Christine
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Le météorite. Partie 1

       Christine revenait chez elle bien fatiguée, ce soir-là. Elle avait travaillé toute la journée dans la forêt avec son papa. Elle avait rangé des centaines de bûches le long de la route en terre, et chargé d'autres sur une remorque. Elle était fière de l'avoir aidé, mais elle était vraiment épuisée. Arrivée près de sa maison, elle aperçut Mathieu assis sur sa balançoire.

       -Salut, cria Christine.

       La fillette courut vers son copain. Le garçon sauta à terre et les deux enfants s'embrassèrent.

       -Je suis contente de te voir.

       -Moi  aussi, répondit Mathieu.

       -Comment se fait-il que tu sois là ?

       -Mon père et le commandant François des paras commandos ont besoin de toi, je crois. Ils t'attendent à la maison.

       À ce moment-là, la porte s'ouvrit et on appela les deux enfants.

       Christine courut embrasser le papa de Mathieu et le commandant François qu'elle connaît bien et à qui elle a déjà rendu pas mal de services. (Lire : Chr. 6- Opération bébé crapaud. Chr. 13 : La chambre 313).

       -Comment vas-tu, Christine ?

       -Très bien, répondit la fillette dont la faim, la soif et la fatigue avaient soudain disparu.

       -Nous avons besoin de toi, expliqua le papa de Mathieu. Assieds-toi à table, je voudrais te montrer quelque chose.


        Christine s'assit. Le papa de Mathieu, qui est professeur de géologie à l'université, posa un dossier fermé devant la fillette. Dans cette chemise, se trouvait une photo. Une photo aérienne de la région des grands rochers, ainsi que Christine l'appelle. Elle montrait un massif rocheux, dont les parois verticales s'élevaient à plus de vingt mètres de hauteur. On apercevait en bas, la rivière et un confluent. Les formes rocheuses étaient soulignées par le soleil couchant.

       -Qu'est-ce que c'est ? demanda Christine en pointant l'index vers une petite tache bleu foncé qui se trouvait sur le haut de l'image et semblait située au bord du précipice.

       -Voilà, déclara le commandant François. C'est exactement cela que nous voudrions découvrir.

       -Nous ne savons pas ce que c'est, continua le papa de Mathieu. Il est possible, Christine, que ce soit un météore. Tu sais ce que c'est un météore ?

       -Bien sûr, répondit Christine, puisque nous en avons, si je me rappelle bien, découvert un ensemble, il n'y a pas si longtemps.

       -Tout à fait, affirma le papa de Mathieu. (cf. Chr.5 : La grotte aux pierres précieuses).

       -Reconnais-tu l'endroit où se trouve cette masse bleue ?

       Christine observa attentivement la photo en silence.

       -On dirait que c'est dans le territoire du lynx... Ce n'est pas tellement loin du lieu où nous sommes allés la dernière fois.

       -Bien vu, complimenta le papa de Christine.

       -Pourrais-tu nous conduire jusque là ? demanda le père de Mathieu.

       -Certainement, répondit Christine, ce doit être à deux jours de marche d'ici.

       -Alors, rendez-vous demain matin ! Le commandant François nous accompagnera. Le problème à résoudre, et nous comptons sur toi, est double.

        Le papa de Mathieu expliqua alors à Christine que cette photographie avait été prise quelques jours auparavant par satellite.

       -D'abord, si c'est un météore, comment se fait-il qu'il se soit posé si délicatement ? Quand un météore tombe sur notre planète, soit il s'enfonce dans l'océan et il disparaît à jamais, et s'il est gros, il risque de provoquer en même temps un véritable raz-de-marée. Soit il s'écrase sur un sol dur. Il se brise et explose. Un météore tomba autrefois aux Etats-Unis, dans le Nord de l'Arizona. Le cratère est encore visible. Il est gigantesque. Or, ici, il n'y a ni cratère, ni raz-de-marée. Il y a simplement une tache bleu foncé, au milieu de la verdure. Ce météore semble avoir atterri en douceur sur cet à-pic, au bord des profondes vallées de cette région que tu connais bien.

       Notre amie écoutait, assise à la table, curieuse et attentive. Mathieu, assis près d'elle, se taisait.

