Christine
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Le météorite. Partie 1

     Christine revenait à la maison bien fatiguée, cette fin d'après-midi. Une bonne douche, un bon repas, (son ventre grouillait de faim), puis au lit, voilà ses seuls souhaits pour ce soir-là.

Depuis tôt ce matin, elle avait travaillé au fond des bois avec son père, bûcheron. Lui découpait à la tronçonneuse, elle chargeait les bûches sur une remorque ou le long du chemin en tas bien rangés.

Un travail dur. On se salit, à cause de la boue. Sa salopette en était à moitié recouverte et ses chaussures de toile aussi. On attrape mal aux bras. Mais elle aime aider son père dans son rude boulot. Elle sait qu'ils ne sont pas bien riches chez elle, et papa ne peut pas s'offrir l'aide d'un ouvrier. 

Arrivée près de sa maison, elle aperçut Mathieu assis sur la balançoire.

-Salut! cria le garçon.

-Quelle bonne surprise! lança son amie. Comment se fait-il que tu sois là ?

-Mon père et le commandant François t'attendent.

La porte s'ouvrit et on appela les deux enfants. Ils entrèrent.

La fillette connaît bien ce militaire et ses soldats. Elle leur rend parfois des fiers services quand ils viennent s'entraîner dans la forêt où elle habite et qu'ils s'y perdent...

-Comment vas-tu jeune fille ?

-Très bien, répondit notre amie, dont la faim, la soif et la fatigue venaient soudain de disparaître.

-Nous avons besoin de toi, expliqua le papa de Mathieu. Regarde ceci.


Christine s'assit.

Le père de son ami, professeur de géologie à l'université, posa un dossier fermé devant Christine. Elle ouvrit la pharde et vit une photo aérienne de la région des grands rochers.

Elle se rend parfois dans cette zone qui se situe assez loin de chez elle, au-delà du carrefour des trois routes.

On apercevait les massifs montagneux dont les parois, souvent verticales, s'élevent à plus de cent-vingt mètres de hauteur. On devinait le lit du torrent qui les traverse.

Elle remarqua une tache bleue, comme une éclaboussure d'encre.

-C'est quoi? dit-elle en pointant son index ? 

-Tu vois là le but de notre visite, déclara le commandant François.

-Nous nous posons pas mal de questions à ce sujet, continua le père de Mathieu. Cela pourrait être un météore. 

-Une pierre venue de l'espace? s'étonna notre amie.

-Reconnais-tu l'endroit où se trouve cette masse bleue ?

Christine observa attentivement la photo en silence.

-Je crois... On dirait le territoire du lynx que j'avais rencontré lors de notre dernière expédition...

(Découvre ou relis la grotte de la peur, Christine 10, 11.)

-Bien vu, complimenta le militaire. Pourrais-tu nous conduire jusque là ?

-Certainement, répondit la fillette. Cela prendra deux jours pour y arriver.

-Alors, rendez-vous demain matin ! Deux de mes soldats nous accompagneront pour veiller à notre sécurité. 

-Il faudra cependant résoudre deux difficultés, annonça le père de Mathieu. D'abord, supposons qu'il s'agisse d'un météore. Quand ce genre de pierre venue de bien loin rencontre notre planète, soit elle s'enfonce dans l'océan et disparaît à jamais, parfois en provoquant un raz-de-marée, soit, elle s'écrase sur un sol dur. En ce cas, elle se brise, explose, et creuse un cratère. Un météore tomba autrefois aux Etats-Unis, dans le Nord de l'Arizona, créant un gigantesque trou, encore visible aujourd'hui. Or ici, il semble avoir atterri en douceur, sur cet à-pic, au bord des profondes vallées que tu connais bien.

Les deux enfants écoutaient, à la fois curieux et intrigués. 

-L'autre difficulté, enchaîna le commandant François: grimper là-haut, à cent-vingts mètres, le long de la paroi rocheuse qui se dresse quasiment verticale.

