la recevoir.

Depuis ce jour-là, Béatrice joue sur l'instrument de son grand-père qu'elle n'a jamais connu. Elle en est émue et fière à la fois. Elle joue d'autant mieux.