       -Ça, c'est le premier problème, expliqua le commandant François. Le second, pour nous, c'est de parvenir à cet endroit. La paroi rocheuse est quasiment verticale. Elle a cent vingt mètres de hauteur et nous nous demandons comment grimper là-haut. Bien sûr, j'ai des soldats entraînés à résoudre ce genre de difficulté, mais l'opération dont nous te parlons, Christine, doit être tenue secrète. Trop de gens, mal intentionnés, pourraient être tentés de s'emparer de ce météorite, que nous avons appelé la chose. Alors, moins nous serons à partager le secret de cette découverte, mieux ce sera pour nous tous.

       -Vous pourriez engager des alpinistes, proposa Mathieu.

       -Logique, affirma le commandant François, mais cette chose est tellement étrange, tellement mystérieuse, que, une fois encore, nous voulons que cela reste un secret absolu. C'est pourquoi nous préfèrerions ne pas engager d'alpiniste et nous y rendre nous-mêmes, entre nous, à pied.

       -C'est le territoire du lynx que nous avons rencontré lors de l'autre expédition, murmura Christine. (cf. Chr. 9 : La grotte de la peur). Je pourrais lui demander s'il connaît un passage. Lui sait certainement monter là haut, nous pourrions le suivre.

       -Exactement, conclut le papa de Mathieu. Tu pourrais demander à ton lynx s'il y a un sentier, même abrupt, qui permet d'atteindre cet objet étrange.

       Christine promit de les aider et chacun retourna chez soi.


       Le lendemain matin, Christine s'éveilla tôt. Sa maman l'appelait. Elle se leva, passa sa vieille salopette bien usée, mais qu'elle ne veut pas lâcher, son t-shirt, ses baskets, et descendit les escaliers en arrangeant l'une de ses tresses qui s'était défaite pendant la nuit. Elle avala un verre de lait, prit une tartine en main et sortit.

       Le commandant François venait d'arriver avec deux de ses soldats que Christine connaît bien, le soldat Robert et le soldat Bertrand. Le papa de Mathieu et son fils, bien entendu, sortirent de la 4 x 4 et vinrent embrasser notre amie.

       Christine embarqua avec les autres et les guida jusqu'au croisement des trois routes. Là, ils durent abandonner le véhicule et ils continuèrent à pied. La marche fut longue, chaude et souvent difficile. Ils portaient tous de lourds sacs à dos.

       Arrivés à l'endroit que Christine a un jour appelé le paradis (cf. CHR. 5.  La grotte aux pierres précieuses), ils s'installèrent pour passer la première nuit sous tente. Mathieu insista pour que Christine et lui puissent dormir côte à côte sous la même toile. Quand ils s'y retrouvèrent après le repas du soir, ils se prirent la main et s'échangèrent un bisou avant de s'endormir.

       Le lendemain, il leur fallut patauger dans la rivière qui traverse la région. Cela dura des heures. Parfois l'eau venait jusqu'aux genoux, jusqu'à la taille ou jusqu'au cou. Elle est froide. Ils durent enjamber plusieurs troncs d'arbre qui étaient tombés depuis le sommet des murailles de pierre jusqu'au fond de la vallée. Il leur fallut passer certains canyons tellement étroits qu'on pouvait mettre une main sur la paroi gauche et l'autre sur celle de droite en même temps. Là, la rivière est profonde et ils durent nager. Le vent qui soufflait n'était pas fait pour les réchauffer lorsqu'ils sortaient trempés.

       Au soir, ils arrivèrent au pied de l'endroit où se trouvait l'objet bleu, « la chose ». On ne l'apercevait pas depuis le fond de la vallée. Ils découvrir une plage de sable et ils y plantèrent leurs tentes.


       Pendant que le commandant François et les deux soldats préparaient le repas sur un feu de bois, Christine s'éloigna, en compagnie de Mathieu. Elle poussa quelques petits cris, pour appeler le lynx. Un lynx est un animal qui ressemble à un chat, à un tigre, et dont la taille est intermédiaire. Le lynx s'approcha doucement du camp. Il avait reconnu son amie.

       Christine traversa la rivière et, seule, s'approcha de la bête sauvage. Notre amie  lécha sa main gauche et s'agenouilla sur le sol, s'assit sur ses talons et tendit ses doigts en avant. Le lynx s'approcha encore et vint lécher la main de notre amie. La fillette prit la tête du lynx contre sa poitrine, le caressa et lui parla à l'oreille.

       -Je vais te présenter mon ami, dit-elle après un moment. Mathieu, tu peux venir.