-Vous pourriez engager quelques alpinistes, proposa Mathieu.

-Je préférerais éviter cela, reprit le militaire. Bien sûr, j'entraîne mes soldats à résoudre ce genre d'épreuves, et je pourrais amener une équipe, mais je souhaite que nous soyons peu nombreux. La découverte de cette "chose" doit, actuellement en tous cas, rester secrète.

-D'accord, dit Christine. Je pourrai, si tôt arrivée là-bas, appeler mon lynx et lui demander s'il connaît un passage, un sentier qui mène là-haut. Il descend certainement souvent, même avec ses petits, boire de l'eau à la rivière. Puis il remonte.  

-Nous comptons sur ton aide, déclara le père de Mathieu. Et comme mon fils est en vacances, il nous accompagnera.


Le lendemain matin, Christine s'éveilla tôt. Elle se leva, passa sa vieille salopette bien usée, mais qu'elle aime et préfère pour courir dans les bois et nager dans les lacs. Elle mit un t-shirt et ses baskets. Elle descendit les escaliers en arrangeant l'une de ses tresses défaite pendant la nuit.

Elle avala un verre de lait, prit une tartine en main et sortit.

Le commandant François venait d'arriver emmenant avec lui deux de ses hommes que notre amie connaît le mieux, le soldat Robert et le soldat Bertrand.

Mathieu et son père, sortirent d'un second véhicule tout terrain et vinrent embrasser la fillette.


Ils partirent.       

Elle les guida jusqu'au carrefour des trois routes. Là, ils abandonnèrent les voitures et continuèrent à pied.

Une longue marche, parfois presque de l'escalade, les attendait. Ils portaient tous de lourds sacs à dos contenant nourriture, sacs de couchage, tentes, cameras, etc.

Ils arrivèrent en fin de journée à cet endroit que Christine appele le paradis. Une haute dune de sable y borde le torrent. Merveilleux endroit de jeu. Les deux amis s'y précipitèrent pendant que les militaires dressaient les tentes et allumaient le feu pour cuire le repas du soir.

Pour la nuit, les deux enfants insistèrent pour dormir côte à côte sous la même toile. 


Le lendemain, ils emportèrent les tentes et les sacs encore bien lourds.

Il fallut patauger dans le torrent qui traverse la région. Cela dura des heures.

Parfois l'eau venait jusqu'aux genoux, jusqu'à la taille ou jusqu'au cou. Elle était froide. Ils durent enjamber plusieurs troncs d'arbre tombés du sommet des murailles de pierre jusqu'au fond de la vallée. Il leur fallut passer certains canyons tellement étroits qu'on pouvait mettre une main sur la paroi gauche et l'autre sur celle de droite en même temps. Là, la rivière est profonde et ils durent nager. Le vent qui soufflait n'était pas fait pour les réchauffer lorsqu'ils sortaient trempés.

Au soir, ils arrivèrent au pied de l'endroit où se trouvait l'objet bleu, « la chose ». On ne l'apercevait pas depuis le fond de la vallée. Ils découvrirent une plage de sable et ils y plantèrent leurs tentes.


Pendant que le commandant François et les deux soldats préparaient le repas sur un feu de bois, Christine s'éloigna, en compagnie de Mathieu. Elle poussa quelques petits cris, pour appeler le lynx. Le félin s'approcha doucement. Il reconnaissait son amie.

La fillette traversa la rivière et, seule, s'approcha de l'animal sauvage. Elle s'agenouilla sur le sol, puis s'assit sur ses talons et tendit ses mains en avant. Le félin s'approcha encore et vint lui lécher les doigts. Elle lui prit la tête et la serra contre elle. Elle le caressa et lui parla à l'oreille.

-Je vais te présenter mon ami, dit-elle après un moment. Mathieu, tu peux venir.

Ce garçon se montre souvent courageux. Mais en cette circonstance, son coeur battait la chamade. Il s'approcha doucement et tendit une main tremblante. Il caressa la tête de l'animal du bout des doigts.

