Magali
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Les Nénuphars

     Magali est âgée de quatre ans et demi. Son grand frère de huit ans s'appelle Arnaud. Elle a aussi un petit frère, un bébé, de presque un an. Julien. 

Ce jour-là, un samedi après-midi, Arnaud emmena sa petite sœur avec lui pour aller à la pêche. Le grand frère va souvent à la pêche, mais il ne ramène jamais de poisson.

Ils suivirent un petit sentier et arrivèrent au bord de l'étang.

-Magali, assieds-toi au bord de l'eau et reste bien sage pour ne pas tomber dedans. Ecoute le chant des oiseaux et regarde voler les libellules.

Notre amie observa les oiseaux, assise, sous le grand ciel bleu. Elle souriait au soleil entre ses deux jolies couettes noires. Elle portait ce jour-là sa salopette rouge et ses tennis rouges également.


Elle se tourna ensuite vers les roseaux et les joncs qui poussaient dans l'eau près d'elle. Entre deux roseaux, elle aperçut une jolie toile d'araignée. L'habitante se tenait juste au milieu et ne bougeait pas.

Notre amie écouta les bruits de la nature. On n'entendait pas que les oiseaux. Les canards et les poules d'eau se disputaient à grands cris. Les grenouilles coassaient à qui mieux mieux.

Au milieu de l'étang, Magali aperçut des nénuphars. Elle observa les grenouilles qui jouaient à saute-mouton, passant d'une feuille à l'autre. 

Notre amie eut très envie de faire la même chose. Sauter comme elles d'un nénuphar à l'autre. Hélas, ce n'est pas possible. A quatre ans, tu es trop grand, tu ne peux pas sauter d'un nénuphar à l'autre. Si tu poses ton pied sur la feuille, tu t'enfonces et tu te retrouves dans la boue et dans la vase, ou bien dans l'eau, avec des branches et des feuilles mortes au fond de l'étang. Et tu sors tout mouillé et parfois même très sale.

Magali voulut quand même essayer. Elle s'approcha encore en se glissant entre les roseaux. Elle découvrit, près d'elle, un beau nénuphar décoré d'une jolie fleur blanche. Au milieu de la fleur blanche, se trouvait une étrange boule, blanche elle aussi, et de la grosseur d'une cerise.

C'est quoi ? se demanda la fillette.

Elle s'avança encore d'un pas. Ses petites chaussures de toile prenaient l'eau, mais tant pis. Elle tendit la main en se baissant et attrapa la feuille du nénuphar. Elle la tira vers elle. Ensuite, elle tendit l'autre main et saisit la boule blanche.

Elle ressemblait à un œuf cuit. Etait-ce un fruit ? Elle eut l'impression qu'il fondait entre ses doigts pendant qu'elle le serrait pour l'observer. Magali éprouva comme un vertige. Elle se sentit toute drôle et ferma les yeux.


Quand elle les ouvrit, les nénuphars lui parurent immenses, grands comme un tapis. Elle vit s'approcher une mouche qui lui sembla de la taille d'un hélicoptère.

Pourtant la mouche n'avait pas grandi, et le nénuphar non plus. Par contre, Magali, elle, était devenue toute petite. Toute petite ! Elle n'était pas plus grande que ton petit doigt. Tout cela, parce qu'en cueillant le fruit blanc du nénuphar et en le gardant en main, il avait fondu entre ses doigts.

Elle vit arriver vers elle une libellule de la taille d'un avion. Une libellule normale, mais Magali devenue minuscule, la perçut immense.

La libellule se posa près de notre amie.

-Bonjour petite fille, dit-elle. Maintenant tu peux sauter sur les nénuphars si tu veux.

Magali grimpa sur la feuille ronde la plus proche puis bondit sur une deuxième puis sur une troisième. Elle courut de l'une à l'autre. Cela enfonçait un petit peu sous ses pas. Elle sautait sur les feuilles de nénuphar comme toi tu sautes sur ton lit ou sur un trampoline. C'était vraiment très gai !

Parfois un peu d'eau lui venait jusqu'aux chevilles. Elle eut les pieds mouillés. Tant pis. Heureusement les chaussures de toile sèchent vite. Le bas de sa salopette aussi était trempé. Mais elle sautait et continuait de sauter encore et encore, en riant aux éclats.


Tout à coup, elle entendit un coincouinement.

-Coin, coin, coin.

Elle regarda. Un gros canard barbotait, tout près des nénuphars. Il se tourna vers Magali.

-Je suis le canard promenade. Tu viens faire un tour avec moi ?

-Oui, je veux bien, se réjouit notre amie.

-Puisque te voilà devenue toute petite, tu peux monter sur mon dos, si tu as envie.

Magali s'approcha du canard mais au dernier moment, il l'arrêta.

-Tu peux venir faire une promenade avec moi, mais il faut payer.

-Je n'ai pas d'argent, soupira la fillette.

-Pas besoin d'argent, affirma le canard. Pour me payer, il faut me chanter une chanson.

Alors, Magali chanta la chanson qu'elle avait apprise à l'école et qu'elle connaissait bien. Tu chantes avec elle?

"Un petit canard au bord de l'eau, il est si beau, il est si beau.

"Un petit canard au bord de l'eau, il est si beau qu'il tombe dans l'eau. Plouf !

-Tu peux monter sur mon dos à présent. J'aime bien ta chanson.


Magali s'assit sur les plumes du canard et se tint à son cou. Il lui fit faire le tour de l'étang.

Notre amie aperçut le monde de l'eau et des roseaux comme jamais.

Le canard lui fit voir une petite araignée qui construisait sa toile, patiente et méticuleuse, plaçant chaque fil au bon endroit avec une de ses pattes.