       Mathieu est un courageux garçon. Mais en cette circonstance, son coeur battait la chamade. Il s'approcha doucement et tendit une main tremblante. Il caressa la tête du lynx du bout des doigts.

       Puis, Christine demanda des nouvelles de ses cinq petits. Le lynx lui raconta qu'un malheur était arrivé. L'un de ses petits était mort. Il expliqua qu'une chose bleu foncé était venue du ciel pendant la nuit. C'est l'objet que nos amis recherchaient.

       -C'est bien un météore, puisque c'est venu du ciel, pensa Christine.

       Le lynx expliqua ensuite que cet objet s'était posé sur le sol dans une clairière au milieu des rochers, au bord du précipice. L'un de ses petits s'était approché. La chose semblait être douce et tiède. Le petit lynx était monté sur l'objet et s'était endormi à son contact. Pendant qu'il dormait, le météorite, selon l'explication du lynx, s'était ouvert et le petit animal avait été absorbé, avalé, englouti par la chose. Depuis, le lynx, sa femelle et les quatre petits n'approchaient plus de cet étrange objet qu'avec méfiance.

       Christine demanda s'il était possible pour elle et ses amis de monter là-haut. Le lynx évoqua un sentier, abrupt, vertigineux, mais possible pour des humains.

       La fillette demanda à l'animal de revenir le lendemain matin au lever du soleil et de les conduire. Le lynx promit de les accompagner, puis s'encourut vers sa tanière. Notre amie se tourna vers Mathieu, et se donnant la main, ils revinrent près du feu. Elle expliqua en détail ce que le lynx lui avait confié.

       La nuit était pleine d'étoiles. Les derniers reflets du soleil avaient disparu au sommet des rochers rouges.

       Tous allèrent se coucher. Il faisait encore chaud. Christine ôta son t-shirt mais elle garda sa salopette et ses baskets. Elle s'endormit au-dessus de son sac de couchage, après avoir donné un tendre bisou à son compagnon.

       Mathieu garda et son jean et ses baskets. Il s'endormit torse nu au-dessus de son sac de couchage, comme son amie. Il était heureux d'être à ses côtés et il la regarda sourire en s'endormant.


       Un rapace, surpris dans sa méditation, déchira le silence de la nuit par son hurlement.

       Deux hommes, vêtus de noir et cagoulés, s'approchaient du campement. Le commandant François, pour une fois un peu trop confiant, n'avait pas posté de soldat de garde, se croyant seul à la recherche de la chose. Tout le monde dormait. La lune quasi pleine éclairait de sa douce lumière argentée le sable qui entourait les tentes. Les deux hommes chuchotèrent entre eux.

       -Où se trouve la tente de l'enfant ?

       -Je ne sais pas. Peut-être celle qui est là-bas près de l'eau.

       -D'accord, allons voir.

       -C'est un garçon ou une fille ?



       -C'est une fille, je crois. Mais je n'en suis pas certain.

       Les deux hommes s'approchèrent de la tente où dormaient Christine et Mathieu. Ils ouvrirent sans bruit la fermeture Éclair qui commande l'ouverture de la toile et regardèrent.

       -C'est lequel ? J'en vois deux.

       -Je n'en sais rien. On les prend tous les deux. Le chef décidera.

       L'un des hommes sortit alors de sa poche un petit pansement. Il détacha le papier protecteur et entra sans bruit, à quatre pattes, dans la tente des enfants. Il posa délicatement le sparadrap sur le bras de Christine endormie. Puis il en colla un second, après avoir détaché le papier protecteur également, sur l'avant-bras de Mathieu.

       Les deux hommes s'éloignèrent d'une centaine de mètres et s'assirent au bord de l'eau. Ils se turent un moment. On entendait les clapotis des vaguelettes du courant caresser les rochers, et le grondement lointain d'une cataracte.

       Cinq minutes plus tard, ils pénétrèrent de nouveau dans la tente des enfants. L'un souleva Christine dans ses bras, l'autre Mathieu. Ils les emportèrent avec eux en s'éloignant du camp. Les deux pansements qu'ils avaient posés sur les avant-bras de nos amis contenaient un narcotique, c'est-à-dire, un produit qui fait dormir profondément.

      Nos amis ne se réveillèrent que le lendemain matin.


       Quand Christine ouvrit les yeux, elle fut aussitôt très inquiète. La tente n'était pas celle dans laquelle elle s'était couchée la veille. Elle n'était plus sur son sac de couchage. Imagine que tu t'endormes un soir dans ta chambre et que tu te réveilles le lendemain matin dans une autre. Cela fait une angoissante impression. Elle secoua Mathieu qui ouvrit les yeux aussitôt.