Puis, Christine demanda des nouvelles de ses cinq petits. Le lynx lui raconta qu'un d'entre eux était mort à cause d'une chose bleu foncé, venue du ciel pendant la nuit. L'objet que nos amis recherchaient.

-Un météore, donc, pensa notre amie.

Le lynx expliqua ensuite que cet objet s'était posé sur le sol quelque jours avant dans une clairière au milieu des rochers, au bord du précipice. L'un de ses petits s'en approcha. Il monta sur cette chose et s'endormit à son contact. Pendant qu'il dormait, le météorite s'ouvrit et avala le petit animal. Depuis, le lynx, sa femelle et les quatre autres évitaient cet étrange objet qu'ils contournaient avec méfiance et colère.

Christine demanda comment monter là-haut. Le félin décrivit un sentier, abrupt, vertigineux, mais possible pour des humains.

La fillette commanda à l'animal de revenir le lendemain matin au lever du soleil et de les conduire. Le félin promit de les accompagner, puis s'encourut vers sa tanière.

Notre amie se tourna vers Mathieu, et se donnant la main, ils revinrent près du feu. Elle expliqua en détail ce que le lynx lui avait confié.

Le ciel se couvrit d'étoiles. Les derniers reflets du soleil disparurent au sommet des rochers rouges.

Tous allèrent se coucher sous les tentes. Il faisait encore fort chaud. Christine garda sa salopette et ses sandales de toile. Elle se coucha au-dessus de son sac de couchage.

Le garçon, en jean et baskets, vint s'étendre à son tour, heureux d'être aux côtés de son amie. Il la regarda sourire en s'endormant.


Un rapace, surpris dans sa méditation, déchira le silence de la nuit par son hurlement.

Deux hommes, vêtus de noir et cagoulés, s'approchaient du campement. La lune quasi pleine éclairait de sa douce lumière argentée le sable qui entourait les tentes.

Les deux hommes chuchotèrent entre eux.

-Où se trouve l'enfant ?

-Je ne sais pas. Peut-être près de l'eau, là-bas.

-D'accord, allons voir.

Les deux individus s'approchèrent de l'endroit où dormaient Christine et Mathieu. Ils glissèrent sans bruit la fermeture Éclair qui commande l'ouverture de la toile et regardèrent.

-J'en vois deux. On prend lequel?

-Je n'en sais rien. Emportons-les tous les deux. Le chef décidera.

L'un des hommes sortit deux petits sparadraps de sa poche. Il détacha le papier protecteur du premier et se faufila sans bruit, à quatre pattes, dans la tente des enfants. Il posa délicatement le pansement sur l'épaule de Christine endormie. Puis il colla le second, après avoir détaché le papier protecteur également, sur l'avant-bras de Mathieu.

Les deux individus s'éloignèrent du camp et s'assirent au bord de l'eau. On entendait le clapotis des vaguelettes du courant caresser les rochers et le grondement lointain d'une cataracte.

Cinq minutes plus tard, ils entrèrent de nouveau dans la tente des enfants. L'un souleva Christine dans ses bras, l'autre Mathieu. Ils les emportèrent avec eux en silence.

Les deux pansements posés sur nos amis contenaient un narcotique, un produit qui fait dormir profondément.

Ils ne se réveillèrent que le lendemain matin.


Christine ouvrit les yeux et s'étonna. La tente ne ressemblait pas celle dans laquelle elle s'était couchée la veille. Elle ne se trouvait plus sur son sac de couchage.

Imagine que tu t'endormes un soir dans ta chambre et que tu te réveilles le lendemain matin dans une autre. Cela te créerait une angoissante impression.

Elle secoua Mathieu qui ouvrit les yeux aussitôt.

Les deux enfants, inquiets, se glissèrent à l'extérieur et aperçurent trois hommes. Un plus âgé et deux autres habillés en noir. Ceux qui avaient kidnappé nos amis pendant la nuit. Le chef tenait un révolver en main.