Il montra une truite qui un instant vint à la surface de l'eau et dont les écailles luisaient au soleil.

Un minuscule serpent d'eau se faufila près d'eux glissant entre les feuilles mortes qui flottaient.

Ils passèrent à deux pas du reflet du soleil qui brillait aveuglant comme une lampe dans un miroir.

Des libellules dansaient d'une fleur de nénuphar à l'autre, et parfois passaient près de la fillette émerveillée.


Tout à coup le canard se retourna.

-As-tu déjà vu des canetons qui sortent de l'œuf, ou qui viennent de naître?

-Non, répondit Magali.

-Aimerais-tu que je t'en montre ?

-Oui, j'aimerais bien.

-Alors, je t'emmène sur notre île.

Il traversa l'étang et s'arrêta au bord d'une petite île, au milieu du lac. Notre amie sauta dans l'herbe et marcha jusqu'aux nids. Elle vit des œufs et des mamans canes qui les couvaient. Deux œufs étaient ouverts et deux petits canetons couraient près de leur mère. Qu'ils étaient jolis !

-Quel beau spectacle! dit Magali en souriant. Quel bonheur de voir tout cela ! 


Soudain, notre amie sentit un vertige, un malaise, comme tantôt, quand elle avait tenu en main le fruit étrange trouvé sur le nénuphar.

-Que m'arrive-t-il? s'inquiéta la fillette. Ma tête tourne.

Elle ferma les yeux un instant, puis les ouvrit. Elle avait retrouvé sa taille d'enfant de quatre ans et demi.

Mais comment allait-elle s'y prendre pour retourner à la maison, à présent ? L'île était partout entourée par l'eau de l'étang.

-Je ne peux plus te mettre sur mon dos, soupira le canard promenade. Tu es devenue beaucoup trop grande.

-Comment vais-je faire pour traverser le lac ? demanda Magali.

-Va dans l'eau et nage.

-Je ne sais pas encore bien nager. Et puis, je vais être toute sale. L'eau de l'étang est boueuse. Je n'ai pas envie de m'y enfoncer.

-Envole-toi alors, proposa le canard.

-Je ne peux pas voler. Je suis une enfant, pas un oiseau. Je n'ai pas d'ailes.

-C'est bien ennuyeux, répondit le canard. Viens, suis-moi. Je t'emmène chez notre roi. Nous allons lui demander conseil.

Magali partit avec son ami chez le roi des canards.


-Si je comprends bien tu ne sais ni nager ni voler. Tu ne sais vraiment rien faire, soupira le roi.

-Je peux marcher, répondit la petite fille.

-Nous, les canards, nous savons marcher, nager, voler. Je n'aimerais pas devenir un enfant et devoir me contenter de marcher…

-Vous avez de la chance !

-Si tu veux je vais t'apprendre à voler. 

-Oui, se réjouit Magali, j'aimerais bien, mais je n'ai pas d'ailes.

-Dommage, répondit le roi. Sans ailes, tu ne peux pas voler. Tant pis. Comme tu me sembles gentille, je vais te dire une formule magique. Tu pourras passer au-dessus de l'eau, depuis l'île jusqu'au bord de l'étang, sans te mouiller. D'accord ?

-Oh oui, affirma notre amie. Merci beaucoup de bien vouloir m'aider.

-Écoute-bien parce que la formule magique est très difficile. Et je ne peux la prononcer qu'une seule fois. Après, tu devras répéter.

-Bien, promit Magali. J'écoute.

-Tu es prête ? Tu la rediras juste après moi. Et ne te trompe pas, parce que si tu te trompes, tu tomberas dans l'étang avant d'avoir atteint le bord.

-D'accord, je t'écoute.

-Bien, prononça le roi des canards. Voici la formule magique : «Tika Makélélé, Soko Olingi».

Notre amie répéta la formule magique deux fois, pour bien la retenir.

Tu la répètes toi aussi?

-Merci gentil roi. Au revoir canard promenade.


Magali se plaça au bord de l'eau et redit la première moitié de la formule magique.

-Tika Makélélé.

Elle se sentit soulevée. Elle secoua ses bras. Elle volait au-dessus de l'étang. Mais arrivée à trois mètres du bord, elle ne se rappela plus la fin de la formule. Du coup, elle tomba dans l'eau. Elle avait seulement dit «Tika Makélélé». Elle avait oublié «Soko Olingi».

Elle se retrouva dans l'eau. Elle en sortit trempée et pleine de boue. Des branches et des feuilles moisies s'accrochaient à sa salopette rouge. Ses petites sandales de toile rouges étaient brunes et dégoulinaient. Même ses couettes noires ruisselaient d'eau douteuse.


Arnaud arrivait.

-Magali, tu es tombée dans l'étang !

-Oui. Parce que je n'ai pas bien prononcé la formule magique.

-Quelle formule magique ? demanda Arnaud.

-La formule magique que le roi des canards m'a apprise pour pouvoir voler.

-Je ne comprends rien, répondit le grand frère.

-Tu me montres tes poissons ?

-Je ne rapporte aucun poisson. Ils ne se laissent pas attraper. Viens, on retourne à la maison. Tu es trempée. Je risque de me faire gronder. On va dire que je t'ai mal surveillée.

Magali revint chez elle en donnant la main à son frère.

Maman ne fut pas très contente de retrouver une petite fille aussi sale et qui sentait la vase. Elle lui fit prendre une bonne douche puis lui mit sa robe de nuit rose avec des petits rubans.


Au soir, notre amie regarda par la fenêtre. On entendait chanter les oiseaux et couincouiner les canards, parmi les nénuphars, là-bas, sur l'île, au milieu de l'étang.