       -Où sommes-nous ? Que s'est-il passé cette nuit ?

       Les deux enfants, inquiets, sortirent de la tente où ils se trouvaient et aperçurent trois hommes. Un plus âgé, qui semblait être le chef, et deux autres habillés en noir. C'étaient ceux qui avaient kidnappé nos amis pendant la nuit. Le chef avait un révolver en main.

       -L'un d'entre vous sait parler aux animaux.

       -C'est moi, répondit Christine.

       -Bon, tant pis pour l'autre. Il nous accompagnera. Vous êtes nos prisonniers. N'essayez pas de vous enfuir car je vise juste lorsque je me sers de mon révolver. Si vous vous encourez, je tirerai dans vos genoux et vous aurez atrocement mal. Vous allez nous mener au sommet de ces rochers. Nous voulons découvrir l'objet bleu les premiers et comme il semble que tu sois capable de guider une expédition jusque là-haut, par des chemins que nous ne connaissons pas, grâce à un animal avec lequel tu sais communiquer, eh bien, appelle ton lynx et conduis-nous.

       Les deux enfants se regardèrent. Que pouvaient-ils faire contre ces trois hommes armés ? Rien bien sûr, pas même s'enfuir.

       Christine approcha de la rivière. Elle la traversa en compagnie de Mathieu sous le regard attentif des trois autres. Là, elle retrouva son lynx. Il grondait car il sentait une présence agressive. Il se méfiait de ces trois personnes qu'il ne connaissait pas.

       Christine le calma en le caressant et lui demanda de la précéder dans les rochers et de la conduire jusqu'au météorite. La marche pénible commença. Pénible, parce que le soleil venait de se lever et frappait de tous ses rayons la paroi rocheuse où nos amis grimpaient. Très difficile aussi car la piste suivie par le lynx n'était pas vraiment un sentier. Il fallut souvent sauter d'un rocher à l'autre. La progression était très délicate, épuisante, vertigineuse, dangereuse.

       Vers dix heures du matin, Christine s'arrêta. Elle transpirait. Elle avait faim. Ils n'avaient rien reçu à manger le matin. Mais surtout, ils avaient soif tous les deux. Ils demandèrent à boire aux bandits. Le chef s'approcha, révolver au poing.

       -Je trouve que vous avancez beaucoup trop lentement. On va vous donner un peu d'eau, mais vous ne recevrez à manger que quand vous serez arrivés tout en haut. Si vous avez faim, vous n'avez qu'à marcher plus vite.


       Christine et Mathieu regardaient de temps en temps avec angoisse en arrière pour tenter d'apercevoir le papa et les militaires. Ils avaient sans doute remarqué leur disparition, mais avaient-ils la moindre idée de l'endroit où ils se trouvaient ? Sans le lynx, ils ne pourraient pas retrouver les deux amis lâchement kidnappés.

       Bien entendu, le commandant et ses deux soldats s'étaient éveillés. Le papa du garçon également. Ils furent très étonnés de constater que Christine et Mathieu avaient disparu. Cherchant après eux, le commandant François découvrit dans la tente, les deux papiers protecteurs des sparadraps narcotiques qui avaient été collés sur les avant-bras des enfants. Il comprit aussitôt que nos amis avaient été kidnappés.

       Accompagnés par ses soldats, et bien armés, ils cherchèrent rapidement une piste en fouillant les environs. Un des soldats, observant la paroi rocheuse avec ses jumelles, aperçut les trois bandits et nos deux amis qui se tenaient à leur merci.

       Le commandant François et ses deux soldats ne pouvaient pas intervenir en utilisant leurs armes à feu. C'eût été trop dangereux pour Christine et Mathieu. Ils décidèrent de les suivre, à distance pour ne pas être repérés, et ne pas éveiller la méfiance des bandits. C'est pour cela qu'ils demeuraient invisibles aux yeux de nos amis.

       Après avoir reçu un peu d'eau, Christine et Mathieu continuèrent leur ascension, suivis par les bandits qui les menaçaient toujours de leurs armes.

       Tout à coup, Christine eut une idée. Elle appela le lynx et lui chuchota à l'oreille d'aller voir en arrière si quelqu'un les suivait. Le lynx partit. Les bandits s'étonnèrent.