-L'un d'entre vous sait parler aux animaux.

-Moi, répondit Christine. Laissez partir mon copain.

-Pas question. Il nous accompagnera. Vous êtes nos prisonniers. N'essayez pas de vous enfuir car je vise juste lorsque je me sers de mon arme. Si vous vous encourez, je tirerai dans vos genoux et vous aurez atrocement mal. Vous allez nous mener au sommet de ces rochers. Nous voulons découvrir l'objet bleu les premiers et comme il paraît que tu sais guider une expédition jusque là-haut par des chemins que nous ne connaissons pas, grâce à un animal avec lequel tu communique, eh bien, appelle-le et conduis-nous.


Les deux enfants se regardèrent. Que pouvaient-ils faire contre ces trois hommes armés ? Rien bien sûr, pas même s'enfuir.

Christine s'approcha de la rivière. Elle la traversa en compagnie de Mathieu sous le regard attentif des trois autres. Là, elle retrouva son lynx. Il grondait car il sentait une présence agressive. Il se méfiait de ces trois individus qu'il ne connaissait pas.

Notre amie le calma en le caressant et lui demanda de la précéder dans les rochers et de la conduire jusqu'au météorite.

La marche pénible commença. Pénible, parce que le soleil venait de se lever et frappait de tous ses rayons la paroi rocheuse où nos amis grimpaient. Très difficile aussi car la piste suivie par le lynx n'était pas vraiment un sentier. Il fallut souvent contourner ou escalader un rocher puis l'autre. La progression était épuisante, vertigineuse, dangereuse.

Vers dix heures du matin, Christine s'arrêta. Elle transpirait. Elle avait faim. Ils n'avaient rien reçu à manger le matin. Mais surtout, la soif les torturait tous les deux. Ils demandèrent à boire aux bandits. Le chef s'approcha, révolver au poing.

-Vous avancez beaucoup trop lentement. On va vous donner un peu d'eau, mais vous ne recevrez à manger que quand vous arriverez tout en haut. Vous avez faim...marchez plus vite.


Christine regardait de temps en temps avec angoisse en arrière pour tenter d'apercevoir le papa de son ami et les militaires. Sans le lynx, ils ne pourraient pas retrouver les deux amis.

Bien entendu, le commandant François et le père de Mathieu s'étonnaient de la disparition des deux enfants.

Cherchant après eux, le militaire découvrit dans la tente, les deux papiers protecteurs des sparadraps narcotiques collés sur les bras de nos amis. Il comprit aussitôt qu'ils avaient été kidnappés.

Accompagnés par ses soldats, il chercha rapidement une piste en fouillant les environs. Un d'entre-eux, observant la paroi rocheuse avec ses jumelles, aperçut les trois bandits et les deux enfants qu'ils tenaient à leur merci.

Les militaires ne pouvaient pas intervenir en utilisant leurs armes. Trop dangereux pour Christine et Mathieu qu'ils risquaient de blesser. Ils décidèrent de se tenir à distance pour ne pas se faire repérer, et ne pas éveiller la méfiance des bandits. Pour cela, ils demeuraient invisibles aux yeux de nos amis.


Après avoir bu un peu d'eau, les deux enfants continuèrent leur ascension, suivis par les bandits qui les menaçaient toujours de leurs armes.

Tout à coup, notre amie eut une idée. Elle appela le lynx et lui chuchota à l'oreille d'aller voir en arrière si quelqu'un suivait. Le félin partit. Les bandits s'étonnèrent.

-Où part cet animal ?

-Il va boire à la rivière. Il reviendra bientôt.

-Je te le souhaite, menaça le chef des bandits en pointant son arme vers notre amie.

Tous s'assirent au soleil, le long de la paroi rocheuse, à cinquante mètres de hauteur. Les hommes buvaient. Nos amis les regardaient avec envie, colère et crainte.

