Magali
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Le vieux jouet de Papa

Il pleuvait depuis le matin. Magali, quatre ans et demi, s'ennuyait un peu. Papa était au travail. Maman était occupée. Arnaud, son grand frère de huit ans était allé jouer chez son amie Manon. Julien, le bébé, faisait sa sieste.
Sans rien dire, Magali monta l'étroit escalier en bois qui mène au grenier. Chaque marche craquait sous ses pas, comme si elles n'étaient pas contentes qu'on les enjambe. La vieille porte miaula comme un vieux chat que l'on dérange.
Magali alluma la lumière. Elle fit trois pas sous le toit. Il y avait de la poussière partout et certaines toiles d'araignées étaient menaçantes.
Notre amie s'arrêta devant une grande armoire et l'ouvrit. Des vieux habits pendaient, des vieux habits de bonne maman. Ils répandaient une drôle d'odeur. Elle referma l'armoire.

Au fond du grenier se trouvait une commode à trois tiroirs. Magali s'en approcha. Elle ouvrit le tiroir du haut. Il contenait un chapeau tout sale. Elle ouvrit le tiroir du milieu. Une araignée toute noire se sauva. Notre amie eut peur et referma vite le tiroir.
Elle ouvrit, enfin, celui du bas. Et là, elle découvrit un vieux jouet de son papa.
C'était un petit robot de fer, avec une tête carrée, des longs bras et des jambes articulées. Elle le sortit du tiroir et le tourna entre ses mains. Le robot avait une grosse clé dans son dos.
Curieuse, notre amie prit la clé et lui fit faire sept tours, puis le ressort se bloqua. Elle posa le petit robot sur le sol, et aussitôt il se mit à marcher en balançant les bras comme un petit soldat. Il disparut sous une armoire. Magali dut se coucher à plat ventre dans la poussière et passer la main et le bras dans les toiles d'araignées pour le récupérer.
Amusée, elle fit de nouveau sept tours avec la clé. Cette fois-ci, le petit robot, toujours marchant au pas, fila derrière un coffre et tomba en avant à cause d'une vieille brosse couchée au sol.

Reprenant à nouveau le jouet en mains, Magali remarqua un petit sac à dos, fixé sous la grosse clé. Elle l'ouvrit. Il contenait une bague, une bague de petite fille, avec un papillon incrusté de petites pierres brillantes. Elle glissa la bague à son doigt.
Que fait une bague de petite fille dans le sac à dos d'un vieux jouet de papa?
Justement, Magali entendit à ce moment la porte du garage s'ouvrir. Elle redescendit l'escalier après avoir éteint et refermé la porte. Elle allait lui demander.
- Papa!
- Oui, ma chérie.
- Regarde, papa, ce que j'ai trouvé au grenier.
- Mon petit robot!
- Papa, pourquoi il y a-t-il une bague de petite fille dans le sac à dos de ton jouet?
Magali montra la bague papillon à son père.
- Oh! La bague de Nina!
- C'est qui, Nina? demanda maman.
- Je vais vous raconter, dit papa.

- Quand j'avais ton âge, Magali, j'ai un jour demandé une poupée à mes parents. Ils se sont regardés, étonnés.
- Une poupée, pour un garçon! me dit mon père.
- Oui, j'aimerais bien, ai-je répondu.
- Mais les poupées, c'est pour les filles!
- Pourquoi seulement pour les filles? Les garçons aussi peuvent être doux, gentils et aimer une poupée.
- Mes parents, continua le papa de Magali, décidèrent de m'offrir ce petit robot. Je l'ai aimé dès que je l'ai sorti de sa boîte. Je le faisais marcher partout: au salon, dans ma chambre, sur le trottoir, enfin partout. Je vais te montrer, Magali.
Notre amie savait déjà comment on remonte le mécanisme du robot avec la grosse clé, mais elle n'a rien dit.
Papa fit tourner la clé sept fois, puis posa le jouet sur le tapis du salon. Il se mit en route et marcha en balançant les bras. Il disparut derrière le meuble de la télévision. Cela fit rire bébé Julien qui se tenait debout dans son parc.

- Un jour, reprit papa en continuant son récit, un jour, j'ai montré mon petit robot à Nina. C'était ma meilleure amie à l'école, en maternelle.
- Il n'est pas beau, m'a dit Nina. On dirait une vieille casserole.
- J'étais triste et déçu.
- Si tu veux jouer avec des jolies poupées, viens chez moi m'a dit Nina. On s'amusera bien. Tu seras le papa, je serai la maman et les poupées seront nos enfants. Ou bien tu seras le directeur de l'école, je serai l'institutrice et les poupées seront les élèves.
- Je suis allé souvent chez Nina. On riait beaucoup ensemble. Puis un jour elle m'a annoncé qu'on ne se verrait plus.
- Pourquoi? ai-je demandé.
- Parce que demain je pars pour l'Italie avec mes parents. C'est là qu'on habitera maintenant.
- J'étais triste, et Nina aussi. Elle m'a dit:
- Tiens, je te donne ma bague. Glisse-la à ton doigt, comme cela tu ne m'oublieras pas. Quand tu la regarderas, tu penseras à moi.
- Voilà l'histoire de mon petit robot, fit papa.
Magali grimpa sur les genoux de son père. Elle glissa la bague à son doigt. Elle saisit son visage à deux mains, le forçant à la regarder.
- Papa, dit-elle, tu peux venir jouer avec mes poupées quand tu veux. On s'amusera bien. Toi tu seras le papa, moi je serai la maman, et les poupées seront nos enfants!