       -Où va cet animal ?

       -Il est allé boire à la rivière. Il va revenir.

       -Je te le souhaite, menaça le chef des bandits.

       Tous s'assirent au soleil, le long de la paroi rocheuse. Ils étaient déjà parvenus à cinquante mètres de hauteur. Les hommes buvaient. Nos amis les regardaient avec envie, colère et crainte.

       Le lynx revint un peu plus tard. Il chuchota à l'oreille de la fillette que quatre personnes marchaient derrière eux. Christine s'en réjouit et le fit savoir à son copain discrètement. Nos amis reprirent leur ascension périlleuse, encouragés par cet espoir d'être délivrés bientôt.


       Vers midi, après une marche exténuante, ils parvinrent enfin sur le plateau, à cent vingt mètres de hauteur. Les deux enfants n'avaient toujours rien reçu à manger. Ils découvrirent une clairière entourée de buissons épineux. L'étrange objet bleu, la chose, qu'ils avaient aperçue la veille du départ, sur la photo, se trouvait devant eux.

       C'était assez grand, la taille d'un éléphant, mais cela n'avait ni pattes, ni défenses, ni trompe, bien entendu. C'était une masse bleu foncé, uniforme, et qui semblait posée là comme un gigantesque ballon à moitié dégonflé.

       Le chef des bandits et ses deux associés s'approchèrent de la chose. Nos amis, anxieux, observaient en silence. Mathieu prit Christine par la main et la retint un instant en arrière. Il lui murmura à l'oreille.

       -On s'encourt pendant qu'ils regardent l'objet ?

       -D'accord, répondit Christine.

       Mais le chef des bandits se retourna. Il avait deviné leur plan.

       -N'essayez pas de vous enfuir. Asseyez-vous là sur ce rocher plat, et retirez vos chaussures.

    Mathieu et Christine se hissèrent sur une sorte de terrasse de pierre et de broussailles et ôtèrent leurs baskets. Le chef des bandits vint les prendre et les jeta plus loin, dans un massif hérissé de picots.

       -Voilà, cela vous fera passer l'envie de vous encourir. Pieds nus, vous vous blesserez rapidement et vous n'arriverez pas en bas. On vous rattrapera sans difficulté.

       Puis, le chef des bandits et ses associés, toujours armes en main, s'approchèrent du grand objet bleu. Ils le touchèrent.

       -On dirait la peau d'une pêche, chef, dit le premier des hommes.

       -Prête-moi ton couteau, fit le second.

       Il sortit une longue lame de son étui. Le chef des bandits prit l'arme et enfonça la pointe dans la chose. Il en coupa un morceau. À l'endroit de la coupure, la tranche était orange.

       Le bandit tenait à présent un fragment de météorite entre ses mains. Un échantillon pyramidal d'environ dix centimètres de côté. Peu à peu, la couleur orange passa au rouge, vira au violet et enfin revint au bleu foncé initial, tant sur la tranche de l'objet que sur celle du petit morceau qui avait été découpé.

       Le chef des bandits jeta l'échantillon qu'il avait prélevé et ce morceau tomba près de nos amis. Mathieu se redressa, avança pieds nus vers lui, le ramassa et revint s'asseoir près de notre amie. Il le fit toucher par Christine. Ils sentirent tous deux la peau très douce de la chose et la gardèrent près d'eux, dissimulée.


       À ce moment, un tout petit lynx s'approcha. Les trois bandits demeurèrent immobiles et silencieux. Ils observaient le beau petit animal à peine plus gros qu'un chat. Le petit lynx sauta sur l'objet bleu, le griffa en s'y accrochant et puis se coucha, posant sa tête sur ses petites pattes. Quelques lignes oranges étaient apparues à la surface de la chose, à l'endroit légèrement entaillé par les griffes du petit lynx, mais elles virèrent au bleu foncé en quelques secondes.

       Le chef des bandits visa le petit  animal avec son révolver.

       -Je vais l'avoir celui-là, et du premier coup.

       Christine se leva et poussa un cri pour avertir la pauvre petite bête du danger.

       Le petit lynx se redressa d'un bond et s'encourut. Le bandit tira une fois, deux fois, trois fois. Chaque fois, il rata le lynx. On entendit gronder dans les broussailles. C'était le père ou la mère qui appelait son petit.