Le lynx revint un peu plus tard. Il chuchota à l'oreille de la fillette que quatre personnes marchaient derrière eux. Christine s'en réjouit et le fit savoir à son copain discrètement.

Nos amis reprirent leur ascension périlleuse, encouragés par l'espoir d'être délivrés bientôt.


Vers midi, après une marche exténuante, ils parvinrent enfin sur le plateau, à cent vingt mètres de hauteur. Ils découvrirent une clairière entourée de buissons épineux. L'étrange objet bleu, "la chose", aperçue la veille du départ, sur la photo, se trouvait devant eux.

Ça ressemblait à un hippopotame, mais sans les pattes, ni les oreilles, ni la bouche, bien entendu. Une masse bleu foncé, uniforme, posée là comme un gigantesque ballon à moitié dégonflé.

Le chef des bandits et ses deux associés s'approchèrent de "la chose". Nos amis observaient en silence. Mathieu prit Christine par la main et la retint un instant. Il lui murmura à l'oreille.

-On s'encourt pendant qu'ils regardent l'objet ?

-D'accord, répondit la fillette.

Mais le chef se retourna. Il devinait leur plan.

-N'essayez pas de vous enfuir. Asseyez-vous là sur ce rocher plat. Retirez vos chaussures.

Ils forcèrent les deux enfants à se hisser sur une sorte de terrasse de pierre et de broussailles et à ôter leurs baskets. Les bandits vint les prendre et les jettèrent quelques mètres plus loin, dans un massif hérissé de picots.

-Voilà, cela vous fera passer l'envie de vous encourir. Pieds nus, vous vous blesserez rapidement et vous n'arriverez pas en bas. On vous rattrapera sans difficulté.


Puis, les trois hommes, toujours révolvers en main, s'approchèrent de l'objet bleu. Ils le touchèrent.

-On dirait la peau d'une pêche, chef, dit l'un d'eux.

-Prête-moi ton couteau, fit le second.

Il sortit une longue lame de son étui. L'homme prit l'arme et enfonça la pointe dans la chose. Il en coupa un morceau. À l'endroit de la coupure, la tranche apparut orange.

Le bandit tenait à présent un fragment de météorite entre ses mains. Un échantillon pyramidal d'environ dix centimètres de côté.

Peu à peu, la couleur orange passa au rouge, vira au violet et enfin revint au bleu foncé initial, tant sur la tranche de l'objet que sur celle du petit morceau découpé.

Le chef des voleurs se débarrassa de l'échantillon en le lançant derrière lui. Il tomba près de nos amis. Mathieu se redressa, s'avança pieds nus vers lui, le ramassa et revint s'asseoir près de notre amie. Il le fit toucher par Christine. Ils découvrirent tous deux la peau très douce de "la chose" et gardèrent cela près d'eux, dissimulé.


À ce moment, un petit lynx s'approcha. Les trois hommes demeurèrent immobiles et silencieux. Ils observaient le beau petit animal à peine plus gros qu'un chat. Il semblait envoûté par "la chose" qui l'attirait.

Il sauta sur l'objet bleu, le griffa en s'y accrochant pour l'escalader, puis se coucha, posant sa tête sur ses petites pattes. Quelques lignes oranges apparurent à la surface de "la chose", à l'endroit légèrement entaillé par les griffes, mais elles virèrent au bleu foncé en quelques secondes.

Le chef des bandits visa le petit  animal avec son révolver.

Christine se leva et poussa un cri pour avertir la pauvre bête du danger.

Le lynx se redressa d'un bond et s'encourut. L'homme tira une fois, deux fois, trois fois. Chaque fois, il rata sa cible. On entendit gronder dans les broussailles. Le père ou la mère appelait son petit et menaçait le méchant homme.

Les trois balles de révolver, par contre, transpercèrent le météorite. On apercevait trois taches, d'un jaune éclatant à l'endroit touché par les balles. Peu à peu, sous les yeux ébahis de tous, la chose quitta sa couleur bleu foncé et vira au rouge.