       Les trois balles de révolver, par contre, avaient transpercé le météorite. On apercevait trois taches, d'un jaune éclatant à l'endroit de pénétration. Peu à peu, sous les yeux ébahis de tous, la chose quitta sa couleur bleu foncé, vira au rouge, puis à orange et au jaune, un jaune de plus en plus lumineux, éclatant, éblouissant.

       Le bandit et ses deux hommes observaient, fascinés. Mathieu et Christine s'étaient redressés et regardaient en se tenant la main. Ils aperçurent à une cinquantaine de mètres derrière eux, le commandant François et ses deux soldats ainsi que le papa de notre ami. Ils s'approchaient en silence.


       Tout à coup, la chose se mit à vibrer et à sa surface apparurent des sortes de protubérances jaunes, comme si elle se couvrait de gros boutons bulbeux. Ces boutons s'allongèrent et formèrent des tentacules qui grandissaient de plus en plus. Certaines atteignaient un mètre et plus, à présent.

       Soudain, comme une fusée de feu d'artifice, l'un de ses bras se dirigea vers le chef des bandits et se posa sur sa main, qui tenait le révolver. L'homme hurla de douleur. L'arme fondait littéralement et la main du voleur fut brûlée atrocement.

       L'objet se transforma peu à peu en une véritable furie, il envoyait ses prolongements, ses tentacules, dans toutes les directions, faisant fondre tout ce qu'ils rencontraient de métallique. Tout y passa, révolver, couteau, ceinturon, boucle de chaussure, bagues, lunettes d'un des bandits, tout fut brûlé et fondu au contact des protubérances du météore. Les bandits étaient affolés, paniqués et hurlaient de douleur à cause des brûlures répétées.

       Christine vit arriver le commandant François et ses deux soldats. Elle leur fit signe de ne garder aucune arme sur eux parce qu'ils allaient être attaqués par la chose. Le commandant François et ses deux paras commandos jetant armes et couteaux dans les broussailles, attaquèrent à mains nues les trois bandits. Grâce à leur entraînement et à leur courage, ils les maîtrisèrent très rapidement.


       Pendant ce temps-là, le météorite continuait à développer ses protubérances jaunes, lumineuses qui allaient dans toutes les directions et à des distances de plus en plus grandes.

       Soudain, la chose, à présent presque plus brillante que le soleil, explosa, sans aucun bruit, et se transforma en un nuage de poussière bleue. Le nuage, emporté par le vent, s'éloigna dans les airs, flotta un temps, indécis, au-dessus du canyon, puis disparut derrière les roches géantes des hautes collines à l'horizon.

       Le papa de Mathieu était heureux d'avoir retrouvé son garçon et Christine, mais était désespéré par la disparition de l'objet.

       -Nous avions sous les yeux une sorte de visiteur, venu de lointains espaces, cria-t-il aux bandits. Nous aurions pu nous instruire à ses côtés. Il aurait pu nous apporter une somme incroyable de connaissances nouvelles, et vous, tout ce que vous avez réussi à faire, c'est à le blesser et le chasser. Soyez maudits.

       Christine et Mathieu racontèrent ensuite leur dure montée, les rudesses et les privations qu'ils avaient subies. Le commandant François, en colère, obligea les trois bandits à retirer leurs chaussures et à descendre pieds nus dans la vallée. Il voulait leur faire subir ce  dont ils avaient menacé les deux enfants qui, eux, bien sûr, avaient remis leurs baskets.

       Mathieu offrit avec émotion à son père, le petit morceau de météorite qu'il avait conservé près de lui. Il l'observa, le caressa et décida de l'emporter avec lui.

       Puis, tous redescendirent vers la vallée par l'étroit passage que le lynx leur avait montré en venant. Le commandant François et ses deux soldats emmenèrent les trois prisonniers avec eux, pieds nus. Christine se retourna une dernière fois et aperçut son lynx assis sur un rocher. Il était entouré par ses petits.


       Quand ils arrivèrent à la maison de notre amie, les militaires, une fois de plus, la félicitèrent, ainsi que son copain, pour leur courage, leur esprit d'initiative, leur malice et leur cran. Nos amis répondirent que n'importe quel garçon ou fille de leur âge aurait fait la même chose et que les enfants sont souvent bien plus courageux que ne le croient leurs parents. Le papa de Mathieu emmena son garçon après qu'il eut donné un dernier bisou à son amie. Ils se jurèrent de se revoir bientôt.


       Retrouve-les dans la seconde partie de cette aventure. (Ch. 22 : Les papillons).