Le bandit et ses deux associés observaient, fascinés. Les deux enfants s'étaient redressés et regardaient en se tenant la main. Ils aperçurent à une cinquantaine de mètres derrière eux, le commandant François et ses soldats ainsi que le papa de notre ami. Ils s'approchaient en silence.


Tout à coup, "la chose" se mit à vibrer et à sa surface apparurent des sortes de protubérances, comme si elle se couvrait de gros boutons bulbeux. Ces boutons s'allongèrent et formèrent des tentacules qui grandissaient de plus en plus. Certaines atteignaient un mètre et plus, à présent.

Soudain, une de ces protubérances se dirigea vers le chef des bandits et se posa sur le bras qui tenait le révolver. L'homme hurla de douleur. L'arme fondit littéralement et la main du voleur fut brûlée atrocement.

"La chose" se transforma peu à peu en une véritable furie. Elle envoyait ses longs bras dans toutes les directions, faisant fondre tout ce qu'ils rencontraient de métallique. Tout y passa, révolver, couteau, ceinturon, boucle de chaussure, bagues, lunettes d'un des bandits, tout fondait au contact des tentacules du météore.

Les voleurs affolés, couraient en rond et hurlaient de douleur à cause des brûlures répétées.


Christine vit s'approcher le commandant François et ses deux soldats. Elle leur fit signe de ne garder aucune arme sur eux pour éviter d'être attaqués par "la chose". Les trois militaires, jetant armes et couteaux dans les broussailles, bondirent à mains nues sur les bandits. Grâce à leur entraînement et à leur courage, ils les maîtrisèrent très rapidement.

Pendant ce temps-là, le météorite continuait à développer ses protubérances rouges qui allaient dans toutes les directions et de plus en plus loin.

Soudain, "la chose" explosa, sans faire aucun bruit, et se transforma en un brouillard de poussière bleue. Le nuage, emporté par le vent, s'éloigna dans les airs, flotta un temps, indécis, au-dessus du canyon, puis disparut derrière les roches géantes des hautes collines vers l'horizon.


Le papa de Mathieu serrait son garçon et Christine dans les bras, heureux de les retrouver sains et saufs, mais restait désespéré par la disparition du météore.

-Nous avions sous les yeux une sorte de visiteur, venu de lointains espaces, cria-t-il aux bandits. Nous aurions pu nous instruire à ses côtés. Il aurait pu nous apporter une somme incroyable de connaissances nouvelles, et vous, tout ce que vous avez réussi à faire, c'est le blesser et le faire fuir. Soyez maudits.

Nos deux amis racontèrent ensuite leur dure montée, les rudesses et les privations subies.

Le commandant François obligea les trois bandits à retirer leurs chaussures et à descendre pieds nus dans la vallée. Il voulait leur faire sentir ce  dont ils avaient menacé les deux enfants qui, eux, bien sûr, remirent leurs baskets.

Mathieu offrit avec émotion à son père, le petit morceau de météorite conservé près de lui. Mais le morceau de "chose" fondit, se changea en fumée, et disparut vers l'horizon à son tour.


Puis, tous redescendirent vers la vallée par l'étroit sentier du lynx. Le commandant François et ses deux soldats emmenèrent les trois prisonniers avec eux, pieds nus.

Christine se retourna une dernière fois et aperçut son ami, le beau félin, assis sur un rocher, entouré par ses quatre petits.


Quand l'équipe arriva à la maison de notre amie, les militaires, une fois de plus, la félicitèrent, ainsi que son copain, pour leur endurance.

Nos amis répondirent que n'importe quel garçon ou fille de leur âge ferait la même chose et que les enfants sont souvent bien plus courageux que le croient leurs parents.

Le papa de Mathieu emmena son garçon. Nos amis se promirent de se revoir bientôt.

Retrouve-les dans la seconde partie de cette aventure. (Ch. 32 : Les papillons).